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Foulant aux pieds la croix, rejetant le baptême, Se jeta dans la flamme et son mari de même, En disant : « // est Un! Jéhovah V éternel (i)/ »
Thibaut mit en morceaux le lâche criminel !
(i) « Écoute, Israël, Jéhovah est notre Dieu, Jéhovah est un! » Tout juif, au moment de sa mort, et les assistants, répètent ce verset de la Bible, sans prêtre ni confession!
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Les deux Vierges Polonaises w
Quatre siècles plus tard (2), quatre siècles de plomb, — Aux oppresseurs le temps ne paraît jamais long, — Un grand nombre d'Hébreux, tous jeunes gens d'élite, S'enrôlaient pour la guerre, alliés aux Jésuites, En Pologne, en Crimée, au delà du Dnieper, Oîi le Juif et le noble allaient presque de pair Contre les insurgés, peuples de la foi grecque, Cosaques plus cruels que le Slave et le Tschèque, Qui s'étaient soulevés, sous leur chef Chmilniki ; Un héros fanatique, impitoyable et qui Défit les Polonais en diverses batailles.
Par la ligue trahis, aux vainqueurs sans entrailles, Les Juifs furent livrés. Leurs os furent brisés. Ils furent massacrés, pis encor ! baptisés !
(1) Graetz, vol. X, p. 69.
(2) En 1648.
Le sang des Juifs tués, coulant en larges flaques, Inondait les sabots des chevaux des Cosaques.
Deux vierges, toutes deux belles comme le jour,
Furent mises à part, comme butin d'amour,
Pour le chef Chmilniki, mais après leur baptême.
Il choisit la plus jeune, une beauté suprême ;
L'autre fut destinée à son aide de camp.
Le jour même l'aînée, amenée en plein champ
Par son maître amoureux, bête comme une brute,
Lui dit en souriant et d'une voix de flûte :
« Sais-tu bien, mon ami, que sorcière je suis?
» Tout ce que le sorcier peut taire, je le puis.
» Je savais que je ne serais pas massacrée :
» Des herbes je connais ce qui tue et qui crée!
» La poudre, ni le plomb, n'ont de pouvoir sur moi!
» Je m'en vais aveugler l'arme que tu tiens. Voi !
» Tu peux viser mon cœur, je suis invulnérable!
— Tu serais donc, dit l'homme, une fille du diable !
— Tire et ne tremble pas ! Moi, je me tiens ici ! »
Il tire! Elle, tombant, lui dit : « Je meurs! Merci ! »
— Si tu me fais l'honneur de me prendre pour femme,
Dit l'autre à son vainqueur, sois grand de cœur et d'âme !
Fille unique d'un grand rabbin de Pultava,
S'il faut que pour le. Christ j'abjure Jéhovah,
S'il faut qu'avec la foi de Moïse je rompe,
Que cela s'exécute avec faste, avec pompe !
Que ce soit une fête en face du soleil ;
Un rêve oriental, un rêve sans réveil !
Je veux être conduite au temple d'hyménée
Couverte de bijoux, sur une haquenée.
N'es-tu pas tout puissant, grand comme Jupiter?
Je serai ta Vénus ou plutôt ton Esther !
Les vainqueurs aiment tous les fêtes populaires, Surtout les grands tyrans, les rois patibulaires. Chmilniki le farouche, heureux d'être adoré, Ordonna que, selon le désir de sa belle, Le drapeau d'une trêve aux Juifs fût arboré !
Pour aller du palais à la sainte chapelle,
Il fallait traverser un long et large pont ;
La reine en soie et pourpre et la couronne au front,
Au milieu des hourras d'une foule effrénée,
Arrive sur le pont. Lorsque sa haquenée, Comme si de partout le feu l'enveloppait, Se cabre et fait des sauts, tout près du parapet. Et voyant choir la reine, on eût dit foudroyée, Le peuple s'écria : « — La Juive s'est noyée! »
DOLCÉ