‹ Afrique. Tableau generalChapitre 93 sur 232 · OB MERITA D. D · texte numérisé non relu

OB MERITA D. D

* A Caius Julius Reginus, etc. , le caialeur de la «magnifique république de Thimida royale, »etc.

Commencements de la guerre de Numidie. — L'habile Jugurtha sut acheter la faveur d'un sénat corrompu, qui envoya une commission de dix membres faire le partage des états de Micipsa entre le fils survivant de ce monarque et le meurtrier de l'autre ; et les décemvirs, gagnés à force d'or , lotirent Jugurtha de la portion la plus étendue et la plus puissante, la Numidie des Massésyliens depuis le fleuve Mulucha jusqu'à une limite qui nous semble avoir dû être établie dès lors près du port de Saldes , laissant à Adherbal la plus ornée de villes etd'édifices, avec la royale Cirta. Mais l'ambition de Jugurtha n'est pas satisfaite : il vient piller le domaine d' Adherbal , et bientôt envahit ouvertement ses états , le bat entre Cirta et la mer, et vient l'assiéger dans sa capitale. Une seconde, une troisième commission envoyées de Rome sont gagnées ; Cirta capitule, et Jugurtha fait massacrer aussitôt Adherbal et tous ses adhérents. Mais la nouvelle de ces attentats émeut à Rome les classes populaires; le tribun Caïus Memmius tonne contre les grands que l'or de Jugurtha a corrompus; la guerre de Numidie est résolue, et le cousu! Lucius Calpurnius Piso Restia est envoyé pour la commander.

Restia signale son entrée en campagne par la prise de quelques villes et de nombreux captifs; mais bientôt l'or du Numide achète une paix facile ; Memmius indigné obtient qu'on appelle à Rome Jugurtha pour démasquer les concussionnaires, et Jugurtha vient encore semer l'or à pleines mains dans cette ville vénale : Massiva, fils de Gulussa, qui s'y trouvait aussi, s'adresse au sénat pour obtenir lui-même le royaume de Numidie , et Jugurtha le fait assassiner. Le sénat alors lui ordonne de quitter immédiatement l'Italie, et le consul Spurius Posthumius Albinus recommence la guerre; puis en laisse le soin à son frère Aulus , qui court assiéger Suthul , où étaient les trésors du monarque numide, et que Paul Orose identifie à Calama , vulgairement appelée aujour- 14,

L'UNIVERS

d'hui Ghelma ; mais Jugurtha l'attire dans une embuscade au milieu des bois, et le force à capituler aux conditions les plus honteuses ; l'armée romaine est obligée de passer sous le joug et d'évacuer en dix jours la Numidie.

Succès de Métellus. — Rome ne veut point reconnaître une pareille convention, et elle charge le nouveau consul Quintus Cécilius Métellus, plus tard surnommé Numidieus, d'aller reprendre la guerre; il se rend, avec le fameux CaïusMarius pour lieutenant, dans la province romaine, où se trouvaient cantonnées les troupes, dont il fallut d'abord relever le moral, puis entrant en Numidie , il y occupe d'abord Vacca, le marché le plus renommé de tout le royaume, très-fréquentédes marchands italiens ; arrivé sur les bords du Muthul, dans l'ancien domaine d'Adherbal , il y obtient sur Jugurtha une victoire signalée, à la suite de laquelle il reçoit les soumissions de plusieurs places , et en premier lieu de Sicca , la moderne Kêf , peut-être aussi celle de Cirta, où nous voyons établis peu de temps après ses magasins..!! se porte ensuite surZama, ville considérable (*), le boulevard du royaume dans la partie où elle était située ; mais il ne peut l'emporter, et il revient prendre ses quartiers d'hiver dans la province romaine, au voisinage de la Numidie.

Enfin Jugurtha se résout à ouvrir ses trésors, à livrer tous ses éléphants et une partie de ses armes et de ses chevaux ; ce n'est point assez : Métellus exige qu'il vienne en personne recevoir ses ordres à ïisidium; mais Jugurtha veut tenter un effort désespéré plutôt que de se livrer lui-même; il recommence la guerre, fait égorger par trahison la garnison romaine de Vacca , qui est aussitôt reprise et sac-

(*) « Urbem magnam, et in eâ parte « quà sita erat arcem regni, nomine Za- « main, » tels sont les termes de Salluste. Il ne peut donc être douteux que ce ne soit la Zcc[jia u.eiÇwv ou grande Zama de Ptolémée, la Zama regia d'Hirtius et des monuments ultérieurs.

cagée ; il est battu de nouveau en rase campagne, se réfugie dans Thala (dont Grenville Temple croit avoir de nos jours retrouvé les ruines à vingt milles dans l'est d'Ayédrah , conservant encore le nom de Tsâiah (*) ; puis il l'abandonne pendant que Métellus vient l'assiéger , la prendre , et recevoir sur ses ruines fumantes les envoyés de Leptis, fille de Sidon et alliée de Rome depuis le commencement de la guerre, qui venaient lui demander une garnison ; il leur accorda quatre cohortes de Ligures avec Caïus Annius pour commandant. Jugurtha va alors recruter chez les Gétules une armée dont il fait l'éducation militaire; il s'adresse au roi de Mauritanie Bocchus dont il avait épousé une fille, l'entraîne dans son parti , et tous deux s'avancent vers Cirta , sous les murs de laquelle Métellus vient asseoir et fortifier son camp.

Marius termine là guerre. — Sur ces entrefaites , le consulat et la guerre de Numidie échurent à Marius, qui revint à Utique avec des renforts considérables de troupes fraîches, reprit les hostilités avec une nouvelle vigueur, battit Jugurtha et ses Gétules non loin de Cirta , alla détruire la lointaine Capsa, à neuf journées de distance , prit et brûla nombre d'autres places; puis à l'autre extrémité de la Numidie, non loin du fleuve Mulucha, limite commune des états de Bocchus et de Jugurtha, il vint assiéger et emporter d'assaut un château réputé imprenable ; c'est là qu'il fut rejoint par son questeur, le fameux Lucius Cornélius Sylla , qui arrivait d'Italie avec un corps considérable de cavalerie; et ils opérèrent ensemble leur retraite vers Cirta, afin d'aller

(*) Le nom arabe ,J L)' Tsâiah se pro,nonce exactement comme le grec 6àXa, dont le latin Thala est la simple transcription. Mais peut-être faudrait-il chercher Thala dans un moindre éloignement de la grande Leptis, ou supposer, au contraire, qu'il s'agit de la petite Leptis, et que c'est par confusion que Salluste lui a appliqué des désignations propres à la grande.

AFRIQUE ANCIENNE

f)rendre leurs quartiers d'hiver dans es villes du littoral. Bocchus et Jugurtha , réunis de leur côté , saisissent le moment de ce départ, et tombent, à la fin du jour, sur l'armée romaine ; mais l'avantage reste à Marius , qui reprend sa marche, et arrive quatre jours après non loin de Cirta, où une nouvelle attaque des deux rois ne peut encore leur procurer une victoire; et les Romains opèrent enfin leur rentrée à Cirta.

Alors s'ouvrirent des négociations avec Bocchus, dont plusieurs fois déjà on avait sondé les dispositions favorables. Ce n'est point par animosité, répondit-il à Sylla, qu'il avait pris les armes contre les Romains, mais uniquement pour la défense de son propre territoire; car il avait lui-même conquis sur Jugurtha (*) cette partie de la Numidie que Marius venait ravager : « Je n'ai point fait, je n'ai ja- « mais souhaité qu'on fît la guerre au « peuple romain; j'ai défendu à main a, armée mes frontières qu'on atta- « quait à main armée. Mais laissons « cela , puisque vous le voulez ; faites « comme vous l'entendrez la guerre à « Jugurtha. Je ne dépasserai point le « fleuve Mulucha, qui était entre moi « et Micipsa , et je ne souffrirai <' pas que Jugurtha le franchisse ; « si vous avez à me demander quelque « chose de plus, je ne m'y refuserai « point, pourvu que ce soit digne de « moi comme de vous. » Après bien des hésitations, -l'adroit Sylla parvint à le faire consentir à livrer Jugurtha , qui fut amené à Marius, et alla mourir de froid et de faim dans un cachot de Rome.

Modifications dans les circonscriptions TERRITORIALES APRES LA DÉFAITE DE JUGURTHA. —

Quels furent les résultats de cette guerre quant à la distribution du territoire africain entre les diverses puis-

(*) A ce propos, il n'est pas sans intérêt de rappeler ici que, d'après un fragment de Dion Cassius, il semble que Cirta lut tombée au pouvoir de Bocchus par voie de composition , quand il traita avec Marins.

sances qui s'y trouvaient établies ?

Comme les historiens se taisent sur ce point, les critiques ont tenté d'y suppléer par des conjectures, et lés opinions varient beaucoup à cet égard.

Bocchus, qui promettait de se renfermer dans ses anciennes limites du Mulucha, y demeura-t-il confiné, ou bien Rome le récompensa-t-elle de sa trahison envers Jugurtha en lui adjugeant les pays qu'il énonçait avoir luimême conquis sur ce prince? Nous admettrons, comme la plus probable, cette dernière hypothèse , contre laquelle ne s'élèvent point les faits ultérieurs ; et il y a quelque motif de penser, en ayant égard à ceux-ci, que la limite orientale en put être portée jusqu'à Saldes, qui fut plus tard la borne commune de la Numidie des Romains et de la Mauritanie de Juba le jeune; il paraît certain, dans tous les cas, que Bocchus n'eut point Cirta, bien qu'il l'eût un moment occupée, car elle fut plus tard conquise par son fils Bocchus sur Juba l'ancien.

La province romaine demeura-t-elle aussi confinée dans ses premières limites, ou fut-elle augmentée de quelqu'une des conquêtes de Métellus et de Marius ? Cette dernière hypothèse semble offrir quelque probabilité : on peut croire que Vacca et le territoire adjacent depuis Thabraca jusqu'à Hippone-Diarrhyte , de même que Sicca , furent désormais annexés à la province d'Afrique.

Règne des princes numides successeurs de Jugurtha.

Règne de Gauda. — Quant au surplus, on a trop souvent oublié que le valétudinaire Gauda , fils de Mastanabal et frère par conséquent de Jugurtha , tenait , des volontés dernières de son oncle Micipsa, un droit éventuel de succession qu'il avait fait valoir auprès de Métellus, et que Marius avait adroitement caressé ; c'est donc à Gauda que revenait de droit, aux yeux mêmes des Romains, le sceptre de la Numidie; et quand on voit plus tard un Hiarbas qu'on dit son

fils, et un Hiemsal qu'on fait gratuitement fils de Gulussa, régner en Numidie, on oublie de tenir compte du droit héréditaire qui les a appelés au trône. On a trop négligé, sur deux points essentiels, les indications d'une inscription deCarthagène bien connue, et souvent répétée (*),que nous allons reproduire à notre tour :

REGI. 1VRAE. RE..

1VBAE. F1LIO. REGI»

IEMPSALIS. N. REGIS. CAV..

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