Epilogue
Ton vœu s'est accompli , ma femme, ombre chérie !
De ma main, bien que faible, étant vieille et flétrie,
Sur ton ordre angélique, à grands traits, j'ai tracé
Les sublimes vertus des Juives du passé.
Et cependant la liste est loin d'être complète.
Plus d'une encor se trouve au bas de ma tablette,
Poète, artiste, auteur, qui reine de salon,
Dans l'histoire de l'art a buriné son nom.
Les Polonais ont eu plusieurs grandes rabbines,
Expliquant du Talmud les diverses doctrines.
Mais quand la Renaissance, éclairant les chemins,
Soumet à la raison tous les vieux parchemins,
Le rabbinisme juif se meurt dans la Kabale,
Un élixir-poison, qu'il crée et qu'il avale
Et qui fait du jeune homme un spectre aux cheveux bruns,
Et de sa sœur une ombreux sépulcraux parfums !
Une femme n'est rien, qui n'est qu'une dévote. Elle peut être honnête et n'être qu'une sotte ! De mourir pour sa foi, cela ne suffit pas.
Il faut créer la vie, en guider les combats ! Il faut que la vertu soit aussi la lumière !
Que pour montrer la voie, elle soit la première !
Pas un mot des salons de Juives de Berlin !
Où le vice ergotait sous des robes de lin.
La Juive se courbant devant l'idolâtrie,
Va flétrir sa vertu, sinon déjà flétrie!
D'amours inassouvie, elle a soif de pardon :
De rosier qu'elle était, elle devient chardon!
La Juive, avec fierté, peut rester dans sa sphère,
Sans vanter ses vertus et sans chercher la guerre.
Ce qu'elle est de naissance, elle l'est par raison,
Dans le monde, au dehors, chez elle, en sa maison !
La Juive ne croit pas ; elle voit, elle juge !
Au mystère jamais elle ne prend refuge !
Avoir la foi n'est rien : c'est souvent odieux.
Que de peuples ont pris des serpents pour leurs dieux!
U faut de la raison pour servir de modèle !
Sans raison une femme est un oiseau sans aile !
Judith Montefiore
Un vivant poème éclatant, Et lumineux comme l'aurore, Parmi les Juifs de notre temps, C'est le couple Montefiore!
Elle, pure comme Péther, Et par Dieu lui même ébauchée, On dirait la nouvelle Esther, Ayant épousé Mardochée !
L'enivrante odeur d'un rosier, Parfumant la senteur d'un chêne.
La source qui baigne l'osier, Avec les vertus d'Hippocrène !
Quand la force avec la beauté S'unit dans l'amour sans mélange, Alors, tout poids terrestre ôté, • L'homme s'élève jusqu'à l'ange !
Les premiers, sur tous les chemins, Pour toute noble cause humaine, Semant l'amour de leurs deux mains, Et foulant de leurs pieds la haine !
Courbés devant les affligés, Droits devant les grands de la terre ; Bravant tour à tour les dangers De la croix et du cimeterre !
Jamais plus noble cœur de Juif N'a battu dans une poitrine, Que ce cœur double, ardent et vif, Pour Israël et sa doctrine !
Partout où souffraient des Hébreux, Vouant leur fortune et leur vie, Ils accouraient, comme des preux, Abattant la haine et l'envie !
Morte, Judith est à l'abri, Dans sa tombe près de l'aïeule ; Elle attend là son cher mari, Pour ne pas monter au ciel seule !
Aux Juives Françaises
Le dix-huitième siècle, un siècle de progrès,
Mais qui semblait marcher avec peine et regrets
Fut pour les Juifs la grande ère de délivrance!
Grâce aux grands hommes, tous déistes, de la France!
Mais nous ne devons rien à nos libérateurs :
Nous ne sommes pas fils de plusieurs créateurs.
Nous sommes leurs égaux, avec les mêmes droits
Et les mêmes devoirs. Si des esprits étroits
Nous trouvent trop vivants, trop mouvants et trop riches,
Et veulent nous réduire à l'état de derviches,
Ou plutôt de vils serfs, qu'ils appellent : Hébreux,
Et qu'ils voudraient forcer de travailler pour eux.
Rêve d'inquisiteur, qui de nos jours s'ébauche,
Dans les cerveaux mollis des cagots de débauche ;
Dans des banquets secrets de rhéteurs fainéants,
Et de nains avortés qui se croient des géans
Soit! Nous ferons alors comme ont fait nos ancêtres! Nous monterons, comme eux, sur vos bûchers de hêtres! Nous tuerons nos enfants, nos femmes et nos chiens. Mais ceux qui survivront ne seront pas chrétiens! Notre Dieu, c'est le verbe abstrait. C'est sa parole! Tout Dieu matériel pour nous est une idole !
De l'Inquisition les clous les plus pointus, Nous les aplatirons de nos fortes vertus !
Qu'on dresse à nos enfants de grossières embûches, D'autres, et de plus beaux, sortiront de nos ruches! Et quant à votre glaive, argument très puissant, Il s'émousse et se rouille, en buvant notre sang!
La guerre fratricide, hélas! n'est pas finie! Pas plus en ce pays qu'au loin, en Roumanie ! Ce siècle encor verra plus d'un revirement :
L'athée est un faux frère et l'idolâtre ment ! Nos Juives qui n'ont lu la Bible, ni Josèphe, Ne lisent que Musset et Murger qui s'y greffe. Ignorant le passé de leurs nobles aïeux, Et de leur mission ayant perdu la trace, On les voit coqueter avec tous les faux dieux,
Comme pour s'excuser d'être encor de leur race.
Les unes, un troupeau de belles nullités,
Se nourrissent de luxe et de futilités ;
D'autres, avec les grands comme les Bérénice,
Profanent leur beauté dans le faste et le vice :
Oubliant qu'à la Juive, il faut toujours, partout,
Trois fois plus de vertus pour se tenir debout.
Connaissant seulement du vieux Ghetto la fange,
Et de Moïse un bronze assis de Michel- Ange,
Prenant pour un malheur, au moins pour un hasard,
De s'appeler: Cahen, Israël ou Lazard;
Ignorant que la loi de Moïse défie
Les lois des nations et leur philosophie ;
Loi de la liberté, loi de l'égalité,
Du plus divin génie, idéal décrété;
Qu'en dehors de Moïse il n'est pas de Messie.
Non pour donner le ciel, — guère il ne s'en soucie, -
Mais pour donner la paix et le bonheur rêvé
A tout le genre humain, à ses malheurs rivé ;
Ces filles d'Israël qui, devant nous, en France,
Se targuent, le front haut, de leur indifférence,
Vont encore se voir la cendre sur ce front !
Même celles, sans cœur, qui se convertiront !
La Juive émancipée a honte de ses pères,
Auxquels, seuls, elle doit ses moissons si prospères.
Elle n'a plus pour rien des sentiments profonds ;
On ne l'entend parler que toilette et chiffons ;
Elle ne marque plus, de son stigmate austère,
L'opulente catin et la riche adultère :
Par le relâchement de son propre devoir,
Elle perd, sur ses fils, son maternel pouvoir!
« Quand Israël engraisse, il caracole et rue! »
A dit un grand prophète au peuple dans k^rue.
« Et comme pour sonder l'abîme, il sert de plomb,
» Son châtiment, toujours, est exemplaire et prompt ! »
Le Seigneur Jéhovah, dans un lit de justice,
A déjà signé l'ordre. Il veut qu'on l'avertisse!
Et qu'à trois fois on dise à la Juive de chair,
Qu'il viendra l'écraser de sa barre de fer!
Devant Dieu ce n'est rien ! Des brins d'herbe qu'on fauche,
Un vieux compte à régler d'orgie et de débauche!
Mais alors surgiront de nouvelles grandeurs, Des femmes d'Israël divines de splendeurs !
Aujourd'hui même il est encor de nobles Juives, A Londres, à Paris, dont les vertus sont vives ;
Dont les noms brilleront dans des nimbes d'azur; Des anges se mouvant dans ce bas monde impur, Les mains pleines de dons, les ailes repliées ; Messagères du ciel, par des devoirs liées ; Purifiant d'un souffle un monde gangrené Par le vice et l'orgueil, vers l'abîme entraîné, Et qui dans nos cités, où pullulent les pieuvres, Ne marquent leur séjour que par de bonnes œuvres !
Si je n'avais pas peur, — nous sommes si méchants 'A-
Qu'on ne prît les accents de mes douloureux dr.iits
Pour une flatterie ou pour une réclame,
J'en nommerais plus d'une, admirable par l'âme,
Et par son angélique et large charité !
Car même son époux lui doit être compté !
La bonté de l'époux a sa source en l'épouse.
Que l'homme soit en pourpre, ou simplement en blouse,
L'œuvre de son génie ou son labeur du jour,
Se fait pour une femme, objet de son amour.
Celui-là n'est pas bon qui n'aime pas la femme i
Celui-là n'est pas bon qui n'est pas monogame !
La Juive de Paris est Française avant tout !
L'ennemi, quel qu'il soit* la trouvera debout !
Il n'est pas de Gauloise, il n'est pas de Chrétienne,
Plus attachée au sol, meilleure citoyenne
Que Penfant d'Israël, la rose de Sion,
Née à Paris, Strasbourg, Nancy, Metz ou Lyon.
Elle est Française et loin d'être cosmopolite,
L'agresseur ennemi, fût-il Israélite,
La trouverait, pour lui, sans grâce et sans merci !
Avoir Tordre et la paix, c'est là son seul souci !
~ , *\J-ra Juive est progressiste ; elle aime la lumière ;
j^ T j|is contre le désordre elle ira, la première,
Affroiïî er et braver n'importe quel danger !
Et quand il s 1 agira de chasser l'étranger,
Judith ou Débora, d'héroïsme pétrie,
La Juive, sans trembler, mourra pour sa patrie !