‹ Afrique. Tableau generalChapitre 94 sur 232 · PRONEPOT1. REGIS. MAS1MSS · texte numérisé non relu

PRONEPOT1. REGIS. MAS1MSS

PRONEPOT1S. KEPOTI

11V1R. QV1NQ. PATRONO

COLOM

« Au roi Juba fils du roi Juba, petit-fils « du roi lempsal , arrière-petit-fils du roi « Gauda, petit-fils de l'arrière-petit-fils du «roi Massinissa; les duumvirs quinquen- « naux au Patron de la colonie. »

Il résulte évidemment de cette inscription , d'abord que Hiemsal était fils de Gauda , et en second lieu que Gauda a eu le titre de roi ; d'où il faut conclure que Gauda, à qui Marius avait promis la Numidie dès que Jugurtha serait pris ou tué, reçut effectivement la possession de ce royaume, et la transmit à sa postérité. Comment fut réglée sa succession, on l'ignore ; quel-

?ues modernes ont conjecturé qu'elle ut partagée entre Hiemsal et Hiarbas ; mais les lambeaux historiques qu'il est possible de recueillir sur ces princes ne procurent à cet égard aucune lumière.

règne simultané de hlemsal, Hiarbas, et Massinissa père d'Arabion. — Quand le parti de Marius fut obligé de fuir devant la fortune de Sylla (**), le jeune Caïus Marius

(*) Nous donnons cette inscription d'après une empreinte tout nouvellement apportée de Carlhagène par M. Joseph Tastu , qui l'a prise lui-même sur l'original : elle diffère à la fois, et de la copie du Père Ximenez publiée par Shaw, et de la copie du chevalier de Bibran empruntée par Spon aux papiers de Peiresc : elle s'éloigne néanmoins fort peu de la première , adoptée par le président de Brosses et l'abbé Belley, qui en ont toutefois méconnu la portée.

(**) L'an 88 avant l'ère vulgaire.

vint, avec d'autres proscrits, chercher refuge en Numidie auprès du roi Hiemsal , dont les dispositions incertaines excitèrent bientôt leur défiance; aussi dès qu'ils apprirent que le vieux Marius fugitif avait paru à Carthagc, ils s'échappèrent pour le venir joindre, et quittant avec lui ces rivages inhospitaliers, ils s'empressèrent de passer a Cercina, d'où ils aperçurent bientôt les cavaliers numides 'que Hiemsal envoyait à leur poursuite. Puis les proscrits de la veille devinrent les proscripteurs du lendemain; puis la fortune revint à l'heureux Sylla, et les restes du parti vaincu naviguèrent de nouveau en Afrique, pour s'en emparer en compensation de la perte de l'Italie (*); c'est alors que nous voyons apparaître pour la première fois le "nom du roi Hiarbas, que suivant toute apparence le parti de Marius éleva sur le trône de Numidie à la place de Hiemsal, ou au moins en rivalité avec lui.

Mais Pompée envoyé par le dictateur contre les rebelles, lit enlever dans l'île de Cosyra le consul Cnéus Papirius Carbo, qui fut décapité; et débarquant à Curubis (la moderne Qourbah), il vint tailler en pièces auprès d'Utique Cnéus Domitius Ahénobarbus et le roi Hiarbas qui s'était joint à lui ; Domitius fut tué et Hiarbas prit la fuite.

Pompée s'occupa alors de rétablir Hiemsal dans son royaume ; il fit attaquer et battre Hiarbas par Bogud, fils du roi maure Bocchus, qui le força à revenir s'enfermer dans Bulla sa capitale (**), où Pompée le fit mettre à mort après avoir emporté la place.

Hiarbas avait-il entièrement dépouil-

(*) 'Q; Atêuriv Trapad-cyiaou-evoç àvtc xfjç 'lxa/iaç. (ArriEN, Guerres civiles, I, 92.)

(**) C'est à titre de capitale de Hiarbas que Bulla fut décorée dès lors de l'épithète de Royale qu'on lui trouve désormais dans les géographes, les itinéraires et les actes des conciles. — Cette expédition de Pompée, sur laquelle on ne possède que quelques rares indications éparses dans les fragments de Salluste, dans Plutarque, Appien, Eutrope, Aurélius Victor, Orose, Paul Diacre, et Zonare, se rapporte à l'an 81 avant l'ère vulgaire.

AFRIQUE ANCIENNE

lé Hiemsal , ou lui avait-il seulement enlevé la portion de la Numidie située à l'ouest de la province romaine d'Afrique ? On peut rester indécis entre ces deux hypothèses. Mais il est une autre question à résoudre : Hiemsal devait-il seul reprendre tout ce dont on dépouillait Hiarhas, et n'y avait-il aucun autre prétendant à satisfaire ?

Aurélius Victor a laissé échapper le nom de Massinissa : est-ce une méprise de copiste, ou bien y avait-il en effet un prince du nom de Massissina à qui il fallût rendre quelque portion de la Numidie ? On peut à bon droit s'arrêter à cette dernière pensée lorsqu'on réflechitque César, comme nous le dirons tout à l'heure, dépouilla plus tard de ses domaines le numide Massinissa, dont le fils Arabion est appelé roi par Appien. N'est-ce pas, dirai-je encore, contre ce même prétendant , dont le nom est écrit cette fois Masintha par Suétone, que le roi Hiemsal eut à envoyer à Rome (*), pour soutenir ses intérêts, son propre fils Juba, aussi riche de pièces d'or que de cheveux, dit plaisamment Cicéron dans son deuxième discours contre la loi agraire? Masintha s'était mis sous le patronage de César, qui dans une discussion animée au sujet de cette affaire s'emporta jusqu'à saisir Juba par sa barbe : affront que celui-ci ne lui pardonna jamais; aussi, devenu roi, se lit-il un des fauteurs les plus ardents du parti de Pompée.

Règne de Juba l'ancien. -- Lorsqu'il avait été chargé pour trois ans de l'immense commandement maritime et territorial motivé par la guerre des pirates, Pompée avait assigné l'Afrique avec la Sardaigne et la Corse à ses lieutenants Cnéus Cornélius Lentulus Marcellinus et Publius Attilius ; depuis son second consulat, ayant eu l'Afrique avec l'Espagne dans son lot, il les gouvernait de même par ses lieutenants. Quand éclata la guerre civile (**), le pompéien Attius Varus, chassé d'Italie, s'empara aisé-

(*) L'an 63 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 49 avant l'ère vulgaire.

ment de la province d'Afrique, et trouva dans le roi Juba un voisin et un allié tout disposé pour sa cause.

César ayant envoyé contre Varus son lieutenant Curion, celui-ci vint débarquer à Aquilaria, lieu bien abrité entre deux caps, à vingt-deux milles de Clypéa, et qui paraît être la moderne El-Hawaryah, le même point où plus de deux siècles et demi auparavant Agathocles avait aussi abordé. Le jeune Lucius César, n'osant attendre à Clypéa une attaque de la flotte de Curion, alla se réfugier à Adrumète, où Caïus Confidius Longus était cantonné avec une légion. Curion envoya ses vaisseaux à Utique, vers laquelle il sachemina lui-même par terre : trois journées l'ayant conduit près du Bagradas , il alla avec sa cavalerie reconnaître les Castra Comélia, et établit ensuite son camp devant Utique.

Juba avait à se plaindre personnellement de Curion, qui l'année précédente, pendant son tribunat, avait proposé une loi pour la confiscation de la Numidie et sa réduction en province romaine : aussi le vindicatif monarque s'était-il empressé d'envoyer des secours à Varus, et il vint bientôt le joindre lui-même avec de nouveaux renforts, tailla en pièces Curion et son armée, passa au fil de l'épée ses prisonniers, et rentra triomphant dans ses états.

L'Afrique devint alors le point de refuge de tous les restes, considérables, encore, du parti pompéien dispersés par les victoires de César, et l'on résolut de s'y défendre vigoureusement; Caton s'enferma dans Utique , qui devait être son tombeau, et Métellus Scipion prit le commandement de l'armée. Mais si la Numidie de Juba étajt hautement déclarée pour eux , il n'en était pas de même des états de Bogud et de Bocchus , qui avaient succédé à leur père Bocchus l'ancien, alliédeMarius, et qui s'étaient partagé son héritage, Bogud conservant l'ancienne Mauritanie avec Tingis pour capitale, Bocchus ayant pour son lot la Numidie des Massésyliens, avec loi pour capitale ainsi que nous l'in-

L'UNIVERS

dique Solin ; l'un et l'autre avaient embrassé avec empressement le parti de César, qui les avait proclamés tous deux rois, et amis du peuple romain.

Caton encouragea le jeune Cnéus Pompée à tenter contre eux une expédition:

il prit trente galères, et partant d'Utique, il gagna la Mauritanie, royaume de Bogud , où il essaya un coup de main sur la place d'Ascurum, défendue par une garnison royale; mais il fut repoussé dans ses vaisseaux, quitta ces rivages, et se dirigea vers les Baléares.

Guerre de Jules- César en Afrique.

Arrivée de César en Afrique; ses dispositions. — Cependant César avait résolu de venir porter le coup de grâce aux Pompéiens dans leur dernière retraite : sans se laisser effrayer par le mauvais temps , il s'était embarqué pour l'Afrique, et passant en vue de Clvpéa et de Néapolis , il avait abordé sans obstacle mais avec peu de monde, près d'Adrumète, d'où il s'était rendu à Ruspina, puis à Leptis, qui se déclarèrent pour lui : de là il envoya des bâtiments en croisière pour rallier sa flotte éparse, dépêcha le préteur Salluste à .Cercina pour y faire des approvisionnements de vivres, expédia des courriers dans les provinces pour demander des renforts d'hommes et de munitions, et laissant une garnison à Leptis, il vint établir son camp à Ruspina, où il fut rejoint par une partie de son monde et eut aussitôt à soutenir une vigoureuse attaque qu'il repoussa, mais qui menaça bientôt de se renouveler plus formidable, Scipion étant parti d'Utique avec le reste de son armée pour venir à Adrumète , où il devait être rejoint par Juba. Heureusement que le chef de partisans Sittius, avec une armée que mit à sa disposition le roi maure Bocchus, fit diversion sur la Numidie et la Gétulie de Juba, par la prise de l'opulente Cirta et la ruine de deux villes gétules qui avaient refusé de capituler; en sorte que Juba fut obligé de courir à la défense de son propre royaume. Cela donna à César le temps

de se fortifier, de provoquer dans le camp de Scipion la désertion des Numides et des Gétules qui avaient tenu pour Marius , de faire déclarer pour lui diverses places, telles qu'Acilla et ïisdrus, de recevoir des convois considérables de vivres que Salluste lui expédia de Cercina après en avoir chassé le questorien Caïus Décius, et de voir arriver enfin une partie des renforts qu'il attendait de Sicile, tandis que SittiUs enlevait à Juba un château fort où le roi numide avait fait, en vue de cette guerre, de grands approvisionnements de vivres et de munitions.

Victoire de César , qui reste

MAITRE DE LA NUMIDIE. — César

alors s'avança par les hauteurs, vers le camp ennemi , et après une escarmouche où il eut l'avantage , il s'approcha jusqu'à un mille d'Uzita, occupée par Scipion ; d'un autre côté , Co'nfidius qui était allé tenter de surprendre Acilla et n'avait pas réussi , leva le siège, et prenant son chemin par le territoire de Juba , rentra a Adrumète, et remit à Scipion une partie de ses troupes. Enfin Juba , pressé par Scipion de venir le rejoindre, arriva au camp, après avoir laissé à son lieutenant Sabura le soin de faire tête à Sittius. César, ayant assuré par de bonnes garnisons la défense de Leptis, Ruspina et Acilla, et donné ordre à sa flotte de bloquer Tapsus et Adrumète, brûla son camp devant Uzita et vint se retrancher près d'Agar, dont les habitants s'étaient vigoureusement défendus contre diverses attaques des Gétules : Scipion alors le suit et porte ses quartiers à six milles d'Agar; il envoie des troupes pour faire des vivres à Zetta, dont il n'était éloigné que de dix milles; mais César, quoiqu 'ayant dix-huit milles à parcourir pour y arriver, l'y devance, s'en empare, y met garnison, et revient à son camp; Juba de son côté saccage Vacca, peu éloignée de Zetta, et qui avait fait inviter César à lui envoyer des troupes. César à son tour enlève à Scipion la place de Sarsura, et met garnison dans Thabéna , située à l'extrémité littorale du royaume de Juba ; puis,

AFRIQUE ANCIENNE

de son camp d'Agar, où il est rejoint par de nouveaux renforts , il s'avance de huit milles, jusqu'à quatre milles du camp de Scipion, auprès de la ville deTégéa, où il engage un combat de cavalerie, mais sans pouvoir en venir à une action générale.

Alors il prend le parti de quitter Agar, et faisant seize milles avant le jour, il vient assiéger Thapsus ; Scipion le suit pour secourir la place; la bataille s'engage enfin, et César remporte une victore complète (*); les fuyards prennent le chemin d'Utique, et comme la ville de Parada leur ferme ses portés, ils la prennent de force et l'incendient. César laisse à un de ses lieutenants le soin d'emporter Thapsus, en envoie un autre s'emparer de Tysdrus, dépêche sa cavalerie vers Utique, va lui-même prendre Usceta, puis Adrumète, et arrive à son tour à Utique, où Caton s'était donné la mort de désespoir, et où Messala avait fait aussitôt son entrée. Juba , échappé de la mêlée, se cachant le jour et marchant la nuit, atteignit ainsi Zama sa capitale; mais elle lui ferma ses portes , et fit porter ses soumissions à César, qui vint en prendre possession; le malheureux roi se tua de désespoir.

D'un autre côté, Sittius avait taillé en pièces les troupes que ce prince avait laissées pour le combattre , il arrêta dans leur fuite à travers la Mauritanie les restes du parti vaincu qui voulaient passer en Espagne, et coula les galères sur lesquelles se sauvait Scipion et que la tempête avait poussées dans le port de la royale Hippone.

Partage de la Numidie : création DE LA NOUVELLE PROVINCE

d'Afrique. — La Numidie de Juba était tout entière au pouvoir du dictateur; il donna à Sittius, en récompense de ses services, la ville de Cirta dont il s'était emparé si à propos, avec un territoire considérable au voisinage; il gratifia le.roi Bocchus de quelques autres cantons à sa convenance ; et de tout le reste il lit une province romaine confiée au gouvernement du préteur Sal-

(*) L'an 46 avant l'ère vulgaire.

luste, qu'il décora du titre de proconsul : cette province fut appelée Nouvelle par opposition à l'Afrique propre, qui était Y Ancienne. Il semble que, dans l'état où la constitua César, elle conserva Zama pour capitale, et s'étendit au sud de l'ancienne province, par Adrumète, Ruspina, Leptis, Acilla ou Acholla, et Tysdrus, jusqu'à cette Thabéna extrême, dernière possession littorale de Juba; et dans l'ouest jusqu'aux concessions faites au partisan Sittius et au roi Bocchus.

Ces concessions elles-mêmes n'étaient autre chose que l'ancien territoire du prince Massimssa, qui avait, comme allié, suivi la fortune du malheureux Juba , et qui peut-être avait péri avec lui ; Arabion, fils de Massinissa, se réfugia en Espagne auprès du jeune Pompée, et lorsque celui-ci, après la mort de César, eut recouvré la fortune et les honneurs de son père, Arabion revint en Afrique , rallia les indigènes auxiliaires, et avec leur aide il chassa Bocchus, se défit de Sittius par trahison , et rentra en possession de son patrimoine. Quelles en étaient les limites? Sans avoir à cet égard des témoignages directs, nous avons du moins cette indication essentielle que la ville de Cirta, si elle n'y était point elle-même renfermée , en était du moins immédiatement voisine; d'où il suit que selon toute apparence, le fleuve Ampsagas qui passait à Cirta, et qui fut plus tard la limite occidentale de la province de Numidie, était la borne orientale du royaume d'Arabion, qui s'étendait sans doute à Fopposite jusqu'à Saldes.

IV. DOMINATION DES ROMAINS EN AFRIQUE DEPUIS LA CONQUETE DE LA NUMIDIE JUSQU'AU REGNE DE CLAUDE.

Première période : l'Afrique ancienne et V Afrique nouvelle formant deux provinces distinctes.

Les deux Afriques, partagées entre Antoine et César Octavien,

ABANDONNÉES A LÉPIDE. — Autant

L'UNIVERS

qu'on en peut juger sur les récits contradictoires de Dion Cassius et d'Appien , Titus Sextius et Quintus Cornificius, l'un partisan d'Antoine, l'autre de César Oetavien, se disputaient alors la possession des deux provinces d'Afrique, et cherchaient à attirer chacun dans son parti Je roi Arabion; Cornificius, maître delà province Ancienne, ayant voulu envahir la Nouvelle, qui appartenait à Sextius, celui-ci se porta rapidement de Tucca sur Adrumète, qu'il occupa, ainsi que les places du voisinage; toutefois il se laissa surprendre par PubliusVentidius, l'un des lieutenants de son antagoniste, fut battu, poursuivi, et serré de près dans la Numidie, pendant que Décimus Lélius, autre lieutenant de Cornificius, vint assiéger Cirta; mais Jes Sittiens et Arabion faisant alors cause commune avec Sextius, celui-ci reprit le dessus, tailla en pièces Yentidius , repoussa Lélius jusqu'auprès d'Utique, le bloqua dans son camp, délit et tua Cornificius qui venait en personne au secours de son questeur; celui-ci eut le même sort, et Sextius, maître des deux Afriques, en conserva le gouvernement jusqu'à ce que César Oetavien, réconcilié avec Antoine pour la formation d'un nouveau triumvirat avec Lépide (*), eut pour son lot, dans la distribution des provinces, les deux Afriques avec la Sardaigne et la Sicile. Sextius alors remit sans difficulté le commandement à Caïus Fulicius Fango, désigné à cet effet par César.

Mais après la bataille de Philippes , une nouvelle division des provinces ayant été faite entre les triumvirs, la Numidie seule demeura à César, et l'Afrique propre fut cédée à Antoine , sauf dévolution éventuelle à Lépide :

Sextius, qui était resté sur les lieux, fut invité par Fulvie, femme d'Antoine, à prendre possession de la province cédée ; Fango résista ; mais il ne s'était point fait aimer dans le pays, et il fut obligé de se retirer dans la seule province qui lui était conservée : là aussi il eut maille à partir avec les

(*) L'an 43 avant l'ère vulgaire.

Cirtésiens, contre lesquels il prit des mesures rigoureuses, et Arabion ayant refusé de reconnaître son autorité, il le chassa de son territoire et demanda ensuite son extradition à Sextius auprès duquel il s'était réfugié; ne l'ayant point obtenue, il vint faire le dégât dans l'Afrique propre, fut repoussé et poursuivi ; mais Sextius ayant , sur quelque soupçon, fait tuer perfidement Arabion, la * cavalerie numide indignée l'abandonna pour se joindre à Fango. Après un moment de paix, celui-ci fit une nouvelle irruption en Afrique; les deux partis en vinrent aux mains, et un second combat ayant eu lieu, Fango battu se sauva dans les montagnes où il se tua. Sextius alors s'empara sans difficulté de la Numidie, prit par famine Zama qui résistait, et se trouva ainsi pour la seconde fois réunir sous son autorité les deux Afriques; mais Lépide étant venu pour en prendre possession (*) avec six légions détachées de l'armée d'Antoine, Sextius se résigna de bonne grâce à livrer au triumvir les provinces qui lui étaient abandonnées par ses deux collègues : Lépide les conserva quatre ans, jusqu'à ce que dépouillé du triumvirat par César Oetavien à la suite de leurs querelles en Sicile., il vit le proconsul Titus Statilius Taurus les aller soumettre au vainqueur (**).

La Mauritanie tombe au pouvoir des Romains. — Quant à la Mauritanie et à la Numidie des Massésyliens , que l'on avait pris l'habitude d'appeler le royaume de Bogud et le royaume de Bocchus, il s'y passait des événements d'une nature analogue : Bogud s'étant laissé entraîner à combattre en Espagne pour la cause d'Antoine contre les lieutenants de César, se trouva évincé de ses propres états au moyen d'une insurrection adroitement ménagée dans sa capitale Tingis, et de l'occupation de son royaume par Bocchus, à qui César en confirma la possession ; Bogud fu-

(*) L'an 40 avant l'ère vulgaire.

(**) Cette expédition valut à Statilius Taurus un triomphe.

AFRIQUE ANCIENNE

gilif alla rejoindre Antoine, et périt plus tard à ÎMéthone. Bocchus, souverain de tout Je pays qui s'étendait depuis Saldes jusqu'à l'Océan, conserva encore cinq années le gouvernement de ce vaste royaume (*), dans lequel, à sa mort, il n'eut point de successeur immédiat, César l'ayant alors compris dans le nombre des provinces directement soumises à son autorité.

La Numidte rendue a Jujba le jeune, puis reprise en echange de la Mauritanie.— Lorsque après la bataille d'Actium , le vainqueur d'Antoine' fut resté seul maître de l'empire , il donna Cléopatre Sélène pour épouse à .Tuba le jeune, son compagnon d'armes , et lui rendit , à cette occasion (**),le royaume de Numidie, dont quinze ans auparavant Jules César l'avait déshérité. Malgré cette restitution cependant , lorsque César Octavien, au moment d'être proclamé Auguste, partagea avec le sénat et le peuple l'administration des provinces du monde romain, la Numidie, si l'on s'en rapportait du moins à la liste que donne l'historien Dion Cassius, se serait trouvée, aussi bien que l'Afrique propre , dans le nombre de celles qui échurent au sénat; mais cette indication ne peut convenir à la date du partage général des provinces (***), puisque la Numidie étaitalors encore aux mains de Juba, à qui Auguste ne l'enleva que deux ans après , en échange de la Mauritanie, qu'il lui octroya (****) telle que naguère l'avait possédée le dernier Bocchus, avec quelques portions de la Gétulie qui reconnaissaient la domination de Rome :

les Gétules, mécontents de cette disposition, résistèrent d'abord sourde-

(*) De l'an 38 à l'an 33 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 3o avant l'ère vulgaire. Les médailles royales de ce prince commencent dès cette époque.

(***) Au surplus, Dion lui-même fait, contre l'exactitude rigoureuse de sa liste , cette observation , qu'il ne faut pas perdre de vue : Taûxa Se ouxw xaxéXeija , cm vOv xwpk ëxaarov auxiov ^Y£|A0vsuexai.

(****) L'an a5 ayant l'ère vulgaire.

ment, puis s'insurgèrent contre leur nouveau maître, dévastèrent ses frontières, taillèrent en pièces de nom,breuses expéditions romaines successivement dirigées contre eux, entraînèrent dans leur parti les Musulans, qui les avoisinaient à l'est, et ce parti était devenu assez formidable quand après de longues années d'hostilités Cnéus Cornélius Cossus fut envoyé par Auguste afin d'en avoir raison (*) , pour que les succès qu'il obtint fussent jugés dignes des honneurs triomphaux et du glorieux surnom de Gétulique, qu'il transmit à son fils.

Seconde période : toute l'Afrique romaine réunie en une seule province sous l'autorité exclusive d'un proconsul.

RÉUNION DE LA NUMIDIE RO- MAINE a l'Afrique propre. — La Numidie, rentrée sous l'autorité directe de Rome , ne redevint point une province séparée, attribuée au sénat ou à l'empereur, et régie par un proconsul au nom du premier, ou par un lieutenant du second ; elle fut purement et simplement annexée à la province sénatoriale d'Afrique , et confondue avec elle, pendant soixantecinq ans, sous le gouvernement d'un même proconsul, ainsi que nous sommes autorisés à le conclure des faits ultérieurs. Cette province unique, défendue par deux légions, s'étendait depuis Saldes jusqu'aux confins de la Cyrénaïque : dans une aussi vaste étendue de territoire, il était difficile que la paix ne fut point quelquefois troublée par l'insurrection de quelqu'une des tribus indigènes; mais les historiens ne nous ont point transmis le récit des expéditions qu'il fallut diriger contre elles, et les fastes capitolins nous révèlent seuls divers succès obtenus par les armes romaines, en nous disant les noms des proconsuls

(*) Cossus termina cette guerre en l'an 6 de notre ère; elle durait depuis trente ans, si on la fait remonter à l'avènement de Juba au trône de Mauritanie.

L'UNIVERS

d'Afrique auxquels ces succès valurent les honneurs du triomphe : tels furent Lucius Autronius Pétus (*), Lucius Sempronius Atratinus (**), et Lucius Cornélius Balbus (***).

Mais s'il ne nous est parvenu d' Autronius et de Sempronius Atratinus que leur nom et la simple mention de leur triomphe, quelques détails de plus sont arrivés jusqu'à nous des gestes de Balbus dans la province dont le sénat lui avait confié le gouvernement, et nous devons à Pline des indications précises qu'il convient de transcrire ici en entier.

Expédition de Balbus en Phazanie. — «Vers ces solitudes africaines appelées Désert au-dessus de la petite Syrte, s'étend la Phazanie, dont nous avons subjugué, les habitants avec leurs villes d'Alèle et de Cillaba, ainsi que Cydamus dans la région voisine de Sabrata. Ensuite se prolongent du levant au couchant, sur un vaste espace , des moYitagnes que les nôtres ont appelées Noires , à cause de leur aspect brûlé, ou noirci par la réverbération du soleil. Au delà se trouvent des déserts, Matelges ville des Garamantes, ainsi que Débris arrosée

f>ar une source dont l'eau est bouilante de midi à minuit et glaciale de minuit à midi ; puis la fameuse ville de Garama capitale des Garamantes :

tout cela a été subjugué par les armes romaines, et a valu le triomphe à Cornélius Balbus , le seul étranger à qui l'on ait octroyé le char triomphal et les privilèges de citoyen; car on lui donna, quoique néàGades, le droit de cité romaine, en même temps qu'à Balbus l'Ancien, son oncle. Et il y a cela de remarquable, que nos auteurs ont constaté qu'il avait pris les villes nommées ci-dessus , et que lui-même lors de son triomphe avait dans son cortège , en outre de Cydamus et de Garama , les noms et les images de toutes les autres villes ou peuplades, qui défilèrent dans cet

(*) L'an 29 avant l'ère vulgaire.

(**) L'an 2 1 avant l'ère vulgaire.

(***) L'an 19 avant l'ère vulgaire.

ordre : la ville de Tabidium , la peuplade de Nitéris, la ville de Négligéméla , la ville ou peuplade de Bubèium, la peuplade des Enipes , la ville de Thuben , les montagnes appelées Noires, les villes de Nitibrum et de Rapsa, la peuplade deDiscéra, la ville de Débris, le fleuve Nathabur, la ville de Thapsagum , la peuplade des Nannages, la ville de Boïn , la ville de Pège, le fleuve Dasipari ; puis la série continue des villes de Baracum, Buluba, Alasi , Balsa , Galla , Maxala , Zizama ; enfin les montagnes de Gyri, avec une inscription portant qu'on y trouvait des pierres précieuses. — Néanmoins la route qui va chez les Garamantes est restée jusqu'ici impraticable, parce que les gens du pays couvrent de sable l'ouverture de leurs puits , qu'on retrouverait pourtant sans creuser beaucoup, si l'on connaissait bien les localités. »

Les points principaux de cette grande expédition, c'est, d'une part, Cydamus , dont la moderne Ghadâmes a gardé à la fois la place et le nom, et d'autre part, Garama, dont le nom et l'emplacement sont pareillement restés à la moderne Germah :

le surplus de cette fastueuse énumcration de villes , de tribus , de fleuves, de montagnes, ne saurait être cherché que sur les routes qui, de la côte, menaient à ces deux points; et comme toute cette nomenclature n'a point de synonymie certaine chez les écrivains qui auraient pu nous en conserver la tradition , il ne saurait plus aujourd'hui se produire que des explications purement conjecturales et arbitraires, dont il vaut beaucoup mieux s'abstenir que de se laisser entraîner aux fantastiques exagérations dont quelques esprits peu sensés nous ont offert plus d'une fois de regrettables exemples.

Guekbe de Tacfarinas. — Une autre guerre célèbre devait donner lieu à plusieurs triomphes; je veux parler de celle de Tacfarinas , ce Numide d'abord mercenaire dans les troupes auxiliaires des Romains, puis déserteur, chef de bande , bientôt à la

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tête d'une armée disciplinée, reconnu et proclamé par la puissante tribu des Misulames ou IVlisoulans, qui habitaient vers le mont Auras, non loin du désert d'Afrique, et n'avaient point encore de villes ; il attira dans son parti, d'un côté les Maures du voisinage auxquels commandait Mazippa, et d'un autre côté les Cinithiens , peuplade considérable dont on connaît l'emplacement vers le fond de la petite Syrte : l'insurrection avait sans doute pour but de briser le joug de Rome; mais le proconsul d'Afrique Marcus Furius Camilius marcha contre eux, remporta des avantagnes signalés, et obtint du sénat les ornements triomphaux (*). Cependant Tacfarinas ne tarda point à porter de nouveau la guerre dans l'Afrique romaine; il s'empara même d'un château peu éloigné du fleuve Pagida ; mais il fut battu ensuite par le proconsul Lu ci us Apronius successeur de Camilius, devant le fort de Thala qu'il attaquait, et forcé plus tard de faire retraite jusqu'au désert; et Apronius obtint, comme son prédécesseur, les ornements triomphaux. Bientôt après (**), nouvelles incursion* de Tacfarinas, contre lequel fut envoyé par le sénat , selon le vœu de Tibère, le proconsul Caïus Junius Blésus.

Celui-ci se mit en campagne avec trois corps d'armée , l'un confié à Cornélius Scipion son lieutenant , pour aller vers l'est garantir la ville de Leptis des déprédations de l'ennemi, et lui couper toute retraite vers le pays des Garamantes; le second aux ordres du fils de Blésus, pour aller à l'ouest couvrir les cantons des Cirtésiens ; lui-même, commandant le troisième corps, s'avançait entre les deux premiers, en ayant soin d'établir des postes et des garnisons dans les lieux les plus convenables; enfin, dans une expédition avancée, il parvint à s'emparer d'un frère du rebelle; et Tibère, regardant la guerre comme terminée, s'empressa d'accorder au proconsul

(*) L'an 17 de l'ère vulgaire.

(**) L'an 20 de l'ère vulgaire.

les honneurs triomphaux (*) , et de rappeler en Italie une des légions employées à ces expéditions.

Ce fut pour Tacfarinas un motif de recommencer de plus belle ses courses sur le territoire romain, aidé qu'il était, d'un côté par la défection des Maures , que Ptolémée fils de Juba , nouvellement assis sur le trône de son père, avait mécontentés, et d'un autre côté par l'alliance des Garamantes ; enfin par l'accession de tous les gens sans aveu de la province; si bien qu'il s'enhardit jusqu'à venir assiéger la ville de Thubuscum , la même, suivant l'opinion commune, que celle de Tubusuptus vers Saldes, bien qu'on puisse trouver une ressemblance phonétique plus grande encore dans le nom de Thubursicum.

Le nouveau proconsul Publius Cornélius Dolabella n'eut qu'à se présenter pour faire lever le siège. Se liguant alors avec le roi Ptolémée, Dolabella forma quatre détachements pour les lancer plus aisément à la poursuite de cet ennemi insaisissable; et comme on eut bientôt la nouvelle que Tacfavinas et ses Numides avaient établi un camp fixe auprès du château à demi ruiné d'Auzéa, qu'eux-mêmes avaient jadis incendié, et dont on voit encore les restes au fort moderne de Hamzah, il vint les y surprendre, et leur livra une attaque meurtrière dans laquelle Tacfarinas se fit tuer en combattant (**). Alors seulement la guerre fut réellement terminée, et des ambassadeurs vinrent même de la part du roi des Garamantes faire leur soumission. Tibère, ingrat envers Dolabella , témoigna du moins hautement sa satisfaction au roi Ptolémée en lui envoyant, suivant l'ancien usage, un sceptre d'ivoire et une robe d'honneur.

(*) L'an 22 de l'ère vulgaire.

(**) L'an 24 de l'ère vulgaire.

L'UNIVERS

Troisième période : toute V Afrique romaine réunie en une seule province sous deux magistrats distincts, l'un civil, l'autre militaire.

SÉPARATION DU GOUVERNEMENT CIVIL ET DU COMMANDEMENT MILI- TAIRE de l'Afrique. — Il n'est pas sans intérêt de remarquer ici que dans cette guerre, où des succès passagers valurent jusqu'à trois fois les ornements triomphaux au générai qui commandait l'armée romaine , ce général était toujours le proconsul d'Afrique, sans qu'on voie intervenir aucun gouverneur de la Numidie, bien que cette contrée fût le principal théâtre de l'insurrection, et de la lutte qui s'ensuivit. C'est que la réunion, à cette époque, de l'Afrique et de la Numidie en une seule et même province, n'est point douteuse ; on en trouve une nouvelle preuve dans le témoignage contemporain de Strabon , qui décrit comme formant une même circonscription territoriale le pays desMassyliéens et de Carthage.

Un fait non moins certain à conclure de ce récit, c'est en outre l'attribution du commandement militaire au proconsul. Mais l'ombrageuse susceptibilité de Caligula changea cet ordre de choses, en'ôtant au proconsul le commandement des troupes, qui appartint désormais à un lieutenant du prince, ainsi que le rapportent Tacite et Dion, l'un à l'égard du proconsul Marcus Silanus , l'autre de Lucius Pison , son successeur : division de pouvoirs qui suscita au magistrat sénatorial de perpétuelles tracasseries, en faisant naître une envieuse rivalité, dont un autre Pison fut , sous Vespasien , la sanglante victime.

Il semblerait naturel de penser que, pour affaiblir d'autant plus l'autorité du proconsul d'Afrique , Caligula dut retrancher de son gouvernement la province de Numidie pour la donner, avec le commandement des troupes, à un lieutenant impérial ; mais le texte de Dion Cassius se prête-t-il bien à cette hypothèse-, quaud il énonce que

l'empereur, pour diminuer la puissance de Lucius Pison, homme de cœur, qui avait à sa disposition de nombreuses troupes, soit nationales, soit étrangères , partagea en deux la nation (to ëôvoç) pour attribuer à une autre personne l'armée et les nomades qui en dépendaient (toùç tcoî aùxo) , ce qui semble ne pouvoir s'entendre que d'un partage, non du territoire, mais de ses habitants?

Digression sur la date précise de la Géographie de Mêla.

—La circonscription donnée à la Numidie par Pomponius Mêla vient démontrer aussi que le territoire qui forma ultérieurement la province de ce nom, était encore de son temps compris dans l'Afrique propre; car ce qu'il appelle Numidie n'est autre chose que ce qui fut nommé depuis Mauritanie Césarienne; mais l'âge de Mêla n'est point déterminé avec une certitude et une précision suffisantes pour qu'on puisse tirer de son témoignage un argument péremptoire contre l'hypothèse de la division de l'Afrique en deux provinces par Caligula.

On croit généralement en effet que Mêla écrivit postérieurement aux premiers succès de l'expédition envoyée par Claude dans la Bretagne , et vers l'année 44, où cet empereur triompha des Bretons; mais alors était définitivement consommé le partage des états du roi Ptolémée en deux provinces portant l'une et l'autre la dénomination de Mauritanie, avec les épithètes distinctives de Tingitane et de Césarienne, que Mêla n'a point connues, non plus que la limite nouvellement tracée entre elles : on peut trouver là un indice d'où il résulterait que notre géographe aurait écrit antérieurement a l'adoption de cette nomenclature officielle, c'est-à-dire avant l'année 41, tandis que nous avons d'autre part la certitude que sa description se rapporte à une époque postérieure à la mort de Juba le jeune, qui est de l'an 21 ; et il s'agit de retrouver entre ces deux termes une expédition contre la Bretagne, dont notre auteur ait pu dire que bientôt elle procurerait

AFRIQUE ANCIENNE

sur ce pays des lumières nouvelles , et donnerait lieu à un triomphe prochain. Il n'est pas déraisonnable de penser, d'après ces indices, que Mêla a du écrire précisément en l'an 40, à l'époque même où Caligula , après avoir envoyé en exil Ptolémée , qui paraît avoir été assassiné en route, allait faire contre la Bretagne la ridicule expédition d'où il ramena des charges de coquilles et des captifs vrais ou supposés pour orner le triomphe qu'il avait ordonné de lui préparer.

Observations sur la délimitation DES CONTRÉES AFRICAINES A

cette époque. — Quoi qu'il en soit, les descriptions géographiques de Pomponius Mêla , rapprochées de celles de Strabon, rendent nécessaires ici quelques observations sur la délimitation des contrées africaines. Strabon, qui terminait son livre vers l'an 22 de notre ère, dit que le Molochath et le cap Métagonion qui en est voisin, séparent le pays des Maurusiens de celui des Massésyliens , et que le cap Treton (voisin de l'embouchure de l'Ampsagas) sépare le pays des Massésyliens de celui des Màssyliéens et de Carthage ; mais il fait remarquer en même temps que la limite du royaume de Juba et du territoire romain est fixée à Saldes, après diverses variations causées par l'alliance ou l'hostilité des habitants de ces contrées : ainsi le géographe grec nous fait connaître deux sortes de limites, les unes politiques, entre les états ; les autres ethnologiques, entre les nations. Mêla , plus jeune que Strabon de dix-huit années, dit à son tour que le fleuve Mulucha sépare la Mauritanie de la Numidie comme il séparait jadis les royaumes de Bocchus et de Jugurtha ; et que le fleuve Ampsagas avec le cap Métagonion séparent la Numidie de l'Afrique proprement dite , qui s'étend de* là jusqu'aux Autels des Philènes. Malgré la ressemblance des noms du Molochath de Strabon et du Mulucha de Pomponius Mêla, on sait déjà qu'il n'est pas question du même fleuve, le premier

étant dans l'ouest, le second dans Test de la royale Siga , celui-là limite purement ethnologique, celui-ci limite politique. A l'autre bout au contraire, malgré la différence des noms , le cap Métagonion de Mêla est identique au cap Treton de Strabon , et nous savons que c'est la limite ethnologique. Il y a donc accord entre les deux géographes, et nous pouvons en induire que nulle délimitation n'avait changé depuis la mort de Juba , époque de Strabon, jusqu'à la mort de Ptolémée, époque de Pomponius Mêla.

V. ADMINISTRATION ROMAINE DE- PUIS L'ORGANISATION PROVIN- CIALE DE CLAUDE JUSQU'A CELLE DE MAXIMIEN-HERCULE.

Nouvelle organisation provinciale de VJfrique.

Création de deux provinces de Mauritanie et d'une nouvelle province de Numidie. —

Une nouvelle distribution de tous ces territoires semble devoir être rapportée à une organisation générale qui aurait été opérée au commencement du règne de Claude. En apprenant l'assassinat du roi Ptolémée, Eudémon, l'un de ses affranchis, avait soulevé les indigènes de la Mauritanie pour venger le meurtre de ce prince; les premiers troubles suscités à cette occasion dès avant la mort de Caligula avaient été réprimés immédiatement, et Claude, arrivant à l'empire , se laissa persuader par ses courtisans qu'il devait accepter les honneurs d'un triomphe pour des succès que non-seulement il n'avait point obtenus en personne , mais qui avaient même précédé son avènement.

Les Maures s'étant de nouveau soulevés l'année suivante, le prétorien Caïus Suétonius Paulinus fut envoyé pour les réduire , et c'est alors qu'en dix étapes il se porta jusqu'à une distance de quelques milles par delà les cimes neigeuses de l'Atlas, et qu'il atteignit même le fleuve Ger, qui coule au milieu d'un désert poudreux

L'UNIVERS

coupé de quelques roches brûlées, non loin des forêts remplies d'éléphants , de fauves et de reptiles , où les Canariens faisaient leur demeure. Dans une nouvelle expédition (*) , Cnéus Sidius Géta marcha droit contre Salabos chef des insurgés, le poursuivit dans le désert (où une pluie inattendue vint suppléer à l'épuisement de sa provision d'eau), et força l'ennemi a se soumettre. Claude constitua alors les deux provinces Mauritaniennes, qui eurent pour chefs-lieux Tingis et Césarée, et où il envoya des gouverneurs pris dans l'ordre des Chevaliers.— « Dans le même temps,» ajoute Dion, «quelques parties delà Numidie ayant été attaquées par les barbares du voisinage, ceux-ci furent battus et soumis, et la paix rétablie. »

Ce récit nous semble constater à la fois la création des deux provinces de Mauritanie, et la renaissance de la Numidie comme province séparée avec Cirta pour capitale. Ce n'est plus de la Numidie de Pomponius Mêla qu'il peut être question , puisque celle-ci est désormais officiellement constituée sous le nom de Mauritanie Césarienne; c'est donc bien de la Numidie des Massyliéens, naguère confondue avec l'Afrique.

DÉLIMITATIONS DES PROVINCES ORGANISÉES PAR CLAUDE. — Ainsi

Claude aurait, en l'an 42, pourvu à une nouvelle répartition générale de toute la région d'Afrique en quatre provinces :

l'Afrique propre, la Numidie, la Césarienne et laTingitane; et l'on doit raisonnablement faire remonter à cette répartition une modification dans les circonscriptions jusqu'alors variables de ces pays , de manière à ce que les limites des provinces coïncidassent désormais avec les délimitations ethnologiques dont nous avons signalé les traces. Le fleuve Malua , presque contigu au Molochath de Strabon, borne commune des Maures et des Numides Massésyliens , marqua la séparation entre la Tingitane et la Césarienne; et l'Ampsagas, borne mu-

(*) L'an 4a de notre ère.

tuelle des Massésyliens et des Massyliens, devint la ligne de partage entre la Césarienne et la Numidie. Celle-ci ne fut point rétablie dans son ancienne étendue vers l'est , alors qu'elle entourait de toutes parts la province d'Afrique concentrée autour d'Utique entre Thabraca et Adrumète; la nouvelle Numidie resta tout entière a l'ouest de l'Afrique propre, qui conserva tous les territoires annexes du sud et de l'est jusqu'à la Cyrénaïque.

C'est dans cet état que Pline l'Ancien, qui termina son grand ouvrage sous le règne de Vespasien , trouva les provinces africaines et en composa la description. Une trace s'y laisse apercevoir encore de cette annexion à l'Afrique propre d'une portion jadis adhérente à la Numidie, quand il fait remarquer la distinction , en usage alors,delaZeugitanejusqu'àNéapolis, et du Byzacium depuis Adrumète ; et peut-être faut-il imputer à la même cause la dénomination de Numidie nouvelle qui se retrouve longtemps encore après dans Ptolémée, par opposition sans doute à la Numidie ancienne, dont l'étendue était bien plus considérable.

Grades des gouverneurs de ces provinces. — Le commandement des deux Mauritanies , nous avons à cet égard un témoignage formel, était attribué à de simples chevaliers, avec le titre de procurateurs; la Numidie, tout semble porter à le croire, n'eut qu'un magistrat du même grade. L'Afrique proconsulaire elle-même, sous le règne éphémère de Galba son ancien proconsul, se trouva accidentellement entre les mains d'un officier d'un rang inférieur : le commandant militaire Caïus Clodius Macer, poussé par les intrigues d'une femme perdue, aux derniers jours de Néron, se révolta dans cette province, y leva de nouvelles troupes, intitula de son nom une légion ainsi formée , et se souilla d'exactions et de cruautés tyranniques ; ce fut le procurateur Trébonius Garucianus qui fut chargé par Galba de la mission de le délivrer d'un tel rival , et qui s'en acquitta par les

AFRIQUE ANCIENNE

mains du centurion Papirius (*) : cette exécution fut vue de mauvais œil; mais l'Afrique et ses légions ne firent cependant point difficulté de reconnaître Galba, après avoir obéi à un maître de plus bas étage. A la fortune de Galba succéda celle d'Othon : le procurateur Lucéius Albinus , à qui Néron avait confié le gouvernement de la Mauritanie Césarienne , et qui avait de plus reçu de Galba celui de la Tingitane, se déclara pour le nouvel empereur ; autant en lit Carthage à l'instigation- de Crescens affranchi de Néron, et son exemple entraîna toute l'Afrique, qui n'attendit pas l'arrivée du proconsul Vipsanius Apronianus qui lui était envoyé; mais les destins sont changeants, et Albinus, qui voulait, dit-on, s'approprier les deux:

Mauritanies et envahir l'Hispanie pour lui-même, se vit dépouiller et tuer par Cluvius Rufus au nom de Vitellius.

Événements divers en Afrique depuis Vitellius jusqu'à Septime Sévère.

Meurtre du proconsul Pison.

— L'étoile de Vitellius pâlit bientôt à son tour devant celle de Vespasien.

L'un et l'autre avaient été proconsuls d'Afrique; mais le premier n'y avait laissé que de bons souvenirs; le second au contraire s'y était fait des ennemis par sa sévérité : le proconsul actuel Lucius Pison se montrait neutre entre les partis, mais fidèle à son devoir, tandis que le lieutenant impérial Valérius Festus, d'abord partisan déclaré de Vitellius , ne tarda point à travailler activement pour Vespasien ; et comme Pison avait fait exécuter le centurion Papirius, le meurtrier de Clodius«Macer, envoyé pour l'assassiner lui-même, Valérius Festus y suppléa en chargeant de la même commission quelques cavaliers auxiliaires; on sait le dévouement de cet esclave qui, devinant leurs sinistres desseins, se fit passer pour son maître : dévouement inutile, car il y avait là, pour

(*) L'an 68 de notre ère.

15e Livraison. (Afrique ancienne.)

reconnaître et signaler Pison, l'infâme Bebius Massa, un des procurateurs d'Afrique (*). Après avoir reçu à Adrumète la nouvelle de l'accomplissement de ses ordres (**), Festus courut à ses troupes , où il distribua arbitrairement les punitions et les récompenses, comme s'il venait d'étouffer une insurrection. Puis il s'achemina vers Eéa et la grande Leptis pour mettre fin à leurs discordes.

Expéditions romaines chez les Garamantes et les Éthiopiens.— Nées d'abord de quelques vols de récoltes et de troupeaux entre paysans, ces discordes étaient devenues sérieuses par l'appel que ceux d'Eéa, se sentant plus faibles , avaient fait à l'alliance des Garamantes, gens indomptés et pillards, qui avaient porté la dévastation et la terreur chez les habitants de Leptis. Festus, avec ses cohortes et ses escadrons, alla attaquer et mettre en déroute les Garamantes, auxquels il enleva tout le butin qu'ils avaient fait, sauf ce qui déjà avait été transporté par des sentiers inaccessibles pour être vendu au loin.

C'est alors qu'on découvrit, ainsi que nous l'apprenons de Pline, la route appelée prœter caput Saxi, qui conduisait chez les Garamantes par un chemin plus court de quatre journées.

Quelques expéditions eurent lieu encore de ce côté, sur lesquelles nous n'avons que des indications insuffisantes et incorrectes : il est permis de se demander, par exemple , comment le nom des Nasamons peut se trouver rapproché dans un même récit de celui de la Numidie, dont le commandant Flaccus aurait éprouvé un échec de la part de ce peuple, et en aurait pris

(*) Le récit de Tacite démontre qu'il pouvait y avoir à la fois dans une même province un proconsul et des officiers ayant respectivement le titre de légats et de procurateurs : il ne faudrait donc pas , de la mention isolée du légat ou du procurateur d'une province sénatoriale , conclure que cette province eût cessé d'être proconsulaire.

(**) Au commencement de l'an 70 de notre ère.

L'UNIVERS

immédiatement sa revanche : c'est le compilateur Zonare qui nous rapporte cet événement comme l'effet d'une rébellion des Nasamons (*) contre les exactions des collecteurs romains : ne semble-t-il pas que sous ce nom de Nasamons il faille chercher celui de quelque peuple plus voisin de la Numidie, et plus sûrement inscrit parmi les sujets de Rome? Quoi qu'il en soit, il est à croire que ce Flaccus désigné par Zonare comme chef de la Numidie, est le même que Septimius Flaccus mentionné par Marin de Tyr comme étant venu en armes d'Afrique en Ethiopie jusqu'à trois mois de route au sud des Garamantes. Marin citait en même temps une expédition de Julius Maternus qui, venu de Leptis à Garama, avait ensuite marché quatre mois au sud, en compagnie du roi des Garamantes , jusqu'au pays d'Agisymba, patrie des rhinocéros.

Nous n'avons sur ces faits aucun autre renseignement.

La cause de la province d'Afrique plaidée par Tacite et Pline le Jeune. — L'Afrique, pressurée par ses gouverneurs, éleva quelquefois la voix contre leurs exactions; le proconsul Marins Priscus et son lieutenant Hostilius Firminus,qui avaient pillé la province et vendu la justice, furent, sous Trajan, dénoncés au sénat, poursuivis etcondamnés; cette cause fit du bruit et nous est signalée par cette circonstance remarquable , qu'elle fut poursuivie par Tacite et Pline le Jeune en présence de Trajan lui-même, pendant trois longues séances, et que Pline y occupa la tribune pendant cinq heures d'horloge sans désemparer. Le proconsul, coupable de concussion et de forfaiture, fut exilé, mais sans être dépouillé de ses honteuses richesses, et Juvénal put à bon droit flageller dans ses vers cette vaine justice (**).

(*) L'an 87 de notre ère, d'après la chronique d'Eusèbe.

(**) « At hic damnatus inani

« Judicio (quid enim salvis iufamia nummis?) « Exul ab octavâ Marius bibit , et fruilur diis k Iratis : at tu , viclrix provincia , ploras. » Juvénal, Satyres, I, 47.

Insurrections des Maures. —

Sous Adrien nous voyons, dans les maigres histoires qui nous sont parvenues de ce temps, les Maures se soulever (*) , leur gouverneur Lusius Quiétus, dont l'empereur se défiait, rappelé à Rome , et Martius Turbo envoyé en Mauritanie pour le remplacer et y réprimer l'insurrection. Mais, soit qu'elle fût mal étouffée, soit que de nouvelles circonstances excitassei.t de nouveaux troubles , les Maures étaient encore soulevés quand Adrien, au milieu de la grande tournée qu'il faisait dans les provinces de l'empire, vint en personne les faire rentrer dans le devoir (**), ce qui lui valut les félicitations solennelles du sénat. Plus tard (***). il vint aussi faire un voyage dans l'Afrique propre, et suivant l'expression de son biographe Spartien , il octroya aux provinces africaines nombre de bienfaits : nous savons par une inscription qu'il fit paver la route de Carthage à Théveste. Peut-être était-il accompagné, dans ce voyage, de la princesse Matidie nièce de Trajan et sa propre belle-mère, pour laquelle il professait la plus haute considération ; toujours est-il que le nom de cette princesse resta attaché à diverses localités, telles que Rusubbicari et Pacciana dans la Numidie.

Oeservations sur la circonscription DES PROVINCES AFRICAI- NES au temps d'Adrien. — Il n'apparaît d'aucune modification apportée par Adrien à la division de ces provinces; mais il semble que la nature des choses dût amener insensiblement une subdivision de la vaste étendue de l'Afrique proconsulaire, et l'on en découvre l'indice précurseur dans l'énumération qu'A ppien, au proème de ses Histoires, nous fait des possessions de Rome, où il compte tour à tour distinctement les Maures , les Numides, les Africains de Carthage, et les Africains du littoral des Syrtes. Ptolémée , son contemporain , est

(*) L'an 117 de notre ère.

(**) L'an 122.

(***) L'an X25.

AFRIQUE ANCIENNE

plus explicite encore à distinguer les villes de la dépendance de Carthage, les villes de la dépendance d'Adrumète, et les villes entre les deux Syrtes: il n'est point déraisonnable de p'enser que chacune de ces fractions de la province proconsulaire était spécialement confiée dès lors à un lieutenant du proconsul.

Peut-être y aurait-il lieu de croire que la Numidie elle-même , au lieu de former une province complètement constituée à part de l'Afrique, s'y trouvait réunie par intervalles, comme une subdivision analogue aux précédentes, avec un lieutenant pour la commander : ainsi s'expliqueraient quelques faits ultérieurs, dans lesquels on est étonné de voir mutuellement aux prises les gouverneurs de l'Afrique et des Mauritanies, sans aucune mention de la Numidie qui devait pourtant séparer leurs territoires respectifs; ainsi s'expliquerait aussi l'expédition du commandant de la Numidie (NoufuSîaç apXwv) Fiaccus contre des peuples de la Syrtique : il n'aurait fait ainsi que passer d'un bout à l'autre de la même province, au lieu de sortir de sa province pour aller guerroyer dans une province voisine où il n'aurait eu aucun droit de commandement. Quoi qu'il en soit, Ptolémée comprend en effet la Numidie dans les limites de l'Afrique propre, ce qui vient à l'appui de l'observation précédente; mais il lui donna spécialement le titre de province fEiïapxCa), qu'il refuse aux autres subdivisions de son Afrique, ce qui constate en même temps une séparation administrative plus tranchée. Quoi qu'il en soit, nous avons une preuve expresse et directe de la séparation complète sous le règne d'Antonin, dont une constitution recueillie parle jurisconsulte Tryphoninus et citée d'après lui dans le .Digeste de Justinien, est adressée à Tuscius Fuscianus légat de Numidie, c'est-à-dire lieutenant impérial ayant le commandement de la province militaire ainsi dénommée.

Nouvelles insurrections des Maures.— Les Maures continuaient

d'inquiéter l'empire : Antonin refoula les insurgés dans l'Atlas et les força à demander la paix (*); mais ils reparurent sous Marc Aurèle, et poussèrent leurs incursions hardies jusqu'en Hispanie(**), d'où les lieutenants impériaux eurent à les chasser ; ils étaient encore en rébellion dans la Tingitane sous le règne d'Alexandre Sévère (***), qui les fit heureusement rentrer dans le devoir par les dispositions de Furius Celsus, qui sans doute était alors commandant de cette province. Les autres provinces de l'Afrique n'étaient pas non plus exemptes de troubles :

Commode avait fait semblant de vouloir s'y rendre en personne en l'année 188; Pertinax, qui y fut envoyé deux ans après comme proconsul, eut beaucoup à souffrir des séditions.

Empereurs africains.

Septime Sévère, Macrin, Élagaral. — Septime Sévère, africain lui-même et natif de la grande Leptis, qui avait exercé la charge de légat du proconsul d'Afrique, eut soin , à son avènement à l'empire (****) , d'envoyer dans cette province des légions pour empêcher son concurrent Pescennius Niger de s'en emparer. Macrin, qui parvint à son tour à la pourpre par le meurtre de Caracalla (*****), était un Maure de la Césarienne qui s'associa aussitôt son jeune fils Diaduménus, dont le règne éphémère semble avoir laissé une trace en Numidie dans le nom de Diadumène accolé à celui de la station militaire Ad Basilicam près de Lambèse. Élagabal qui leur succéda était le fils de Sextus Varius Marcellus, ancien gouverneur de la Numidie et commandant de la légion Troisième Auguste, sous Septime Sévère : il semblait que l'Afrique eût alors le privilège de donner la pourpre, sinon à ses

(*) L'an i38 de notre ère.

(**) L'an 170.

(***) L'an 234.

(**•**) L'au 173; c'est en l'année 172 qu'il avait été légat d'Afrique.

(*****) L'an 217.

L'UNIVERS

propres enfants, du moins à ceux dont elle devenait la patrie d'adoption. La proclamation des Gordiens en offrit un nouvel exemple.

Les trois Gordiens. —MarcusAntonius Gordianus Africanus, qui avait été, en l'année 229, le collègue de l'empereur Alexandre Sévère dans son troisième consulat, fut envoyé l'année suivante, comme proconsul en Afrique, par le sénat, qui plus tard lui désigna son propre fils pour lieutenant. Sept années s'écoulèrent en paix sous le gouvernement de Gordien , toujours prorogé dans son proconsulat; mais le meurtre d'Alexandre Sévère avait frayé à Maximin le chemin du trône impérial, et les partisans de ce prince dur et grossier changèrent la face du pays(*)": un procurateur rigoureux et avide, tancé parle proconsul et le légat, s'emporta contre eux en menaces, et les Africains , ne le pouvant souffrir, le tuèrent et proclamèrent empereur, à Tysdrus, le vieux Gordien luimême, malgré sa résistance, ainsi que son fils, et le sénat de Rome confirma

(*) Cependant le nom de Maximin se rattache, en Afrique, à des travaux utiles, ainsi que le prouve l'inscription suivante , qui se rapporte à l'an 236 :

IMP. CAESAR C. IVLIVS

V£RVS MAXIMINVS TIV3

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