LES BURGRAVES
Ce dernier et ce premier des chefs-d'œuvre renferme trois monologues, l'un de Guanhumara ou- la vencjeance corse (part. I, se. 1), les deux autres, du vieux Job et du vieux Barberousse , lequel traite un peu de tout dans le sien et même de la question de savoir
Comment on finira la flèche de Strasbourg ?
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dont on n'eut l'idée qu'enviioii cent ans après sa mort (1); les trois morceaux formant en somme cent quatre-vingt-dixneuf vers, tout rempli de ces be.uiiés compactes dont il n'est ni permis ni possible de parler à la légère , et auxquels j'aime mieux, pour celte raison et pour plusieurs autres, vous renvoyer en bloc ; ci 1 99
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Mille quatorze vers de monologue en huit drames , quand les neuf tragédies de Racine, d'Andromaque jusqu'à Athalie, n'en contiennent pas quatre cents, permettent au moins de préjuger, s'ils ne le prouvent pas . qu'il y a dans les premiers près de trois fois plus d'action que dans les secondes. Que serait-ce si Cromwed eût pesé dans la balance? Malheureusement M. Hugo ne l'a point destiné au théàiie, il n'en a voulu faire qu'un livre, et un livre illisible. Qu'on me montre un homme qui ait lu CroniwelL Pour moi, j'avoue ingénument qu'en m'y reprenant à trois fois, il m'a été impossible d'aller au delà de la moitié de la seconile scène du premier acte. Quand l'estimable M. Parseval-
(1) L'action des Burgraves se passe vingt ans après la mort de Frédéric-Biuberousse (lui inoiirni en 1190. C'est dune eu 1210 que, en vertu (le son droit de poète, M. Hugo le fait sortir de la tombe pour lui l'aire demander :
Comment on finira la flèche (de la cathédrale) de Strasbourg?
Question au moins prématurée, puisque le corps de bâtiment n'en lut achevé qu'en 1275. Cesl alors qu'on se proposa de la Lurmonler de tours ou llèclie:^ dont le Lëlèbre Erwiii de Steinbach donna les plans en 12/7, el dont il commença l'exécnlion qui, coniinuée après lui par son lils Jean, s;i fille Sabine, et Jean Hulize de Cologne, ne lut coiupléiement terminée, pour la Jour du nord, qu'en 1434 (Hcrman, Histoire de la ville de Strasbourg, tom. I, p. 20 el 21. Strasbourg, 1817). Voyez, du reste, tous les historiens de l'Alsace.
Mais si précis, si auiheniiques qu'ils soient, les textes el les dates doivenl avoir tort ici. Car il est impossible qu'une pareille bévue soit échappée à remuereur Frédéric-Biirberousse, qui était, comme chacun sait, le plus grand archéologue de son siècle.
Grandmaisou (il savoir à lous (lue, si Apollon ne lui relirait ses bonnes 1,'râces , son poëme de Philippe-Auguste ne posséderait pas moins de cent mille vers, un membre de l'Académie des sciences calcula , en prenant pour base ce qu'on en connaissait, qu'il faudrait cent mille hommes pour le lire. Comme la nouvelle Pliilippide , CromweU est aussi évidemment un de ces ouvrages gigantesques, de ces monuments cyclopéens dont il n'est pas donné à un seul homme de faire le tour.
Du monologue au discours et à la dissertatioiï, il n'y a qu'un pas, et le théâtre de M. Hugo ne pouvait niancpier d'être abondamment pourvu de l'un et de l'aulre. Rappelez-vous la mercuriale du vieux Ruy-Gomès dans Ilernani, la mercuriale du vieux de Nangis dans Marion, la mercuriale du vieux Saint-Vallier dans le Roi samtise, la dissertation d'Angelo sur la férocité du conseil des Dix et les peines secrètes de son métier de podestat, le Premier-Madrid de Ruy-Blas sur l'état politique de l'Espagne et de l'Europe sous le règne de Charles II; dans les Burgraves eulin, les discours du vieux Barberousse aux vieux Burgraves, et les doctes répliques des vieux Burgraves au vieux Barberousse.
Ceci posé, à tant de beaux et copieux monologues, à tant de belles ei copieuses dissertations, ajoute/ tant de beaux et copieux récits, aussi vrais qu'édiliants, aussi édifiants que vraisemblables, louchant des enfants volés, ou pecdus ou trouvés, des hommes égorgés, ou pendus ou noyés, des ièmmes éveutrées ou violées, qui soûl les héros et les héroïnes ou les pères et mères des héros et des héroïnes de ces drames bourgeois ; n'oubliez pas non plus leurs complices ordinaires ou extraordinaires, les Rustighello, Gubetta, Saliabadil, Gilbert, etc., ni l'homme mystérieux, le croque-mitaine invisible avec ses trappes et chaussestrappes, ni ces favoris, écuyers et Bonncau [i) suivant la cour.
(1) Qu'a fait Clément Marol à l'auteur du Roi s'amuse, pour qu'il l'ait chargé de tenir iéclielie au roi François 1" (acte II, stèiio vj? En quoi mériiail-il les épigrauiuies de son 'f riboulei, et surtout liiouueur d'avoir
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dignes successeurs, au style près et le Bonneau excepté, des Cléon et des Cléone , des Albin et des Albine de notre ancien
place dans un entretien comme celui-ci :