A MONSIEUR ET MADAME
Paul Casimir Périer
Vous qui savez souffrir, vous qui savez pleurer ! Dont les pleurs réunis pourraient former un fleuve ; Dédaignant tout plaisir qui tente ou peut leurrer Les malheureux du monde : orphelin, veuf et veuve !
Vous dont les cœurs brisés ne cessent de saigner, Goutte à goutte, à travers de larges cicatrices ! Nonobstant des conseils donnés de les baigner Dans les eaux du Léthé, ces eaux réparatrices ;
De vieux arbres jumeaux, fendus de haut en bas, Par la maîtresse branche, arrachée et tordue ;
Des guerriers se disant : « Après tant de combats, » Encor cette bataille, atroce, inattendue (i) ! »
Mieux que tous mes amis, vous pouvez mesurer La douleur de mon cœur, cet insondable gouffre ! Vous ne pouvez que trop, tous deux, vous figurer L'horreur de ma misère et tout ce que je souffre !
Mais vous ne pouvez pas, hélas ! me consoler, Nul de vous ne pouvant se consoler soi-même ! Et si mon corps mortel se pouvait envoler, J'irais au ciel, pour voir si toujours elle m'aime !
(i) La mort de la dernière fille, un ange de perfection, la dernière enfant de mes nobles amis qui en ont perdu quatre et qui n'en ont plus.
A Madame Dusautoy
Vous fûtes, épouse et veuve, Une amie à toute épreuve, De ma chère Agathina, Qui soudain m'abandonna.
En vous la femme mondaine, Cache, sous des airs de reine, Et des dehors somptueux, Un cœur humble et vertueux.
Hélas! moi qui fus son ombre, Je suis un ami bien sombre!
Moitié mort, moitié vivant, J'erre en ce monde et rêvant
A l'inoubliable morte, Qui fut si vaillante et forte, N'aimant que des cœurs élus, Et qui ne reviendra plus !