‹ Afrique. Tableau generalChapitre 25 sur 232 · HÉRODOTE, I · texte numérisé non relu

HÉRODOTE, I

L'UNIVERS

core des Cantavriens sur le territoire dépendant d'Alger, et des Austures vers la Tripolitaine, comme l'Hispanie avait ses Cantabres et ses Astures non loin du fleuve Magrada , homonyme lui-même du Megerdah tunisien.

D'autres, rêveurs érudits, ou physiologistes ingénieux, au lieu de redemander l'histoire primitive des Africains à des traditions presque perdues, ont mieux aimé la chercher dans d'aventureuses hypothèses, et leurs conjecturales narrations nous montrent dans le nègre l'aîné de la création , fils de la terre et du hasard , prenant naissance aux neigeuses montagnes de la Lune, où trouva plus tard aussi son berceau l'homme qui depuis, descendu dans le Sennâr, engendra l'Égyptien et l'Arabe et l'Atlante : la race nègre, longtemps plus nombreuse, soumit et domina d'abord la race blanche ; mais celle-ci, graduellement multipliée, secouant le joug de ses maîtres, et d'esclave devenant maîtresse à son tour, les condamna a porter désormais ces tyranniques fers qu'elle venait de briser; des siècles ont passé, et sa vieille colère n'est point encore apaisée.

INDICES HISTORIQUES SUR L'ORIGI- NE, LES MIGRATIONS ET LES RÉ- VOLUTIONS POLITIQUES DES PEU- PLES NÈGRES.

Ne nous arrêtons pas davantage à de tels récits, arbitraires imaginations que l'histoire ne saurait adopter :

c'est dans les traditions nationales, dans l'archéologie des langues et des monuments, qu'il faut chercher les vestiges des origines et des révolutions africaines; et quand l'étude de la généalogie des nations est impuissante à nous révéler leur berceau, force nous est de les considérer comme aborigènes et autochthones , en dépit de cette curiosité qui nous entraîne à remonter sans cesse l'échelle des siècles pour découvrir le commencement des choses. Il faut bien reconnaître que nul indice subsistant ne rappelle la venue en Afrique d'aucun des peuples oulotriques répandus sur la majeure partie de ce continent ; et leur enfance,

qui persiste encore, n'a point recueilli de souvenirs du passé.

Les races australes, pour lesquelles n'a point déjà lui l'aurore de la civilisation, n'ont à raconter que leur propre naissance : encore est-ce de leurs tribus Jes moins sauvages que Kolbe apprit la tradition de Noh et de sa femme Hingnoh, premier couple générateur, que Dieu introduisit au monde par un soupirail; mais elles ne savent rien des déplacements territoriaux qu'elles ont subis, et la nomenclature géographique du pays que les Kafres leur ont enlevé vient seule nous instruire des anciennes limites de la terre des Hottentots.

Les races centrales, beaucoup plus avancées, sont néanmoins trop jeunes encore pour avoir de vieux souvenirs :

leur histoire se borne à la mémoire de quelques migrations peu anciennes; migrations qui affectent en général un mouvement vers l'ouest ou vers le sud, comme s'il existait au nord-est une puissance impulsive toujours la même. Sans parler des prétendus peuples Jagas, que Bruce a voulu identifier aux Aga'zyan de PAbyssinie, nous voyons à l'ouest les peuples du Congo, que leurs traditions aussi bien que leur langue rattachent aux Molouas du nord-est, tandis qu'à l'orient, derrière les Arabes de la côte, incontestablement venus du nord, nous sont indiqués des peuples maravis, dont le nom, ainsi que déjà nous l'avons annoté, offre la plus intime liaison avec celui de l'antique Méroé; et que ce rapprochement onomastique ne semble point une de ces coïncidences fortuites et sans portée, auxquelles un esprit sage ne peut raisonnablement s'arrêter : car à une distance pareille du point de départ, mais cette fois dans la direction de l'ouest, la même coïncidence se reproduit, sous des formes que l'orthographe anglaise a écrites Mallowa et Marroa , faciles à rétablir en Méraoueh ; et ici le nom est accompagné de traditions, que le sultan Mohhammed-b-Ellah nous a transmises dans ses annales de Takrour, curieuse esquisse historique d'une

HISTOIRE DE L'AFRIQUE

partie de l'Afrique centrale, où il assure que le Ghouber et le Mêly ont été peuplés par des Coptes. Ce livre nous montre également, d'un côté le Bornou recevant par l'est des Berbers expulsés du Yémen, et par le nord-est des Touâreq d'Aougélah ; et d'un autre côté le Yaoury et le Ya'rbali tirant leur population de tribus kana'néennes chassées de l'Arabie.

Sans examiner si les Aschantys sont venus de l'Abyssinie, ainsi que le pensait Bowdich, toujours est-il qu'ils sont arrivés de l'intérieur à la côte, comme ont fait aussi leurs voisins les Daoumans et les Yébous. Enfin, dans la Sénégambie, les Mandings se disent issus des Bambarras de l'est, les Peuls des Fellâtahs; et les Ouolofs euxmêmes, moins nouveaux dans leurs demeures actuelles, en ont jadis refoulé vers l'ouest et le sud les anciens possesseurs sérères. i\lais à l'opposite une race conquérante effectue sa marche du sud au nord , et les farouches Gailas viennent ainsi déborder sur l'Abyssinie.

A côté de ces vagues indices des migrations des peuples nègres, l'histoire doit enregistrer quelques notions éparses, acéphales et mutilées, des révolutions politiques de leurs empires :

il fut chez eux, en effet, quelques grandes monarchies , comme celles de ÎVIotapa , de Congo , de Gjolof, de Ten- Boktoue, aujourd'hui écroulées; il en est encore dont la puissance séculaire a persisté, comme celles de Bornou, de Ya'rbah, et autres moins connues; enfin il en est aussi de nouvelles, comme Aschanty, que Say-ïoutou- Kouamynah a, de nos jours, rendue redoutable même à des troupes européennes , et Haousâ , fondée par O'tsman-Dzou-el-Nafadhyah, et portée à un haut degré de splendeur par son fils Mohhammed-b-Ellah , l'hôte de Clapperton.

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