SCHOEN
Dans ce premier télégramme on me prêle un langage inexact sur divers points. Je n'ai jamais parlé à Jl, Fondère des difficultés que nous rencontrions du côté de l'Angleterre laquelle ne nous en laisail aucune. Je n'ai pas davantage formulé une proposition quelconque au sujet du droit de préemption sur le Congo belge. J'aurais sans doute pu penser à en taire état pour alléger îe poids des cessions territoriales, en me réservant bien entendu, si la Iractalion prenait corps, de m'en entretenir avec la Belgique et l'Angleterre. Un arrangement de ce genre aurait eu d'autant moins d'inconvénients que, comme le remarquait justement M. Cambon dans une dépêche officielle du 24 juillet (Livre Jaune n" 467), « l'importance de ce droit avait bien diminué depuis que la Belgique s'était substituée au roi Léopold dans la possession de cet empire africain », (1) mais je ne fis aucune ouverture à ce
{1) La question se poEBÎl même de savoir si, à la suite de l'acquisilion du Congo par la Belgique, le droit de préemption concédé par le roi Léopold à la France subsistait encore.
sujet. Dans les procès-verbaux des conversations qu'il a eues, M. Pondère mentionne sans doute que, causant avec M. de Lancken, il parla de ce droit théorique, mais ce turent propos en i'air qui n'étaient pas inspirés par moi, propos qui ne furent tenus d'ailleurs que le 27 iuUlet alors que le télégramme est du 26 iuiilet. Il est donc plus que probable que l'ambassade d'Allemagne a attribué à M. Pondère des suggestions que ses représentants ont formulées. Mais tout ceci est détail. J'accepte pleinement la substance des télégrammes qui peut se résumer ainsi : " Caillaux prétend désespérer de la possibilité de s'entendre avec nous ; il voit l'avenir en noir. Il se déclare cependant disposé à traiter, mais il tient nos prétentions pour inadmissibles. Il en fait suggérer d'autres que nous ne pouvons pas accepter. »
Voici maintenant le second vert ;
SECRET Paris, 27 juillet 1911, «1 h. 35
Affaires Etrangères. — Berlin (n" 214).
Caillaux a chargé Pondère de faire savoir à l'ambassade qu'il est animé du sincère désir de s'entendre avec nous et qu'il désirerait de préférence réaliser un accord à grandes lignes, réglant tous les diflérends nés dam ces dernières années entre nous. Cela l'aiderait & justifier
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LES COULISSES d'uNE NÉGOCIATION 307
devant l'opinion la cession de territoires coloniaux en montrant l'avantage émînent de supprimer tous les pointe de frottement avec nous. Plus l'accord aurait d'ampleur, plus il embrasserait d'objets diflérents, plus la France pourrait se montrer accommodante dans la cession de territoires coloniaux ; tandis qu'un troc limité au Maroc et au Congo causerait ici l'impression d'une humiliation et lie pourrait guère être réalisé sous une forme satisfaisante pour nous.
Caillaux demande qu'on veuille bien s'enquérir chez nous de ce que l'on désire dans les domaines les plus différents possibles. Il pense — bien que ce ne soient là que de petites concessions — à un Président allemand de la Dette Ottomane, à la rétrocession de la part de 30 0/0 dans le Chemin de fer de Bagdad, à l'admission de tous les emprunts de Bagdad à la Bourse de Paris, à une entente sur les chemins de fer d'Orient- Il a aussi envisagé la possibilité de nous céder des possessions françaises d'Océanie.
Je fais partir demain & midi le Conseiller de cette Ambassade pour vous taire un rapport verbal.
Caillaux demande instamment qu'on ne fasse rien connaître k Cambon de ses ouvertures.