VII. FASTES DE L'EGLISE CHRÉ- TIENNE EN LIBYE
Établissement et progrès du christianisme dans la province de Cyrène.
Première prédication de l'évangile en Libye.— Des nomscyré-
(*) En l'année 6ro.
(**) Le nmars64r.
néens se font remarquer dans l'histoire des premiers temps de l'établissement du christianisme: qui ne connaît Simon le Cyrénéen, qui aida Jésus-Christ à porter sa croix, et qui fut père d'Alexandre et de Rufus , comptés au nombre des premiers fidèles ? (jui ne sait que les Cyrénéens vinrent à Antioche au temps du baptême du centurion Cornélius ? qui n'a vu le nom de Lucius de Cyrène parmi les prédicateurs entre lesquels Paul et Barnabe furent désignés pour l'apostolat? Nos livres sacrés nous fournissent eux-mêmes ces premières indications ; et l'on doit croire que si des Cyrénéens allaient ainsi professer au loin le christianisme, il s'en trouvait sans doute aussi, dans leur patrie, qui avaient embrassé la foi du Christ; et ce fut probablement parmi les Juifs de la Pentapole que la nouvelle loi trouva de nombreux adhérents.
On croit que l'évangéliste saint Marc lui - même , le disciple et le secrétaire de saint Pierre, était un de ces Juifs cyrénéens ; aussi, lorsque, après avoir écrit à Rome son évangile sous la dictée du prince des apôtres , il fut envoyé en Orient pour propager la parole divine , il était naturel qu'il vînt débarquer à Cyrène, comme le témoignent les historiens ecclésiastiques, dont quelques-uns le font arriver dans la Pentapole dès l'année 40 de Jésus- Christ, et lui attribuent un séjour prolongé dans cette province avant qu'il vînt commencer sa prédication à Alexandrie; quelle qu'ait été la durée effective de ce séjour, il est unanimement reconnu qu'il en résulta de nombreuses conversions, tant parmi les juifs que parmi les gentils. De Cyrène il passa dans les autres parties de la Libye, telles que la Marmarique et la région Ammonienne, champs vastes et vierges, où la moisson fut abondante.
Enfin , en la septième année du règne de Néron, l'an 61 de l'ère chrétienne, il quitta la Cyrénaïque pour se rendre à Alexandrie, où il fonda diverses paroisses, et exerça pendant deux ou trois ans les fonctions du patriarcat; puis, s'étant donné un successeur dans
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le gouvernement de l'église d'Alexandrie (la seconde alors de toute la chrétienté), il revint dans la Libye visiter les fidèles qu'il y avait convertis , en augmenter le nombre par ses prédications, et établir parmi eux des ministres du nouveau culte. On prétend qu'il y institua même des évêques ; et les martyrologes désignent Lucius le Cyrénéen , le même qui avait concouru à la consécration de saint Paul et de saint Barnabe, comme ayant été alors le premier évêque de Cyrène. Saint Marc retourna ensuite à Alexandrie , pour y trouver la mort dans une émeute populaire le 25 avril 68.
Première organisation de l'Église cyreneenne. — Depuis cette première institution d'évêques ( si elle est réelle) dans la province, alors unique, de Cyrène, celle-ci fut désormais soumise à l'obédience d'Alexandrie; et il est remarquable que la hiérarchie était réglée de telle manière, que l'ordination des évêques n'y pouvait être faite que par le patriarche, soit directement, soit par délégation de ses pouvoirs à un de ses suffragants, ainsi que nous en verrons plus loin des exemples.
Cependant, suivant les annales arabes du patriarche Eutychius , qui ne sont point contredites en cela par les monuments historiques plus anciens, les évêques d'Alexandrie , depuis saint Marc jusqu'à son onzième successeur Démétrius (*) , se bornèrent à administrer les églises de leur obédience par de simples prêtres ; et eux-mêmes étaient élus et ordonnés par leur propre chapitre. 11 est certain que , sauf la mention de Lucius de Cyrène avec le titre d'évêque, dans certains martyrologes, on ne découvre aucune autre trace d'évêque , dans la Cyrénaïque , avant le milieu du troisième siècle.
Saint Denis d'Alexandrie exilé en Lieye. — Ce fut alors (en 250) qu'eut lieu la persécution de Décius, et la retraite en Libye du patriarche saint Denis d'Alexandrie , pris d'abord par des soldats, et con-
(*) Élu en 189, mort en 23 1.
duit à Taposiris, où il fut, malgré lui, délivré de leurs mains par quelques fidèles qui l'obligèrent à fuir dans le désert de Marmarique, jusqu'à trois journées de Parétonion. La mort de Décius rendit un moment la paix à l'Église ; et le patriarche rentra dans sa métropole. Mais la persécution recommença avec une nouvelle force sous Valérien, en 257 ; et saint Denis, mandé par le préfet augustal , fut exilé en Libye, dans un village obscur appelé Réphron ; quoique malade , le pieux évêque eut à partir sur-le-champ pour cette destination , dont le nom même lui était à peine connu; mais sa présence y attira de nombreux fidèles, tant d'Alexandrie que du reste de l'Egypte; et les habitants du lieu, qui étaient idolâtres et persécutaient d'abord saint Denis et ses disciples , ne tardèrent pas à subir l'influence de sa prédication. Le préfet alors le transféra à Collouthion dans la Maréotide, plus près d'Alexandrie il est vrai, mais séparé de ses compagnons d'exil , à chacun desquels fut assignée une résidence distincte.
Hérésie de Sabellius. — C'est pendant cet exil que saint Denis écrivit , tant au pape romain Sixte II , qu'à Ammonius évêque de Bérénice dans la Pentapole, et à d'autres, au sujet de l'hérésie de Sabellius de Ptolémaïs , qui commençait alors à se répandre ; renouvelant l'erreur de Praxéas, que lui avait transmise Noètus de Smyrne, dont il fut le disciple, Sabellius enseignait qu'il n'y a en Dieu qu'une seule personne, appelée de trois noms différents suivant le point de vue sous lequel on la considère. « Il s'est élevé à Ptolémaïs dans « la Pentapole, » mandait saint Denis à Sixte II , « une doctrine véritable- « ment impie, contenant plusieurs blas- « phèmes contre Dieu le Père, tendant « à ne point regarder son fils unique « comme la première de toutes les « créatures, le Verbe incarné, et à ne « point reconnaître le saint Esprit.
« J'en ai reçu premièrement des écrits « de part et d'autre; et ensuite des « frères sont venus m'en parler ; sur
« quoi j'ai écrit quelques lettres trai- « tant la question sous le rapport du « dogme , et je vous en envoie les co- « pies. » En effet . quelques évêques avaient adopté les idées de Sabellius , et leur opinion avait tellement prévalu, que l'on ne prêchait presque plus le mystère de l'incarnation de Jésus-Christ ; saint Denis, en pasteur diligent, les avait exhortés à quitter leur erreur ; mais ils n'en avaient rien fait, et s'étaient imprudemment engagés plus avant dans leur impiété ; et c'est pour ce motif que le saint patriarche avait adressé à Ammonius de Bérénice et à Euphranor une lettre spéciale , où il rappelait les témoignages évangéliques en ce qui touche l'humanité de Jésus-Christ , afin de montrer que ce n'est pas le Père , mais le Fils qui s'est fait homme pour nous, et les amener ensuite à la connaissance de la divinité du Fils. Mais, ainsi qu'il arrive souvent dans les discussions, en voulant combattre l'unité de personne prêchée par Sabellius, saint Denis, dans sa lettre à Euphranor et Ammonius , avait un peu forcé l'expression des arguments propres à établir la distinction du Père et du Fils ; si bien que des fidèles scrupuleux crurent trouver dans cet écrit des assertions contraires à la consubstantialité des deux personnes divines, et signalèrent au pape l'erreur prétendue du patriarche; ce fut, pour celui-ci, l'occasion d'adresser à saint Denis, évêque de Rome et successeur de Sixte II, une nouvelle lettre, accompagnée d'un traité apologétique où il se justifiait pleinement de la fausse interprétation donnée à ses paroles.
Épitre canonique a Basiltdes de Ptolémais. — Une autre lettre de saint Denis d'Alexandrie nous fait connaître le nom de Basil ides , évêque de Ptolémais , ou comme on disait alors, évêque de la Pentapole, qui l'avait consulté sur plusieurs points de discipline, notamment sur l'heure à laquelle on pouvait rompre le jeûne le jour de Pâques; les uns attendaient le chant du coq après avoir passé tout le samedi sans man-
ger , d'autres mangeaient plus tôt , et quelques-uns dès le soir du samedi.
Le saint patriarche blâme l'intempérance de ceux qui se hâtent trop , loue le courage de ceux qui tiennent bon jusqu'à la quatrième veille, et ne trouve d'ailleurs rien à redire à ce qu'on cède au besoin du sommeil, tandis que les plus fervents passaient la nuit entière sans dormir. « Vous « nous avez fait ces questions , mon « cher fils, » disait -il en terminant, « non par ignorance , mais pour nous « faire honneur et entretenir la con- « corde ; et moi , j'ai déclaré ma pen- « sée, non pour faire le docteur, mais « pour user de la simplicité avec la- « quelle nous devons parler ensemble. » Cette lettre à Basilides a toujours été regardée, par les églises d'Orient, comme une épître canonique faisant règle en matière de discipline. Deux écrivains ecclésiastiques du douzième siècle, Zonare et le canoniste Théodore Balzamon, ont recueilli quelques fragments de Basilides lui-même.
Premiers évêques de la Cyrénaique. — Le titre d'évêque de la Pentapole, que portait Basilides, ne doit point nous induire à penser qu'il n'y eût alors qu'un seul évêque pour toute la Pentapole, puisque nous avons déjà rencontré aussi le nom d'Ammonius évêque de Bérénice ; peut-être le premier s'intitulait -il ainsi, parce que le siège de Ptolémais, qu'il occupait, était le principal de la Pentapole, et lui donnait, en quelque sorte, la qualité de métropolitain. Il y a lieu de croire que , même sans remonter plus haut que le patriarche Démétrius, plusieurs évêchés furent simultanément établis dans la Cyrénaïque , bien que nous n'ayons trouvé jusqu'ici d'indices formels que pour Bérénice et Ptolémaïs.
Les martyrologes nous désignent ensuite , à la date du 4 juillet , Théodore, évêque de Cyrène, comme ayant péri dans les tortures au temps de la persécution de Dioclétien , en l'année 302; et sous la date du 26 mars, un autre Théodore, évêque de Ptolémais, qui fut martyrisé avec le diacre Irénée
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et les lecteurs Sérapion et Ammonius, peut-être à la même époque, peut-être seulement sous le règne de Licinius, vers 319, comme on pourrait le conclure des annales d'Eutychius , où se trouve indiqué, sous ce prince, le martyre de Théodore chevalier, et du métropolitain de Barkè , sans désignation plus précise de celui-ci ; il nous suffit de rappeler, quant à ce dernier, que Ptolémaïs était alors la métropole de la province, et qu'elle portait dans l'origine le nom de Barkè.
Le Libyen Jrius et son hérésie.
Naissance et progrès de l'hérésie d'Arius. — Bientôt éclata l'hérésied'Arius. C'était, suivant ,1e portrait que nous a laisséde lui saintÉpiphanes, un Libyen déjà âgé, à la taille élevée, au maintien austère, au costume simple, au visage mélancolique et grave, à la voix douce et persuasive. Fait diacre sous le patriarcat de saint Pierre successeur de saint Denis, il avait eu discussion avec son évêque en prenant le parti de Mélétius de Panopolis contre les rigueurs qui avaient déterminé le schisme de celui-ci. Saint Achillas, successeur de saint Pierre, n'en avait pas moins élevé Arius à la prêtrise, lui donnant même la direction de l'église deBoukolion, l'une des paroisses d'Alexandrie. Arius, s'il en faut croire ses ennemis, prétendait à l'épiscopat, et ne put pardonnera saint Alexandre de lui être préféré pour succéder à saint Achillas (en 313); d'autres, au contraire, assurent qu'Alexandre ne lut nommé que par l'influence d'Arius.
Alexandre, en prêchant à son clergé, et aux autres fidèles le mystère de la Trinité, parut à l'esprit prévenu d'Arius se laisser entraîner au sabellianisme; et le prêtre ardent , comme autrefois saint Denis d'Alexandrie, prêchant à son tour contre cette erreur, tomba dans l'excès contraire , et enseigna que, loin de n'admettre en Dieu qu'une seule personne, il fallait bien reconnaître que le Père étant le créateur du Fils, avait dû exister avant
lui , en telle sorte qu'il y avait distinction, non-seulement de personne, mais aussi de substance. Cet enseignement, bien que renfermé dans son église, fit des prosélytes et entraîna plusieurs des prêtres les plus distingués d'Alexandrie; mais d'autres résistèrent, Ja controverse naquit, et le patriarche assembla dans sa métropole, en 320, un synode, où fut anathématisée l'hérésie nouvelle, et son auteur excommunié avec neuf diacres qui partageaient son erreur. La lettre synodale adressée au patriarche d'Antioche et à quelques autres évêques , pour les instruire de cette décision, portait que nombre d'évêques de l'Egypte, de la Thébaïde, de la Libye, de la Pentapole et de diverses autres provinces y avaient adhéré par leurs lettres.
Mais l'hérésie , loin d'en être abattue, se propageait au contraire au dedans et au dehors. Secundus, évêque de la Pentapole, c'est-à-dire de Ptolémaïs, etThéonas, évêque de Marmarique, c'est-à-dire peut-être de Darnis, l'adoptèrent avec éclat ; et le patriarche assembla en 321 un nouveau synode des évêques d'Egypte et de Libye, au nombre de près de cent disent les historiens, pour anathématiser de nouveau Arius et ses adhérents, et avec ceux-ci les évêques Secundus et Théonas. Des prêtres et des diacres d'Alexandrie et de la Maréotide demandèrent à être compris dans la même sentence , et Arius , se retirant en Palestine, se vit à la tête d'un parti nombreux, où tenait le premier rang Eusèbe de Nicomédie.
Rescrit de Constantin pour la pacification de l'Église. — Les choses en vinrent à ce point, que l'empereur lui-même sentit le besoin d'intervenir : il écrivit à Alexandre et à Arius une lettre commune, dans laquelle, au milieu de développements étendus, il leur disait en substance :
« J'ai résolu , avec l'aide de la Pro- « vidence divine, de me constituer vo- « tre arbitre et votre médiateur, et de « vous rappeler à des sentiments plus « sages et plus modérés. Je dirai donc « avant tout que toi , Alexandre , tu
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« as été la cause première de tout le « mal, par ton imprudence à proposer « à tes prêtres des questions subtiles « et vaines sur divers passages du texte « de notre loi ; et que toi , Arius, tu « as indiscrètement manifesté une opi- « nion que tu ne devais point avoir, « ou que du moins tu devais cacher « avec grand soin: c'est de ces fautes « qu'est née entre vous deux la dis- « corde qui trouble votre Église. Mais « tout pouvait être réparé; au lieu de « cela, vous avez refusé de vous conte certer, de vous entendre; vous avez « rompu toute communion religieuse « entre vous; et le peuple des fidèles, «. à votre exemple, s'est séparé en deux « partis, et a détruit l'unité de l'Église « par un schisme déplorable. — Mais, « puisque le mal est fait, pardonnez- « vous mutuellement, tant la demande « inconsidérée de l'un que la réponse « imprudente de l'autre. Il ne s'agit « pas entre vous de quelque point « principal de la loi nouvelle, ou d'un « dogme qu'on veuille inventer puur « l'ajouter à la somme des articles de « notre foi ; vous professez tous deux « une seule et même opinion sur le « culte de la divinité ; à tous deux donc « il doit être facile de vivre dans la « même communion religieuse. — L'u- « niformité en tout est impossible; « elle n'existe ni dans les volontés, ni « dans les caractères des hommes : il « doit suffire que vous soyez parfaite- « ment d'accord sur la foi que vous « avez en Dieu et dans la Providence « divine ; et si désormais quelque nou- « velle question venait à s'élever entre « vous sur des choses d'un moindre « intérêt, ensevelissez-la soigneuse- « ment au fond de votre cœur, et ne « vous attachez qu'à conserver là cha- « rite mutuelle, la vérité de la croyante ce, et l'observation des préceptes de « Dieu et de la loi. Croyez-m'en : ai- « mez-vous de nouveau les uns les au- « très; faites que tout le peuple, sans « exception, puisse, comme de cou- « tume, donner et recevoir le baiser « de paix. — Faites, je vous en con- « jure, que je puisse bientôt vous re- « voir, ainsi que tous les peuples de
« mon empire, aussi tranquilles et aussi « heureux qu'autrefois, et que je puisse « rendre à Dieu, pour la bonne har- « monie, la prospérité et la liberté de « tous, le tribut de grâces et de louante ges qui lui est si légitimement dû. »
Osius, évêque de Cordoue, en qui l'empereur avait toute confiance, fut chargé de remettre ces lettres et d'en suivre l'effet ; il se rendit à Alexandrie et y convoqua (en 324 ), de concert avec le patriarche, un synode, où se réunirent, dit-on, plus de deux cents évéques, tant de l'Egypte que de la Libye; et il tenta tous les efforts imaginables pour amener une réconciliation; mais ses tentatives furent vaines, et il vint rendre compte à Constantin de l'inutilité de sa mission. Alors, sur le conseil des évéques les plus influents, l'empereur résolut de convoquer un concile écuménique, c'est-à-dire de réunir en une seule assemblée tous les prélats de l'écumène ou de la terre habitée, premier exemple d'une réunion générale de toute l'Église chrétienne.
Concile général de Nicée, qui condamne Arius. — Des lettres impériales furent en conséquence envoyées dans toutes les provinces; Nicée fut désignée pour le lieu du rendez-vous, et les relais de l'empire furent mis à la disposition des évéques et des prêtres convoqués. S'il en fallait croire les Annales d'Eutychius, cette convocation aurait amené à Nicée deux mille quarante-huit évéques, tous divisés d'opinions et de croyances; mais probablement les simples prêtres et les autres clercs sont compris dans ce chiffre, et l'on doit penser que le nombre des évéques était seulement de trois cent dix-huit, suivant le compte admis par la tradition la plus répandue.
Après quelques conférences particulières, le concile s'ouvrit le 19 juin 325, sous la présidence de l'empereur en personne, dans une des salles de son palais. Arius et ses partisans furent entendus, et malgré leur opposition la consubstantialité du Fils avec le Père fut reconnue et proclamée, et l'on adopta corn me sacramentel le mot destiné à expri-
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mer ce dogme. La majorité futénorme, et les évêques ariens qui rejetèrent le symbole de foi rédigé par elle se réduisaient à dix-sept, parmi lesquels étaient Secundus de la Pentapole, Théonas de la Marmarique, Secundus de Theuchira, Dathès de Bérénice, Sentianus de Borion, Zéphyrios de Barkè. La discussion et des considérations diverses réduisirent bientôt le nombre de dixsept à cinq seulement, savoir : Secundus de la Pentapole , Théonas de la Marmarique, Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée , et Maris de Calcédoine ; mais ces trois derniers ne résistèrent pas à des menaces de déposition et d'exil, et en définitive Secundus et Théonas restèrent seuls entre tous les évêques , fermes dans la cause d'Arius. Titus de Parétonion et Sérapion d'Antiphra s'étaient rangés, dès le principe, de l'avis de la majorité. L'assemblée arrêta vingt canons relatifs à la discipline , dont le sixième, concernant principalement l'ordination des évêques, rappelait les anciennes coutumes établies dans l'Egypte, la Libye et la Pentapole, où l'évêque d'Alexandrie avait l'autorité exclusive, de telle sorte que, nul évêque ne pouvant, en général, être institué dans une province'qu'avec le consentement du métropolitain, il fallait en outre ici le consentement de l'évêque supérieur, patriarche, ou pape, auquel étaient subordonnées en commun les diverses provinces que nous venons de désigner (*).
(*) « Antiqua consuetudo servetur in « jEgypto, Libyâ et Pentapoli, ul Alexan- « drinus episcopus horum omnium habeat « potestatem. »
L'édition arabe des canons du même concile nous a conservé, sous le nombre 3g, le' renseignement suivant, curieux pour l'histoire de l'ancienne hiérarchie des églises d'Orient :
« Consideret Patriarcha quœ Archiepis- « copi et Episcopi ejus in provinciis suis «faciunt, et si quid reperiat secùs quàm « oporteat, factum mutet, et disponat ut « sibi videbitur, siquidem ipse est pater ««omnium; et quamvis sit Archiepiscopus « in Episcopos tanquam frater major qui
Avant de se séparer, les Pères du concile écrivirent une épître synodale, adressée principalement à l'église d'Alexandrie et à tous les fidèles de l'Egypte, de la Libye et de la Pentapole, comme plus directement intéressés dans la question, et en général à toutes les églises de la terre, afin de leur notifier les décisions de l'assemblée, l'excommunication et l'exil d'Arius, de Secundus et deThéonas. Saint Alexandre, patriarche d'Alexandrie , et le grand saint Athanase qui était alors son archidiacre, furent chargés de promulguer cette épître dans leur diocèse.
RÉHABILITATION ET MORT D'A- RIUS.— Mais cet acte solemnel, qui semblait devoir anéantir l'arianisme, fut loin de le déraciner : Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée retirèrent leur signature, et se laissèrent déposer et exiler pour la cause d'Arius; plus tard, à la prière de Constantia sœur de l'empereur, les deux évêques et Arius lui-même furent rappelés; et bientôt la rigidité de saint Athanase, devenu patriarche d'Alexandrie par surprise, au dire de Philostorge, aigrrt contre lui Constantin, au point que la sentence portée au concile de Nicée ne lui parut plus incontestablement juste, et qu'un nouveau concile fut convoqué à Tyr en 335, dix ans précisément après celui de Nicée. On y vit des évêques d'Egypte, de Libye, de tout l'Orient, de Macédoine etdePannonie; ils étaient nombreux, et la plupart ariens; ils n'avaient pas terminé leurs opérations quand une lettre impériale les invita à se transporter à Jérusalem pour y assister à la dédicace de l'église du Saint-Sépulcre, qui eut lieu le 13 septembre. Arius et tous les siens furent reçus à la communion de l'Église, saint Athanase condamné et déposé, et bientôt après exilé à Trêves par Constantin , et Pistus ordonné à sa place évêque d'Alexandrie, par Secundus de Ptolémaïs. Une lettre synodale
« curam habet fratrum suorum , et ei debent « obedientiam quià praeest , est tamen Pa- « triarcha loco patris, sub cujus doininatu. « ac potestate sunt filii ejus, n
fut adressée à l'Église d'Alexandrie, aux évêques d'Egypte, de la Libye et de la Pentapole, et généralement à tous les évêques, prêtres et diacres du monde chrétien. Arius survécut peu à sa réhabilitation , et Constantin le Grand mourut lui-même peu de temps après.
Résistance de saint Athanase contre farianisme.
Succession de conciles contradictoires QUI CONSOMMENT LE schisme.— Constantius, à qui fut dévolu l'Orient, penchait pour l'arianisme; mais Constantin le jeune, qui avait les Gaules, se crut en droit de renvoyer saint Athanase à son patriarchat, soit qu'il obeîtencelaàdesdispositions réellement favorables, comme on l'admet généralement, soit peut-être qu'il jugeât prudent d'éloigner cet homme altier et turbulent. Les ariens réclamèrent hautement contre cette violation de la sentence portée par le concile de Tyr ; mais saint Athanase répondit à leurs plaintes en assemblant à Alexandrie, en l'année 340, un synode d'environ cent évêques de l'Egypte , de la Thébaïde, de la Libye et de la Pentapole, qui écrivirent 'en commun une épitre synodale à tous les évêques catholiques du monde chrétien, pour réfuter les accusations dont le patriarche consubstantialiste était l'objet, et repousser comme nulle l'ordination du patriarche arien que Secundus de la Pentapole et Théonas de Libye lui avaient substitué. Il s'ensuivit un nouvel examen de la question dans un concile convoqué à Antioche en 341 : saint Athanase y fut reconnu dûment déposé par le concile de Tyr, et on lui nomma pour successeur Grégoire, qui reçut la confirmation de l'empereur. Là-dessus , réclamation de saint Athanase, surtout auprès du pape Jules 1er, qui convoqua à Rome, en 342, un nouveau concile, où saint Athanase fut déclaré évêque légitime et Grégoire sans qualité.
Les églises d'Orient et celles d'Occident se trouvant ainsi en dissidence
prononcée, et le désaccord se prolongeant de concile en concile, l'empereur Constans proposa à son frère d'assembler un concile général des évêques tant d'Orient que d'Occident, pour trancher enfin la difficulté d'un commun consentement. La réunion eut lieu en 347 à Sardique enlllyrie, aux confins des deux empires; mais les conditions que chacune des parties voulait imposer à ses adversaires rendirent tout accord impossible, les Orientaux refusant de siéger avec Athanase et d'autres évêques qu'ils avaient excommuniés et demandant que la procédure faite à leur égard fût au moins recommencée, les Occidentaux prétendant maintenir leurdétermination sans nouvel examen. Les choses en étant à ce point, les Orientaux quittèrent Sardique et se rendirent à Philippopolis, laissant les Occidentaux excommunier à leur gré le patriarche Grégoire et dix autres évêques d'Orient ; mais ils déclarèrent à leur tour maintenir leur propre sentence contre Athanase et Asantus, évêques si empressés d'aller à l'étranger et loin du théâtre de leurs méfaits, obtenir l'absolution des condamnations prononcées contre eux en connaissance de cause; et ils excommunièrent de leur côté le pape Jules et quatre autres évêques d'Occident.
Parmi les soixante-treize signatures que porte l'épître synodale écrite à ce sujet , nous devons relever spécialement ici celle de Pison, évêque de Darnis.
Les empereurs prennent part a la querelle; nouveau rétarlissement et nouvelle expulsion de saint Athanase. — Les églises d'Orient et d'Occident se trouvèrent ainsi divisées plus que jamais ; et chacun des empereurs épousa la cause de ses évêques. Constantius exila dans la Libye supérieure ou Pentapole Arius, évêque de Pétra en Palestine, et Asserius, évêque de Pétra en Arabie, qui s'étaient séparés de leurs collègues à Sardique pour se réunir aux Occidentaux.
Constans de son côté écrivit à son frère pour lui demander le rétablissement de saint Athanase, avec menaces d'y pour*
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voir lui-même s'il le fallait. Grégoire étant mort sur ces entrefaites, au commencement de l'année 349, Constantius jugea opportun de céder aux exigences de Constans; il rappela saint Athanase , et adressa au préfet d'Egypte, ainsi qu'aux gouverneurs des provinces de l'Augustainnique, de la Thébaïde et de la Libye, un rescrit à ce sujet. Arrivé à Jérusalem , le patriarche y fut accueilli par un synode de seize évêques, qui écrivirent à ceux d'Egypte et de Libye, et aux prêtres, diacres et fidèles d'Alexandrie pour les féliciter du retour de leur pasteur. De là saint Athanase se rendit à Alexandrie, où il fut reçu, dit-il luimême, avec une joie incroyable nonseulement du peuple, mais des évêques d'Egypte et des deux Libyes, qui accouraient de tous côtés, joyeux de se voir délivrés de la tyrannie des hérétiques.
Cependant la roideurde saint Athanase envers les ariens , les menaces qu'il avait inspirées à Constans vis-àvis de son frère, son accession vraie ou supposée au parti de Magnence, et d'autres griefs secondaires, lui eurent bientôt fait perdre les bonnes grâces de Constantius, désormais seul empereur. Un concile, assemblé à Arles en 353, le condamna de nouveau, et un concile tenu à Antioehe en 3.54 lui donna pour successeur George, que les Alexandrins refusèrent de recevoir; un troisième concile convoqué à Milan en 355 ratifia encore la condamnation d' Athanase, qui n'en persista pas moins à rester dans sa ville épiscopale, jusqu'à ce qu'on eût recours contre lui à la force, en faisant venir de Libye les troupes aux ordres du duc Syrianus. Saint Athanase écrivit alors aux évêques d'Egypte et de Libye une lettre de protestation où il cite entre autres Secundus de la Pentapole comme un des promoteurs de la persécution. Celle-ci , au surplus , s'étendit hors d'Alexandrie, par toute l'Egypte et la Libye : il y eut un ordre de Constantius pour chasser des églises les évêques consubstantialistes, afin de les livrer aux ariens; et le duc Sebastianus fut chargé de l'exécution.
Triomphe momentané de l'abianisme. — Le récit , sans doute très-partial , de saint Athanase luimême, accuse cet officier général d'une rigueur cruelle : « il écrivit aux commandants et aux chefs militaires des provinces, pour requérir leur concours; on voyait des évêques prisonniers, des prêtres et des moines chargés de chaînes après avoir été battus jusqu'à la mort. Tout le pays était en trouble; les peuples murmuraient d'une ordonnance si injuste et de la dureté de l'exécution ; car, quoique l'ordre impérial portât seulement de les chasser de leurs sièges, on les envoyait à deux ou trois provinces de là, dans des solitudes affreuses, ceux de Libye dans la grande oasis de Thèbes, ceux de Thébaïde dans la Libye ammonienne.On traitait de cette manière des vieillards, des infirmes : quelques-uns moururent au lieu d'exil, d'autres en chemin. La persécution frappa ainsi près de quatre-vingt-dix évêques, c'està-dire à peu près autant qu'il y en avait dans toute l'Egypte et la Libye; seize furent bannis, plus de trente chasses, les uns et les autres remplacés aussitôt par de jeunes débauchés qui achetaient à prix d'or leur épiscopat; quelques-uns dissimulèrent par contrainte, et se soumirent a la réordination du patriarche George. — Il y avait à Barkè un prêtre appelé Securùlus qui refusait de reconnaître l'autorité de l'évêque Secundus de Ptolémaïs, l'un des plus fougueux ariens : celui-ci, aidé du prêtre Etienne, qui depuis fut son successeur, maltraita tellement à coups de pied le prêtre réfractaire , que le malheureux en mourut : ceci se passait au carême de l'an 356. » — Saint Athanase se déroba aux violences dont il était menacé, en s'enfuyantau désert.
"Les évêques "d'Orient s'étant assemblés en -concile à Séleucie au mois de septembre 359 , on y vit assister Héliodore, évêque de Sozysa, Etienne, successeur de Secundus au siège de Ptolémaïs, Pollux ou Polydeuces, évêque de Marmarique, c'est-àdire suivant nous de Darnis, et Siras, évêque de Parétonion ; pendant le même temps
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les évêques d'Occident, réunis à Rimini, acceptaient une profession de foi arienne envoyée par l'empereur; puis les uns et les autres furent mandés tous ensemble à Constantinople au commencement de l'année 300 , pour y signer en commun la formule de Rimini , qui fut d'ailleurs envoyée par tout l'empire, afin de recevoir l'adhésion de tous les évêques sans exception; et il y eut en effet très-peu de réfractaires.
Réaction catholique. — Le patriarche George ayant été tué dans une émeute populaire en 302, saint Athanase, qui depuis sept ans était resté caché au désert, pensa qu'il pourrait rentrer sans obstacle a Alexandrie; il y fut reçu en triomphe par les catholiques, et il y eut une réaction contre les ariens, auxquels ils enlevèrent la possession des églises, leur laissant la consolation de se réunir dans des maisons particulières et d'élire Lucius pour succéder à George.
Divers évêques catholiques , revenant de leur exil , se réunirent à Alexandrie sous la présidence de saint Athanase, et formèrent un concile peu nombreux (vingt évêques en tout), qui se crut en droit de protester au nom de toute l'Église contre la formule de Rimini et les conciles qui l'avaient acceptée. Au nombre des assistants se trouvaient saint Eusèbe de Verceil revenant de la Thébaïde , Assérius de Pétra en Arabie revenant de la Libye supérieure, puis encore Caïus, évêque de Parétonion, Menas, évêque d'Antiphra, et Marcus, évêque de Zygris, tous les trois de la Libye inférieure et qui probablement revenaient de la grande oasis.
L'empereur Julien ayant appris le retour de saint Athanase, s'écria que celui qui avait, été chassé par les décisions de plusieurs empereurs aurait dii au moins en attendre une nouvelle avant de revenir; et il envoya l'ordre le plus formel au préfet d Egypte d'expulser l'audacieux évêque : celui-ci quitta la ville , mais pour y rentrer secrètement presque aussitôt, et s'y tenir caché jusqu'à l'avènement de Jo-
vien , qui prononça le rappel de tous les bannis et la restitution des églises aux catholiques. Saint Athanase écrivit au nouvel empereur au nom de tous les évêques d'Egypte , de Thébaïde et de Libye, pour lui demander de proclamer l'observation exclusive du symbole de Nicée; les ariens voulurent réclamer de leur côté, mais ils ne furent pas écoutés. Valens n'accorda point la même protection aux consubstantialistes, et il voulut même, en 307, expulser de nouveau saint Athanase, qui se tint caché pendant quatre mois; mais, à la demande de Valentinien , il fit cesser la persécution et laissa le patriarche tranquille sur son siège.
Indulgence et rigueur de saint Athanase ; fin de la lutte. — Il y avait dans la Pentapole , aux confins de la Libye, deux bourgades contiguës , nommées Hydrax et Palébisca , comprises dans la circonscription de l'église d'Érythron , et trop peu importantes pour avoir elles-mêmes un évêque; cependant comme elles étaient un peu éloignées du siège, et quel'évêque Orion qui l'occupait alors n'était pas assez ingambe pour les protéger tant au spirituel qu'au temporel, elles eurent le désir de se donner aussi un évêque, et elles jetèrent les yeux sur Sidérios, jeune homme actif et vigoureux qui revenait de l'armée pour faire valoir des terres qui lui avaient été accordées. A leur prière, Philon de Cyrène vint faire l'ordination du nouvel évêque : ordination très-irrégulière sans doute, puisqu'elle edt dû être faite par le patriarche d'Alexandrie, ou de son consentement par trois évêques au moins; cependant saint Athanase ne crut pas le moment favorable pour se montrer rigoureux envers des chrétiens fidèles; d'autant plus que Sidérios lui parut un homme de mérite et de résolution , très-propre à lutter contre l'hérésie arienne, si bien qu'il le transféra même sur le siège de Ptolémaïs, où l'arianisme avait besoin d'être plus vigoureusement combattu. Plus tard Sidérios devenu vieux revint terminer ses jours à Palébisca.
L'UNIVERS
L'altier patriarche ne se montra point aussi indulgent envers le gouverneur de la Libye, qu'il traite d'homme brutal , cruel et débauché , mais dont on peut soupçonner que le principal crime à ses yeux était de favoriser la cause des ariens; saint Athanase l'excommunia , et dénonça l'anathème à saint Basile, qui avait dans son diocèse la famille de cet officier ; l'évêque de Césarée répondit qu'il avait notilié cette condamnation à tous les serviteurs, tous les amis, tous les hôtes du gouverneur excommunié , et que nul n'aurait plus commerce avec lui , ni de feu , ni d'eau, ni de couvert.
Saint Athanase étant mort en 373 , les ariens reprirent le dessus dans son diocèse, sous la protection déclarée de l'empereur Valens; mais à l'avénement de Théodose, les églises furent rendues aux consubstantialistes; et l'arien Lucius fut expulsé d'Alexandrie. Bientôt le concile général de Constantinople , de 381, vint compléter le symbole de Nicée, et le rendre tel qu'il est aujourd'hui chanté dans nos églises. Ce concile fut successivement présidé par divers prélats , l'un desquels fut Timothée, patriarche d'Alexandrie; parmi les canons qui y furent décrétés , le cinquième attribuait à l'évêque de Constantinople le second rang, immédiatement après l'évêque de Rome; mais cette décision, qui préjudiciait aux droits de l'évêque d'Alexandrie, fut repoussée par des conciles postérieurs (*).
(*) Le 5e canon du concile de Constantinople est ainsi conçu dans les sommes latines :
« Constantinopolitanœ civitatis episeopum • habere oportet prima tus honorem post « Romanum episeopum , propter quôd sit « nova Roraa. »
Mais le 2e canon du concile de Rome, en 496, porte :
« Est ergo prima Pelri apostoli sedes Ro- « mana ecclesia, non habens maculam ne- « que rugam, nec aliquid hujusinodi. Se- « cunda autem sedes apud Alexandriam « beati Pétri nomine a Marco ejus discipulo - et evangelista consecrata; ipseque a Petro « apostolo in iEgyptum directus. »
Épiscopat de Synêsios.
Le patbiarche Théophile pourvoit A DIVERS SIEGES EN LIBYE. — Dans un concile assemblé en 394 à Constantinople, à l'occasion de la dédicace d'une église, et qui eut à opter entre deux évêques qui se disputaient le siège de Bostra en Arabie, on vit figurer, avec le patriarche Théophile d'Alexandrie, Probatius, évêque de Bérénice.
C'était alors l'usage que les métropolitains promulgassent chaque année, après l'Epiphanie, des lettres paschales, où ils faisaient connaître le jour où devait commencer le carême, et les fêtes mobiles dépendantes de la Paque.
Saint Jérôme nous a conservé trois des lettres paschales émanées du patriarche Théophile, pour les années 401, 402 et 404 ; à la lin de la seconde se trouve l'indication de quelques nouveaux évêques de Libye, dont il annonce l'avènement afin de les accréditer auprès de leurs frères, pour qu'on leur écrivît et qu'on reçût leurs lettres suivant la coutume de l'Église. « 11 « faut que vous sachiez qu'en rempla- « cernent des saints évêques qui se « sont endormis clans le Seigneur, on « a ordonné, à Lemniade, Naséas à la « place de Héron; à Érythron, Paul à « la place de Sabbatius. »
C'est ce même Théophile qui , en l'année 410, ordonna Synêsios évêque dePtolémaïs, malgré la répugnance expresse et motivée du nouveau prélat, que l'amour de la famille et des études philosophiques retenait dans la vie séculière, mais qui fut obligé de sacrifier ses goûts aux instances de ses amis, et qui, après s'être préparc à ses fonctions sacerdotales par une retraite de sept mois, vint en 411 prendre possession de son siège , et exercer les pouvoirs .métropolitains qui y étaient attachés à l'égard des autres sièges de la Pentapole, en même temps que la confiance de Théophile l'investissait des pouvoirs spéciaux exclusivement réservés au patriarche d'Alexandrie. Synêsios, de son côté, professait pour Théophile la défé-
AFRIQUE ANCIENNE
rence et la soumission la plus entière.
Tolérance de Synésios. — En arrivant à Ptolémaïs, il y trouva réfugié et rentré dans la vie privée le noble cyrénéen Alexandre, qui s'était engagé très-jeune dans les observances monastiques, avait ensuite été élevé au diaconat, puis à la prêtrise , et s'étant rendu à Constantinople , y avait fait la connaissance de saint Jean Chrysostome, qui l'avait promu à l'épiscopat en lui assignant la ville de Basilinopolis en Bithynie; quand avaient éclaté les querelles de Chrysostome et de Théophile, où la dissidence religieuse des origéniens et des anthropomorphitescouvraitdes haines personnelles, Alexandre était resté attaché au parti de son bienfaiteur; mais maintenant Chrysostome était mort depuis quatre ans , il y en avait trois que la réconciliation avait été convenue, et Théophile avait lui-même écrit au patriarche Atticus de Constantinople , en faveur des anciens partisans de Chrysostome. Synésios , encore nouveau dans le sacerdoce, était fort embarrassé sur la conduite à tenir envers Alexandre; il prit un terme moyen , dont il rendait compte à Théophile en ces termes : « Voyant des « vieillards qui , dans la crainte de « blesser quelque règle canonique , le « traitaient durement, et sans pouvoir « articuler rien de précis contre lui , « refusaient de le recevoir sous leur « toit, je n'ai voulu ni les reprendre , « ni les imiter. Savez-vous, mon véné- « rable père, ce que j'ai fait? Je ne l'ai « point reçu à l'église, ni à la commu- « nionde la sainte table; mais je l'ai « accueilli chez moi comme un homme « sans reproche , lui faisant honneur « suivant mon habitude à l'égard de « mes concitoyens, sans crainte de dé- « roger en cela à la dignité de .mon « siège. »
Synésios remplit diverses missions PATRIARCHALES. — Sur l'or-
dre de Théophile, Synésios se rendit à llvdrax et Palébisca, pour y instituer un évêque en remplacement de Sidérios, jadis établi en ce lieu par Philon de Cyrène, oncle de l'évêque
du même nom qui occupait actuellement le même siège. Mais la population de ces bourgades, qui depuis la translation de Sidérios à Ptolémaïs, du temps de saint Athanase, était rentrée sous l'obédience de l'évêque d'Érythron , et s'était attachée à Paul, qufc Théophile lui-même avait en 401 nommé à ce dernier siège, refusa d'en recevoir un autre, et demanda avec instance à Synésios de suspendre l'exécution de sa commission jusqu'à ce que le patriarche eût entendu la réclamation qu'on lui adressait; et il ne fut point donné de successeur à Sidérios.
L'évêque de Ptolémaïs avait à régler en même temps un différend survenu entre Paul d'Érythron et Dioscore de Darnis , au sujet d'un tertre situé dans la bourgade d'Hydrax , sur la limite des deux évêchés, et dont les deux prélats se disputaient la possession, Dioscore revendiquant le lieu comme ayant été de tout temps dépendant de son église, Paul prétendant l'avoir acquis par la consécration qu'il y avait faite d'une chapelle sur les ruines d'une plus ancienne. Une enquête démontra que cette consécration avait été subreptice : Paul avait violé la clôture d'une petite maison dontDioscoreavait les clefs, et y avait fait porter une table qu'il avait bénie; Synésios, présidant le synode des évêques du voisinage qui s'étaient réunis à 'cette occasion, déclara indigne le procédé d'employer les cérémonies de la religion pour usurper la propriété d'autrui ; Paul reconnut ses torts , et Dioscore consentit à lui céder, à des conditions favorables , l'immeuble objet du litige.
Synésios présida à l'élection d'un nouveau pasteur pour l'évêché d'Olbia, devenu vacant par la mort d'Athamas, qui l'avait rempli jusqu'à un âge très-avancé. Les suffrages se portèrent sur Antoine , compagnon d'études de deux évêques présents à l'assemblée, et qui avait même reçu de l'un d'eux l'ordre de prêtrise ; l'évêque de Ptolémaïs se joignit à eux pour le nommer, et sollicita en sa faveur l'homologation patriarchale,
L'UNIVERS
DÉFÉRENCE DE SYNÉSIOS ENVERS LE PATRIARCHE POUR LES AFFAIRES DE SON PROPRE DIOCÈSE. — Syilé-
sios avait soin en outre de rendre compte à Théophile des affaires de son propre diocèse. Le prêtre Jason ayant attaqué de paroles le prêtre Lamponianus, celui-ci s'échappa en voies de fait, et sur la plainte de Jason fut exclu des assemblées ecclésiastiques : il témoigna un grand repentir, et sa grâce fut demandée par le peuple des fidèles; mais l'évêque déclara que le pouvoir d'absoudre le coupable était réservé au patriarche. — Des ecclésiastiques s'intentaient mutuellement des procès scandaleux devant les gouverneurs militaires, à qui ils procuraient ainsi un lucre illégitime; Synésios demandait à Théophile d'ordonner qu'on ne suivît plus cette marche à l'avenir, mais qu'on s'adressât, en pareil cas, à la juridiction épiscopale. — Des prêtres, quittant volontairement leur église, venaient jouir, sans charges ni soucis, des honneurs du sacerdoce là où la vie leur semblait
f»Ius agréable; Synésios proposa de ne es admettre qu'à la communion des laïques, et de les laisser confondus dans la foule des fidèles, afin que la privation des honneurs ecclésiastiques les portât à retourner chez eux, et à garder la résidence que leur ordination leur avait imposée.
Le pieux évêque craignit une nouvelle invasion de l'arianisme dans la Pentapole, au moyen des prédications et des assemblées" secrètes de ces sectaires, favorisés par un officier appelé Quintianus, et protégés par l'autorité militaire; il écrivit à ce sujet aux prêtres de son diocèse, pour les inviter à se tenir sur leurs gardes, à épier et à démasquer ces suppôts du démon, et à les chasser honteusement, recommandant surtout d'agir en vue des récompenses célestes , et non d'une 'avidité sordide des richesses, anathématisant d'avance ceux qui se laisseraient entraîner, à prix d'argent, à fermer les yeux sur ces réunions criminelles.