‹ Afrique. Tableau generalChapitre 226 sur 232 · LA PERSÉCUTION EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

LA PERSÉCUTION EN AFRIQUE

nombreux martyrs. — Quand l'édit de persécution fut apporté en Afrique et notifié aux magistrats impériaux, les hommes avides de faveurs et les partisans du polythéisme se montrèrent impitoyables pour les chrétiens. A Cirta, l'une des villes les plus considérables de la Numidie, ce fut

(I) Tillemont; Mémoires pour servir à Vhist. eccles. des six premiers siècles ; t. V, p. 20 et suiv. — Fleury; Hist. ecclésiast.; t. H, p. 415 et suiv. — Dumont; Histoire romaine ; t. III, p. 497 et suiv.; in-12.

L'UNIVERS

un prêtre de la vieille religion, Munatius Félix, flamine perpétuel, qui se chargea de mettre à exécution l'ordonnance des empereurs. Il fit démolir les églises et procéda avec un zèle infatigable à la recherche des livres sacrés.

Il s'empara non-seulement des vases, chandeliers, lampes et de tous les ornements qui servaient au culte proscrit, mais encore de certains objets que la charité des chrétiens destinait au soulagement des pauvres. Ce fut ainsi que sur l'inventaire de la saisie, on inscrivit quatre-vingt-deux tuniques de femmes, trente-huit voiles, seize tuniques d'hommes et soixante paires de chausses. L'Église de Cirta se montra faible en ces jours de persécution; ses prêtres et ses lecteurs se soumirent sans opposition aux ordres du flamine Félix et lui livrèrent les ornements du culte et tous leurs livres.

L'évêque de Tibiure (1), Félix, n'imita point la conduite des prêtres de Cirta. Quand le magistrat de la ville, Magniïien, lui dit : Évêque Félix, donnez-nous les livres et les parchemins de votre Église, il répondit : Je les ai, mais je ne les donnerai pas.

Pour ébranler sa résolution et l'effrayer, on le conduisit, chargé de chaînes, au tribunal du proconsul.

Là, il ne se démentit point et resta inébranlable. Le proconsul envoya Félix au préfet du prétoire et le fit passer en Italie. L'évêque devait comparaître devant les empereurs. Mais la ville de Venusia, en Apulie, fut le terme de son voyage. Il y fut décapité. Jusqu'au dernier moment il répondit aux juges et aux bourreaux qui lui demandaient les livres de son Église : « Je les ai, mais je ne les donnerai pas. »

L'évêque d'Abitine (2), Fundanus , pour se soustraire au dernier supplice, se hâta, sur les injonctions des magistrats, de livrer les Écritures. Cet acte de faiblesse attrista sans doute les chrétiens de la ville, mais il ne les découragea pas. Quand ils eurent perdu leurs églises, ils se rassemblèrent dans des maisons particulières pour célé-

(1) Tibiure, en latin Tibiura,civitas Tibittrensium, Tibitrsicensium Burensîum, était une petite ville de la Proconsulaire.

(2) C'était encore une ville de la Proconsulaire.

brer les saints mystères. Les magistrats les y surprirent une fois et les firent arrêter par leurs soldats. On les conduisit à Carthage au nombre de quarante-neuf.

Le danger qui les menaçait ne les effraya point et, saisis d'enthousiasme , ils ne cessèrent pendant toute la durée du voyage , de répéter des hymnes et des cantiques. A Carthage, ils ne se laissèrent gagner ni par les menaces , ni par les promesses du proconsul. Ils confessèrent hardiment le nom du Christ et, sans crainte des châtiments infligés à ceux qui violaient les édits impériaux, ils avouèrent sans hésiter qu'ils s'étaient réunis librement pour célébrer les saints mystères. Ils furent condamnés à souffrir et à périr. Parmi ces chrétiens que l'Église d'Afrique a mis au nombre de ses plus illustres martyrs , on comptait le prêtre Saturnin et ses fils, Dativus, Thelica, Emeritus, Félix, et la vierge Victoria.

l'évêque de cabthage mensurius; sa mort. — A Carthage , s'il faut en croire les documents contemporains, la persécution ne sévit point avec autant de violence que dans les autres villes de l'Afrique. Soit par crainte d'une sédition dans cette populeuse cité, soit que ces ménagements lui fussent imposés par la conduite pleine de mesure et de sagesse de l'évêque Mensurius, le proconsul atténua la rigueur des édits impériaux. Mensurius avait caché les livres de son Église; on pressait le proconsul d'ordonner à ses officiers de faire une perquisition dans la maison de l'évêque; il s'y refusa. Mensurius, de son côté, était un homme plein de modération ; il usa' de l'autorité morale que lui donnait sa haute position dans l'Église d'Afrique pour conseiller, par lettres, aux évêques ses frères , aux prêtres , à tous les chrétiens, de ne point irriter par un zèle inconsidéré les magistrats des villes et des provinces. Il blâmait, avec raison, ceux qui n'étant point recherchés venaient d'eux-mêmes s'offrir aux juges et aux bourreaux. Mensurius cependant n'était pas un homme timide, et il se dévouait volontiers pour ses frères. C'est ainsi qu'il sauva Félix , un des diacres de son Église. Celui-ci

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était poursuivi pour avoir écrit un libelle contre l'empereur. L'évêque, au péril de ses jours , l'accueillit dans sa maison, et le cacha. Puis, quand on vint auprès de lui réclamer le coupable, il refusa de découvrir le lieu où il était caché. Mensurius, à cause de la gravité du cas, et pour sa résistance obstinée, fut mandé a la cour impériale. Il s'y rendit après avoir réglé les affaires de son Église ; là , il plaida si bien sa cause qu'il fut absous et renvoyé. Mais ce sage et courageux évêque ne devait point revoir Carthage; il mourut avant d'y arriver.

arnobe. — Ce fut au temps de la persécution qu'un auteur célèbre, Arnobe, qui avait enseigné la rhétorique dans la ville de Sicca, écrivit un ouvrage pour défendre les chrétiens. C'était, dans ces jours de péril , un acte de courage. Arnobe avait été païen, et l'on voit que, dans son ouvrage, il a voulu prouver à ses nouveaux frères que sa conversion avait été sincère. Il se fit dans ses idées une vive réaction. Après avoir longtemps expliqué et commenté avec amour les chefs- d'oeuvre littéraires de la vieille civilisation, il se laissa emporter par son ardeur de néophyte; il demanda la destruction des théâtres, et voua aux flammes les œuvres des poëtesjadisl'objetdeson admiration (1).

lestràditeurs. — Les spoliations injustes, les tortures, les supplices ne furent point les plus grands des maux qu'entraîna à sa suite, pour l'Église d'Afrique, l'édit de Nicomédie. Parmi les chrétiens persécutés, il y en avait plusieurs qui, comme nous l'avons dit, s'étaient signalés par leur héroïsme.

Mais d'autres s'étaient laissé entraîner, par surprise peut-être, à des actes d'une déplorable faiblesse. On avait vu des évêqueset des prêtres se soumettre sans résistance à la loi de César, et livrer à ses exécuteurs les biens de leurs Églises et leurs livres sacrés. Quand la persécution se ralentit, ceux qui s'étaient montrés forts dans le danger s'exaltèrent et poursuivirent de leur mépris et de leurhaine les hommes qui par crainte s'étaient dessaisis , dans les mains des

(i) Voy. sur Arnobe, l' Histoire universelle de l'Eglise catholique , par l'abbé Rohrbacher, t. VI, p. 55 et suiv.

bourreaux, du dépôt sacré qui leur avait été confié. Ils leur appliquèrent, comme une note d'infamie, le nom de traditeurs. Cette qualification injurieuse, employée par des hommes violents et passionnés, ne devait pas tarder à soulever dans les Églises chrétiennes de nombreux orages. Elle servit, pour ainsi dire , de mot de ralliement à ceux qui opérèrent , au moment même où cessait la persécution , un schisme qui devait être pour l'Afrique la cause et l'origine des plus grandes calamités.

cécilien succède a mensubius; donat des cases-noires ; troubles dans l'église de carthage; origine DU SCHISME DES DONATISTES. —

Après la mort de Mensurius (311) , les chrétiens de Carthage procédèrent à l'élection d'un nouvel évêque. Ils se réunirent, prêtres et peuple, et tous, d'un commun accord, ils proclamèrent le diacre Cécilien. Ce fut Félix, évêque d'Aptonge, qui lui imposa les mains. Mais bientôt une vive opposition se manifesta contre cette élection. Mensurius, avantson départ , avait remis, par prudence, aux anciens de Carthage, les vases d'or et d'argent de sou Église. Cécilien, à peine assis sur le siège épiscopal, s'adressa aux dépositaires choisis par son prédécesseur et réclama les richesses qui leur avaient été confiées. Ils s'irritèrent de cette demande et se refusèrent à une restitution. Ils se joignirent, dans leur dépit, à Botrus et à Celeusius, qui se plaignaient vivement de ne l'avoir point emporté sur Cécilien. Puis, se liguant encore avec Lucilla , femme riche . et puissante, ennemie de l'évêque qui, simple diacre, l'a\ ait jadis offensée par de justes et sévères remontrances, ils formèrent un parti qui s'enhardit enfin jusqu'à protester hautement contre la récente élection. L'âme et le chef de ce parti était Donatdes Cases-Noires.

Pour arriver à leurs fins, ils s'adressèrent aux évêques de la Numidie, qui, vivement blessés de n'avoir point été appelés à l'ordination de Cécilien , se rendirent en toute hâte à Carthiga pour prêter aide et appui aux ennemse du nouvel élu. A leur tête se trouvait Secundus de Tigisi, le premier évêque de la Numidie. ILs étaient au nombre

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de soixante-dix. Parmi eux on voyait les douze évêques qui , réunis à Cirta , en 305 , s'étaient avoués traditeurs , à la suite de vives et mutuelles récriminations. Les ennemis deCécilien n'osèrent point , à cause des manifestations du peuple, se rendre dans la basilique qu'avait illustrée Cyprien et où se trouvait la chaire épiscopale. Ils se réunirent probablement dans une autre basilique et s'organisèrent en concile. Us citèrent d'abord Cécilien à comparaître devant eux. Mais il fit bonne contenance et répondit : J'attends mon accusateur. Ce n'est point par les fautes de Cécilien, dirent ensuite les évêques rassemblés ,

3ue l'élection est nulle, mais par celles es évêques qui l'ont sacré. Félix d'Aptonge est un traditeur. — Que ceux-là donc, repartit Cécilien , qui n'ont rien à se reprocher, viennent de nouveau m'imposer les mains. Cette fermeté irrita les évêques , et l'un d'eux , Marcien , proposa de recourir à l'excommunication. Un autre, Purpurius , de Limate , s'écria dans sa fureur homicide : « Qu'il vienne recevoir l'imposition des mains, et on lui cassera la tête pour pénitence. » C'était le même évêqne qui , dans la réunion de Cirta, avait répondu à ceux qui l'accusaient d'avoir fait périr ses neveux : « J'ai tué et je tue ceux qui sont contre moi. »

Enfin les évêques prononcèrent une sentence de condamnation en se fondant sur les trois chefs suivants : Cécilien n'avait point voulu se rendre dans leur réunion ; il avait été sacré par des traditeurs; enfin (ce qui ne fut jamais prouvé), il avait empêché les iWèles, au temps de la persécution, de porter secours aux martyrs qui avaient été jetés dans les prisons.

Ayant donc déclaré que le siège épiscopal de Carthage était vacant, les membres du concile procédèrent à une nouvelle élection. Il choisirent pour évêque Majorin , attaché à la maison deLucilla, et qui n'avait jamais rempli dans l'Église que les fonctions de lecteur. Pour favoriser cette élection, Lucilla distribua de grosses sommes d'argent, qui ne furent point données aux pauvres, commeon le prétendit alors, mais à tous les ennemis de Cécilien. A partir de cet instant, il y eut donc deux

Églises à Cartnàge. « Telle fut, disent les historiens ecclésiastiques , l'origine du schisme des Donatistes ; car on leur donna ce nom, à cause de Donat des Cases-Noires, et d'un autre Donat, plus fameux, qui succéda à Majorin dans le titre d'évêque de Carthage. »

Cette dissidence devait bientôt avoir, non point seulement dans la capitale de l'Afrique, mais encore dans toutes les provinces, de graves résultats. Elle engendra des désordres sans] nombre, qui ne tardèrent pointa attirer l'attention de l'empereur.

REQUÊTE DES DONATISTES A L'eM-

PEReÙr ; concile de rome. — « Constantin, dit Fleury, avait donné ordre à Anulin, proconsul d'Afrique, et à Patrice , vicaire du préfet du prétoire, de s'informer de ceux qui troublaient la paix de l'Église catholique, et qui s'efforçaient de corrompre le peuple par leurs erreurs : c'étaient les donatistes; et écrivant à Cécilien , évêque de Carthage, il lui marquait de s'adresser aux magistrats impériaux pour avoir justice de ces insensés. En exécution de cet ordre , Anulin exhorta les dissidents à la paix : mais peu de jours après , quelques-uns du parti contraire à Cécilien, ayant assemblé du peuple avec eux , vinrent présenter au proconsul un paquet cacheté et un mémoire ouvert, le priant instamment de les envoyer à la cour.

Le paquet portait pour titre : Mémoire de l'Église catholique touchant les crimes de Cécilien, présenté par le parti de Majorin. Le mémoire ouvert et attaché à ce paquet contenait ces mots :

« Nous vous prions, Constantin , très- « puissant empereur, vous qui êtes « d'une race juste , dont le père a été le « seul entre les empereurs qui n'ait « point exercé la persécution , que , «< puisque la Gaule est exempte de ce « crime, vous nous fassiez donner des « juges de Gaule, pour les différends « que nous avons en Afrique avec les «autres évêques. Donné par Lucien, « Digne, Nassutius, Capiton, Fiden- « tius et les autres évêques du parti Ma- « jorin. » L'empereur ayant reçu ces mémoires avec la relation d'Anulin, lui écrivit d'envoyer Cécilien et ses adversaires, chacun avec dix clercs de sou parti , pour se trouver à Rome dans le

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second jour d'octobre, et y être jugés par des évéques. Anulin exécuta cet ordre, et en rendit compte à l'empereur, qui écrivit aussi au pape Miltiade et aux évéques de Gaule et d'Italie, pour s'assembler à Rome le même jour, et leur envoya tous les mémoires et les papiers qu'Anulin lui avait envoyés sur ce sujet. La lettre au pape est aussi adressée à Marc , que l'on croit être celui qui fut pape après saint Silvestre.

L'empereur y dit : J'ai jugé à propos que Cécillien aille à Rome avec dix évéques de ceux qui l'accusent, et dix autres qu'il croira nécessaires pour sa cause; afin qu'en présence de vous, de RétLcius, de Materne et de Marin , vos collègues, à qui j'ai donné ordre de se rendre en diligence à Rome pour ce sujet, il puisse être entendu comme vous savez qu'il convient à la trèssainte loi. Réticius et les deux autres étaient les évéques de Gaule.

« Cécilien avec les dix évéques catholiques , et les dix de l'autre parti, qui avaient à leur tête Donat des Cases- Noires , se trouvèrent à Rome au jour nommé; et le concile s'assembla dans le palais de l'impératrice Fausta, nommé la maison de Latran, ce même jour, second d'octobre 313, qui était un vendredi. Le pape Miltiade présidait; ensuite étaient assis les trois évéques gaulois : Réticius d'Autun, Materne de Cologne, Marin d'Arles; puis quinze évéques Italiens : Mérocles de Milan, Stemnius de Rimini, Félix de Florence, Gaudence de Pise, Proterius de Capoue , Théophile de Bénévent, Savin de Terracine, Second de Preneste , Maxime d'Ostie, et quelques autres, faisant en tout dix-neuf évéques , le pape compris. L'ordre de cette séance est remarquable, particulièrement en ce que les trois évéques gaulois y tiennent Le premier rang, et que, entre les Italiens, les évéques d'Ostie et de Preneste , quoique suffragantsdu pape, n'ont point de rang particulier. On travailla trois jours durant avec des notaires qui rédigeaient en même temps les actes, c'est-à-dire le procès-verbal. Le premier jour, les juges informèrent qui étaient les accusateurs et les témoins contre Cécilien.

Les évéques du parti de Majorin pré-

sentèrent un mémoire d'accusations donné contre lui par ceux de son parti ; sous ce prétexte , ils prétendaient que tout le peuple de Carthage l'avait accusé. Mais les juges n'eurent point d'égard à ce mémoire, parce qu'il ne contenait que des cris confus d'une multitude, sans accusateur certain. Ils demandaient des témoins et des personnes qui voulussent soutenir l'accusation en leurs noms ; mais ceux que Donat et les autres évéques du parti de Majorin produisirent comme accusateurs et comme témoins, déclarèrent qu'ils n'avaient rien à dire contre Cécilien.

« Ensuite Cécilien accusa Donat d'avoir commencé le schisme à Carthage du vivant de Mensurius, d'avoir rebaptisé , d'avoir imposé de nouveau les mains à des évéques tombés dans la persécution.* Enfin , dit-il, Donat et ses collègues ont soustrait les accusateurs et les témoins, qu'eux-mêmes avaient amenés d'Afrique contre moi, tanl leur calomnie était évidente. Donat confessa qu'il avait rebaptisé et imposé les mains aux évéques tombés, et promit de représenter les personnes nécessaires à cette cause, qu'on l'accusait d'avoir soustraites. Mais après l'avoir promis deux fois, il se retira, et n'osa plus lui-même se présenter au concile, craignant que les crimes qu'il avait confessés ne le fissent condamner présent , lui qui était venu de si loin pour faire condamner Cécilien. Le second jour, quelques-uns donnèrent un libelle dedénonciation contre Cécilien. On examina les personnes qui l'avaient donné, et les chefs d'accusation qu'il contenait ; mais il ne se trouva rien de prouvé. Le troisième jour, on examina le concile tenu à Carthage par soixante-dix évéques qui avaient condamné Cécilien et ses ordinateurs. C'était le grand fort de ses adversaires : ils faisaient sonner bien haut ce grand nombre d'évêques; et qu'étant tous du pays, ils avaient jugé avec grande connaissance de cause.

Mais Miltiade et les autres évéques du concile de Rome n'eurent aucun égard au concile de Carthage, parce que Cécilien y avait été condamné absent et sans être entendu. Or, il rendait de bonnes raisons pour ne s'y être pas présenté. Il savait que ces évéques avaient été appe-

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lés à Carthage par ses adversaires, qu'ils logeaient chez eux , et concertaient tout avec eux. IJ savait les menaces de Purpurius , évêque de Limate, dont la violence était connue. Les évêques du concile de Rome jugèrent donc que tout ce qui avait été traité en ce concile de Carthage était encore en son entier :

savoir, si Félix d'Aptonge était traditeur, ou quelque autre de ceux qui avaient ordonné Cécilien. Mais ils trouvèrent cette question difficile et inutile. Elle était difficile, parce qu'il y avait des témoins à interroger, des actes à examiner, et que Cécilien accusait ses accusateurs du même crime, d'avoir livré les saintes Écritures , à cause du concile de Cirta où ils l'avaient confessé. D'ailleurs, il était inutile d'examiner si Félix était traditeur, puisque, quand il l'eut été, il ne s'ensuivait pas que l'ordination de Cécilien fût nulle : car la maxime était constante, qu'un évêque, tant qu'il était en place sans être condamné ni déposé par un jugement ecclésiastique, pouvait légitimement faire des ordinations et toutes les autres fonctions épiscopales. Les évêques du concile de Rome crurent donc ne devoir point toucher à cette question, de peur d'exciter de nouveaux troubles dans l'figlfeé d'Afrique, au lieu de la pacifier. Ils déclarèrent Cécilien innocent et approuvèrent son ordination; mais ils ne séparèrent pas de leur communion les évêques qui avaient condamné Cécilien , ni ceux qui avaient été envoyés pour l'accuser. J)onat des Cases-Noires fut le seul qu'ils condanrnèrent, comme auteur de tout le mal, convaincu de grands crimes , par sa 'propre confession. On laissa le choix aux autres de demeurer dans leurs sièges, quoique ordonnés par Majorin hors de L'Eglise, à la charge de renoncer au schisme. En sorte que dans tous les lieux où il se trouverait deux évêques , l'uu ordonné par Cécilien , l'autre par Majorin , on conserverait celui qui serait ordonné le premier, et on pourvoirait l'autre d'une autre Église. Voilà le jugement du concile de Rome, où l'on voit une discrétion singulière et un exemple remarquablede dispense contre la rigueur des règles pour le bien de la paix. En ce concile, chaque évêque dit

son avis , selon la coutume, et le pape Miltiade conclut l'action, disant le sien en ces termes : Puisqu'il est constant que Cécilien n'a point été accusé par ceux qui étaient venus avec Donat, comme ils l'avaient promis, et qu'il n'a été convaincu par Donat sur aucun chef, je suis d'avis qu'il soit conservé en tous ses droits, dans la communion ecclésiastique. Nous n'avons pas le reste de la sentence sur les autres chefs. Le pape et les autres évêques rendirent compte à l'empereur Constantin de ce jugement, lui envoyant les actes du concile, et lui mandèrent que les accusateurs de Cécilien étaient aussitôt retournés en Afrique. Le pape Miltiade ou Melchiade mourut trois mois après, le dixième de janvier, l'an 314(1). »

RETOUR DE DONAT ET DE CÉCILIEN EN AFRIQUE ; s'uiTE DES TROUBLES; LES DONAT1STES DEMANDENT LA RE- VISION DU JUGEMENT QUI LES A CON- DAMNES A ROME; DÉCISION DE CONS- TANTIN; concile d'arles. — Après sa condamnation, Donat des Cases-Noires demanda l'autorisation de retourner en Afrique; il s'engageait à ne point rentrer dans Carthage. D'autre part, en vue de la paix, Cécilien reçut ordre de ne point quitter l'Italie et de séjourner à Brescia. Deux évêques furent envoyés alors comme commissaires à Carthage, pour notifier au clergé et au peuple la sentence que le concile de Rome avait promulguée. Ils étaient chargés en outre de faire une enquête et de transmettre à l'empereur le résultat de leurs observations. Optât, évêque catholique, qui écrivit plus tard l'histoire du schisme des donatistes, assure qu'après un long et mûr examen les commissaires Eunomius et Olympius donnèren tencore une fois gain de cause à Cécilien. Ce fut sur ces entrefaites que Donat, malgré ses promesses, revint à Carthage; Cécilien, de son côté, se hâta de quitter Brescia, où on l'avait

(l) Fleury; Hist. ecclésiast. liv. x , t. III, p. 26. — Tilleraont; mémoires pour servir à t'hisi. ecclés., etc., t. VI, p.. 31 et suiv. — Bérault- Bercaste); Hist. deVEgltse; t. H.p- 13 et suiv. — Voy. aussi M. de Potter; Hist. du christianisme, etc., époq. I, liv. VI, ch. 3; t. II, p. 130 et suiv. — Morcelli {Ajrica christiana ;; ad an. 813; t. II , p. 209.

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relégué et de reprendre possession de son siège épiscopal.

L'assemblée des évêques réunis à Rome n'avait rien terminé, et, à l'arrivée, en Afrique, des deux chefs de parti , les querelles recommencèrent. Les donatistes disaient qu'on les avait condamnés à Rome, sans avoir pris connaissance de tous les faits qu'ils avaient allégués, et avec une extrême précipitation. Ils rappelaient, pour exemple, que Félix, l'évêque d'Aptonge, traditeur suivant eux, n'avait point été mis en cause. Constantin, pour les satisfaire, ordonna aux magistrats de l'Afrique déjuger Félix. Ce fut Élien, le proconsul, qui présida à l'interrogatoire. Après de longues et minutieuses recherches, qui établirent dans tout son jour, au témoignage des écrivans catholiques, l'innocence de l'accusé, le juge impérial déclara que Félix n'était point un traditeur.

Les donatistes ne se laissèrent pas abattre par cette nouvelle sentence. Ils s'adressèrent encore à l'empereur, qui, pour pacifier une de ses plus belles provinces, usa de patience et soumit de nouveau l'affaire à un concile. Les lettres de convocation fixaient à Arles le lieu de l'assemblée. Cécilien et ses accusateurs n'étaient pas les seuls membres du clergé d'Afrique qui fussent appelés dans les Gaules. Ils devaient être assistés, aux termes des lettres impériales, d'un certain nombre d'évêques appelés de la ïripolitaine, de la Byzacène, de la Proconsulaire, de la Numidie et des Mauritanies. Nous savons que Chrestus, évêque de Syracuse, les accompagna.

Le concile s'ouvrit le premier du mois d'août de l'année 314. Oncomptaitdans l'assemblée seize évêques gaulois, deux Bretons (ceux d'York et de Londres), et plusieurs qui étaient venus de l'Italie et de l'Espagne. L'évêque de Rome , saint Sylvestre, était représenté par deux prêtres, Claudien et Yitus , et deux diacres, Eugène et Cyriaque. On examina d'abord l'affaire de Cécilien. Les deux faits qu'on ne cessait de lui reprocher, à savoir, de s'être opposé par violence, à l'époque de la persécution, aux chrétiens qui portaient de la nourriture aux martyrs emprisonnés, et d'avoir été

consacré par des évêques traditeurs , ne furent point établis sur des preuves. Les Pères du concile d'Arles prononcèrent donc en faveur de Cécilien une sentence d'absolution. Avant de se séparer, ils adressèrent à l'évêque de Rome une lettre où on lisait ces mots : « Au bien-aimé pape Sylvestre, tous les évêques, salut éternel dans le Seigneur. Unis ensemble par le lien de la charité et par l'unité de notre mère l'Église catholique, après avoir été amenés en la ville d'Arles par la volonté du trèspieux empereur, nous vous saluons de là, très-glorieux Père, avec la vénération qui vous est due. Nous y avons eu à supporter des hommes emportés et pernicieux à notre loi et à la tradition; mais l'autorité présente de notre Dieu, la tradition et la règle de la vérité les ont repoussés de telle sorte, qu'il n'y avait de consistance et d'accord , ni dans leurs discours, ni dans leurs accusations, ni dans leurs preuves. C'est pourquoi, par le jugement de Dieu et de l'Église, notre mère, laquelle connaît les siens et les approuve, ils ont été ou condamnés ou repoussés. Et plût à Dieu, bien-aimé frère, que vous eussiez assisté à ce grand spectacle: vous-même jugeant avec nous, leur condamnation en eût été plus sévère, et notre joie plus grande (1).» Les membres du concile ne s'étaient point seulement occupés de Cécilien et de ses accusateurs, ils avaient encore fait divers règlements relatifs à la discipline générale de l'Église. Néanmoins, parmi ces règlements, il en est plusieurs qui montrent que les évêques étaient vivement émus par le grand débat auquel ils avaient assisté et qui font une allusion directe aux querelles qui agitaient l'Afrique : « Ceux, dit le concile, qui sont coupables d'avoir livré les Écritures ou les vases sacrés , ou dénoncé leurs frères, seront déposés de l'ordre du clergé, pourvu qu'ils soient convaincus par des actes publics, non

fiarde simples paroles. S'ils ont conféré es ordres à un homme digne d'ailleurs, l'ordination sera valable. » Et plus loin : « Parce que plusieurs résistent àla règle de l'Église, et prétendent être

(I) Rolirbacber ; Hist. univers, de VÉgl. cathol.\ t. VI, p. 226

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admis à accuser avec des témoins corrompus par argent, qu'ils ne soient point reçus en leurs demandes. Ils devront prouver, au préalable, par des actes publics, ce qu'ils ont avancé. » Enfin on lit dans les actes du concile : « Ceux qui accuseront faussement leurs frères ne recevront la communion qu'à la mort (1). » *î

Le concile d'Arles n'éteignit point, en Afrique, les passions et les haines. Le schisme continua. Lesdonatistes, persévérant à se croire mal jugés, interjetèrent appel des deux sentences qui les avaient condamnés ; ils s'adressèrent directement à l'empereur, le priant d'examiner lui-même et de prononcer dans leur cause. Vivement irrité de cette demande, qui tendait à prolonger la discussion et les querelles, Constantin s'emporta contre les donatistes, et leur reprocha leur opiniâtreté et leur audace. Néanmoins , il résolut de tenter encore une fois la voie des conciliations. Il évoqua à son tribunal la cause qui lui était soumise, et par un jugement prononcé à Milan, en 315, il confirma l'arrêt porté contre les donatistes dans les conciles de Rome et d'Arles (2).

MESUBES RIGOUBEUSES PBISBS PAB CONSTANTIN CONTBE LES DONATIS- TES*, LUTTES ET BEVOLTES*, LES CIB-

concellions. —Constantin, comme nous l'avons dit, même en promettant aux donatistes d'écouter leur plainte et de les juger, avait donné un libre cours à sa colère. Son emportement avait dû faire prévoir aux ennemis de Cécilien une nouvelle condamnation.

Néanmoins, quand l'empereur eut pro-

(I) Labbe; Concil.,\. I, col. 1727 et 1728. On trouve dans ce recueil non-seulement les canons du concile d'Arles , mais encore les lettres de Constantin.

(2)Voy. sur le concile d'Arles et sur les événements qui le précédèrent et le suivirent jusqu'en l'année 416 , indépendamment des conciles et des auteurs anciens, saint Optât, saint Augustin et Eusèbe (Optât, milev. de schism. Don. I, 25 et sqq. — S. Aug. epist. 60 ad Bon.\ epist. 162 ad Glor. Eleus.; epist. IC5 ad Gêner.; epist. \tQad Donat.;elc, etc.— Euseb. Hist. eccles., X, 5); Tillemont; Mémoires pour servira Phitt. ecclésiast., etc. , t. VI, p. 50 «t suiv. — Fleury; Hist. eccles., t. III, p. 32 et suiv. — Bérault-Bercastel; Hist. de l'Église; t. II, p. 19 et suiv. — Rohrbacher; I. c. — Potter; t. TI, p. 135; — et surtout Morcelli, ad an. 3I3,3H, 315 et 316. C'est Morcelli que nous avons suivi pour la date du jugement rendu à Milan; voy. Afr. christ., t. Il , p. 216 et 217.

nonce , ils protestèrent contre sa sentence. Constantin répondit cette fois à leurs protestations par la menace des peines les plus sévères. Déjà, il avait recommandé à Celsus, son vicaire, dans une lettre que saint Optât nous a conservée , de procéder à l'égard des donatistes avec une extrême sévérité. Il avait annoncé, en même temps , que lui-même se disposait à passer en Afrique pour trancher toutes les difficultés et opérer, s'il en était besoin, par la force, la pacification d'une des portions les plus importantes de son empire.

Celsus se conforma aux ordres qu'il avait reçus. Il poursuivit les donatistes et bannit d'Afrique les hommes les plus marquants du parti (1).

Les dispositions de l'empereur incitèrent sans doute les catholiques à la persécution , et , plus d'une fois , ils eurent recours pour combattre leurs adversaires, non plus à la discussion, mais à la violence. Les magistrats, de leur côté, essayèrent, en usant de rigueur, de complaire à Constantin. Cette conduite, loin d'étouffer le schisme, ne fit que raviver les haines. Les donatistes se laissèrent emporter par le désir de la vengeance ; sous des chefs énergiques , sous Menalius et Silvanus, par exemple, ils opposèrent la force à la force; ils s'emparèrent, comme à Constantine (2), des églises et résistèrent ouvertement aux catholiques et à l'empereur. La sévérité des édits portés contre eux ne les arrêta point; leur zèle ne fit que s'accroître, et bientôt dans les classes inférieures qui embrassèrent, en général , la cause du schisme, ce zèle prit le caractère d'un violent et sombre enhousiasme.

Ce fut alors que se montrèrent les premières bandes de circorwellions (3).

(1) En 331, sur la requête des donatistes, ceux

3ui avaient été bannis à cause du schisme et es troubles qui l'avaient suivi, furent autorisés à rentrer en Afrique. Constantin promit même, sur la demande qui lui en avait été faite , de ne point contraindre les dissidents à communiquer avec Cécilien. Vov. Eleury; Hist. eccles., t. III, p. 76, et Morcelli ad an. 321.

(2) C'était Cirta. Elle quitta alors son ancien nom pour celui de Conttantine.

(3) Morcelli {AJric. christ., t. II, p. 219) dit, à propos des événements qui s'accomplirent en 317 : ortum habuere circnmcelliones, furiosi illi donatistarum satellites , perditissima fex populi et agrestiurn latronurn multitudo ad omne facinus congregata. — En

AFRIQUE CHRÉTIENNE

La querelle entre Cécilien et ses ennemis avait eu, dans toute l'Afrique, un grand retentissement. Les populations s'étaient divisées. Les classes inférieures, excitées par d'ardentes prédications, se rangèrent volontiers du côté de ceux qui se vantaient d'avoir seuls traversé, avec courage , les temps de la persécution et d'être sortis de la lutte sans souillure; et par une conséquence nécessaire , elles déclarèrent une guerre à mort aux catholiques qu'on leur désignait comme impurs, comme traditeurs.

Les chefs donatistes réglèrent sans doute les premiers mouvements des hommes qu'ils avaient soulevés. Mais bientôt ils furent dépassés : les esclaves, les colons, les petits propriétaires ruinés par le fisc que, pour leur vagabondage autour des lieux habités, on appela circoncellions, formèrent des bandes semblables à celles qui parcoururent, au moyen âge, sous des noms divers, l'Allemagne, la France, l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie. Ces circoncellions ne s'inquiétèrent point seulement, il faut le dire, de la querelle qui séparait Donat de Cécilien; comme ils appartenaient presque tous à la classe opprimée et souffrante, ils voulurent une réorganisation sociale et tentèrent d'établir, en ce monde , ce que, sous le fouet du maître et au milieu des plus rudes travaux, ils avaient appelé si souvent de leurs vœux , à savoir, le règne d'une parfaite égalité. Cependant , c'est le côté religieux qui domine dans cette grande insurrection. Les circoncellions, qui se donnaient le nom de saints, se crurent chargés d'une mission divine. S'opposer à eux,c'était, dans leurs idées, résister à Dieu même ; donc, périr dans la lutte, c'était acquérir des droits à la félicité éternelle. Dans leur farouche enthousiasme , ils recherchèrent avidement le martyre. Ils s'offraient , par troupes , au fer de leurs ennemis, et quand on refusait de les frapper, ils se tuaient eux-mêmes. La rigidité de leur doctrine ne les empêcha point , sous Maxida et Fasir , les plus

effet , l'insurrection dut s'organiser au moment même ou, pour obéir aux ordres de Constantin, les magistrats de l'Afrique commencèrent à sévir contre les donatistes. Fleury ( t. III, p. 217 ) et quelques autres historiens ont reporté à l'année 32!) et même plus tard, à tort suivant nous, l'apparition des circoncellions.

célèbres de leurs chefs , de se livrer à de graves désordres. Ils s'abandonnaient ( et cela est inévitable dans les grandes réunions où l'on ne trouve ni frein, ni règle) à la débauche et à tous les excès. Ils pillaient, brûlaient, massacraient.

Les choses en vinrent à ce point que les donatistes eux-mêmes qui les avaient suscités implorèrent, pour les réprimer, l'assistance des officiers impériaux. On envoya des troupes contre les circoncellions; mais il s'écoula bien des années avant le retour de l'ordre et la soumission complète, en Afrique, des populations insurgées (1).

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