‹ Agathe et Cécile (volume 2)Chapitre 73 sur 82 · JALOUSIE · texte numérisé non relu

JALOUSIE

Lionel trouva en rentrant au logis ce que H. Dulac lui avait préparé, c'est-à-dire une très-jolie petite scèsne de jalousie. Madame de Marny était tout en larmes, elle éclata en reproches. Son mari lui dit qu'elle était folle, enfin tout se passa dans Tordre. Mais je n'ennuierai pas le lecteur de ce qu'il a déjà subi par lui-même plus d'une fois sans doute. Il n'est point de femme si belle qui n'ait été jalouse; point d'homme si laid qui n'ait mérité un reproche. Or, comme rien n'est plus facile à se figurer, à se rappeler qu'une scène de jalousie, je m'épargnerai le récit de celle qui accueillit Lionel à son retour.

N'ayant point de bonnes raisons à donner à sa femme, dont le désespoir l'inquiétait, Lionel eut recours à une ruse pour détourner les idées de Clémentine en les fixant sur un autre objet.

— Vous êtes bien naïve, ma chère, de ne pas deviner la perfidie de Dulac. Ne voyez-vous pas que depuis trois mois il feint d'être occupé de vous, et maintenant il m'accuse de vous tromper? Afin d'être mieux accueilli, il vous arrange des chagrins de ménage pour se préparer à vous consoler. Je ne comprends p*as qu'avec votre esprit vous puissiez être dupe de ce manège et le servie.

Lionel s'éloigna en disant ces mots, et laissa Clémentine méditer sur cette nouvelle idée.

Elle en fut d'abord étourdie, et se calma; mais ce repos fut factice : d'ailleurs madame d'Auray ne tarda pas à venir confirmer les rapports de M. Dulac.

— Je ne vous demande pas des nouvelles de votre mari, dit-elle, je sais qu'il se porte à merveille, je l'ai rencontré hier chez madame de Pontanges.

Et la pauvre Clémentine retombait dans ses angoisses, et Lionel, la retrouvant toujours en larmes, se fâchait.

C'était cruel d'essuyer des querelles de jalousie pour une femme qui ne vous aimait pas; de voir sou bonheur domestiqué troublé, et de n'être pas heureux aillent*.

Tout allait bien; M. Dulac travaillait de son côté.

— i% vous admire, dR-tt un soir h madame de Pontanges, vous êtes passé maître. C'est une belle vengeance. Elle en mourra, la? pauvre femme, et lui en deviendra fou.

— Que voulei-vous dire?

— Que Marny vous aime plus que jamais, et que 5a femme est horriblement jalouse} que tout cela vous amusfe et que vous met raison de vous venger ainsi.

, — Quelle horreur ! je n'y ai jamais songé. Moi, frotAter te repos d'une paxttre jeune femme qui ne m'a jamais fait de mal, lui enlever son mari ! Oh! ee serait infâmer; vous ne me connaissez pas*

— Tans n'aimez donc plus Lionel? Je croyais que^otts l'aimiez encore, vous êtes si triste depuis quelques jours.

-«- Moi ! je ne veux plus l'aimer.

— Pourquoi?

— Je vous te dis, parce que je ne pourrais encourager son amour sans commettre une méchante action.

— Alors en n'aimerait jamais personne/ eu vérité. Vous l'avez renvoyé il y & deux mis parce que TOJ» éfîéfe

DE PONTANGES 263

mariée, et maintenant vous le renvoyez encore parce qu'il est marié; je vois que vous êtes toujours la même; vous êtes d'une bonté incorrigible. N'est-ce pas aussi la crainte dé faire pleurer lady Suzanne qui vous fait refuser votre cousin?

— Vous riez toujours, je ne plaisante plus. Dites-moi, comment puis-je rassurer madame de Marny ? Vous la connaissez, dites-lui...

— Vous avez un moyen de vous tirer d'embarras, si réellement vous êtes de bonne foi dans la résolution de renoncer à Lionel.

— Lequel?

— Vous rapprocher de sa femme.

— J'y ai dé$i pensé. Je voulais la prier au bal chez moi samedi.

— Quoi! cette idée vous est venue aussi?

— Oui, mais c'est contre moi que je l'avais .trouvée. H me semble qu'en les yayajit ensemble, je me désenchanterai plus vite; je le découragerai, lui; et moi, je m'engagerai, car du jour où j'aurai serré la main à sa femme, je ne pourrai plus..., . ,

— Ne craign#f-vous pas qu'il ne s'y trompe , qu'il ne voie au contraire dans cette liaison qu'un moyen dfe le rencontrer plus souvent, de mieux cacher une intrigue?

— Ah! Lionel sait bien que je suis incapable d'une telle bassesse!

— €ela se voit tous les jours cependant.

— Oui, mais je n'ai pas peur qu'il me soupçonne d'avoir eu cette idée. Rassurez sa femme, je vous prie, et chargez-vous de lui faire accepter cette invitation.

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