‹ Afrique. Tableau generalChapitre 48 sur 232 · DIVISIONS GÉOGRAPHIQUES DE L'A- FRIQUE ANCIENNE · texte numérisé non relu

DIVISIONS GÉOGRAPHIQUES DE L'A- FRIQUE ANCIENNE

Cette troisième partie du monde connu des anciens n'a point gardé, dans le cours des siècles, une distribution géographique constante à laquelle nous puissions accommoder de primesaut les subdivisions de notre travail.

D'abord on n'entrevoit d'autre distinction que celle des peuples : Hérodote d'après les notions qu'il avait directement recueillies , Salluste d'après celles qu'il trouva consignées dans les livres puniques de Hiempsal , concourent à nous donner une idée générale de la situation primitive des populations autochthones, ou qu'ils regardaient du moins comme telles. Sur toute l'étendue du littoral était répandue la race libyenne, à laquelle ce nom appartenait en propre; depuis l'Egypte jusqu'au fond de la petite Syrte et aux bords du fleuve Triton , elle menait la vie errante des nomades ; du Triton à l'Océan, elle était adonnée aux cultures sédentaires. Derrière ces Libyens agriculteurs étaient cantonnés d'autres nomades, peuples rudes et sauvages, désignés sous le nom de Gétules , et que représentent peut-être les Berbers de nos jours : les traditions généalogiques de ces derniers, rapprochées de celles que nous a transmises Procope, tendent à montrer en eux les descendants des Rananéens expulsés de la Palestine par Josué. Puis , derrière tous ces nomades, soit libyens, soit gétules , habitaient les Éthiopiens , ainsi appelés de la noirceur de leur teint, soit qu'il y faille reconnaître des

nègres proprement dits, qui se seraient avancés alors jusqu'au nord du désert, soit qu'on les doive seulement regarder comme une race basanée.

A ces populations indigènes ou prétendues telles, se vinrent mêler des éléments étrangers qui en modifièrent la composition intime et la distribution territoriale ; c'est encore aux livres de Hiempsal que Salluste en a emprunté le récit. « Quand Hercule, dit-il, selon les traditions africaines , eut péri en Espagne , son armée , composée de nations diverses, sans chef, en proie à des ambitieux qui s'en disputaient le commandement , ne tarda point à se débander. Une partie , s'étant embarquée, passa en Afrique: c'étaient des Mèdes et des Arméniens, qui s'établirent sur le littoral de la Méditerranée; et des Perses, qui s'enfoncèrent plus loin, vers l'Océan. Ceux-ci se liront des abris delà coque renversée de leurs navires, à défaut de matériaux que le sol ne leur fournissait pas, et qu'ils ne pouvaient tirer d'Espagne par voie d'achat ou d'échange, car l'étendue de la mer et la différence de langage s'opposaient aux relations commerciales.

Peu à peu ils se mêlèrent aux Gétules par des mariages ; et comme souvent, tatant le pays, ils étaient allés de place en place , eux-mêmes se donnèrent le nom de Numides (qui n'est qu'une autre forme de celui de nomades). Au temps de Salluste , les demeures de ces Numides agrestes, appelées mapalia en leur langue, avaient encore la forme allongée et la courbure latérale d'une coque de navire.

« Quant aux Mèdes et aux Arméniens, ils s'unirent aux Libyens, plus rapprochés de la mer d'Afrique; tandis que les Gétules étaient plus au midi, non loin des ardeurs du tropique. Ils eurent bientôt des villes ; car, séparés de l'Espagne par un simple détroit, ils avaient institué un commerce d'échanges. Les Libyens, altérant peu à peu leur nom, les appelèrent, en leur langue barbare, Maures, au lieu de Mèdes (se rapprochant ainsi de la prononciation arménienne , qui donne en effet la forme Mar au nom des Mèdes).

AFRIQUE ANCIENNE

«La puissance des Perses fut prompte à se développer (et leur descendance directe se perpétua dans les tribus des Pérorses et des Pharusiens, ainsi que Pline en a fait la remarque). Plus tard, à cause de leur multitude, ils se séparèrent de leur souche et s'étendirent, sous le nom de Numides, dans les cantons voisins du site de Carthage, qui s'appelèrent dès lors Numidie. Puis, s'aidant les uns les autres, ils subjuguèrent parles armes ou par la crainte les peuples limitrophes, et s'acquirent beaucoup de gloire et de renommée, surtout ceux qui s'étaient le plus avancés vers la Méditerranée, où ils n'eurent affaire qu'aux Libyens, moins belliqueux que les Gétules : en définitive, la plage inférieure de l'Afrique tomba, pour la majeure partie, en la possession des Numides; et tous les vaincus n'eurent désormais d'autre nation ni d'autre dénomination que celle de leurs maîtres. »

Ainsi, à sa deuxième phase, la population de l'Afrique se trouva répartie de manière à nous offrir, au voisinage le plus immédiat de l'Hispanie, les Maures, formés du mélange des Arméniens et des Mèdes avec ies Libyens indigènes; derrière eux les Pérorses et les Pharusiens, postérité des Perses; puis les Gétules, et, en avant de ces derniers , les Numides formés de leur mélange avec les Perses , et englobant les Libyens subjugués du lrttoral , depuis le fleuve Molouya borne des Maures, jusqu'au fond de la

{>etite Syrte, et même au delà; enfin, à 'extrérnité orientale de cette longue zone , les Libyens pasteurs , chez lesquels les Numides ne s'étaient point étendus; et derrière eux tous, les Éthiopiens.

D'autres races étrangères vinrent s'impatroniser en Afrique, non plus comme éléments nouveaux destinés à s'effacer dans une fusion commune, mais au contraire comme fondatrices de colonies conservant une nationalité séparée. Ce furent, d'une part, les Phéniciens de Tyr et de Sidon , qui échelonnèrent sur la côte , à l'ouest de la grande Syrte, divers comptoirs,

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dont le plus considérable fut Carthage, bientôt devenue cité prépondérante au milieu des cités puniques , souveraine d'un État puissant, et dominatrice de tout le littoral africain depuis le fond de la Syrte jusque par delà les colonnes d'Hercule. Ce furent , d'un autre côté, les Grecs de Théra, qui vinrent fonder, sur la côte libyenne à l'est de la Syrte, des établissements dont la métropole fut Cyrène, moins célèbre par son importance politique et ses richesses que par la culture des sciences et des lettres et par l'illustration de ses écoles.

Alors se trouvèrent déterminées de véritables limites territoriales, que les vicissitudes politiques purent déplacer, mais qui ne s'effacèrent plus ; les autels des Philènes, au fond de la Syrte, marquèrent la séparation des états de Cyrène et de Carthage; le nom de Libye acquit, surtout dans la bouche des Romains, une application spéciale à la première de ces divisions, tandis que le nom d'Afrique fut adopté comme la dénomination propre du domaine carthaginois; tout le reste s'appelait Numidie , jusqu'au Molouya , après lequel était la Mauritanie.

Dans la Libye proprement dite , on distinguait la Pentapole cyrénaîque, et le pays des Marmarides ou Libye marmanque, appelée aussi Maréotide; quand les Romains en furent devenus les maîtres, ils en firent une province d'abord réunie à la Crète, puis séparée, et enfin divisée elle-même en deux provinces présidiales sous l'autorité supérieure du préfet d'Egypte.

Dans l'Afrique et la Numidie, il y eut , jusqu'à l'époque où la conquête romaine eut passé le niveau sur les rivalités nationales des dominateurs puniques et des sujets indigènes, une fluctuation de limites que l'érudition et la science des modernes n'a pas toujours bien comprise, et que nous aurons la tâche d'expliquer. Contentonsnous de dire ici que la province d'Afrique, graduellement agrandie, fut ensuite partagée de manière à former d'est en ouest les provinces successives appelées Tripolitaine, Bizacène, Afri-

L'UNIVERS

que propre, et Numidie nouvelle. Le reste de l'ancienne Numidie, donné par les Romains au roi de Mauritanie Bocchus, fut désormais confondu dans les états de ce prince , sous le nom général de Mauritanie; puis, rentrées sous la domination romaine, ces contrées formèrent les deux provinces de Mauritanie, distinguées, d'après le nom de leurs capitales, en Mauritanie Césarienne et Mauritanie Tingitane ; plus tard, on sépara de la première, du côté de celle de Numidie, une province nouvelle, qu'on appela Mauritanie Sitifienne. Quand Rome porta ses armes au delà de cette zone littorale, les cantons qui subirent alors le joug furent annexés à la province la plus voisine : le reste n'était connu que de nom.

Les dénominations territoriales que la géographie a consacrées pour les grandes divisions de l'Afrique ancienne sont donc celles de Libye propre, d'Afrique propre, de Numidie, et de Mauritanies.

Ces contrées n'ont point, n'eurent même jamais une histoire commune :

et d'abord une séparation profonde divisait en deux parts très -distinctes cette longue zone de provinces : d'un côté c'était l'Orient , de l'autre l'Occident, grandes régions dont la nature même avait indiqué le partage, et que la force des choses maintenait constamment en des mains diverses, bien avant que les maîtres du monde songeassent à le morceler en deux empires jumeaux. Les dénominations générales étaient, dans leur acception la plus large, soumises aux exigences de ce partage : on n'étendait "point au delà de la région occidentale l'appellation de provinces africaines; et la langue de Rome échappait à l'influence des habitudes grecques , pour concentrer dans la division orientale le nom de Libye.

La borne commune- était marquée par les Autels des Philènes, monuments à la fois de l'ancienne étendue des possessions littorales de Carthage et du patriotique dévouement de ses

fils. Et la mer elle-même, vis-à-vis de ce point , semblait avoir subi , dans la nomenclature qui lui est spéciale, l'influence de ce grand divorce entre l'Occident et l'Orient; car un ancien périple grec de la Méditerranée distingue expressément , dans le golfe communément appelé grande Syrte, d'une part une Syrte de Cyrène, de l'autre la grande Syrte proprement dite.

Dépendance politique de l'empire d'Orient , la Libye chrétienne recevait ses évêques d'Alexandrie. Les provinces africaines, comprises dans l'emf)ire d'Occident, constituèrent, sous a primatie de Carthage, la célèbre Église d'Afrique, placée dans l'obédience de Rome, et anéantie par la persécution des Vandales. Quand elles furent reprises aux barbares pour être réunies à l'empire d'Orient, ces provinces formèrent ensemble une grande préfecture prétorienne, distincte de toutes les autres.

C'est donc adopter, pour notre travail , une distribution conforme au sujet lui-même, que de traiter séparément de ces deux grandes divisions territoriales. Nous consacrerons, en conséquence, une première partie de ce livre à la Libye proprement dite, dont nous suivrons l'histoire, sans interruption , depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion arabe, dans les flots de laquelle fut engloutie toute l'Afrique ancienne.

Passant ensuite aux provinces africaines, nous donnerons une section à chacune des trois grandes contrées, l'Afrique propre , la Numidie , les Mauritanies , depuis l'origine jusqu'à leur réduction en provinces romaines; la domination des Romains, le développement et les vicissitudes de l'Église d'Afrique , le règne des Vandales, la restauration byzantine, demanderont à leur tour de nouvelles sections pour arriver à l'invasion musulmane, qui doit ouvrir, ainsi que nous l'avons déjà marqué, l'histoire moderne de l'Afrique.

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