PRELUDE
S'il n'est pas le vrai, le beau n'est pas beau ; Le bon n'est pas bon, s'il n'est la justice.
Beauté sans vertu n'est plus qu'un fléau, La fleur du poison, l'enseigne du vice.
Les peuples ont tous de beaux Apollons, Gardeurs de troupeaux ou joueurs de flûte.
Hélène et Vénus peuplent nos salons, Avec Ménélas et Vulcain en lutte.
Mais quand la beauté de vertu reluit, Qu'une Pénélope ou qu'une Lucrèce, Comme l'aube blanche à travers la nuit, Surgisse au milieu d'un peuple en détresse,
Alors du pays le salut est près.
Pour se relever il lutte et s'efforce :
Car c'est la vertu qui fait le progrès, Et c'est la vertu qui donne la force !
Ces vers furent jetés par moi sur le papier,
Au café d'Etretat, quand on vint me prier
De vanter au public une beauté connue,
Se baignant tous les jours devant nous, presque nue.
Je les lus à ma femme. Elle, après, les relut
Et me dit — son conseil fut toujours mon salut : —
Poète, chante-moi la vaillance des femmes,
Fortes par leur vertu, des chrétiens monogames!
Je lui dis : Les chrétiens, par les Juifs convertis, Leur ont pris deux bijoux, qu'ils ont d'abord sertis
Des plus beaux diamants de leur propre génie :
L'un, c'est l'égalité ; l'égalité bénie,
Acclamée avec une indicible ferveur
Par l'esclave, en l'honneur de Jésus, le Sauveur.
L'autre, c'est la vertu dans le pur mariage,
Qu'ils ont agrémenté d'un nouvel alliage :
Car, voulant le lier d'un éternel ciment,
Ils ont fait de l'hymen un divin sacrement.
Mais l'élément païen, empiétant par la force
Sur le principe juif, n'en garda que l'écorce,
Et rejeta du fruit tout le suc généreux ;
Et l'ignoble esclavage, odieux et véreux,
Se transforma bientôt en un plus dur servage ;
De même la vertu. Blâmant le mariage,
L'idéal catholique, avide de combat,
A mis sa gloire dans l'austère célibat.
La suprême vertu, vers laquelle converge
D'une sainte le vœu, c'est vivre et mourir vierge!
Le dogme catholique attaque et hait la chair,
Qu'il écrase du pied, comme on écrase un ver.
Or, la vertu doit être accessible à n'importe
Quelle femme et la rendre aimante, saine et forte.
Tous ces châtreurs d'amour, loin d'être des élus,
Sont des cœurs avortés et des esprits perclus.
Cest un reflet de Dieu, de sa force autonome,
Qui se trouve en tout être et qui brûle dans l'homme !
L'homme, hors de sa loi, croit s'élever en vain !
Plus un homme est humain et plus il est divin !
La plus haute vertu, dans la vie éphémère
De la beauté mortelle, est d'être épouse et mère !
La soi-disant vertu de la nonne est néant,
Et son frère, le moine, est un gros fainéant.
Puis un autre poison, d'Egypte une relique,
Mord, corrode et détruit la vertu catholique,
Par l'intervention du prêtre confesseur,
Qui pardonne d'un mot l'adultère à sa sœur.
Or, nul, hormis l'époux, ne peut sur l'adultère
Jeter un épais voile, ici-bas sur la terre.
Une épouse infidèle est un public fléau,
Sa maison est un bouge et son lit un tombeau.
Le protestant, créant de nouveau le divorce,
Détruisant le couvent, affaiblissant la force
Du prêtre entremetteur, a rendu l'idéal
A la libre vertu de l'amour conjugal.
La vertu par la foi vacille sur sa base.
La moindre passion l'emporte sur l'extase !
L'homme à chaque action doit se dire ceci :
« Si chacun m'imitait, en agissant ainsi,
» Le foyer, la cité, le peuple et la patrie
» Seraient-ils plus heureux? La guerre et sa furie,
» Le sanglant fanatisme et ses pâles terreurs,
» La haine et ses fléaux, le crime et ses horreurs
» En disparaîtraient-ils, sans secousse et plus vite ? »
Sinon, l'acte est mauvais et le sage l'évite !
Quand la chrétienne était martyre de sa foi,
Elle était encor Juive et défiait la loi
Qui l'égalait, Romaine, à la brute femelle,
Bien que ses oppresseurs fussent au-dessous d'elle !
Mais bientôt de victime elle devint bourreau ;
De chiffre qu'elle était elle se fit zéro.
Car la foi, sans raison, devient un monstre aveugle,
Qui, sans discernement, se rue et tue et beugle,
Qui, l'écume à la bouche, et soûl de sang versé,
Meurt, le front dans la boue et le cœur transpercé !
Toi, Juive, née en France et citoyenne libre, Tu n'as plus du passé la poétique fibre li faisait de la Juive un être surhumain,
crifiant sa vie, et souvent de sa main,
» De sa droite elle décroche » Un marteau de fer battu.
» A ses pieds, Sisera, blême, » S'écrie : — Au secours ! De Peau !
» — Voici du lait à la crème !
» Et d'un seul coup de marteau
» Le clou, qui perce la veine,
» Fixe le crâne au parquet !
» Il se tord, il se démène...
» — Meurs, Sisera !... C'en est fait !
» A la fenêtre, sa mère, » Ne sachant que devenir, » Se dit d'une voix amère :
» Il tarde bien à venir !
» Eh ! dit une fille sage,
» S'il tarde à venir, tant mieux !
» C'est le butin qu'il partage :
» Deux vierges pour chacun d'eux !
» Dans les bannières conquises, » Votre fils, lui, le meilleur, » Leur choisit les plus exquises, » En broderie et couleur !
» Mais il ne viendra plus ! O Dieu ! qu'ainsi périssent » Tous ceux qui te haïssent ! »
Juge en chef, Débora régna -jusqu'à sa mort.
Sous son règne, Israël était heureux et fort. Jeanne, par des Chrétiens conspuée et brûlée, Eût été, par des Juifs, couronnée, adulée !
La vertu de la Juive en tout temps a lutté Pour l'affranchissement et pour la liberté !
Rebecca
Que de fois les Gentils, dans leurs livres de haine,
— Car leur verbe est un glaive et leur paix une chaîne, —
Ont blâmé Rebecca, pour avoir entraîné
Jacob, son fils cadet, à prendre à son aîné
Les fruits du droit d'aînesse, arrachés de la lèvre
D'un aveugle vieillard, par de faux poils de chèvre.
Or, il n'est pas de femme aussi forte en vertus
Que Rebecca marchant hors des sentiers battus !
Tout d'abord, jeune fille, elle s'en alla seule,
Quittant, de son plein gré, frères, sœurs, mère, aïeule,
Pour suivre Elîézer, fidèle et vieux cornac,
Jusqu'au lit nuptial, sous la tente d'Isaac.
Point d'esclave jamais chez elle, à côté d'elle !
Et son époux était comme époux un modèle.
Elle avait deux jumeaux, dont l'un, chasseur fougueux,
Joueur, menteur, coureur, athée, était un gueux ;
Et dont l'autre, pieux, studieux, économe,
Aimant sa mère, était un accompli jeune homme.
Le droit d'aînesse donc que Moïse abolit,
Ne laissant qu'une part double au premier du lit,
Et qui ne fut détruit qu'en l'an quatre-vingt-treize,
A Rebecca parut une chaîne qui pèse.
Et n'étant pas assez forte pour la briser.
Elle se décida, femme et mère, à ruser !
Le droit d'aînesse était une iniquité telle,
Que le vieux père Isaac, loin de chercher querelle,
Dit à son fils aîné : « Mes yeux se sont ternis ;
« Jacob a pris ton droit : Reste^ tous deux bénis (i) !
Et Jacob, le cadet, gardant le droit d'aînesse,
N'a jamais regretté ce trait de sa jeunesse.'
Il fallut deux mille ans pour détruire un faux droit,
Que la Juive, en une heure, écrasa sous son doigt !
(i) Genèse, chap. xxvn, v. 33.
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Quel type de grandeur que la sœur de Moïse
Et d'Aron, Miriam, en leurs conseils admise!
Enfant précoce et rare, esprit fin et subtil,
Elle a sauvé son frère, exposé sur le Nil.
A la fille du roi, de peur qu'il ne périsse,
Le donnant, et cherchant sa mère pour nourrice
Elle était prophétesse : une femme qui voit
De la cause jaillir l'effet, avant qu'il soit
Une réalité. Vierge de la patrie,
Lui servant à la fois de Muse et d'Egérie ;
Digne sœur de Moïse et lui disant ses torts,
Bien qu'il fût au pouvoir et fort parmi les forts
Un jour elle lui dit : « Je te défends, mon frère,
« D'épouser la Kouschite — une belle étrangère, —
» Et quant à Jéhovah qui te dicte sa loi,
» Il parle à ma raison, aussi souvent qu'à toi (il ! »
(i) Nombres, chap. xii, v. i et 2.
Moïse l'éloigna, la déclarant malade.
Mais au bout de huit jours — trop pour une boutade
Le peuple refusa de rentrer dans ses camps
Avant que Miriam n'apparût dans ses rangs.
Miriam pardonna, mais elie était frappée !
Un coup de langue va plus loin qu'un coup d'épée.
Le crime de Korech lui souleva le cœur;
Elle évita son frère et mourut de langueur.
Aron la suit de près. La maison fut dissoute,
Et l'œuvre de Moïse était presque en déroute !
Anna, la Mère de Samuel
Une mère admirable et femme de talent, C'est Anna. La voici, s'avançant d'un pas lent Vers la porte du temple, où trône l'Invisible, Jéhovah notre Dieu, le seul Dieu de la Bible. Sa lèvre frémissante improvise un chant doux Que personne n'entend, pas même son époux, Qui se tient humblement quelques pas derrière elle, Avec un bel enfant, sevré de la mamelle De la veille et portant le nom de Samuel, Voué, dès sa naissance, à servir l'Éternel.
— Un géant de génie au milieu des pygmées ! — La Bible a conservé quelques strophes rythmées De ce chant glorieux, prémices d'un grand cœur, Dont voici les extraits, selon son chroniqueur (i) :
(i) Samuel, chap. h.
« En Jéhovah mon cœur tressaille !
» En Jéhovah grandit ma taille !
» Taisez-vous, hommes pleins d'orgueil !
» Et pour ce qui vient, ouvrez Pœil !
» Car Jéhovah c'est la science !
» Hors de lui toute œuvre est nuisance !
» Par lui l'arc des forts se détend, » Il rend le faible résistant !
» Jéhovah tue et vivifie,
» Donne la mort et rend la vie !
» Il abat le riche et le grand,
» Élevant l'humble au premier rang !
» L'homme n'est pas fort par son torse !
» Le juste seul a de la force ! »
Le Teuple-Femme. Houlda
De tous les peuples forts, l'un de l'autre vainqueur,
Le plus faible, Israël, représente le cœur.
Il en a toujours eu la force et la faiblesse.
Tous frappant tour à tour, c'est toujours lui qu'on blesse !
C'est vers lui que remonte, et vers lui que descend
Toute douleur qu'un membre, autre que lui, ressent.
C'est pourquoi ce grand peuple est presque un peuple-femme :
Il en a la finesse et les vifs sentiments.
Sa force opiniâtre a sa source dans l'âme;
Il a l'amour du luxe et ses raffinements.
De même que la femme, il plie et se relève,
N'opposant que le verbe à la force du glaive.
Toute sa poésie est un chant libre et franc,
Contre la tyrannie et contre tout tyran !
Chez ce peuple de cœur, sensible à la parole,
La femme, maintes fois, a joué le grand rôle :
Noémi, Ruth, Michelle, et l'éloquente Houlda Sont des Juives dont Tune à l'autre succéda
Quand le roi Josia, que le pieux on nomme, Revint à Jéhovah, grâce au Deutéronome, Qu'au temple le grand prêtre Hilkia découvrit, De la main de Moïse entièrement écrit :
— En ce temps Jérémie et le vieux Zéphanie, A Jérusalem même, au risque de leur vie, Prophétisaient déjà la perte de Juda, — Il envoya chercher la prophétesse Houlda, La femme de Schallum, du palais l'économe, Pour avoir son avis sur le sort du royaume.
Houlda, sage plutôt que forgeuse de mots, Sans hésiter, lui dit : « Pour extirper les maux Qui rongent ce pays, vaines sont les paroles ! Il faut anéantir des faux Dieux les idoles!
Pratiquer la vertu, vivre selon les lois, Et ne chercher qu'à plaire à Dieu, ce roi des rois! »
Les Juifs n'ont jamais eu de prophète aruspice Que pour stigmatiser l'injustice et le vice ; Et plus d'un fut tué par ses contemporains,
Pleins de boue et de sang des pieds jusques aux reins!
Pendant la monarchie et sa polygamie,
Les Juifs retombent dans l'idolâtre infamie ;
La Juive redevient un vase de limon,
Et d'ange qu'elle était, se transforme en démon !
Mais avec le malheur et la loi redivive
Resplendit de nouveau la grandeur de la Juive.
Car ce peuple n'est grand que dans l'adversité.
Il gonfle et se corrompt dans la félicité !
La Mère des Macchabées
Il est des pages d'or qu'on nous a dérobées : On nous a pris la mère et les sept Macchabées. Ces martyrs, les chrétiens les ont toujours cités ; On dirait qu'ils étaient issus de leurs cités. Or, ces nobles garçons, ce septuple martyre, Contre le Dieu chrétien semblent une satire.
Ils se seraient laissé maltraiter, conspuer, Et de nos jours encor ils se feraient tuer Plutôt que d'adorer une muette idole, Eût-on en lettres d'or écrit et peint dessus : « Voici le Dieu des Juifs ! Voici le Dieu Jésus ! » Et sans changer au texte une seule parole !
Il était Un, au moins, le païen Jupiter.
Es THER
Je me garderai bien de te parler d'Esther !
Quel poète oserait lutter avec Racine,
Dont le génie est tout déiste d'origine !
Lis et relis ces vers ; récite-les par cœur.
Il ne fut de la croix jamais plus grand moqueur !
« Moi ! Je pourrais trahir le Dieu que j'aime ! & J'adorerais un Dieu sans force et sans vertu,
» Reste d'un tronc par les vents abattu, » Qui ne peut se sauver lui-même ! »
Ils sont extraits àHEsther. « Louanges au vrai Dieu ! » Dit-il de Jéhovah, dans un accès de feu.
Mais dans la Bible Esther est bien plus énergique ; Sa parole, concise et simple, est plus tragique ; Elle dit à son oncle : « Ainsi soit-il> j'irai ! » Et si je dois périr, eh bien ! je périrai ( i ) ! »
(i) Voici la phrase de Racine :
c Contente de périr, s'il faut que je périsse, i J'irai, pour mon pays, m'offrir en sacrifice ! i
Judith m
On a dit que Judith n'avait jamais vécu ; Que c'était le roman d'un grand peuple vaincu ; Que l'univers ancien et le monde moderne Ignoraient tous les deux le nom grec d'Holopherne. Soit ! Judith, poème, est l'œuvre d'un romancier. Mais cette femme au cœur viril, au front d'acier, Ne pouvait, héroïne et martyre d'élite, Sortir d'un peuple antique, autre qu'Israélite ! Ouvrez les livres d'art des Grecs et des Romains ; Fouillez dans leurs granits, aux bords des grands chemins:
(i) Les rabbins, n'ayant jamais admis au nombre des grandes femmes que des Juives alliant la vertu à la raison, ont relégué Judith dans les contes apocryphes. Dût-elle sauver sa patrie, une Juive, selon la doctrine israélite, ne doit jamais compromettre sa vertu, la maîtresse qualité de la femme. J'ai fait une seule exception pour Judith, rejetant toutes les autres, bien que l'histoire profane en cite un grand nombre, célèbres par leur beauté et leur influence sociale.
Ces femmes, ces beautés, jaillissant de leurs crânes,
Ou sont des nullités, ou sont des courtisanes !
Vénus, Lais, Hélène, Aspasie et Didon,
D'autres, certe, avec plus de vertus. Mais où donc
Voyez-vous la beauté, chez un peuple idolâtre,
Sortant du gynécée, entrer dans le théâtre
Des faits nationaux du monde officiel,
Pour jouer le grand rôle, à la face du ciel ?
La Juive fut toujours maîtresse d'elle-même,
Debout devant l'époux et devant Dieu qu'elle aime !
Miriam, Débora, Judith, Esther, Jaël
N'ont point d'entremetteur pour plaire à l'Éternel.
Quand au peuple, à son Dieu la Juive se dévoue,
L'éclair de la raison illumine sa joue !
Que Judith ait vécu pour sauver son pays,
Ou que, pour affronter des despotes haïs,
Elle soit par un barde inventée et créée,
Elle n'en est pas moins immortelle et sacrée !
De Jaël digne fille et sœur de Débora,
Juive nous la voyons, Juive elle restera !
Mariamne CD
Tous les pays de Rome et ses principautés N'eussent pu réunir tant de grandes beautés Que le petit pays, large d'une coudée, Qui sous les Empereurs s'appelait la Judée.
Le type asmonéen, avec son nez altier, N'avait pas son égal dans l'univers entier.
Mais jamais on ne vit une beauté magique Pareille à Mariamne, au destin si tragique, Femme d'Hérode, un sombre et sourcilleux tyran, Que l'histoire, à sa honte, appelle encor le Grand. Tous les peuples ont eu de grandes souveraines, Dont plusieurs ont porté, sur leurs têtes de reines, La couronne d'esprit rehaussé de beauté ; Et parfois le génie ornait leur royauté :
(i) Josèphe, Guerre des Juifs contre les Romains, livre XIII, chapitre zvn.
Entre autres, Cléopâtre, Elisabeth, Christine,
L'Écossaise Stuart, la grande Catherine.
Mais pour elles ce fut un mot que la vertu ;
Une loi que l'on foule aux pieds comme un fétu !
Et pourtant la vertu sur une femme éclate
Et la fait valoir plus que la pourpre écarlate !
Mariamne et sa mort, sa vie et ses revers, Voltaire, sous ce titre, a fait un drame en vers. Et je n'essaîrai pas, en entrant dans l'arène Où Voltaire a cueilli ses lauriers les plus beaux, De conter les malheurs poursuivant cette reine, Et ses fils après elle, au delà des tombeaux. Mais Voltaire n'a pas le haut vol de Racine ! D'ailleurs, il hait le Juif, et la haine fascine. Cette haine, il l'a prise à la Duchâtelet, Pour laquelle tout Juif est un abject valet.
Elle était sa maîtresse et trois fois adultère, Indigne d'être aimée, indigne de Voltaire !
Tout être vicieux exècre et hait le Juif; Il aime mieux un dieu d'or, de cire ou de suif, Qui pardonne péchés, délits, fautes et crimes, Moyennant une aumône, ou la prière en rimes.
Ah ! si le Décalogue était un peu plus mou, Bien du monde essaîrait d'y faire un petit trou ! Tout chrétien, ne croyant plus qu'au Dieu de Moïse, A peur qu'on ne rappelle : Un Juif qui judaxse. Et pour se disculper et pour vivre en repos, Il tire sur le Juif, qui partout a bon dos !
Hélène, la Reine d'Adiabène <«>
Quel charmant tableau que la reine Hélène, Et son fils Izat, roi d'Adiabène !
— Mère, le sais-tu, dit un jour le roi, Jéhovah, l'unique, est Dieu ! Moi j'y croi !
Plus de Dieux d'argent, de pierre et de marbre ! Ou par l'ouvrier taillés dans un arbre !
Nul n'a vu sa face, assis ou debout !
Il n'est nulle part, bien qu'il soit partout !
(i) Josèphe, livre XX, chapitre xi.
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— C'est mon Dieu, lui dit sa mère, la reine.
Mais tâche, mon fils, que nul ne l'apprenne ! Tout peuple, qu'il soit de demain ou d'hier, Tout peuple idolâtre est cruel et fier!
— Les astres du ciel, la terre et l'abîme, Disent qu'il est Dieu. Lui seul est sublime ! Et tu ne veux pas que moi, son enfant, Je chante sa gloire, en fils triomphant !
Hélène lui dit : Pour toi seul je tremble !
A Jérusalem nous irons ensemble.
Juive devant Dieu moi je resterai, Pour qu'en ce saint lieu tu sois enterré !
Le temps a respecté le tombeau de la reine;
Elle y fut réunie au roi d'Adiabène.
Izat publiquement se fit juif, étant roi,
Et mourut, comme un juste, en maintenant sa foi !
Béruria w
Jérusalem détruit, la nation captive,
Les Juifs perdent tout, sauf la vertu de la Juive !
Rabbi Méir était un docteur de la loi,
— Un rabbin n'est pas prêtre, il n'en a pas l'emploi. -
Il avait trois fils, plus vifs d'esprit l'un que l'autre.
Des épis du printemps tout pleins de grains d'épeautre.
Son épouse, un trésor que Dieu lui confia,
S'appelait, de son nom hébreu, Béruria !
Un jour ces trois enfants, revenant de l'école,
S'ébattant dans un champ et d'une gaîté folle,
Tombèrent, tous les trois, dans les marais profonds.
On les rapporta morts, froids comme des glaçons !
Ce fut un coup de foudre, un éclat de tonnerre
A renverser du coup n'importe quelle mère !
Béruria les prit, les couvrit d'un linceul,
(i) Masé Nisim, attribué aux Géonim,
Et partit pour parler à son époux tout seul.
De loin elle lui dit, tremblante et le front hâve :
« Maître, je t'attendais pour juger un cas grave ;
Un homme impatient, au point de se fâcher,
Me força de partir pour aller te chercher.
Il s'agit d'un trésor d'un prix inestimable
Qu'un ami généreux — on dirait une fable — '
Lui remit en dépôt depuis plus de vingt ans,
Et ne le réclama jamais depuis ce temps.
Si bien que, cet heureux et seul dépositaire
Se croyait du trésor le vrai propriétaire.
Eh bien ! le possesseur de ce riche et beau lot
Est venu ce matin réclamer son dépôt.
Et cet homme me dit, il le dit et le crie,
S'il me fallait le rendre on me prendrait la vie !
Que faut-il, mon Rabbi, que fasse ce pauvre homme?
— Il faut rendre à l'instant le trésor ou la somme
Qu'il vaut ! répond le maître. A ce moment, tous deux
Entrèrent dans la chambre — ô père malheureux ! —
Où gisaient des enfants les cadavres rigides.
Alors Béruria, froide et les traits livides,
Lui dit : Ami ! voilà le trésor en dépôt
Que nous a confié le Créateur d'en haut.
Toi-même, tu m'as dit qu'il fallait le lui rendre Sans murmurer.
— O femme ! Héroïne au cœur tendre, Répondit le rabbin, que ton nom soit béni !
Et louanges à Dieu qui m'a trois fois puni, Mais dont la voie est juste, au ciel comme sur terre. Bien que tout ici-bas nous paraisse un mystère!
La Fille de Sébua