‹ Afrique. Tableau generalChapitre 227 sur 232 · CARACTÈRE DU SCHTSME DES DO- NATISTES ET DU SOULÈVEMENT DES · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DU SCHTSME DES DO- NATISTES ET DU SOULÈVEMENT DES

circoncellions.—* Ledonatisme, dit M. Saint-Marc Girardin (2), n'est point une hérésie, c'est un schisme; car les donatistes croient ce que croit l'Église catholique; seulement, selon eux, les traditeurs ont souillé la pureté du caractère épiscopal; ils ont interrompu la descendance spirituelle des apôtres. Ne cherchez ici aucune des subtilités familières aux hérésies de la Grèce ou de l'Orient. L'esprit africain est à la fois simple et violent, et il ne va pas jusqu'à l'hérésie : il s'arrête au schisme; mais il met dans le schisme un acharnement singulier. Il y a peu d'hérésies qui soient nées en Afrique. L'arianisme n'y vint qu'avec les Vandales , et encore f'arianisme, tel que le professaient les Goths et les Vandales, n'était pas l'arianisme subtil , tel que l'Orient l'avait connu , disputant sur la consubstantialité du

(1) Les circoncellions se dissipèrent, il est vrai; mais les croyances qui avaient soulevé les populations devaient survivre à l'insurrection armée. Pendant longtemps on vit en Afrique des hommes errer çà et là , dans les campagnes, pour perpétuer, au sein des classes opprimées, la doctrine sociale et religieuse qui les avait si vivement agitées. Ces hommes, pour la plupart, étaient engagés dans les ordres, et tous, ils appartenaient au parti donatiste. C'est à ces prédicateurs errants , appelés aussi circoncellions, que s'applique la noie insérée à la page 34 de notre Histoire de la domination des Fondâtes en Afrique.

Nous renvoyons encore ici, pour ce qui concerne les donatistes et les circoncellions, aux renseignements bihliographiques rassemblés par J C. Ludw. Gieseler. Voy. Lehrbnch des Kirchengeschichte ; t. I , p. 323,324 et 325; 417 et suiv.

(2) M. Saint-Marc Girardin ; Y 'Afrique sous saint Augustin. Voy. la Revue des Deux Mon* des; 15 septembre 1842; p. 987.

L'UNIVERS

Père et du Fils ; c'était un arianisme plus simple et plus à la portée de l'esprit des barbares, qui faisait du Père et du Fils deux dieux, dont l'un était plus grand et plus puissant que l'autre. Les hérésies africaines, et elles sont en petit nombre, n'ont jamais rien de subtil et de raffiné. Les célicoles, dont saint Augustin parle quelque part, nesontqu'une secte qui penche vers le déisme primitif des Juifs, et semblent être en Afrique 1rs précurseurs lointains du mahométisme.

« Les donatistes africains n'ont ni avec le judaïsme, ni avec le mahométisme aucune analogie de dogmes , car ils ne contestent aucune des croyances chrétiennes ; mais ils ont avec ces deux religions une grande ressemblance extérieure. C'est la même allure de fanatisme, c'est le même goût pour la force matérielle. Les donatistes ont, comme tous les partis, leurs modérés et leurs zélés; les modérés, qui s'appellent surtout les donatistes; les zélés, qui sont les circoncellions. Les donatistes sont les docteurs et les diplomates du parti ; ils désavouent l'usage de la violence; ils font des requêtes aux empereurs; ils inventent d'habiles chicanes pour échapper aux arrêts rendus contre leur schisme ; ils écrivent contre les docteurs catholiques; ils les calomnient et les insultent. Ils ne sont du reste ni moins obstinés, ni moins ardents que les circoncellions. Ils se déclarent les seuls saints, les seuls purs, les seuls catholiques. Les circoncellions sont l'armée et le peuple du parti , et ils représentent, dans le donatisme, l'Afrique barbare, comme les donatistes représentent l'Afrique civilisée. Les circoncellions sont des bandes nomades qui se mettent sous un chef et parcourent le pays. Ils font profession de continence; mais le vagabondage amène la débauche dans leurs bandes. Le but de leurs courses est de faire reconnaître la sainteté de leur Église; aussi leur cri de guerre est : Louanges à Dieu ( Laudes Deo) , cri redouté, car, partout où il retentit, il annonce le pillage et la mort. Comme les circoncellions sont la plupart des esclaves fugitifs ou des laboureurs qui ont renoncé au travail pour s'enfuir au désert, ils ont les haines

qui sont naturelles à cette sorte d'hommes. Ils haïssent les maîtres et les riches , et quand ils rencontrent un maître monté sur son chariot et entouré de ses esclaves, ils le font descendre, I font monter les esclaves dans le char et forcent le maître à courir à pied ; car ils se vantent d'être venus pour rétablir l'égalité sur la terre, et ils* appellent les esclaves à la liberté : tout cela, au nom, disent-ils, des principes du christianisme, qu'ils dénaturent en l'exagérant, et dont surtout ils n'ont pas les mœurs. Otez-leur le fanatisme, et; sont les Bagaudes de la Gaule , ce sont las ancêtres de la Jacquerie; c'est la vieille guerre entre l'esclave et le maître, entre le riche et le pauvre; seulement cette guerre a pris la marque de l'Afrique : ce sont des nomades ; — et la marque du temps : ce sont des bandes fanatiques. C'est le fanatisme, en effet, qui leur donne un caractère à part. Ils sont cruels contre eux-mêmes et contre les autres; ils se tuent avec une facilité incroyahle , afin , disent-ils, d'être martyrs et de monter au ciel. Ils tuent les autres sans plus de scrupule, en combinant d'affreuses tortures , pleines des raffinements de la cruauté africaine.

Parfois cependant, ils s'inquiètent de savoir s'ils ont le droit de se tuer, et alors ils forcent le premier venu à les frapper, afin de ne pas compromettre le mérite du martyre par le péché du suicide. Malheur, du reste, au voyageur qui refuserait de leur prêter sa main pour les tuer! Il périrait lui-même sous les coups de leurs longs bâtons, qu'ils appellent des israélites, à moins qu'il n'ait la présence d'esprit d'un jeune homme de la ville de Madaure, qui rencontra un jour une de leurs bandes. Ces fanatiques avaient résolu depuis plusieurs jours d'être martyrs , et , selon leur usage , imité des gladiateurs , ils s'étaient, avant leur mort, livrés à tous les plaisirs de la vie , et surtout aux plaisirs de la table. Ils cherchaient donc avec impatience quelqu'un qui les voulût tuer. A l'aspect de ce jeune homme, ils coururent à lui avec de grands cris, et lui présentèrent une épée nue, le menaçant de l'en percer s'il ne voulait pas les en percer eux-mêmes. « Mais , dit le jeune homme, qui me répond, quand

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j'aurai tué deux ou trois d'entre vous , que les autres ne changeront pas d'idée, et ne me tueront pas? Il faut donc que vous vous laissiez lier. » Us y consentirent, et, une fois bien liés, il les laisse sur le chemin et s'enfuit.

« Les circoncellions représentent, dans le donatisme, les mœurs de l'Afrique barbare ; mais il y a dans le donatisme quelque chose qui caractérise l'Afrique en général : c'est l'esprit d'indépendance à l'égard des empereurs; c'est la haine de l'unité, soit de l'unité temporelle de l'empire, soit de l'unité religieuse de l'Église »

Plus loin, M. Saint-Marc Girardin dit encore (1) : « Quand on écarte de la discussion entre les donatistes et les orthodoxes tout ce qui est déclamation et injure, on voit que le principal grief contre le donatisme, c'est qu'il a rompu l'unité catholique. De ce côté, le refrain du chant rimé de saint Augustin résume fort bien les reproches qu'il fait aux donatistes :

Omnes qui gaudelis de pace, Modo verum judicate.

La paix, c'est-à-dire l'unité, voilà le sentiment et le principe que saint Augustin atteste contre les donatistes. C'est là en effet le sentiment qui leur répugne, «'est par là qu'ils sont rebelles ; ils n'ontavec les orthodoxes aucun dissentiment dogmatique; seulement ils veulent faire une Église à part. Il n'y a point avec eux de controverse théologique, car ils disputent sur des faits plutôt que sur des opinions. Dans le donatisme, ce n'est point comme dans h plupart des hérésies, l'indépendance de l'esprit humain qui en est cause, c'est l'indépendance de l'Afrique; et, ce qui achève de le prouver, c'est que les tentatives de révolte que font quelques gouverneurs d'Afrique, entre autres le comte Geldon en 397 , sont appuyées par les donatistes. Us sont les alliés naturels de quiconque veut rompre ['unité de l'empire dans l'ordre politique, comme ils veulent la rompre dans l'ordre religieux »

Enfin il ajoute (2) : « Le donatisme est, au quatrième et au cinquième siècle, un témoignage expressif de l'originalité que

(1) M. Saint-Marc Girardin; lbid. p. 990.

(2) Id. lbid. p. 992.

l'Afrique a gardée sous toutes les dominations. Dans le donatisme , cette originalité a été jusqu'au schisme en religion ; et elle se ralliait volontiers à la révolte en politique (1). »

SUITE des troubles; y aines tentatives de conciliation; concile de cartuage. — Dans cette lutte acharnée des donatistes contre les catholiques ou, comme disaient les dissidents, contre les traditeurs, il y eut, par un accord tacite, des instants de répit et des trêves. Le rappel des exilés donatistes, en 321, semble indiquer un ralentissement dans la lutte et un affaiblissement dans les haines. Cet état de choses dura d'abord jusqu'en 326, année où, suivant IMorcelli (2), finit l'épiscopat de Ceci lien. On put croire un instant que la guerre allait recommencer; mais le repos de l'Afrique ne fut pas troublé. Les catholiques choisirent Rufus pour évêque ; ce fut probablement à la même époque que les dissidents procédèrent à l'élection de Donat (3). On serait tenté de croire que

(t) Cette appréciation du schisme des donatistes et du soulèvement des circouceJ lions nous semble profondément vraie. Cependant nous devons dire que nous n'acceptons point sans réserve, toutes les opinions de M. Saint- Marc Girardin. Nous croyons, par exemple, que cette phrase : L'esprit africain est à la fois simple et violent , et il ve va pas jusqu'à l'hérésie; il. s'arrête au schisme, contient un jugement trop absolu. Nous pensons , — et ici nous invoquons l'autorité de tous les historiens ecclésiastiques, — que les hérésies ont eu sur l'Afrique, si l'on peut s'exprimer ainsi, plus de prise que ne le croit M. Saint-Marc Girardin. D'autre part, l'esprit afiicoin, suivant nous, se prêtait volontiers aux profondes méditations et à la controverse; et dans la discussion il 86 distinguait tour à tour par la force de la dialectique et par la subtilité. C'est un fait que l'on peut constater dans les ouvrages de tous les Africains, qui écrivirent depuis Tertullien jusqu'à saint Augustin. Saulement, dans ces ouvrages, ce qu'il y a de logique, d'ingénieux, de délié, de subtil,, disparail sous l'exagération de la forme, sous l'enflure des mots. Il semble même que l'Afrique ait communiqué l'esprit des discussions habiles aux étrangers, aux barbares, par exemple, qui fréquentèrent ses écoles et qui étudièrent ses œuvres littéraires, historiques et philosophiques. Nous rappellerons ici, comme preuve, le nom de Thrasamund , de ce roi vandale qui était théologien, non point à la manière du fameux roi des Franks, Hilpéric, mais à la manière des Byzantins.

(2) Africa christ iana ; ad an. .326 et 327. Voy. t. II, p. 230 et 231.

(3) Ce fut cet évèque et Donat des Cases-

L'UNIVERS

les deux nouveaux élus songèrent d'abord à remédier aux maux de l'Église et que leurs premiers soins eurent pour but d'opérer entre les deux partis un sincère rapprochement. C'est, à notre sens , l'explication du concile que, suivant le témoignage de saint Augustin, les donatistes ouvrirent à Carthage, en l'année 328(1). Ce qui prouvela force du schisme, c'est que l'on vit accourir, de divers lieux, dans ce concile, deux cent soixante-dix évêques.

Les membres de cette grande réunion tentèrent les voies de la conciliation.

Ils se relâchèrent de leur rigorisme et déclarèrent qu'à l'avenir ils communiqueraient volontiers avec les traditeurs, sans les soumettre à un second baptême. On en vit plusieurs qui , comme l'évêque Deuterius, de la Mauritanie sitifienne, observèrent fidèlement ce qui avait été décrété; et ce fut à ces hommes que l'Afrique dut la paix dont elle jouit encore pendant quelques années.

LA LUTTE RECOMMENCE; PERSÉCU- TION mac arienne. — Vers l'année 348, la lutte recommença. Quelle fut la cause de cette guerre 'nouvelle? on l'ignore. Les écrivains catholiques prétendent que l'obstination et les violences de Donat, èvêque schismatique de Carthage, et d'un autre Donat, évêque de Bagaïa, ranimèrent les anciennes discordes (2). L'empereur Constant avait envoyé en Afrique deux officiers, Paul et Macaire, qui avaient pour mission d'apaiser dans cette contrée les querelles religieuses. Les dissidents connaissaient sans doute à l'avance les dispositions des deux délégués impériaux et leurs rapports avec Gratus, évêque catholique de Carthage. Paul et Macaire avaient à peine touché les côtes de l'Afrique que les donatistes se soulevèrent contre eux de toutes parts. Donat de Carthage, suivant saint Optât, se laissa

Noires qui, comme nous l'avons vu plus haut, donnèrent leur nom aux dissidents.

(1) Morcelli ( A fric, christ. ); ad an. 328. Voy. t. Il , p. 232.

(2) Il ne faut pas oublier qu'il ne nous reste sur les querelles religieuses de l'Afrique que les écrits des catholiques. Le devoir d'un historien impartial est de n'admettre qu'avec une extrême réserve les accusations portées contre les dissidents, même par saint Optât et saint Augustin. Les donatistes ont beaucoup écrit dans le cours du IVe siècle ; mais leurs livres ne sont pas arrivés jusqu'à nous.

entraîner par la colère jusqu'à proférer des injures contre l'empereur devant ses deux représentants. Donat de Bagaïa fit plus encore : il appela à son aide les bandes non encore anéanties des circoncellions, souleva la population des villes et des campagnes, et s'apprêta à résister par la force aux ordres de Constant. Paul et Macaire n'hésitèrent point : ils s'adressèrent, en vertu de leurs instructions, au comte Sylvestre, qui mit des soldats à leur disposition. Des scènes de violence ne tardèrent pas à éclater de toutes parts, et la guerre commença ; mais elle ne fut pas de longue durée. La victoire resta bientôt aux délégués impériaux. Ceux-ci ne trouvant plus de résistance poursuivirent les dissidents avec une grande rigueur. Les évêques donatistes furent chassés de leurs sièges , exilés ou tués. Les persécuteurs, que du nom du plus violent de leurs chefs on appela M acariens , ne s'arrêtèrent que sous le règne de l'empereur Julien.

Au moment même (349) où Paul et Macaire venaient de vaincre les schismatiques par la force des armes, Gratus assembla à Carthage un concile , où siégèrent les évêques catholiques de toutes les provinces de l'Afrique. Le but des Pères qui vinrent à ce concile était principalement de condamner les donatistes (1). -

l'empereur julien; réaction. — Julien voyait avec joie les schismes et les hérésies qui déchiraient l'Église. Il ne cherchait pointa terminer les différends , à étouffer les haines. Il laissait pleine et entière liberté à tous les agitateurs, persuadé qu'en définitive les querelles entre chrétiens nuiraient plus au christianisme que la plus rigoureuse et la plus sanglante des persécutions.

En Afrique, Julien devait donc reconstituer contre l'orthodoxie le parti puissant que les macariens avaient presque anéanti. Il rendit la paix aux donatistes persécutés depuis quatorze ans ,

(I) C'est le premier concile de Carthage dont nous ayons les canons. — Morcelli a rassemblé avec un grand soin, sur cette période de l'histoire du schisme, tous les renseignements contenus dans les anciens documents , et principalement dans les ouvrages de saint Optât et de saint Augustin. Voy. Afric. christ, (ad an. 3i8 et sqq.); I. II, p. 247 et suiv.

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et, par cette mesure seule, il les releva. Les schismatiques obtinrent de rappeler leurs évêques qui avaient été bannis et de rentrer en possession de leurs églises. On peut à peine se faire une idée de la réaction qui se fit alors. Les évêques et les prêtres donatistes , accompagnés de nombreux soldats, se jetèrent sur les églises , s'en emparèrent de vive force et massacrèrent ceux qui voulaient les défendre. Ils se portèrent aux plus odieux excès, pillant et tuant, et n'épargnant pas même les vieillards, les femmes et les enfants qui tenaient au parti de leurs persécuteurs. Tout (!Wjg£iivait servi au culte des catholiquesVils le repoussèrent et, dans leur fureur, ils n'hésitèrent point à jeter l'Eucharistie aux chiens. Le désordre fut porté au comble , non point seulement dans le pays qui avoisinait Carthage, mais encore dans la Numidie et dans les Mauritanies.

A la nouvelle de tant de violences, Julien et ceux qui dans les diverses parties de l'empire n'avaient point abandonné les doctrines du polythéisme, durent éprouver une grande joie; mais le triomphe des donatistes fut court.

Les édits de Valentinien ramenèrent bientôt pour les schismatiques de l'Afrique le temps de l'exil et de la persécution (1).

SAINT OPTAT, ÉVÊQUE DE MILEVE ; POLÉMIQUE ENTRE LES ÉCRIVAINS CATHOLIQUES ET LES ÉCRIVAINS DO- NATISTES ; LOI DE VALENTINIEN. —

Depuis l'origine du schisme, une polémique vive, ardente, s'était engagée entre les écrivains des deux Églises. Elle dura pendant près d'un siècle sans interruption. Presque tous les ouvrages qui furent composés alors et qui se rapportent aux querelles religieuses de l'Afrique sont perdus aujourd'hui.

JVous n'avons rien des donatistes.

Nous ne connaissons les opinions des schismatiques africains et les arguments qu'ils employaient dans la discussion que parles ouvrages de leurs adversaires. Parmi les plus vigoureux et les plus

(I) Indépendamment des ouvrages de saint Ciptat ( de Schism. Donat. II , 19; VI, 2 et sqq) et de saint Augustin (nous faisons surtout allusion ici à la lettre 166, al. 105, ad Donatist.) , voy. sur cette réaction : Fleuxy, t. IV, p. 67 et suiv; Polter,t. II, p. 142.

illustres de ces adversaires, il faut compter assurément Optât, évêque de Milève. « Parménien, évêque donatiste de Carthage et successeur de Donat, dit Fleury , ayant écrit contre l'Église , plusieurs catholiques avaient désiré une conférence des deux partis : mais les donatistes l'avaient refusée, ne voulant pas même parler aux catholiques ni approcher d'eux , sous prétexte de ne pas communiquer avec les pécheurs. Optât répondit donc par écrit à Parménien , ne le pouvant faire autrement. » Dans les sept livres de son ouvrage (1), l'évéque de Mi lève se propose de défendre contre les schismatiques l'unité de l'Église et de repousser toutes les accusations portées par les donatistes contre les catholiques, qu'à la fin du IVe siècle ils appelaient encore traditeurs. Optât ne se borne pas à discuter : comme le schisme des donatistes reposait tout entier , en quelque sorte , sur cette question de fait : Cécilien et les évêques catholiques, ses partisans , ont-ils livré les Écritures , au temps des persécutions ?

sont-ils traditeurs? il remonte à l'origine des dissensions et raconte. Il oppose des faits aux faits allégués par ses adversaires. C'est ainsi qu'en combattant Parménien, il mêle la narration à la discussion et suit , jusqu'à son temps, l'histoire des luttes religieuses de l'Afrique. Suivant Fleury (2), Optât écrivit son ouvrage sous Valentinien (364-375).

Comme nous l'avons dit, la violente réaction des donatistes contre les catholiques cessa avec le règne de Julien. Les schismatiques ne pouvaient désormais espérer l'impunité pour leurs excès. Les empereurs qui succédèrent à Julien n'auraient pas tardé à réprimer en Afrique les désordres que, par un sentiment de haine contre toutes les communions chrétiennes , le restaurateur du paganisme pouvait seul tolérer.

Mais les donatistes avaient à peine mis un terme à leurs vengeances , que les catholiques, à leur tour, se relevèrent et réclamèrent l'assistance du pouvoir impérial pour vaincre leurs adversaires.

(1) Quelques auteurs ont pensé que le septième livre n'avait pas été écrit par Optât.

(2) Fleury, Hist. ecclés. t. IV, p. 220 et suiv. — Voy. aussi sur saint Optât : Rohrbacher; Hist. univers, de l'Église catholique, t. VII, p. 102 et suiv.

L'UJNIVtRS.

Valentinien leur vint en aide; cependant ce ne fut qu'au mois de février de l'année 373 qu'il promulgua, à Trêves, une loi par laquelle quiconque, parmi les évêques ou les prêtres , rebaptisait , était condamné et déclaré indigne du sacerdoce : cette loi , qui atteignait les donatistes , fut adressée au proconsul d'Afrique , Julien. Il est vraisemblable toutefois que, dans les intentions de l'empereur, elle était applicable aussi aux partisans que les seliismatiques africains avaient rencontrés à Rome et en Espagne. Les donatistes ne se laissèrent point abattre par le décret de Valentinien ; la sévérité des lois impériales ne fit sans doute que raviver leur haine contre les catholiques et les affermir dans le schisme.

SAINT AUGUSTIN ; SES COMMENCE- MENTS *, IL QUITTE L'APRIQUE ; SÉJOUR A ROME ET A MILAN ; SA CONVER- SION (1). — Au moment même où l'évêquede Milève, Optât , achevait son ouvrage, saint Augustin, qui devait être l'adversaire le plus redoutable des donatistes, commençait à paraître avec éclat dans les écoles de l'Afrique. Il naquit en 354, à ïagaste, petite ville de la Numidie. Patrice , son père , était un des hommes notables de la cité; il faisait partie du corps des décurions.

Sa mère, qui exerça une si grande influence sur sa vie^ et qui tint une si grande place dans ses affections , s'appelait Monique. Il étudia d'abord à Madaure ; puis, il revint à Tagaste; de là il serendità Carthage, où il acheva ses études. Ce fut dans les écoles justement renommées de la capitale de l'Afrique, qu'en lisant les traités de Cicéron , il se prit d'un vif amour pour la philosophie. Il se mit dès lors avec une ardeur sans égale à la recherche de la vérité. Il voulut connaître les ouvrages où sont exposés les dogmes fondamentaux du christianisme; mais le style des saintes Écritures devait rebuter un homme qui étudiait assidûment Cicéron et les auteurs qui avaient vécu à la belle époque de la latinité. Il laissa donc de côté les livres chrétiens.

(I) Pour toute cette partie biographique de notre travail nous avons toujours eu sous les yeux les Confessions et la Fie de saint Augustin écrile par Possidius.

Ce fut aussi vers ce temps qu'il se laissa séduire par la doctrine des manichéens.

Augustin , après avoir achevé ses études, revint encore à ïagaste , où il enseigna successivement la grammaire et la rhétorique. Mais la petite ville où il avait pris naissance n'était pas à ses yeux un théâtre où il pût se produire avec éclat et acquérir, comme maître, la gloire que sans doute il avait rêvée. Il quitta donc Tagaste et reprit le chemin de Carthage. Il reparut comme professeur dans les écoles de cette ville; mais il n'y fit pas un long séjour. Il se décida à passer la mer, et, trompant la vigilante tendresse de sa mère, il s'embarqua pour l'Italie etvintà Rome.

Là, il continuaitàétudier les philosophes, lorsque la ville de Milan demanda au préfet Symmaque un professeur de rhétorique. Sur la puissante recommandation des manichéens , et après avoir, au préalable , prouvé sa capacité par un discours , Augustin fut désigné aux citoyens de Milan. Nous devons remarquer ici que , déjà à cette époque, Augustin n'avait plus confiance en la doctrine des manichéens ; ses rapports et ses discussions avec les hommes les plus influents de la secte , avec l'évêque Fauste surtout, avaient jeté le doute dans son esprit; toutefois il ne s'était pas encore séparé ouvertement de ceux dont il avait été pendant plusieurs années le sincère partisan.

En 384, il se rendit à Milan, où arrivèrentbientôt Monique sa mère etdeux hommes, comme lui originaires de l'Afrique, et qu'il chérissait entre tous, Alypius etNebridius. C'était dans cette ville que devait commencer pour Augustin une vie nouvelle.

Son esprit, en proie depuis si longtemps à l'incertitude, et qui avait cherché en vain la vérité, soit dans les livres de Cicéron et des académiciens, soit dans le système des manichéens, se fixa. Les vœux ardents de Monique , les sermons de saint Ambroise, et plus encore les ouvrages de Platon, qu'il lut clans une traduction latine , mirent fin à toutes ses irrésolutions.'Platon, comme il l'avoue, lui fit entrevoir la vérité tant désirée. Puis, les saintes. Écritures, qu'il étudia alors avec attention et avec ardeur, achevèrent de lui dévoiler ce qui

AFRIQUE CHRÉTIENNE

n'apparaissait encore que d'une manière vague et confuse , même dans la plus sublime des doctrines de la philosophie grecque. Il voulut être sincèrement chrétien.

Pour se préparer avec plus de recueillement au baptême , Augustin cessa d'enseigner et se retira dans une maison de campagne avec sa mère et Adéodat, fils de l'une des femmes nombreuses qu'il avait aimées. Il fut suivi dans sa retraite par ses amis les plus chers. Ce fut là qu'à la suite de doux et graves entretiens, il composa plusieurs ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous. Il écrivit d'abord contre les académiciens; puis il fit les deux traités de la Vie heureuse et de l Ordre. Il commença aussi les Soliloques, qu'il compléta plus tard par le traité de / Immortalité de Vâme. Peu de temps après, il composa encore deux traités : celui de la Grammaire, qui n'est point arrivé jusqu'à nous , et celui de la Musique , qui ne fut achevé qu'en Afrique. Au printemps de l'année 387, il revint à Milan , où il fut baptisé avec Adéodat, son fils, et Alypius, son ami, par saint Ambroise.

AUGUSTIN QUITTE MILAN; IL PERD SA MÈRE, SÉJOUR AROME ; IL REVIENT EN AFRIQUE; LUTTES CONTRE LES MANICHÉENS ET LES DONATISTES; SA retraite; il est NOMMÉ SUCCESSI- VEMENT PRETRE ET ÉVEQUE DE l'É-

glise d'hippone. — Augustin .après son baptême, prit la résolution de retourner en Afrique. Il quitta Milan, et accompagné de sa mère et de son fils, il se dirigea vers le port d'Ostie. Il attendait le moment de s'embarquer, lorsque Monique fut prise d'une fièvre qui l'emporta en neuf jours. Augustin ressentit à la mort de sa mère une violente douleur qui bouleversa pour un instant tous ses projets. Il ne songea plus à l'Afrique et, d'Ostie, il vint à Rome, où il séjourna pendant plus d'une année. Il ne cherchait plus alors à briller dans les écoles; il voulait, avant tout, mettre au service de la doctrine qu'il venait d'embrasser les connaissances qu'il avait acquises et son éloquence. Il attaqua l'hérésie avec force, et par une réaction naturelle chez un nouveau converti , il combattit d'abord ceux dont il avait partagé les erreurs. Il composa

deux livres : l'un sur la Morale et les mœurs de l'Église catholique , l'autre sur la Morale elles mœurs des manichéens. Le résultat de cette comparaison, on le cqnçoit aisément, est tout entier à l'avantage de l'Église catholique. Augustin ne se contenta pas de montrer au grand jour la corruption des manichéens ; il les attaqua dans un des points fondamentaux de leur système ; et en examinant cette question : D'où vient le mal ? il combattit la doctrine des deux principes, l'un bon, l'autre mauvais , qu'ils admettaient. Ce fut sans doute cette controverse qui le conduisit à écrire son traité du Libre arbitre. En faisant au libre arbitre, dans tous les actes, une large part (beaucoup plus large quecellequ'il lui accorda plus tard , dans la lutte contre Pelage et Célestius), il réfutait encore la doctrine des deux principes. Il n'acheva ce dernier traité qu'en Afrique, où il arriva enfin dans les derniers mois de l'année 388.

II demeura quelque temps à Carthage; puis, il revint à Tagaste, où il vécut, pendant trois ans environ, dans une profonde retraite. Il y acheva son ouvrage de la Musique, il composa à la même époque les deux livres de la Genèse, destinés à réfuter l'opinion des manichéens sur l'Ancien Testament, le livre du Maître, qui est un dialogue entre lui et son fils Adéodat, et le traité delà Vraie religion. Il sortit enfin de la retraite, et sur la demande d'un de ses amis qui voulait quitter le siècle et désirait ardemment le voir et l'entendre , il vint à Hippone. Il y fut retenu malgré lui , en quelque sorte, par les vœux du peuple ; et pour l'attacher à son église, l'évêque Valère l'ordonna prêtre, en 391. Le dernier lien qui unissait Augustin au monde avait été rompu par la mort prématurée d'Adéodat. Aussi , dès qu'il fut entré dans les ordres sacrés , il redoubla d'austérités, et sa vie fut encore plus retirée qu'à Tagaste. Il fonda un monastère ou il rassembla autour de lui ses amis les plus chers, Alypius, Evo^ dius et Possidius. Il ne sortait de sa retraite que sur les ordres de Valère, son évêque , pour instruire le peuple toujours avide de l'entendre.

La réputation d'Augustin était déjà grande à cette époque. Les évêques s*a-

L'UNIVERS

dressaient volontiers à lui pour lui demander des prières et des conseils.

D'autre part, il exerçait sur le peuple qu'il instruisait une autorité sans bornes. Ainsi, jusqu'à son temps, les évêques s'étaient en vain opposés dans la ville à certaine fête qui entraînait à sa suite la débauche et de graves désordres.

Un concile même, tenu à Hippone en 393, n'avait pu abolir les vieux usages. En 394, la parole seule d'Augustin fut plus puissante que les décrets du concile et que les exhortations des évêques ; elle lit cesser la fête populaire.

Au milieu des occupations nombreuses que lui imposait sa qualité de prêtre, Augustin trouvait encore le temps de servir l'Église par ses ouvrages. Il écrivait son traité de l'Utilité de croire , pour ramener à la foi un de ses amis appelé Honorât, et son livre des Deux âmes, pour réfuter les manichéens. Il attaqua encore ces derniers, en 394 , en soutenant contre l'un d'eux , Adimante , que l'Ancien et le Nouveau Testament n'étaient pas ooposés l'un à l'autre, et que là même où ils semblaient se contredire, il était facile de les concilier. Il entrait aussi volontiers en conférence publique avec les ennemis de sa doctrine ; c'est ainsi qu'en 392 il discuta pendant deux jours contre le prêtre manichéen Fortunat, qui s'avoua vaincu.

Mais en Afrique ce n'était point le manichéisme qui avait porté les plus rudes coups à l'unité de l'Église ; le catholicisme avait dans cette contrée des adversaires plus puissants et plus nombreux , les donatistes. Les partisans du schisme dominaient dans un grand nombre de provinces. Dans une de leurs réunions à Bagaîa , on compta plus de quatre cents évêaues dissidents. Augustin tourna bientôt tous ses efforts contre ces redoutables ennemis. Il essaya d'abord de ramener, par la persuasion, les donatistes nombreux qui se trouvaient à Hippone; puis il composa unesorte de chanson populaire où il racontait l'histoire du donatisme. Il mêla au récit une réfutation du schisme. La formequ'il avait adoptée dut contribuer singulièrement à propager son œuvre.

Ses idées étaient mises ainsi à la portée de tous, et pouvaient aisément pénétrer dans les villes et les campagnes, au sein

de la classe opprimée qui avait été gagnée presque tout entière à la cause du schisme.

Ce fut vers cette époque que Valère , accabléd'ans et d'infirmités, choisit Augustin pour coadjuteur et le fit nommer évêque d'Hippone.

TRAVAUX D' AUGUSTIN DANS L'ÉPIScopat; IL COMBAT les hérésies; SA réputation s'étend au loin. — L'épiscopat ne changea en rien la vie d'Augustin. Il sortit , il est vrai , du monastère qu'il avait choisi pour asile ; mais, au milieu du monde auquel il devait dès lors se mêler, il conserva les habitudes austères que depuis sa conversion il s'était imposées. Seulement son activité devint plus grande et le cercle de ses travaux s'agrandit. Il faisait au peuple de fréquentes instructions, visitait ou accueillait tous les citoyens d'Hippone qui réclamaient son assistance, et intervenait comme juge et comme médiateur daus les différends qui s'élevaient entre les membres de son Église.

On conçoit à peine qu'au milieu d'occupations 'si diverses et si nombreuses , Augustin ait trouvé pour écrire quelques instants de loisir. Cependant dans les premiers temps de son épiscopat, il composa le Combat chrétien et le livre de la Croyance aux chosesqu'on ne voit pas. Un peu plus tard, vers 397, il reprit la lutte contre les manichéens, et réfuta d'abord la lettre de Manès, appelée rÉpitre du fondement ; puis, il fit ses Trente-trois livres contre Fauste. Les ariens fixèrent aussi son attention, et il commença, pour les combattre, ses quinze livrés de la Trinité. Il écrivait aussi à la même époque le plus connu de tous ses ouvrages , les Confessions.

Tant d'activité et de science portèrent au loin la réputation d'Augustin. On le consultait de toutes parts. Pour lui , il répondait avec un zèle infatigable aux demandes qu'on lui adressait. Ce fut ainsi qu'au milieu des grands travaux que nous venons d'énumérer, il composa pour Deogratias, diacre de l'Église de Carthage, un traité sur la manière d'instruire les ignorants , et qu'il fit ( vers 397 ) deux livres pour résoudre certaines questions qui lui avaient été soumises par Simplicien,

AFRIQUE CHRÉTIENNE

évêque de Milan et successeur de saint Ambroise. Le dernier de ces deux livres mérite une sérieuse attention. II y expose déjà clairement, à propos de ces paroles de l'Apôtre, « Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu? » cette doctrine de la grâce qui annihilait complètement le libre arbitre, et qu'il devait pousser jusqu'à ses dernières conséquences, dans sa lutte contre Pelage.

LES DONATISTES', LEUBS DIVISIONS; LIVRES DE SAINT AUGUSTIN ; CONCI- LES. — Mais alors Augustin était surtout occupé par ses discussions contre les donatistes. L'occasion était bien choisie pour combattre le schisme. Depuis plusieurs années déjà, l'église donatiste était en proie à de grandes divisions. Vers la fin du siècle , les opinions de Ticonius, qui fut parmi les dissidents , suivant saint Augustin luimême, un éloquent et savant docteur, fournirent un nouvel aliment aux querelles et aux dissensions. La mort de Parménien, évêque donatiste de Carthage, acheva de désorganiser le schisme. Primien , qui fut élu , vers l'an 392 , avait excommunié un de ses diacres, Maximien. Ce dernier, pour se venger, se fit un parti, et occupa par la force le siège de celui qui l'avait condamné.

Deux conciles se prononcèrent contre Primien ; mais un troisième, qui se tint à Bagaïa, prit sa défense et déclara coupable Maximien et ses adhérents. Ce fut là l'occasion d'une guerre où primianistes et maximianistes montrèrent une ex.trême violence.

Il faut encore ajouter à ces deux partis , dont le premier dominait à Cartilage, dans la Proconsulaire et la Numidie , et le second, dans la Byzacène, celui des rogatlstes, qui l'emportaient par le nombre sur tous les autres dissidents, dans la Mauritanie césarienne.

Augustin voyait avec joie toutes ces divisions. Elles lui fournissaient, dans ses conférences avec les évêques donatistes, avec Glorius et Fortunius, par exemple , aussi bien que dans ses écrits contre le schisme, des arguments sans réplique. Ce fut vers Tan 400 qu'il composa trois livres pourréfuter une lettrede Parménien adressée à Ticonius; sept livres sur la question tant controversée du baptême , et trois livres enfin contre

AFR. CHRÉT

les lettres de Pétilien , évêque donatiste de Cirta ou Constantine.

L'Église catholique d'Afrique , aussi bien qu'Augustin, avait repris courage et force. Elle multiplia alors les conciles. Les Pères se réunirent une fois à Hippone ; mais en général Carthage était le lieu fixé pour les assemblées. En 398, on compta dans la capitale de l'Afrique, sous la présidence d'Aurélius, deux cent quatorze évêques. La question du schisme était toujours agitée dans ces grandes réunions, et les Pères ne se séparaient jamais sans avoir promulgué quelques canons contre les donatistes.

DERNIERS VESTIGES DU POLYTHEIS- ME EN AFRIQUE ; LE TEMPLE DE JUnon-céleste; POLÉMIQUE DE SAINT AUGUSTIN CONTRE LES PAÏENS. — Le

schisme et l'hérésie n'étaient pas les seuls ennemis que l'Église catholique et saint Augustin eussent à combattre en Afrique. Le paganisme avait laissédans cette contrée une profonde empreinte.

Dans les Mauritanies, la Numidie, la Proconsulaire, la Byzacène, à Carthage même, on trouvait encore, au commencement du Ve siècle , de nombreux adorateurs des anciens dieux. Les temples avaient été fermés , il est vrai , par ordre de Théodose; mais la sévérité des lois impériales n'empêchait pas les païens de se livrer, comme par le passé, aux pratiques de leur religion, et ils ne cessèrent point dans les jours solennels de se rassembler pour faire des sacrifices. La plus célèbre et la plus vénérée de toutes les divinités de l'Afrique était l'Astarté des Phéniciens. La race punique n'avait point été anéantie tout entière au moment où Scipion avait renversé l'ancienne Carthage. Parmi les hommes de cette race, beaucoup échappèrent alors au fer des Romains ou à l'esclavage, et continuèrent à vivre sur la terre d'Afrique. Les descendants des Phéniciens se soumirent, il est vrai, aux lois des vainqueurs; mais ils ne perdirent pour cela ni leur caractère national ni les traditions de leurs ancêtres. Ils conservèrent leurs dieux et leur culte, et les rapportèrent dans la colonie de Caïus Gracchus, où ils relevèrent le temple d'Astnrté. 11 était dans la politique des Romains, non de combattre les croyances religieuses des vaincus, mais de les

L'UNIVERS

adopter, ou plutôt de les combiner avec leurs propres croyances. Ainsi , ils essayèrent de concilier le culte d'Astarlé avec celui de leurs divinités , et sous le nom de Junon-Céleste ils adorèrent la déesse phénicienne. Le temple de Junon-Céleste fut, au temps de l'empire, le plus riche et le plus révéré de Carthnge : Théodose le fit fermer en 391. Un peu plus tard, l'évêque Aurélius en prit possession et le dédia au Christ.

Mais après cette consécration, les païens ( c'étaient sans doute des hommes de race punique et les derniers descendants des Carthaginois) ayant osé pénétrer dans son enceinte pour y renouveler en l'honneur d'Astarté leurs sacrifices et leurs cérémonies, il fut renversé de fond en comble (1).

L'empereur Honorius, dans son zèle, ne se borna pas à persécuter en Afrique le polythéisme oriental, grec ou romain; il envoya aussi dans les diverses provinces des ofliciers qui avaient pour mission de détruire, comme cela se fit avec éclat dans la Mauritanie, les images des dieux adorés par les populations indigènes. Mais les païens étaient encore nombreux et puissants sous le Gis de Théodose, et plus d'une fois ils opposèrent une vive résistance aux édits impériaux. A Suffète, par exemple, dans la Byzacène, ils massacrèrent soixante chrétiens qui avaient brisé une statue d'Hercule.

lis écrivirent aussi pour défendre leurs croyances ; et parmi eux il se trouva des hommes instruits et éloquents qui firent une rude guerre au christianisme. Ce fut l'infatigable Augustin qui, oubliant alors pour un instant le schisme et l'hérésie, se chargea de réfuter les doctrines du polythéisme. Depuis longtemps les païens faisaient valoir contre la religion chrétienne un argument qui pouvait ébranler les ignorants. Ils disaient : Quand nos dieux étaient adorés, il y avait sur cette terre, pour les hommes, bonheur et sécurité.

C'est avec l'assistance de ces dieux que Rome a conquis le monde, qu'elle l'a soumis à ses lois et qu'elle a rassem-

(I) Voy. sur la religion des Carthaginois, le temple d Astarté et la persistance delà race punique en Afrique, notre Histoire de Carthayp, p. 139, 145 et 15:J.

blé, pour ainsi dire, pour le protéger et le défendre, tout le genre humain dans son vaste empire. Tant que notre religion a régné sans partage, l'empire romain n'a pas rétrogradé et nul barbare n'a franchi impunément ses frontières. Qu'est-il arrivé après le triomphe du christianisme? l'empire a été en proie à d'effroyables calamités ; il a été sans cesse harcelé, envahi, ravagé, amoindri par les populations barbares.

Nos dieux se sont vengés, et il semble même qu'ils aient fait éclater particulièrement leur colère à l'égard des empereurs partisans et protecteurs du christianisme. Y eut-il jamais une famille plus malheureuse que celle de Constantin? Il faut donc attribuer à notre religion les anciennes prospérités de l'empire, et au christianime tous les maux qui nous accablent. Voilà le grand argument que firent valoir souvent avec une haute éloquence, comme Libanius et Symmaque, les défenseurs du polythéisme. La prise de Rome, par Alâric, en 410, sembla justifier les raisons des païens. Le coup qui avait frappé la ville éternelle eut dans toutes les provinces un long retentissement.

Il y eut alors bien des hommes qui , dans des instants de doute et de découragement, furent tentésd'attribuerau christianisme les calamités de l'empire.

Ce fut au milieu de ces grandes catastrophes que se mirent à l'œuvre Paul Orose et Augustin : l'un composa son Histoire, l'autre sa Cité de Dieu. Tous deux par des voies diverses tendaient au même but. Ils voulaient raffermir leurs frères qui chancelaient, amener à la foi ceux qui ne croyaient pas encore, et pour cela ils s'efforcèrent de montrer à tous les yeux combien étaient vaines les accusations que lepolythéisme, aigri par sa récente défaite et le sentiment de son impuissance, avait portées contre le christianisme victorieux.

les donatistes sont poursuivis avec acharnement; conciles de carthage; conférences de l'an 41 1 ; condamnation des donatistes;

LE TRIEUN MARCELLIN; LOI d'HONO-

rtus. — Quels que fussent les travaux d'Augustin, ses yeux et son attention ne se détournaient jamais des donatistes. L'extinction du schisme était sa

AFRIQUE CHRÉTIENNE

grande affaire et , en cela , il se conformait à la pensée de tous les catholiques de l'Afrique. Il arriva un moment où ceux-ci, poussés par le vif désir d'opérer la réunion des deux Églises, recoururent au moyen extrême d'invoquer l'intervention du pouvoir temporel. En 404, les Pères d'un concile rassemblé à Carthage s'adressèrent à l'empereur pour obtenir de lui aide et appui dans leur lutte contre le donatisme. Dès lors ils ne cessèrent plus d'implorer son assistance. Honorius accueillit leurs demandes, et pour obéir aux instructions qu'ils avaient reçues de Ravenne, les officiers qui gouvernaient l'Afrique traitèrent les partisans du schisme avec une excessive rigueur. Mais ce fut surtout vers 410 que l'empereur donna aux catholiques des preuves éclatantes de sa bienveillance.

Il y avait longtemps qu'on voulait amener les évêques des deux Églises à discuter , dans une conférence publique, lesmotifsde la séparation. Depuis Théodose, les catholiques désiraient ardemment cette conférence. Ils l'offrirent plusieurs fois aux donatistes. Ceux-ci, prévoyant les résultats qu'entraînerait inévitablement à sa suite une condamnation sous des empereurs qui leur étaient ouvertement hostiles, repoussèrent jusqu'en l'année 410 les propositions des catholiques. Alors quelquesuns d'entre eux se laissant entraîner acceptèrent la discussion publique. Les catholiques et l'empereur Honorius se hâtèrent de profiter de ces dispositions, et un rescrit émané de la chancellerie impériale enjoignit aux évêquesdes deux Églises de se rendre à Carthage. « Ce rescrit, dit Fleury , fut adressé à Flavius Marcellin, tribun et notaire, dignité alors considérable. C'était un homme pieux et ami de saint Jérôme et de saint Augustin, comme il paraît par leurs lettres. Le rescrit ordonne que les évêques donatistes s'assembleront à Carthage dans quatre mois, afin que les évêques choisis de part et d'autre puissent conférer ensemble. Que si les donatistes ne s'y trouvent pas , après avoir été trois fois appelés, ilsseront dépossédés de leurs églises. Marcellin est établi juge de la conférence, pour exécuter cet ordre et les autres lois don-

nées pour la religion catholique , et l'empereur lui donne pouvoir de prendre entre les officiers du proconsul, du vicaire, du préfet du prétoire et de tous les autres juges, les personnes nécessaires pour l'exécution de sa commission. Le rescrit est daté de Ravenne, la veille des ides d'octobre, sous le consulat de Varane , c'est-à-dire le quatorzième d'octobre 410 Le tribun

Marcellin étant venu à Carthage donna son ordonnance, par laquelle il avertit tous les évêques d'Afrique, tant catholiques que donatistes, de s'y trouver dans quatre mois, c'est-à-dire le premier jour de juin, pourytenirunconcile.il charge tous les officiers des villes de le faire savoir aux évêques et de leur signifier le rescritde l'empereuret cette ordonnance. Il déclare, quoiqu'il n'en eût pas d'ordre de l'empereur, que l'on rendra aux évêques donatistes qui promettront de s'y trouver, les églises qui leur avaient été ôtées selon les lois, et leur permet de choisir un autre juge, pour être avec lui l'arbitre de cette dispute. Enfin il leur proteste avec serment qu'il ne leur fera aucune injustice, qu'ils ne souffriront aucun mauvais traitement, et retourneront chez eux en pleine liberté.

Il défend cependant que Ton fasse aucune poursuite, en vertu des lois précédentes. Cet édit était du quatorzième des calendes de mars , c'est-à-dire du seizième de février 411, en sorte que les quatre mois, à la rigueur, échéaient le seizième de mai ; mais par indugence il donnait jusqu'au premier de juin.

Les évêques donatistes se rendirent à Carthage au plus grand nombre qu'ils purent, pour montrer que les catholiques avaient tort de leur reprocher leur petit nombre. La lettre que chacun de leurs primatsenvoya, selon la coutume, à ceux de sa province, et que l'on nommait Tractoria, portait que, toutes affaires cessant, ils se rendissent à Carthage en diligence, pour ne pas perdre le plus grand avantage de leur cause.

En effet, tous y vinrent, excepté ceux que la maladie' ou l'extrême vieillesse: retint chez eux , ou arrêta en chemin; et ils se trouvèrent environ deux cent soixante et dix. Ils entrèrent à Carthage le dix-huitième de mai, en corps et en procession , en sorte qu'ils attirèrent les

yeux de toute la ville : les évêques catholiques entrèrent sans pompe et sans éclat, mais au nombre de deux cent quatre-vingt-six. Quand ils furent tous arrivés, Marcellin publia une seconde ordonnance, où il avertit les évêques d'en choisir sept de chaque côté pour conférer, et sept autres pour leur servir de conseil en cas de besoin, à la charge de garder le silence, tandis que les premiers parleraient. Le lieu de la conférence, ajoute-t-il, sera les thermes Gargiliennes. Aucun du peuple, ni même aucun autre évêquen'y viendra, pour éviter le tumulte. Mais avant le jour de la conférence tous les évêques de l'un et de l'autre parti promettront par leurs lettres, avec leurs souscriptions, de ratifier tout ce qui aura été fait par leurs sept députés. Les évêques avertiront le peuple, dans leurs sermons, de se tenir en repos et en silence. Je publierai ma sentence, et l'exposerai au jugement de tout le peuple de Carthage : je publierai même tous les actes de la conférence , et , pour plus grande sûreté, je souscrirai le premier à toutes mes paroles, et tous les commissaires souscriront de même aux leurs, afin que personne ne puisse nier ce qu'il aura dit (1). »

Pour plus de sûreté encore, Marcellin choisit, dans chaque parti , quatre évêques chargés de surveiller la rédaction des actes de la conférence. Puis, il s'occupa de maintenir à Carthage la tranquillité publique. L'affluence des étrangers devait être grande alors dans cette ville déjà si populeuse; toutefois rien n'indique que des désordres y aient éclaté. Les évêques exhortèrent le peuple à la modération et à la paix, mais nul, il faut le croire, n'exerça plus d'autorité sur la foule que saint Augustin. Dans ces circonstances solennelles l'évêque d'Hippone était accouru pour donuer à l'Église dont il était déjà depuis longtemps un des plus fermes soutiens, l'appui de son érudition, de son éloquence et de son nom. Quand on. eut réglé l'ordre de la conférence, les catholiques le mirent au nombre de leurs sept commissaires, lui adjoignant ses amisles plus chers : Alypius deïagaste, Possidius de Calame et Aurelius de Carthage.

(I) Fleury ; Hist. ecclés. , t. V , p. 317 , 320 et

Enfin, le moment de comparaître et de discuter arriva. Alors les donatistes, qui se défiaient de Marcellin et de ses vingt assesseurs laïques, et qui se croyaient sans doute condamnés à l'avance, élevèrent'^ ifficultés sur difficultés pour arrêter la conférence. D'abord Petilien de Cirta contesta au délégué impérial le droit de siéger dans une réunion d'évêques et de décider dans une question purement religieuse. Puis, les prélats donatistes demandèrent à assister à la discussion, non plus au nombre fixé par Marcellin, mais en corps. Ces débats préliminaires durèrent longtemps, il est vrai, mais ils ne firent pas perdre de vue aux catholiques le but qu'ils s'étaient proposé. Ils entamèrent la discussion ; ils parlèrent du schisme en général; ensuite ils abordèrent la question de fait depuis un siècle controversée qui concernait Cécilien et son élection. On lit dans les documents contemporains que les donatistes ne purent répondre aux arguments de leurs adversaires. « Enfin le tribun Marcellin dit : Si vous n'avez rien à dire au contraire, trouvez bon de sortir, afin que l'on puisse écrire la sentence qui prononce sur tous les chefs. Ils se retirèrent départ et d'autre; Marcellin dressa la sentence , et ayant fait rentrer les parties, il leur en fit la lecture. Il était déjà nuit, et cette action finit aux flambeaux quoiqu'elle eût commencé dès le point du jour, et que ce fut le huitième de juin. Aussi les actes en étaient trèslongs, et contenaient cinq cent quatrevingt-sept articles. Il nous en reste deux cent quatre-vingt-un , c'est-à-dire jusques à l'endroit où saint Augustin commençait à traiter la cause générale de l'Église. On a perdu le reste , qui contenait plusieurs actes importants et curieux; mais saint Augustin nous en a conservé la substance et nous avons la table entière des articles, dressée par un officfer nommé Marcel , à la prière de Severien et de Julien. La sentence du tribun Marcellin ne fut proposée en public que le vingt-sixième de juin. Il y déclare que comme personne ne doit être condamné pour la faute d'autrui, les crimes de Cécilien, quand même ils auraient été prouvés, n'auraient porté aucun préjudice à l'Église universelle;

AFRIQUE CHRÉTIENNE

qu'il était prouvé que Dona était l'auteur du schisme ; que Cécilien et son ordinateur Félix d'Aptonge avaient été pleinement justifiés. Après cet exposé, il ordonne aux magistrats, aux propriétaires et locatairesdes terres d'empêcher les assemblées des donatistes dans les villes et en tous lieux ; et à ceux-ci de délivrer aux catholiques les églises qu'il leur avait accordées pendant sa commission; que tous les donatistes qui ne voudront pas se réunira l'Église, demeureront sujets à toutes les peines des lois , et que pour cet effet tous leurs évêques se retireront incessamment chez eux; enfin, que les terres où l'on retire des troupes de circoncellions seront confisquées. Ces actes delà conférence furent rendus publics, et on les lisait tous les ans tout entiers dans l'Église à Carthage, à Tagaste , à Constantine , à Hippone et dans plusieurs autres lieux; et cela pendant le carême, lorsque le jeûne donnait au peuple plus de loisir d'entendre cette lecture. Toutefois, il y avait peu de gens qui eussent la patience de les lire en particulier , à cause de leur longueur et des chicanes dont les donatistes avaient affecté de les charger. C'est ce qui obligea saint Augustin d'en faire un abrégé, qui en comprend toute la substance; et il y avait ajouté des nombres, pour avoir facilement recours aux actes mêmes. Les donatistes se déclarèrent appelants de la sentence de Marcel lin, sous prétexte qu'elle avait été rendue de nuit et que les catholiques l'avaient corrompu par argent : ce qu'ils avançaient au hasard sans aucune preuve.

Ils disaient aussi que Marcellin ne leur avait pas permis de dire tout ce qu'ils voulaient, et qu'il les avait tenus enfermés dans le lieu de la conférence, comme dans une prison. Mais saint Augustin réfuta ces calomnies par un traité qu'il lit ensuite, adressé aux donatistes laïques, où il releva tous les avantages que l'Église catholique avait tirés de la conférence, les efforts que les donatistes avaient faits pour éviter qu'elle ne se tînt; l'es chicanes dont ils avaient usé pour ne point entrer en matière ; les plaintes qu'ils avaient répétées deux fois , qu'on les y faisait entrer malgré eux ; enfin ce mot important qui leur était échappé, qu'une affaire, ni une

personne ne fait point de préjugé contre une, autre. Cependant le tribun Marcellin ayant fait son rapport à l'empereur Honorius de ce qui s'était passé dans la conférence, et les donatistes ayant appelé devant lui, il y eut une loi donnée à Ravenne, le troisième des calendes de février, sous le*neuvième consulat d'Honorius et le cinquième de Théodose, c'est-à-dire le troisième de janvier 412, qui, cassant tous les rescrits que les donatistes pouvaient avoir obtenus , et confirmant toutes les anciennes lois faites contre eux , les condamne à de grosses amendes , suivant leur condition, depuis les personnes illustres jusqu'au simple peuple, et les esclaves à punition corporelle ; ordonne que leurs clercs seront bannis d'Afrique et de toutes les églises rendues aux catholiques. La conférence fut le coup mortel du schisme des donatistes ; et depuis ce temps ils vinrent en foule se réunir à l'Église, c'est-à-dire les évêques avec les peuples entiers (1). »

En effet, la masse des schismatiques, suivant la remarque de Fleury et de quelques autres historiens, revint à l'Église catholique. Mais cette conversion, œuvre de la force , n'était point sincère. Les donatistes voulaient, avant tout, échapper aux amendes, à l'expropriation , à l'exil, à tous les châtiments enfin prononcés par l'édit d'Honorius contre ceux qui persévéraient dans le schisme. Ils conservaient sous les dehors d'une apparente soumission un vif ressentiment de leur défaite. Ils le montrèrent bientôt. Deux ans à peine s'étaient écoulés depuis la conférence de Carthage, qu'ils profitèrent de la rébellion du comte Héraclien et des désordres qui la suivirent pour se venger. Us s'attachèrent surtout à perdre le tribun Marcellin, le plus implacable de leurs ennemis. Us lefirent décapiter avec son frère. Quand le pouvoir impérial se fut raffermi en Afrique, ils cédèrent et se soumirent de nouveau. Us vécurent ainsi , cachant leur haine, jusqu'en l'année 429, où l'invasion des barbares leur offrit l'occasion d'exercer sur les catholiques de nouvelles vengeances.

OPINIONS DE SAINT AUGUSTIN SUR (i) Fleury; ffist. ecclés., t. V, p. 345 et sulv.

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