ORIGINE ET HISTOIRE ANCIENNE DES ÉGYPTIENS
Les races africaines du nord ont seules une histoire suivie, et l'Egypte étale sur ses monuments des fastes
qui remontent aux siècles les plus reculés. Avant les merveilleuses listes que Manéthon déroula aux yeux des souverains grecs investis de l'héritage de trente et une dynasties antérieures, une chronique plus ancienne, que le prêtre de Sebennyte comptait parmi les sources historiques dont il fit usage , montrait le pays soumis d'abord à la domination des divins Aurites , auxquels succédèrent les héros mestréens, remplacés à leur tour par des rois de race égyptienne(*). Quels purent être ces Aurites divins ? Les Berbers d'Aouryah ou deliaouarah les doiventils revendiquer ? Les vieux Hhorytes de la Genèse, qui régnaient aux montagnes de Scha'yr, se trouvent-ils ici en cause? Ou bien s'agit -il de ces géants enfants d'E'naq, race probablement japétique, établie, à une époque perdue dans la nuit des âges, sur le territoire palestin , d'où la vinrent expulser les tribus kana'néennes , et qui , chassée encore d'Egypte et de Libye, alla peupler la Grèce de ces Inachides devenus ensuite si fameux sous le nom de Pélasges? Les questions se pressent et se compliquent, les conjectures s'entre-choquent à l'égard de ces premiers temps du premier de tous les empires, et l'esprit demeure en suspens au milieu de ce monde d'hypothèses.
Les Mestréens nous sont moins inconnus : la géographie mosaïque nous les représente sous l'appellation de Messrym , compris avec les Kouschytes et les Kana'néens parmi les descendants de Hham ; et Sankhoniaton , d'accord avec ces généalogies , fait naître sur le sol phénicien leur ancêtre Messr, dont le nom s'est perpétué dans la bouche des Arabes. C'est donc l'Asie qui débordait sur l'Afrique. Un mouvement plus ou moins sensible du nord-est au sud-ouest faisait refluer Messr devant Kousch, et Kousch devant Yeqthan , poussé lui-même par Ismaël ; mais tandis que les Messrytes arrivèrent naturellement par l'isthme
(*) IIpwTov [xèv Ttov 'Aupirwv , Seuxepov 83 tc5v Meatpouwv, xpitov ôè 'Ai^j^tiwv.
L'UNIVERS
de Souéys , la route des Kouschytes dut être par le détroit de Mandeb ; et leur cantonnement dans les hautes vallées du Nil refoula sans doute vers le nord la race égyptienne ou copte, dont les ruines de Méroé, aussi bien que les récits de Diodore, attestent l'antique civilisation, descendue plus tard et si admirablement développée sous le beau ciel de Thèbes et de Memphis.
Quelle était cette race méroétique apparaissant alors au sein de l'Egypte? C'est un problème encore non résolu , insoluble peut-être. Et pourtant si, d'une part, les traits physiques des rejetons qui ont persisté jusqu'à nous sur le sol trahissent en eux des affinités mongoles, ne peut-on, d'autre part, soupçonner une souche berbère ou syrienne, quand plus tard , à Syouah, colonie de Thèbes, Hérodote nous signale une population samienne, où nous ne saurions reconnaître des Grecs de Samos, alors surtout qu'il nous est permis d'y voir des Berbers ou des Syriens de Scham ?
Des invasions de nomades étrangers et de conquérants éthiopiens avaient déjà interrompu plus d'une fois la succession des monarques indigènes quand les victoires de Cambyse annexèrent l'Éiiypte à l'empire persan; Alexandre, vainqueur des Perses , fut à son tour maître de l'Egypte et de la colonie que les Grecs avaient fondée à Cyrène.
Dans la répartition de son héritage, l'Egypte échut aux Ptolémées, Cyrène eut encore quelques rois particuliers ; puis tout fut englouti dans le monde romain.