LOIS DONNÉES A LA COLONIE PAR
Démonax. — Cependant, après avoir détourné les périls extérieurs, il fallait pourvoir à l'ordre intérieur; et les derniers événements n'avaientque trop fait sentir l'imperfection des institutions politiques sous le régime desquelles les factions pouvaient faire naître de pareils bouleversements : on eut recours au dieu protecteur de la colonie, et l'on députa vers l'oracle de Delphes pour le consulter sur l'organisation qu'il convenait de donner au gouvernement de Cyrène afin d'y assurer désormais la tranquillité publique. La Pythie répondit qu'il fallait aller chercher à
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Mantinée, en Arcadie, le législateur dont les sages règlements sauraient apaiser leurs dissensions. Il y avait en effet alors , parmi les Mantinéens, un homme jouissant d'une grande considération politique, appelé Démonax :
et ce fut lui que , sur la demande qui leur en fut faite, ils envoyèrent à Cyrène.
Le premier soin de Démonax fut d'étudier la situation de la colonie pour laquelle on lui demandait des lois; quand il se fut bien mis au fait de l'état des choses , il sépara en trois différentes tribus les éléments hétérogènes dont se composait l'ensemble de la population : il réunit dans la première tous les anciens colons venus de Théra ; puis il distribua dans les deux autres, d'une part les Péloponésiens et les Cretois, et d'autre part les insulaires venus de l'Archipel ; il attribua au roi le soin des choses sacrées , avec la jouissance des revenus du domaine sacerdotal ; mais il lui retira , pour les rendre au peuple, tous les droits que les monarques s'étaient jusqu'alors arrogés.
Ce nouveau régime fut accepté par toutes les parties , d'un commun consentement , et il se continua sans opposition pendant tout le règne de Battos le Boiteux , bien qu'il y ait lieu de croire que son épouse Phérétime, princesse ambitieuse et hautaine, cherchât à lui faire considérer comme une honte l'abaissement de puissance auquel il s'était résigné.
Histoire d'Arcêsilas III et de Phérétime.
Arcésilas et sa mère expulsés pour avoir voulu abolir les lois de démonax. — Arcésilas III, fils de Battos et de Phérétime , succéda à son père vers l'an 530 avant l'ère chrétienne; il avait sucé, avec le lait de sa mère, les idées d'ambition et de fierté de cette femme orgueilleuse, dont les conseils eurent désormais sur son esprit et sa conduite une influence exclusive. A peine monté sur le trône, il déclara qu'il ne souffrirait point que les lois de Dé-
monax subsistassent plus longtemps , et réclama les honneurs et prérogatives dont avaient joui ses ancêtres; mais il éprouva une vigoureuse résistance ; on recourut aux armes , et son parti ayant eu le dessous , il s'enfuit à Samos , et sa mère Phérétime à Salamine de Chypre.
Phérétime étant arrivée à la cour d'Évelthon , qui régnait alors à Salamine, lui demanda des troupes pour se rétablir à Cvrène, elle et son fils; mais ce prince lui donnait plus volontiers toute autre chose qu'une armée :
Phérétime acceptait ses présents et les trouvait fort beaux ; mais elle ajoutait qu'il serait beaucoup plus honorable de lui accorder des soldats. Comme elle faisait, à chaque présent, toujours la même réponse , Évelthon lui envoya enfin un fuseau d'or avec une quenouille chargée de laine, en lui faisant dire qu'on offrait aux femmes de tels présents , mais qu'on ne leur donnait pas une armée.
Arcésilas rassemble des troupes ET REPREND POSSESSION DE CY-
rène. — A Samos, où Polvcrate avait sans doute besoin de garder pour luimême ses soldats, Arcésilas prit le parti de faire de tous côtés un appel auxGrecs, en leur promettant des terres dans la Cyrénaïque ; ce moyen lui réussit , et ayant ainsi rassemblé un corps de troupes assez considérable, il se rendit à Delphes pour consulter l'oracle sur les chances de son entreprise ; voici quelle fut la réponse de la Pythie :
« Apollon accorde à ta famille la dort mination de Cyrène pour huit géné- « rations de rois , quatre du nom de « Battos , quatre du nom d'Arcêsilas ; « mais le dieu te recommande de ne « rien prétendre au delà. Quant h toi, « Arcésilas , il te conseille de rester « tranquille chez toi , quand tu y seras « rentré : si tu trouves un fourneau « plein de vases de terre , garde-toi de « les faire cuire , mets-les au contraire « au grand air ; que s'il t'arrive d'al- « lumer le fourneau , prends garde « d'entrer dans le lieu qu'entoure l'eau « courante; autrement tu périrais, et « avec toi le plus beau des taureaux. »
L'UNIVERS
Sur cette réponse , Arcésilas fit voile pour Cyrène avec les troupes qu'il avait levées à Samos, et rentra en possession de ses États ; mais au lieu d'y demeurer tranquille, ainsi que l'avait recommandé l'oracle, il voulut se venger des rebelles qui l'avaient expulsé , et il ordonna contre eux des poursuites ; ceux dont on put se saisir furent déportés en Chypre, où ils devaient trouver la mort; mais leur vaisseau ayant touché à Cnide, les habitants les délivrèrent, et leur fournirent les moyens de se sauver à Théra. De ceux qui échappèrent , les uns émigrèrent à l'étranger, les autres se réfugièrent dans le château fortifié d'Aglomachos , l'un d'eux. Arcésilas, ne pouvant les forcer dans cette retraite, fit entasser du bois à Tentour, y mit le feu, et les étouffa de la sorte au milieu de l'incendie, sans réfléchir qu'il violait ainsi la défense que lui avait faite la Pythie, de faire cuire dans leur fournaise les vases de terre qu'il y trouverait réunis.
La Libye devient tributaire des Pebses. — Pendant qu'Arcésilas amassait sur sa tête les haines de son peuple, Cambyses envahissait l'Egypte, se rendait maître de Memphis, et s'asseyait sur le trône des pharaons (l'an 525 avant notre ère). Les Libyens voisins de l'Egypte, craignant d'être envahis aussi, se soumirent sans combat, s'imposèrent un tribut, et envoyèrent des présents. Les Cyrénéens et les Barcéens imitèrent les Libyens par le même motif de crainte. Cambyses reçut favorablement les présents de ceux-ci; mais il trouva mesquins ceux de Cyrène , qui ne montaient pas audessus de 500 mines d'argent (valant environ 45,000 fr. de notre monnaie), et il les abandonna à ses soldats.
Ayant trouvé à Sais la princesse Ladice, du sang royal des Battiades, et veuve d'Amasis, Cambyses lui permit de retourner à Cyrène. Depuis ce temps, la Libye orientale, Cyrène et Barkê, furent comprises comme tributaires dans la satrapie persane de l'Egypte.
Arcésilas est tué dans une émeute; sa mèbe s'adresse aux
Perses poub le vengeb. — Cependant Arcésilas , ne pouvanf se dissimuler la puissance des factions soulevées contre lui à Cyrène, n'osa point y rester après qu'il eut reconnu, dans ce qu'il venait de faire à la tour d'Aglomachos , l'accomplissement d'une des conditions fatales auxquelles l'oracle avait subordonné sa destinée, persuadé qu'il était d'ailleurs que Cyrène était le lieu entouré d'eau courante où il devait en ce cas prendre garde d'entrer. Comme il avait épousé une de ses parentes , fille d'Alazir roi des Barcéens , ce fut à Barkê , près de son beau-père, qu'il alla fixer sa résidence, laissant sa mère Phérétime jouir en son nom à Cyrène de tous les privilèges de la souveraineté , entre autres de celui de présider aux délibérations du sénat.
Mais déjà s'étaient réfugiés parmi les Barcéens quelques-uns des citoyens de Cyrène, que les persécutions d'Arcésilas avaient forcés d'émigrer , et ils fomentèrent contre lui un soulèvement, dans lequel il fut tué sur la place publique , et avec lui le roi Alazir son beau-père. A peine la nouvelle en futelle parvenue à Phérétime , qu'elle se rendit en toute hâte à Memphis , auprès d'Aryandes satrape d'Egypte, afin de lui demander vengeance , comme au représentant de Cambyses, dont Arcésilas avait reconnu l'autorité en lui livrant Cyrène et se soumettant au tribut; et elle ne manqua pas d'ajouter que c'était surtout en haine de son attachement à la domination persane qu'il avait été assassiné par les factieux.
Les Pebses viennent assiégée Babké. — Aryandes, touché des plaintes de Phérétime, mit à sa disposition toutes les forces de l'Egypte, tant de terre que de mer , les premières commandées par le maraphien Amasis, les autres par le pasargade Badrès; cependant, avant de les faire partir, il envoya à Barkê un héraut chargé de demander qu'on lui livrât le meurtrier d'Arcésilas; mais les Barcéens, qui avaient eu beaucoup à se plaindre de ce prince, se déclarèrent tous soli-
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claires de l'attentat; et cette réponse ayant été rapportée à Aryandes, le satrape saisit avec empressement cette occasion d'envahir la Libye, ainsi qu'il en avait le dessein ; et il expédia l'armée avec Phérétime.
Arrivés devant Barkê, les Perses sommèrent la ville de livrer les coupables, et n'ayant point obtenu satisfaction , ils attaquèrent vigoureusement la place; ils poussèrent leurs mines, en neuf mois de siège, jusqu'aux murailles; mais elles furent éventées par un ouvrier en cuivre, au moyen d'un bouclier d'airain , qu'il promenait contre terre le long des murs d'enceinte : là où les ennemis ne minaient pas , le bouclier ne rendait aucun son ; mais il résonnait distinctement dans les endroits où l'on travaillait. Guidés par cet indice, les Barcéens firent aussitôt des contre- mines, et tuèrent les mineurs persans ; quant aux attaques ouvertes, ils parvinrent également à les repousser.
Barkê est puise par trahison et saccagée.— Le siège durait depuis longtemps, et les pertes étaient considérables de part et d'autre, autant du côté des Perses que du côté des Barcéens, quand Amasis, qui commandait l'armée des assiégeants, voyant qu'il ne pouvait réduire "la place par la force, s'avisa de la prendre par la ruse; et voici le stratagème qu'il imagina :
Il fit creuser , pendant la nuit, un large fossé, sur lequel on mit des pièces de bois très-faibles , qu'on couvrit de terre , de sorte que le terrain était de niveau et égal partout. Au point du jour, il invita les Barcéens à un pourparler; ils reçurent cette nouvelle avec joie, ne demandant pas mieux que d'en venir à un accommodement. On se réunit donc sur le fossé couvert , et ayant conclu un traité , on jura de part et d'autre d'en observer tous les articles aussi longtemps que subsisterait le terrain sur lequel on se trouvait. La convention portait que les Barcéens payeraient au roi un tribut convenable , et que les Perses ne formeraient point de nouvelles entreprises contre eux.
Le serment ayant été prêté sans défiance par les Barcéens , ils ouvrirent leurs portes , sortirent de la ville , et y laissèrent entrer ceux des ennemis qui voulurent y venir; pendant ce tempslà, les Perses, ayant détruit le pont caché , entrèrent en masse dans la ville. Ils avaient eu soin de détruire le pont, afin de ne pouvoir être accusés de violer le traité qu'ils étaient tenus d'observer tant que subsisterait le terrain sur lequel il avait été conclu ; en effet , le pont une fois détruit , le traité lui-même cessait d'être obligatoire.
Les Perses livrèrent à Phérétime les plus coupables d'entre les Barcéens ; aussitôt elle les fit mettre en croix autour des murailles; et ayant fait couper le sein à leurs femmes, elle en fit border le mur. Barkê fut mise au pillage par l'ordre de cette princesse : on n'épargna que les Battiades, et ceux qui n'avaient eu aucune part à l'assassinat d'Arcésilas. Ce furent les seuls qui eurent la permission de demeurer dans la ville. Le reste fut emmené en esclavage.
Fin de l'expédition; Barcéens déportés en bactriane; mort de Phérétime. — L'armée persane s'étant remise en îriarche pour retourner en Egypte, passa par Cyrène, dont l'entrée lui fut librement accordée; Badrès, commandantde la flotte, était d'avis de la piller; mais Amasis s'y opposa , par le motif que leur mission avait uniquement été de réduire Barkê. Cependant, après être sortis de Cyrène , et avoir assis leur camp sur la colline de Jupiter-Lycéen, ils regrettèrent de ne s'être pas emparés de cette riche cité ; ils rebroussèrent chemin pour tenter de rentrer dans la place ; mais ils trouvèrent les Cyrénéens en devoir de s'y opposer; et bien qu'il ne se montrât aucun ennemi , ils furent tout à coup saisis d'une terreur panique, et se retirèrent précipitamment à soixante stades de là , où ils posèrent leur camp. Ils furent rejoints en cet endroit par un courrier d'Aryandes, qui les rappelait.
Ils demandèrent aux Cyrénéens de leur fournir des vivres , et en ayant
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obtenu , ils continuèrent leur marche vers l'Egypte , harcelés tout le long de la route'par des Libyens pillards, qui cherchaient à leur enlever leurs bagages, tuant les traînards et tous ceux qui s'écartaient du gros de l'armée.
Ainsi se termina cette expédition , qui s'était avancée à l'ouest jusqu'au pays des Évhespérides ; les Barcéens , qu'elle emmenait en servitude, furent envoyés d'Egypte en Perse, où Darius fils d'Hystaspes était monté sur le trône quelques mois après la mort de Cambyses. Ce prince leur accorda des terres dans la Bactriane, où ils bâtirent une ville à laquelle ils donnèrent le nom de leur chère patrie, qu'elle conservait encore au temps d'Hérodote.
Phérétime , ajoute l'historien , eut une fin malheureuse : revenue en Egypte après s'être vengée des Barcéens , elle périt misérablement , dévorée par les vers dont son corps fourmilla : tant il est vrai que les dieux haïssent et châtient ceux qui portent trop loin leur ressentiment.
Insurrections contre la domination persane; abolition de la royauté.
Durée présumée du règne de Battos tv. — Au troisième Arcésilas succéda le quatrième Battos, surnommé le £eau,qui ne nous est ainsi individuellement désigné que par Héraclide de Pont, et dont nous ne savons rien autre chose, sinon que son règne doit remplir Ja lacune qui sépare la mort d'Arcésilas III son père, tué dans les premières années de Darius, et l'avènement d'Arcésilas IV son fils, qui était tout jeune encore mais déjà roi , en 466 avant l'ère chrétienne, quand il fut vainqueur aux jeux Pythiques : les chronologistes attribuent ainsi à Battos IV environ cinquante ans de gouvernement, et même davantage, en sorte qu'il aurait vu s'écouler la majeure partie du règne de Darius fils d'Hystaspes , celui de Xerxès le Grand tout entier, et qu'il aurait même pu voir encore l'avénement d'Artaxerxès Longue-main , si
l'on ne prenait garde que son décès avait dû précéder le succès d'Arcésilas.
Tentative d'insurrection réprimée par Arsames. —C'est donc sous Battos le Beau qu'il faut placer une expédition contre les Barcéens , commandée par Arsames qui fut l'un des généraux de Xerxès , et rappelée dans un de ces récits anecdotiques où, sans indiquer la date du fait ni l'autorité à laquelle il l'a emprunté, Polven raconte aux empereurs Marc- Âurèle et Vérus les stratagèmes employés par les chefs militaires en des circonstances célèbres. Il s'agit ici d'un événement contemporain des préparatifs de la fameuse guerre des Perses contre les Grecs. Il est probable qu'entraînées par l'exemple de l'insurrection des Égyptiens, à la fin du règne de Darius , les populations de la Libye voulurent aussi recouvrer leur indépendance, et que Xerxès, après avoir réduit l'Egypte et lui avoir donné pour gouverneur son propre frère Achéménès, envoya Arsames contre les provinces plus occidentales. Celui-ci ayant mis le siège devant Barkê, des ambassadeurs lui furent envoyés pour traiter de la paix; il la leur accorda, en leur donnant la main , suivant la coutume persane, et leva le siège. Il engagea alors les Barcéens à se joindre aux Perses pour l'expédition qui se préparait contre la Grèce , et à fournir des renforts de chars de guerre. Ils dépêchèrent leurs chefs pour traiter avec lui de cette alliance; Arsames ayant fait préparer un splendide festin, y invita ces chefs, et ouvrit pour la foule des Barcéens un marché abondant en toute espèce de denrées. Pendant que ceux-ci y affluaient , il donna un signal aux Perses, qui, armés de leurs épées, s'emparèrent des portes, envahirent et saccagèrent la ville , tuant tous ceux qui voulurent leur résister.
Troupes lieyennes dans l'armée de Xerxès. — Nous n'avons aucun autre détail sur cette expédition de Libye, qui ne nous est connue que par cet épisode : mais nous savons du moins qu'elle eut pour résultat de faire marcher les Libyens
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avec l'armée de Xerxès, dans cette grande invasion de la Grèce qui devait si désastreusement échouer à Platée :
dans le dénombrement de l'immense armée du roi des rois , on voit figurer en effet, après les Arabes et les Ethiopiens au-dessus de l'Egypte commandés par Arsames, les Libyens avec leurs vêtements de peau et leurs épieux durcis au feu , sous les ordres du Persan Massages fils d'Oarize : ils devaient former un corps très-considérable, pour avoir ainsi à eux seuls un de ces généraux dont le commandement embrassait souvent le contingent de plusieurs nations, et se partageait en nombreuses divisions de dix mille hommes d'infanterie chacune. Il faut compter à part, en outre, une division de cavalerie libyenne menant ces chars de guerre que les Cyrénéens étaient si habiles à diriger.
ArCÉSILAS IV, VAINQUEUR AUX
jeux pythiques. — Le règne d'Arcésilas IV, fils et successeur de Battos le Beau, ne nous est guère mieux connu que celui de son père ; mais il remporta le laurier pythique, pour la course des chars, à la trente et unième célébration des jeux institués à Delphes par Euryloque , c'est-àdire en l'année 466 "avant notre ère ; et Pindare en a immortalisé le souvenir en consacrant au royal vainqueur la quatrième et la cinquième de ses odes pythiques. Le chantre thébain a célébré la puissance et la sagesse de son héros ; il s'est plu 5 répéter ce que la renommée proclamait de son esprit et de son éloquence au-dessus de son âge, de son audace et de sa vigueur dans les combats , de sa précoce facilité pour la poésie, de son habileté à conduire les chars (*). Peut-être y a-t-il
5pa xeîvov Ê7raiv£ovxi ctvivexoi.
xpécaova jtèv àXtxîaç vôov çépêexai , yXiôacrâv xe 6ap<roç te xavv- 7UTEpOÇ èv ôpvtijiv atexoç etcXexo. àytoviaç
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dans ces éloges un peu de flatterie, car le poëte attend une grâce du jeune roi de Cyrène : les troubles politiques ont causé l'exil de quelques hommes distingués, entre lesquels brille Démophïîe, qui a cherché asile à Thèbes , et Pindare veut obtenir le rappel de ce noble Cyrénéen, l'allié des rois, l'honneur de son pays, qui aspire à revoir sa terre natale; il semble même que l'unique objet de la quatrième Pythique tout entière soit de gagner la cause de Démophile auprès d'Arcésilas.
Quelle qu'ait été la décision du monarque dans ce cas particulier, il paraît certain qu'il avait juste motif de se défier de l'esprit remuant et factieux des Cyrénéens : aussi médita-t-il un changement de résidence , et s'occupat-il prudemment de se ménager ainsi un refuge en cas d'événements graves.
Il chargea en conséquence Euphème, allié à la famille royale, de réunir des troupes mercenaires pour la défense de son autorité, et de rassembler des colons pour fonder une nouvelle ville aux Evhespérides , sur la côte occidentale de la Cyrénaïque , à l'endroit où gît la moderne Ben-Ghâzy ; mais Euphème ayant péri, à ce qu'il paraît, dans un engagement où la victoire resta aux siens , ce fut Karrhôtos fils d'Alexibias, beau-frère du roi , qui prit à sa place le commandement des troupes , et qui reçut la mission d'établir la nouvelle colonie des Hespérides.
Insurrection de la Libve sous la conduite d'Inaros. — Lorsque, à la faveur des troubles qui suivirent le meurtre de Xerxès, les Égyptiens s'insurgèrent contre Artaxerxès , en l'année 462 avant notre ère , il semble que l'insurrection eût son foyer en Libye, puisqu'ils mirent à leur tête le roi libyen Inaros, en même temps qu'un autre prince du nom d'Amyrtée; et il y a tout lieu de présumer que la Cyrénaïque profita de cette occasion pour échapper elle-
(jLaxpoç cpiXaç', 7t£'cp<xvxai 6' àp[xaxr)Xàxaç aoy 6ç.
Pindare, PylhiqueV.
même au joug persan , d'autant plus qu'Inaros, après avoir chassé le satrape Achéménès et tous les gouverneurs étrangers, appela aux armes nonseulement les guerriers du pays, mais encore tout ce qu'il put réunir de tous les côtés, envoyant chercher du secours jusqu'à Athènes , d'où il reçut un renfort de deux cents vaisseaux.
Artaxerxès renvoya Achéménès avec trois cent mille hommes, tant d'infanterie que de cavalerie; l'armée libyco-égyptienne soutint seule le premier choc, et semblait devoir céder la victoire au nombre, quand l'arrivée des Athéniens rétablit le combat : Achéménès fut tué de la main d'Inaros, son armée taillée en pièces, et les fuyards acculés et assiégés dans une forteresse près de Memphis.
Artaxerxès mit une nouvelle armée de trois cent mille soldats sous les ordres d'Artabaze et de Mégabyze
J)Our aller réduire les insurgés ; mais il eur fallut plus d'une année pour se rendre à leur destination et refaire leurs troupes. Enfin , cette multitude se porta contre les insurgés, et les enveloppa à son tour : les Égyptiens, effrayés, se soumirent en livrant leurs chefs , et Inaros , trahi par les siens , périt sur la croix (458 ans avant J.-C). Mais les Athéniens tinrent ferme, brûlèrent leurs vaisseaux que l'ennemi avait mis à sec , et s'apprêtèrent avec une telle résolution à se frayer un chemin par la force des armes, que les généraux persans, pour éviter un carnage inutile, leur permirent d opérer leur retraite en sûreté : ils gagnèrent la Libye, arrivèrent à Cyrène, et de là s'en retournèrent par mer dans leur patrie. Soit magnanimité, soit impuissance , les Perses ne poussèrent pas plus loin leur victoire contre les Libyens ; ils laissèrent Thannyras fils d'Inaros succéder tranquillement à son père , de même qu'Amyrtée eut pour successeur son fils Pausiris.
Abolition de la royauté a Cyrène. — Arcésilas vivait-il encore à cette époque comme le pensent quelques critiques, ou bien était-il déjà décédé comme d'autres le supposent, c'est
ce qu'on ignore, bien que cette dernière hypothèse semble s'accorder mieux avec l'idée que Cyrène, en prenant part à l'insurrection libyenne contre la domination persane, se débarrassa dès lors d'une dynastie de rois qu'elle considérait comme les alliés de ces maîtres étrangers, à l'appui desquels était due la restauration de Battos IV sur le trône d'où Arcésilas III avait été précipité. Quoi qu'il en soit, nous apprenons d'un des scholiastes de Pindare, qu' Arcésilas IV fut tué en trahison par les Cyrénéens, qui déclarèrent alors la royauté abolie , et se constituèrent en république démocratique.
Battos , fils du dernier Arcésilas , fuyant la turbulente cité où ses pères avaient régné pendant deux siècles, alla chercher asile dans celte nouvelle cité des Hespérides que son père avait élevée pour être la sauvegarde de sa puissance et de sa race ; mais il y trouva une aussi cruelle destinée : il y périt misérablement, et pour effacer jusqu'à sa mémoire , on jeta sa tête à la mer, en haine de la royauté.
Tels sont les renseignements que Diodore, Thucydide, HéraclidedePont, et les scholiastes, fournissent sur les derniers règnes de la dynastie des Battiades, dont les descendants, confondus désormais avec le reste des citoyens, ne se distinguèrent plus que par le vain prestige d'une illustre origine, Jusqu'à ce que l'auréole poétique de Callimaque vînt encore jeter sur leur nom un dernier éclat.