‹ Agnès de Méranie et les drames de M. Hugo étudiés et comparésChapitre 2 sur 17 · AGNÈS DE MÉRAN1E · texte numérisé non relu

AGNÈS DE MÉRAN1E

tous les périls qu'il a partagés avec eux, en vrai frère d'armes. Citons une partie de cette scène quiouvre avec tant de grandeur le cinquième acte, |et tout ce discours du roi d'un parler si mâle et d'un caractère si chevaleresque :

Merci, seigneurs bnrons. Soyez les bienvenus ! Je retrouve enfin ceux qui m'oiaienl si connus. C'est un conienienient qu'on ne me donne guère De reposer mes veux sur des hommes de guerre, Et de revoir chez moi ces nobles écussous Dont je craignais déjà d'oublier les blasons. Barons ei chevaliers, vous savez qui nous sommes: Je suis voire seigneur, et vous éies mes honunes ; Je vous ai ions aimés, et je vous l'ai fait voir ; Je n'ai rien demandé hors de votre devoir. J'ai rendu la juslice ; en un mol, je puis dire Que je me suis conduit en bon et loyal sire. Et qu'à nul d'entre vous, en aucune façon, Je n'ai fait sciemment ni tort ni déraison. Si j'ai nui par mégasde à quelqu'un, qu'il se lève ! Ainsi j'ai commencé, seigneurs, ainsi j'achève, Et jusqu'au dernier jour je prétends en user Si bien que mes vassaux ne puissent m'accuser. Or, nous sommes unis pour la gloire et la honte. L'affront l'ait au vassal jusqu'au seigneur remonte , Et par même raison, l'affront fait au seigneur Attaque le vassal dans son intime honneur. Et puisque c'est ainsi, je ne veux pas attendre La honle qui sur moi doit aujourd'liiii descendre. Savoir : qu'un n)oine louche à mon front dégradé, El découronne un roi qui vous a commandé. Son empreinte à jamais souillerait la couronne ; Je n'avilirai pas la France en ma personne. S'il vous paraji, seigneurs, qu'il faille un autre roi; Si vous me relirez vos cœurs et votre foi; Si vous.ne sentez rien au fond de vos entrailles Qui vous crie en faveur d'un frère de batailles : Vous, Gui de Mauvoisin, Enguerrand de Coucy, Gauthier de Chàlilion, Mathieu Monlmorency ; Gauthier, qui m'as jadis sauvé du cimeterre ; Mathieu, que j'ai sauvé de Richard d'Angleterre, Et vous tous, dont chacun, en chevalier loyal . A cent fois combaiiu fous l'élcndard royal (De votre épée alors vous n'étiez pas avares);

ET LES DRAMES DE M. HUGO. \à

El toi, Quillauinc aussi, loi, (iuill.tumc des Barres,

Si je n'ai^pus d'ami, di; voiio propre main

Reprenez la couronne à voire suzerain.

Pronez-Ia , j'y consens; car vous la prendrez pure,

Avanl qu'elle reçoive aucune llolrissure;

Vous aurez l'air, du moins, de suivre voire choix,

El de l'aire , vous seuls, ou défaire vos rois;

El moi-même, j'ai droit à ces faveurs dernières ,

De n'èire déposé que par des mains guerrières.

LES BAROiNS (se leiUDU).

Sire!...

PHILIPPE {étendant la main pour commander le silence),

A. ce point où sont les choses aujourd'hui, Il vous faut un roi fort et sûr de voire appui ; Un roi qui, dtî Rouen, chassera Jean Sans Terre, Et vous emmènera peut-être en Angleterre. Prenez donc le plus fier de ceux qui sont ici ; Gardez-lui mieux qu'à moi votre serment. Voici La couronne, et voici joîycHsi? .• je résigne L'une et l'autre, seigneurs, dans les mains du plus digne.

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