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II. RÈGNE DES BATTIADES

Enfance, développement et organU sation de la colonie sous les cinq premiers rois.

Enfance de la colonie sous les deux premiers monarques.— Pendant huit générations, dont les chronologistes évaluent habituellement la durée à deux siècles, -Cyrène fut soumise à des rois, dont la dynastie prit le nom de Battiades , de celui de son fondateur Battos Aristote.

Le règne, de ce premier monarque fut de quarante ans, et ne laissa que de bons souvenirs, consacrés par les louanges des historiens et des poètes; il bâtit aux dieux plusieurs sanctuaires, et fit construire , pour les solennités instituées en l'honneur d'Apollon, une route droite et pavée rendue célèbre par les chants de Pindare, et à l'un des bouts de laquelle , vers le Forum, fut ensuite placé son propre tombeau.

Pausanias rapporte que les Cyrénéens avaient consacré à sa mémoire, à Delphes, un tableau du peintre crétois Amphion de Gnosse, où ce prince était représenté dans un char conduit par la nymphe Cyrène, et couronné par la nymphe Libye.

Il eut pour successeur son fils Arcésilas, le premier de ce nom, qui régna seize années ; c'est tout ce que nous savons de celui-ci. Hérodote

AFRIQUE ANCIENNE

nous apprend seulement que , sous ce prince, comme sous son père, la colonie resta confinée dans les limites du premier établissement.

Extension de la. colonie sous

LE BÈGNE DE BATTOS L'HEUBEUX.

— Le troisième roi , appelé Battos comme son aïeul, fut surnommé Eudémone ou l'Heureux : il s'appliqua au développement de la cité restée jusqu'alors stationnàire, et trop faible pour tenir tête aux peuplades indigènes dont elle était entourée. Il appela les Grecs au partage des terres fertiles qu'on pouvait enlever aux Libyens , et s'adressa , pour les déterminer, à la Pythie , dont les oracles se firent entendre aussitôt : « Ceux qui n'iront « dans la fertile Libye qu'après le par- « tage des terres», disait le dieu, «au- « ront plus tard sujet de s'en repen- « tir. » Ainsi excités, nombre de Grecs du Péloponèse, de la Crète et des îles de la mer Egée, vinrent grossir la population de Cyrène, et la colonie s'étendit alors aux dépens des Libyens nomades du voisinage, hors d'état désormais de lui résister. Les anciens maîtres du sol ne se laissèrent pourtant pas dépouiller sans murmure : ils étaient faibles, il est vrai, mais ils pouvaient appeler à leur aide un protecteur puissant : c'est ce qu'ils firent; leur chef Adikran implora le secours d'Apriès , le pharaon de Sais , qui envoya contre les Cyrénéens des forces considérables ; les deux armées se rencontrèrent dans la belle contrée d'Irasa,près de la fontaine de Thesté. Les Égyptiens, qui jamais encore n'en étaient venus aux mains avec des Grecs , dédaignaient de tels ennemis : mais ils firent en cette occasion une cruelle épreuve de leurs armes ; ils furent battus si complètement , qu'il n'en retourna en Egypte ?u'un très-petit nombre; et cette déaite devint, dans leur patrie, le signal d'une révolte qui précipita du trône Apriès lui-même, 570 ans environ avant notre ère.

Cette victoire , à laquelle sans doute Battos II dut le surnom d'Heureux, assura la domination des Cvrénéens

sur le territoire qu'ils avaient envahi, et sur les tribus libyennes d'alentour; elle leur valut aussi le respect de l'Egypte, dont le nouveau souverain, Amasis , rechercha leur amitié ; il leur envoya, pour se concilier leurs bonnes grâces, une statue de Minerve, et la sienne propre ; enfin l'alliance des deux États fut cimentée par le mariage d'Amasis avec une princesse cyrénéenne, Ladice, fille de Battos, ou d'Arcésilas , ou peut-être d'un grand seigneur nommé Critobule.

C'est sans doute à cette époque d'extension et de développement qu'il faut rapporter aussi la fondation de la plupart des villes et bourgs d'origine grecque disséminés sur le territoire de la Cyrénaïque. L'augmentation considérable tout à coup survenue dans la population, et la diversité des éléments dont elle se trouvait composée, durent naturellement amener cette diffusion , ce fractionnement entre divers centres d'agglomération. Les dissidences politiques contribuèrent surtout à la formation de plusieurs cités distinctes, ainsi que le règne suivant en offrit un exemple remarquable.

RÈGNE d'AbCÉSILAS II: DISSEN- SIONS politiques. — Battos II avait laissé plusieurs enfants , Arcésilas , Léarque, Persée, Zacynthe, Aristomédon et Lycos; A rcésilas, l'aîné, succéda au trône; mais ses frères ne voulurent point subir son autorité, et quittèrent le canton de Cyrène pour s'aller établir sur un autre point: résolus à fonder une cité nouvelle, ils firent alliance avec les Barcéens, et soit que ces peuples eussent déjà une ville où les Battiades dissidents vinrent avec leurs partisans prendre domicile1, soit que les nouveaux venus fussent les premiers à élever chez leurs alliés nomades la ville qu'ils habitèrent depuis en commun, telle fut l'origine de la cité gréco-libyenne de Barkê ou Barca, dont le nom couvre encore le sol de l'ancienne Libve. Excités par leurs hôtes , les Barcéens s'insurgèrent contre la suprématie de Cyrène : Arcésilas marcha contre les rebelles et

L'UNIVERS

contre leurs fauteurs; ceux-ci, redoutant ses armes, s'enfuirent à son approche chez les Libyens orientaux; mais Arcésilas se mit à leur poursuite, et les atteignit près de Leucon , dans la Marmarique : forcés d'accepter le combat, ils se comportèrent avec vigueur, et la victoire se déclara pour leur cause , si bien que les Cyrénéens y perdirent sept mille hommes de leurs meilleures troupes.

Il résulta sans doute de cet échec des concessions de la part d'Arcésilas envers ses frères, et probablement l'admission d'un ou plusieurs de ceuxci au partage de l'autorité souveraine ; il paraît du moins que Léarque s'immisça complètement au maniement des affaires, expulsa ou fit périr beaucoup de citoyens considérables, en ayant la perfide adresse de faire attribuer au roi ces actes d'odieuse tyrannie, de manière à attirer l'exécration publique sur ce prince, auquel il projetait de se substituer lui-même :

quand les choses lui parurent suffisamment avancées , il empoisonna son frère, et comme l'effet du breuvage n'était pas assez prompt , il l'étrangla.

Usurpation de Léarque, déjouée PAR LA REINE KRYXO MERE

de Battos m. — Arcésilas II laissait un fils encore mineur, à qui devait appartenir la couronne; Léarque s'en empara, sous prétexte de la conserver intacte pour son neveu, le jeune Battos III, le Boiteux, ainsi appelé, parce qu'en effet il était affligé de cette infirmité; et le nouveau tyran, s'entourant de soldats égyptiens gagnés par ses largesses , donna un libre cours à ses dispositions arrogantes et cruelles.

Mais il ne jouit pas longtemps de l'impunité : la reine Eryxo, veuve d'Arcésilas II , et mère du jeune Battos , femme d'un esprit aussi ferme que doux, qui jouissait à Cyrène de la considération due à ses vertus, et qui appartenait d'ailleurs à une famille puissante, étant, par sa mère, la nièce de Battos l'Heureux; Eryxo, dis-je , sut venger son époux et maintenir les droits de son fils. Léarque, pour con-

solider son usurpation , voulut obtenir sa main , promettant d'adopter en même temps le jeune prince; la reine feignit d'y souscrire, mais en représentant la nécessité du consentement de ses propres frères ; et ceux-ci faisant à dessein traîner la chose en longueur , elle parut céder au désir du prétendu régent, en lui donnant un rendez-vous qui devait rendre inutile l'opposition calculée de ceux-ci; mais au lieu d'Eryxo, le tyran trouva Polyarque , frère aîné de la princesse, accompagné de deux jeunes gens armés qui se jetèrent aussitôt sur l'usurpateur et le percèrent de leurs épées.

Il était à craindre que les Égyptiens dont Léarque s'était entouré , n'attirassent sur ses meurtriers la colère d'Amasis, ou pour mieux dire, n'offrissent à l'ambition du pharaon un prétexte d'envahir la Cyrénaïque, dontil convoitait la possession; peutêtre une armée égyptienne était-elle déjà prête à marcher sur la Libye, quand les desseins d'Amasis, d'abord ajournés par la mort de sa mère , furent heureusement conjurés par les démarches de Polyarque, qui se rendit auprès du pharaon avec sa sœur Eryxo et sa vieille mère Critola, sœur de Battos l'Heureux; les bonnes relations qui avaient existé entre Amasis et la dynastie royale des Battiades furent consolidées, et le monarque égyptien renvoya ses nobles hôtes comblés d'honneurs et de présents.

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