‹ Afrique. Tableau generalChapitre 65 sur 232 · TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE DES JUIFS DE BÉRÉNICE ENVERS · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANCE DES JUIFS DE BÉRÉNICE ENVERS

Marcus Titius. — A cette époque se rapporte, suivant l'opinion du docte Fréret, une inscription grecque gravée

(*) L'an 42 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 40 avant l'ère vulgaire.

(***) L'an 36 avant l'ère vulgaire.

(****) L'ai; 33 avant l'ère vulgaire.

AFRIQUE ANCIENNE

sur marbre blanc, venue originairement de la Cyrénaïque, transportée plus tard de Tripoli de Barbarie à Aix en Provence, et dont voici la traduction française :

« L'an *55, le 25 de paophi, en l'as4 « semblée de la fête des Tabernacles , « sous l'archontat de Cléandre fils de « Stratonicus , d'Euphranor iils d'A- « riston , de Sosigène fils de Sosippe, « d'Andromaque fils d'Andromaque , «de Marcus Lélius Onasion fils d'A- « pollonius , de Philonide fils d?Agé- « mon , d'Autoclès fils de Zenon , de « Sonicus fils de Théodote, et de Jo- « seph fils de Straton ;

« D'autant que Marcus Titius fils «de Sextus, de la tribu Emilia , per- « sonnage excellent, depuis son avé- « nement à la préfecture s'est com- « porté dans les affaires publiques avec « beaucoup d'humanité et d'intégrité, « et qu'ayant marqué dans sa conduite « toutes "sortes de bontés , il continue « d'en user de même , et non - seule- « ment se montre humain dans les « choses générales, mais aussi à l'égard « de ceux qui recourent à lui pour leurs «affaires particulières, traitant sur- « tout favorablement les Juifs de notre «synagogue, et ne cessant de faire « des actions dignes de son caractère « bienfaisant :

« A ces causes, les chefs et le corps « des Juifs de Bérénice ont ordonné « qu'il serait prononcé un discours à « sa louange , et que son nom serait « orné d'une couronne d'olivier avec « le lemnisque, à chacune de leurs as- « semblées publiques , et à chaque re- « nouvellement de lune; et qu'à la di- « ligence desdits chefs la présente « délibération soit gravée sur une co- « lonne de marbre de Paros , qui sera « érigée au lieu le plus distingué de « l'amphithéâtre.

« Voté à l'unanimité. »

Il s'agit, comme on voit, d'actions de grâces décernées par les Juifs de Bérénice au gouverneur romain Marcus Titius, à raison de sa conduite pleine d'humanité envers eux ; Fréret pense que la mission de Titius émanait d'Antoine, et se liait à la proclamation de

la jeune princesse sa fille , dans le royaume qui venait de lui être attribué. D'autres critiques ont opté pour une époque plus ancienne , et d'autres pour une date plus moderne : la question dépend, à cet égard, de l'ère à laquelle doit être rapportée l'année 55e inscrite en tête de ce décret; les uns optent pour le commencement de la domination romaine en Cyrénaïque , les autres pour la réforme législative de Lucullus, ceux-ci pour la réduction en province, ceux-là pour l'adoption du calendrier Julien à Alexandrie:

chaque hypothèse a ses arguments et ses difficultés, et il est difficile de prendre un parti définitif au milieu de toutes ces incertitudes.

Antoine perd la. Cyrénaïque et l'empire. — Nous voici arrivés au moment où la bataille d'Actium (*) allait décider de l'empire du monde. La fuite de Cléopâtre détermina le départ et la défaite d'Antoine, qui la suivit à Parétonion , d'où il la laissa revenir seuleà Alexandrie, déterminé qu'il était en apparence à faire quelques dispositions militaires pour la continuation de la guerre. Il avait, dans la Cyrénaïque, quatre légions commandées par Pinarius Scarpus, un de ses lieutenants, et il voulut les appeler auprès de lui; mais Scarpus refusa d'obéir, fit tuer les courriers que lui dépêchait Antoine, et même quelques soldats qui élevaient la voix pour blâmer une telle conduite; et il livra Cyrène et ses quatre légions à Gallus, lieutenant d'Octavien. Antoine alors se rendit lui-même à Alexandrie, pendant que Gallus venait, avec les légions de Scarpus, s'emparer lui-même de Parétonion; le triumvir espéra qu'il pourrait, en faisant directement appel à ces vieux soldats qui avaient combattu sous lui , les ramener à sa cause, et ressaisir ainsi la place importante que la défection de Scarpus venait de lui faire perdre: il reprit donc, avec une flotte et quelques troupes, la route de Parétonion ; sa flotte entra sans obstacle dans le port, et lui-même

(*) L'an 3i avant l'ère vulgaire.

L'UNIVERS

s'avança vers ses anciennes légions; mais comme il voulut leur parler, Gallus fit aussitôt couvrir le son de sa voix par les fanfares de ses trompettes, et rendit de ce côté ses efforts inutiles; il lui fit même souffrir, dans une sortie, quelque désavantage. D'un autre côté, des chaînes d'abord cachées sous l'eau s'étaient tendues à l'entrée du port, et les vaisseaux, bloqués, attaqués de toutes parts, étaient coulés à fond ou brûlés, et il n'en put échapper qu'un très-petit nombre. On sait le reste : désormais la Cyrénaïque et l'empire tout entier étaient dévolus à Octavien, à qui il ne manquait plus que le titre d'Auguste , créé tout exprès pour lui quelque temps après.

Troisième période , depuis Auguste jusqu'à Trajan : Époque d'insurrection des Juifs cyrénéens.

La Cyrénaïque comprise dans le lot du sénat. — Au commencement de cette ère nouvelle qui commençait pour Rome avec des institutions* où tous les pouvoirs des grandes charges de l'ancienne république venaient se concentrer entre les mains d'un seul homme, quelques dehors pourtant semblaient être conservés pour témoigner du respect de ce magistrat suprême envers le sénat et le peuple; et il leur abandonna le gouvernement direct des provinces dont la tranquillité ne rendait point nécessaire l'active surveillance du généralissime des armées, ou empereur.

La Cyrénaïque , réunie à la Crète en une seule province, était du nombre de celles qui furent ainsi attribuées au sénat (*) ; dans la même catégorie se trouvait aussi l'Afrique avec la Numidie; en sorte qu'au sud de la Méditerranée, le lot du sénat se trouvait compris entre la Mauritanie encore aux mains de .Tuba , et l'Egypte dévolue à l'empereur ; l'Afrique fut décla-

(*) Ce partage des provinces fut fait le i3 janvier de l'an 27 avant l'ère vulgaire; et ce fut quatre jours après qu'Octavien reçut le titre d'Auguste.

rée consulaire , la Cyrénaïque fut rangée parmi les prétoriales. Les bornes de cette dernière province étaient alors marquées , en ce qui concerne la portion continentale, par les autels des Philènes à l'ouest, et le grand Catabathme à l'est; et cette délimitation persista jusqu'au règne d'Adrien.

Rescrits en faveur des Juifs cyrénéens. — D'après le récit de Flavien Josèphe , les Juifs de Libye ainsi que ceux des provinces asiatiques, se voyant fort maltraités par les Grecs, qui les accusaient d'exporter de l'argent et de leur être à charge en toutes choses , furent contraints de recourir à la justice d'Auguste, qui adressa des rescrits aux magistrats provinciaux, et notamment à Flavius, préteur de Libye (*), pour qu'on ne troublât plus les réclamants dans l'exercice de leurs droits.

Malgré ces ordres précis , ils se trouvèrent gênés de nouveau dans leurs libertés , et réitérèrent leurs plaintes , qui donnèrent lieu à un rescrit d'Agrippa (**) , dont la teneur nous a été conservée par Josèphe, et que nous croyons devoir transcrire ici :

« Marcus Agrippa, aux magis- « trats et au sénat de Cyrène, salut.

« Les Juifs qui demeurent à Cyrène « nous ayant fait des plaintes de ce « que , encore qu'Auguste ait ordonné «à Flavius préteur de Libye, et aux « officiers de cette province , de les « laisser dans une pleine liberté d'en- « voyer de l'argent sacré à Jérusalem, « comme ils ont de tout temps cou- « tume de le faire, il se trouve des « gens assez malveillants pour préten- « dre les en empêcher , sous prétexte « de quelques tributs dont ils les disent «redevables, mais qu'ils ne doivent « point en effet ;

« A ces causes , nous ordonnons « qu'ils seront maintenus dans la jouis- « sance de leurs droits, sans qu'ils « puissent y être troubiés ; et que si « dans quelque ville on avait diverti « de l'argent sacré , il soit restitué aux

(*) L'an i5 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 14 avant l'ère vulgaire.

« Juifs par des commissaires nommés « à cet effet. »

Ces dispositions assurèrent peut-être la tranquillité des Juifs pour le reste du règne d'Auguste; mais les vexations devaient recommencer pour eux bientôt après la mort de ce grand empereur.

Une simple mention de l'historien Florus , répétée par Jornandes , nous apprend qu'Auguste envoya pour soumettre les Marmarides insurgés et les Garamantes , Publius Quirinius, le même sans doute qui avait, peu d'années auparavant , procédé par ses ordres au recensement de la Syrie , à l'époque où naquit Jésus-Christ, ainsi que le rapporte i'évangéliste saint Luc. Quirinius fut victorieux, et il eût pu se parer, à cette occasion , du surnom de Marmaricus , s'il n'eût eu la modestie de priser moins haut les avantages qu'il avait remportés.

Procédures intentées par les Cyrénéens contre divers officiers romains. — Sous Tibère, Césius Cordus était proconsul de Crète et de Cyrène; il commit des exactions qui soulevèrent contre lui les Cyrénéens , et les déterminèrent à s'en plaindre devant l'empereur; Ancharius Prisais porta contre lui une accusation de concussion , en y ajoutant celle de lèse-majesté , qui était alors comme le complément obligé de toutes les autres (*); la plainte des Cyrénéens fut reconnue fondée, et sur la poursuite d'Ancharius Priscus , Césius Cordus fut condamné comme concussionnaire.

Sous Néron, Pédius Blésus, à son tour, fut accusé par les Cyrénéens d'avoir pillé le trésor du temple d'Esculape , et de s'être laissé corrompre par argent ou par intrigue dans les opérations du recrutement militaire; le coupable fut exclu du sénat (**).

Les Cyrénéens se plaignaient en même temps d'AciliusStrabo, qui avait exercé les fonctions de préteur, avec une mission spéciale de l'empereur Claude, pour prononcer sur les usurpations

(*) L'an ai de l'ère vulgaire.

(**) L'an 5g de l'ère vulgaire.

commises sur les terres autrefois possédées par le roi Apion , et par lui léguées , avec tout son royaume , au peuple romain; les propriétaires voisins s'en étaient emparés chacun à sa convenance, et ils se fondaient sur l'ancienneté de leur injuste possession comme sur le titre le plus équitable.

Le juge ayant prononcé le retrait des terres usurpées, il en était résulté à son égard de grandes animosités, et on avait porté plainte contre lui au sénat, qui déclara n'avoir point connaissance de la mission donnée par Claude , et renvoya les parties devant l'empereur.

Néron, après avoir approuvé l'arrêt d'Acilius Strabo , ajouta que cependant il voulait se montrer favorable à des alliés, et qu'il leur abandonnait les domaines qu'ils s'étaient appropriés.

Insurrection du zélateur juif Jonathas. — Sous le règne de Vespasien , qui avait jadis été lui-même questeur de Cyrène et de Crète, la Cyrénaïque fut troublée par une sorte d'insurrection parmi la population juive du pays. On sait que Judas leGaliléen, dont il est parlé dans les Actes des apôtres, avait été le fondateur d'une secte de fanatiques ennemis de toute soumission aux pouvoirs terrestres, surtout à la domination étrangère ; que cette secte , grossie plus tard des restes de toutes les factions vaincues, et des malfaiteurs toujours disposés à se mettre en révolte contre les lois qui les condamnent , couvrant leurs brigandages du prétexte d'un zèle ardent pour l'indépendance nationale , joua un rôle important dans la défense de Jérusalem contre les Romains; après la soumission de la Judée, un assez grand nombre de ces Zélateurs, comme' ils se nommaient eux-mêmes, ou de ces Sicaires ou assassins, comme les appelait la voix publique, s'étaient sauvés à Alexandrie, en y portant l'esprit de rébellion qui les caractérisait; mais il fut coupé, court aux menées révolutionnaires qu'ils y avaient entreprises, en les livrant aux magistrats romains; plus de six cents furent exterminés, et l'on poursuivit jusqu'à Thèbes ceux qui s y étaient réfugiés.

L'UNIVERS

Mais l'un d'eux , un tisserand nommé Jonathas , qui s'était enfui à Cyrène , travailla activement à la résurrection de son parti au moyen du rôle de prophète qu'il s'attribua; et ses annonces de prodiges et de miracles ayant rassemblé autour de lui la canaille juive du pays, jl se trouva à la tête de deux mille misérables, avec lesquels il alla camper au désert (*). Les principaux d'entre les Juifs avertirent de ce trouble naissant Catullus, préteur de Libye , qui envoya contre les insurgés des troupes de pied et de cheval ; ils furent entourés, tués pour la plupart, quelques-uns faits prisonniers et conduits à Catullus ; l'auteur du mouvement, Jonathas, parvint alors à s'échapper, mais il fut recherché avec soin dans tout le pays, arrêté, et amené devant le préteur : alors , pour retarder sa punition, il entraîna Catullus à des iniquités au moyen de prétendues révélations qui désignaient les Juifs les plus riches comme les promoteurs secrets de l'insurrection.

Exactions et cruautés du préteur Catullus a l'égard des Juifs.

— « Cet avare gouverneur » , ainsi que le raconte l'historien juif Flavien Josèphe, « prêta volontiers l'oreille à une si grande calomnie , y ajouta même encore afin qu'il parut en quelque sorte avoir terminé lui-même la guerrecontre les Juifs ; et pour comble de méchanceté, il excita ces scélérats de sieaires à employer de nouvelles suppositions pour perdre ces innocents. Il leur ordonna particulièrement d'accuser un juif nommé Alexandre, qu'au su de tout le monde il haïssait depuis longtemps, et il le fit mourir avec sa femme Bérénice, qu'il enveloppa dans la même accusation. Il fit ensuite mourir aussi trois mille autres Juifs, dont le seul crime était d'être riches, sans qu'il crût avoir rien à craindre, parce que, se contentant de prendre leur argent, il confisquait leurs terres au profit de l'empereur; et pour ôter à ceux qui demeuraient en d'autres provinces le moyen de l'accuser et de

(*) L'an 72 de l'ère vulgaire.

le convaincre d'un si grand crime, il se servit de ce même Jonathas et de quelques-uns de sa faction , prisonniers avec lui , pour dénoncer comme coupables les gens les plus honorables de cette nation qui demeuraient à Alexandrie et à Rome, et du nombre desquels était l'historien Josèphe lui-même.

« Après avoir concerté une si grande méchanceté , et ne doutant point de réussir dans son détestable dessein , il alla à Rome, y mena Jonathas enchaîné, et ces autres calomniateurs.

Mais il fut trompé dans son espérance ; car Vespasien , ayant conçu quelque soupçon , voulut approfondir la vérité; et quand il l'eut reconnue, il déclara innocents, à la sollicitation de Titus, Josèphe et les autres qui avaient été si faussement accusés; et pour punir Jonathas comme il le méritait, il le fit brûler tout vif après l'avoir fait battre de verges.

Punition céleste des crimes de Catullus. — « Quant à Catullus , la clémence des deux princes le sauva.

Mais bientôt après il tomba dans une maladie incurable et si horrible , que, quelque extraordinaires et insupportables que fussent les douleurs qu'il ressentait en tout son corps, celles qui bourrelaient son âme les surpassaient encore de beaucoup. Il était agité sans cesse par des frayeurs épouvantables , criait qu'il voyait devant ses yeux les fantômes de ceux qu'il avait injustement livrés au supplice ; et ne pouvant demeurer en place, il se jetait hors du lit comme s'il y eût été sur la roue ou sur un brasier. Ses maux presque inconcevables allèrent toujours en augmentant, et enfin ses entrailles étant toutes dévorées par le feu qui le consumait, il finit sa vie coupable par une mort telle , que jamais Dieu n'a manifesté d'une manière plus remarquable la grandeur des peines que les méchants doivent attendre de sa justice. »

Josèphe a sans doute exagéré outre mesure les tourments endurés par le préteur de Libye qui avait sévi contre ses coreligionnaires. Divers savants ont cru que ce magistrat était le même

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que Catullus Messallinus mentionné

par Pline le jeune comme un homme sans hésitation, sans pudeur, sans pitié, fameux par ses méfaits et ses arrêts sanguinaires. Quelques-uns ont pensé aussi que les hallucinations dont il était tourmenté avaient fourni Je sujet d'une pièce de théâtre citée par Juvénal sous le titre de Phasma Catulli.

Nouvelle insurrection des Juifs sous Trajan. — Sous le règne de Domitien, il y eut un sénateur nommé Cécilius Ruflnus, que le nouvel auguste, exerçant la charge de censeur (*), crut devoir rayer de la liste du sénat, parce qu'il aimait à danser: peut-être est-ce à ce même personnage qu'il faut rapporter une inscription où l'on voit figurer Quintus Cécilius Rufinus avec Je titre de proconsul de Crète et de Cyrène.

Sous Trajan , en la dix-huitième année du règne de ce prince (**), une insurrection générale des Juifs, née dans la Cyrénaïque et propagée dans les contrées voisines, donna au monde le spectacle des plus horribles atrocités.

Voyant l'empereur engagé dans la guerre contre les Parthes, et toutes les forces de l'empire tournées vers l'Orient, ils avaient cru l'occasion favorable pour recouvrer leur indépendance : les Juifs cyrénéens donnèrent le signal ; ayant mis à leur tête un des leurs, nommé André, ils s'excitent au massacre des Grecs et des Romains au milieu desquels ils vivaient, et s'il en faut croire Dion Cassius , ils mangent les chairs de leurs victimes , dévorent leurs entrailles , se frottent le corps de leur sang , se vêtent de leur peau ; ils les scient en long par le milieu , ou bien ils les livrent aux bêtes féroces , ou les font combattre entre eux jusqu'à la mort comme des gladiateurs : affreuses représailles des scènes de l'amphithéâtre où ces maîtres du monde amusaient la populace de Rome par de semblables horreurs.

Dion fait monter à deux cent vingt

(*) L'an 82 de l'ère vulgaire.

(**) L'an n5 de l'ère vulgaire.

mille le nombre des personnes qui , dans la seule Cyrénaïque, périrent dans cette épouvantable boucherie; les Juifs d'Egypte et de Chypre/excités par cet exemple, massacrèrent de leur côté deux cent quarante mille victimes.

En vain les Grecs de Libye avaient tenté d'arrêter ce torrent furieux ; ils avaient été battus à la première rencontre, et s'étaient sauvés à Alexandrie, où ils avaient immédiatement fait main-basse sur toute la population juive de cette capitale, tandis que celle qui était répandue dans le plat-pays vint, avec Lucua son chef, qu'Eusèbe décore même du titre de roi , se réunir aux révoltés de la Cyrénaïque. Trajan prit de sérieuses mesures pour remédier à ces désordres : il envoya en Libye des troupes d'infanterie et de cavalerie, et même une armée navale, le tout sous le commandement de Marcius Turbo, l'un des plus vaillants capitaines de ce temps, qui devint peu d'années après préfet du prétoire.

Turbo réduisit en effet les rebelles, mais ce ne fut qu'à force de combats et de temps , ayant affaire non-seulement aux Juifs cyrénéens, mais en même temps à tous ceux de l'Egypte , qui étaient accourus à l'appel de leur roi ; en sorte que la guerre se prolongea jusqu'à l'avènement d'Adrien (*), et que ce fut seulement au commencement de ce nouveau règne que Marcius Turbo, ayant enfin complètement réprimé les Juifs de Libye, put être envoyé contre les Maures d'Afrique.

Quatrième période, depuis Adrien jusqu'à Théodose le Grand: Époque de réorganisations administratives.

Changement de limites sous Adrien. — Les déprédations des insurgés avaient tellement désolé la Libye, qu'elle serait demeurée presque déserte , et inculte faute d'habitants , si Adrien n'eût rassemblé de tous côtés des colons pour y fonder de nouveaux établissements. Ils bâtirent, sur

(*) Le 11 août 117 de l'ère vulgaire.

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la cote, une ville à laquelle ils donnèrent le nom d'Adriane ou Adrianopolis, qui a disparu sans laisser de vestiges. Adrien, comme on sait, passa en voyages dans les provinces de l'empire, plus de moitié de la durée totale de son règne; la Libye ne fut point exclue de cette inspection générale du monde romain , mais les historiens ne nous ont conservé à cet égard aucun détail , ni même aucune mention précise : une anecdote seule, consignée dans le curieux recueil d'Athénée, et appuyée du témoignage des médailles, nous fait connaître qu'Adrien , dans une chasse qu'il fit en ce pays(*), y tua un lion d'une taille énorme, qui depuis longtemps ravageait toute la Libye, et avait en beaucoup d'endroits forcé les habitants à déserter leurs demeures.

C'est sans doute au règne d'Adrien, ce grand et actif administrateur des provinces, que doit être rapporté, s'il eut lieu en effet dans l'ordre politique comme on n'en peut guère douter, un changement dans les délimitations communes de la Cyrénaïque et de l'Egypte, qui n'est accusé par aucun historien du temps, mais qui se fait remarquer dans les descriptions du géographe Ptolémée. Dans le coup d'œil général qu'Appien, au commencement de son histoire, jette sur le monde romain , on voit énumérées en effet , sans distinction expresse , et d'une manière assez équivoque , les diverses provinces de l'empire ; en sorte qu'il est diflicile de reconnaître si l'on doit réunir ou séparer mutuellement Cyrène et les Marmarides, et les Ammbniens , et les peuples voisins du lac Maréote, qu'une même phrase nomme ainsi bout à bout. Mais son contemporain Ptolémée décrit expressément la province Cyrénaïque (yj KvpYivaïxr) iwapxia) comme bornée sur la côte, à l'ouest par les autels des Philènes , et à l'est par la ville de Darnis; tandis qu'il annexe à l'Egypte un nome de Marmarique, un nome de Libye, et

(*) Probablement en l'année i32 de notre ère.

un nome Maréote. Peut-être cette délimitation nouvelle était-elle la conséquence des dispositions militaires dont la dernière insurrection des Juifs avait fait reconnaître la nécessité.

Dans ces limites plus restreintes, la Cyrénaïque continuait d'être réunie à la Crète en une seule province , dont le jeune Publius Septimius Geta , fils de Septime Sévère, fut questeur et propréteur avant son avènement à l'empire , ainsi que le constatent les inscriptions. Le même ordre de choses durait encore au temps de l'historien Dion Cassius.

Une mention isoléede l'historien Vopiscus nous apprend que sous le règne d'Aurélien, Probus, qui bientôt après fut empereur, eut à combattre vigoureusement contre les Marmarides, qu'il réduisit à l'obéissance.

La Cyrénaïque devenue chrétienne.— A l'époque où nous sommes parvenus, le christianisme, qui s'était introduit à Cyrèue dès le temps de la prédication des apôtres,y avait fait assez de progrés pour que les mesures dont la religion nouvelle était l'objet de la part des empereurs, eussent, pour cette province, une importance directe; tout en nous réservant de consacrer plus loin un paragraphe spécial à l'exposé succinct du développement et des vicissitudes de l'Église chrétienne dans la Cyrénaïque, nous ne pouvons nous dispenser d'annoter ici que plusieurs des villes de la Pentapole avaient déjà des évêques, et qu'à l'époque où la persécution entreprise par Dioclétien vint commencer l'ère des martyrs (*) , de saints confesseurs y moururent pour la foi ; l'évêque Théodore fut alors une des victimes de la persécution , dont le ministre, dans cette province, était le gouverneur Dignianus ( Diogenianus ?), auquel la légende donne le titre de praeses ou commandant; et avec le saint évêque périrent le diacre Irénée, et les lecteurs des divines Écritures Sérapion et Aramonius.

(*) On sait que l'ère des martyrs date du 29 août 284.

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Morcellement des provinces sous Dioclétien. — On s'accorde à rapporter au règne de Dioclétien, sur la foi d'un reproche adressé à sa mémoire par l'auteur du livre De la mort des persécuteurs (*), le morcellement des provinces , dont on n'entrevoit que des traces éparses et fugitives dans les auteurs contemporains, et à l'égard duquel nous n'avons de renseignements précis que postérieurement à l'organisation générale faite par Constantin le Grand. On sait du moins que Dioclétien, et son collègue Maximien-Hercule, s'étant associé, le 1er mars 292, Constance-Chlore et Galère, il y eut alors, entre les deux augustes et les deux césars , une division quadripartite de l'empire, dans laquelle Constance -Chlore eut l'Occident au delà des Alpes, Maximien l'Italie et l'Afrique, Galère le reste de l'Europe, et Dioclétien l'Orient : la Cyrénaïque avec la Libye et l'Egypte étaient comprises dans ce dernier lot.

Il est difficile de décider si la Crète fut dès lors détachée de Cyrène pour s'aller annexer à la Grèce, apanage de Galère : quelques auteurs ont admis cette séparation hâtive; il nous semble plus sage de douter, et nous penchons même à croire qu'elle ne dut avoir lieu que sous Constantin. Il est probable , en effet, que le morcellement des provinces ne précéda point le partage de l'empire, et qu'il fut, au contraire, une conséquence de ce partage, parce qu'alors chacun des quatre princes régnants voulut avoir sa cour, ses officiers, toute la hiérarchie administrative et militaire d'un empire distinct ; et pour multiplier les commandements , il fallut multiplier les divisions territoriales sur lesquelles ces commandements étaient exercés. Telle est la marche naturelle des choses , telle aussi la succession des indications

(*) Ce livre est vulgairement cité sous le nom de Laclance; mais le manuscrit unique qui a servi de type à toutes les éditions ne désigne l'auteur que sous le nom de Lucius Cécilius , qui n'a qu'un rapport bien incomplet avec celui de Lucius CœliusLaclantius Firmianus.

fournies par le livre De la mort des persécuteurs : « Avare et timide à la «fois,» s'écrie le fougueux écrivain, « Dioclétien a bouleversé toute la terre : « il s'est associé trois collègues , divi- « sant le monde en quatre parties , « grossissant les armées au point que « chacun des quatre empereurs a plus « de soldats qu'il n'en fallait autrefois « au maître unique de tout l'empire...

« Les provinces aussi ont été coupées « en morceaux ; on a établi des gouver- « neurs avec toute leur séquelle dans « chaque contrée, presque dans chaque « cité ; des intendants de finances multipliés, des inspecteurs généraux

« militaires, des vice-préfets, etc. »

Mode d'après lequel l'empire fut divisé en quatre parties. — Il y a donc lieu de penser que le partage de l'empire se fit entre les Quatre princes par voie d'attribution , à chacun d'eux, d'un certain nombre de provinces, suivant certaines convenances résultant des affinités mutuelles de celles-ci; et que, plus tard seulement, quand chacune de ces provinces en eut formé plusieurs, la grande division quadripartite put être modifiée par le retrait ou l'accession de quelqu'une de ces provinces nouvellement constituées. C'est ainsi que nous rapportons au règne de Dioclétien l'organisation d'après laquelle trois provinces distinctes se trouvèrent formées du territoire de l'ancienne province Cyrénéenne établie par Auguste. Nous avons déjà remarqué le déplacement de limites qui , sous Adrien , avait transporté de cette province à celle d'Egypte la Libye qui s'étend à l'est de Darnis; sous Dioclétien, cette dernière dut être détachée de l'Egypte pour faire une province nouvelle; et celle qui du temps d'Adrien comprenait sous un seul gouverneur la Pentapole cyrénaïque et l'île de Crète, fut naturellement subdivisée par Dioclétien en deux gouvernements distincts, l'un continental, l'autre purement insulaire; et c'est au temps de Constantin seulement que ce dernier gouvernement , ayant acquis ainsi une individualité propre , put être distrait

9e Livraison. (Afrique ancienne.)

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sans effort de l'un des quatre grands départements de l'empire, pour être désormais rattaché à un département voisin.

Il serait , en effet , erroné de croire que ces quatre grandes divisions, dans chacune desquelles il y avait un préfet du prétoire avec plusieurs vice-préfets, répondissent précisément aux quatre préfectures établies par Constantin , et renfermassent les mêmes diocèses ou vice-préfectures : ainsi Dioclétien n'avait point dans son département le diocèse de Thrace , qui fut cependant compris ensuite dans la préfecture d'Orient; et après l'abdication de Dioclétien (*), le lot qu'il avait eu ne passa même à Maximin que diminué encore des provinces du Pont, qu'il reprit seulement après la mort de Galère (**); Licinius au contraire ajouta tout le département de Maximin (***) à une portion de celui de Galère. Nous ne saurions, au surplus, déterminer le nombre et l'étendue des diocèses existants à cette époque dans chaque département, et c'est uniquement par conjecture que nous pouvons considérer la Cyrénaïque et ses démembrements comme englobés avec l'Egypte dans un même diocèse, dont la Palestine faisait peut-être alors également partie: tout ce que nous savons avec assurance , c'est que ces provinces appartinrent successivement a Dioclétien, à Maximin, et à Licinius, et que la persécution contre les chrétiens y fut à diverses fois renouvelée, jusqu'à la réunion de tout l'empire dans les mains de Constantin.

Organisation et partage de l'empire sous Constantin et ses enfants.— Sous ce dernier empereur, le christianisme cessa d'être opprimé, il devint même la religion dominante et favorisée ; et les Pères de l'Église catholique purent se réunir en concile

(*) Le i* mai 3o5. Maximin ne fut fait alors que césar, mais il se déclara lui-même auguste dès 3o8.

(**) En avril 3n.

(***) Maximin, vaincu par Licinius, mourut vers août 3i3; Licinius lui-même fut dépouillé par Constantin à la fin de 3a3.

général à Nicée , en présence même du souverain, le 19 juin 325, au nombre de trois cent dix-huit évêques, pour y dresser le symbole de leur foi : les deux provinces de Libye (la Libye et la Pentapole) y furent représentées par sept évêques , groupés en deux camps, les uns autour de leur métropolitain le patriarche d'Alexandrie , les autres autour du théologien Arius, qui fut alors déclaré hérésiarque.

L'organisation générale de l'empire sous Constantin ne nous est pas connue dans ses détails avec une précision telle qu'on la pourrait désirer, puisque la Notice des dignités des empires d'Orient et d'Occident, ce précieux inventaire de toutes les charges civiles et militaires du monde romain, est postérieure d'environ un siècle à l'établissement administratif fondé ou complété par cet empereur. Toujours est-il, nous le savons par le témoignage explicite de Zosime, que dans le partage qu'il fit, en quatre grandes préfectures prétoriales, du territoire de l'empire qu'il venait de pacifier (*), la Pentapole et la Libye furent attribuées au préfet qui eut l'Egypte avec l'Orient ; tandis que la Crète , déjà séparée de Cyrène , fut dévolue à celui qui avait l'Illyrie avec la Grèce; l'Afrique, à l'ouest de la Pentapole, appartenait au préfet d'Italie ; celui des Gaules tenait l'ancien lot de Constance- Chlore.

Cette organisation devait recevoir, de son auteur même, une modification importante , lorsqu'il voulut distribuer entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant, et ses deux neveux Delmace et Annibalien (**), les provinces de ce grand empire; il est vrai que le département du jeune Constantin répondit exactement à la préfecture des Gaules; mais celle d'Orient, donnée à Constance, perdit d'une part la petite Arménie, le Pont et la Cappadoce, qui en furent démem»

(*) Ce qui indique pour date l'année 3a6 de notre ère.

(**) En l'année 335 , deux ans avant sa mort

AFRIQUE ANCIENNE

brés pour former un royaume à Annibalien, et d'autre part la Thrace, qui fut jointe à la Grèce démembrée de l'Illyrie , pour constituer le département de Delmace; la préfecture d'Italie s'augmenta au contraire du reste de celle d'Illyrie, pour devenir le lot de Constant. Mais à la mort de Constantin le Grand , cet ordre fut encore bouleversé , et pendant que Constantin le jeune et Constant se disputaient l'Italie et l'Afrique, Constance reprenait tout l'Orient et la Thrace ; puis , quand il alla combattre les tyrans qui s'étaient élevés en Occident à la place de ses frères, il laissa le gouvernement supérieur de l'Orient à son jeune cousin Gallus , avec le titre de César (*) et Lucilianus pour maître de la milice, indépendamment des préfets du prétoire entre les mains desquels se trouvait l'administration réelle, et dont il se réservait la nomination; mais trois ans après, Gallus ayant été mis à mort par ordre de Constance, tout l'empire se trouva réuni de nouveau sous un même sceptre. Au milieu de ces changements , la Pentapole et la Marmarique n'avaient cessé d'appartenir directement à Constance que pendant le règne transitoire du césar Gallus.

RÈGNE DE VALENS ET DE ThÉO-

dose le Grand. — Quand l'empire fut donné à Valentinien (en 364), on sait qu'il le partagea avec son frère Valens, à qui il céda tout l'Orient, dont les deux provinces libyennes formaient invariablement une dépendance; et si Théodose le Grand, qui succéda à Valens (en 379), parvint à réunir encore une fois en ses mains tout l'empire, ce fut pour en consommer le partage irrévocable (en 395) entre ses deux fils, Arcadius qui eut l'Orient, et Honorius qui eut l'Occident. Jusqu'alors il n'y avait eu, à proprement parler, qu'un seul et même empire, possédé à la fois par deux ou plusieurs empereurs, dont chacun exerçait plus spécialement son autorité dans une circonscription déterminée, mais par une sorte de délé-

(*) Le i5 mars 35 1.

gation mutuelle entre collègues. Aussi les aperçus géographiques de l'empire romain qui nous sont fournis par Sextus Rufus sous Valens et Valentinien, par Ammien Marcellin et par la Notice des Provinces sous Théodose le Grand et Valentinien le Jeune, le représentent comme un seul tout, subdivisé en provinces. La Notice y compte cent treize provinces, renfermées dans onze régions ou diocèses ; la région d'Egypte y figure pour six provinces, parmi lesquelles sont énumérées la Libye Aride {Libya Sicca\ c'est-à-dire la Marmarique, et la Libye Pentapole, c'est-à-dire la Cyrénaïque.

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