‹ Agnès, ou, La petite joueuse de luth [microforme]Chapitre 16 sur 22 · FR A · texte numérisé non relu

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pitié

annee maman comme

La comtesse est reconnne.

Jamais jour n’avait semblé aussi long et aussi triste à la pauvre Mathilde que celui du départ d’Agnès. Elle ne pouvait vivre sans sa chère enfant. Desombres inquiétudes tourmentaient son cœur maternel.

“+ O CGiei ; se disait-elle, pourvu qu'il ne lui arrive point de malheur, pourvu qu’elle revienne heureusement dans mes bras ! O Dieu de bonté, vous qui - êtes mon seul soutien, mon unique espoir, daignes

L'< èger ma fille.”

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À ces mots, elle sortit de sa cabane, tenant à la main une guirlande de fleurs dont elle voulaitorner le tronc de son arbre favori; sur l'écorce de cet arbre elle avait gravé le nom de son époux, Adelbert. Tous les jours, Agnès était chargéc de répandre de nouvelles fleurs au pied de ce hêtre. Eu ce moment, Mathilde la remplaça dans le soin d'orner le seul | monument érigé à la mémoire de l'époux qu’elle avait tant aimé et pour .lequel ses larmes couläient encore. Cette triste Occupation réveilla dans son âme’ des souvenirs douloureux. Pour se distraire, et se rappelant le bien que le matin encore le chant de la jeune bergère lui avait fait, elle se mit à chanter d'une voix douce et mélodieuse les strophes d’un pieux cantique.

La vie est un rude sentier,

Un chemin hérissé d'épines, Ah ! pour le gravir en entier, Que de force il faut, j'imagine !

Pourtant on y voit mainte fleur, Même sur le rocher sauvage:

Dieu bienfaisant, Dieu créateur, Partout j'admire ton Ouvrage.

O doux espoir ! c'est dans les cieux Qu'il vit rayonnant de lumière, Dans ce séjour délicieux,

On jouit d’une paix entière.

Je vais poursuivre avec ardeur Courageusement ma carrière, Puisque vous me donnez, Seigneur, La force qui m'est nécessaire.

Pendant que Mathilde était encore à chanter les dernières strophes, Benno sortit de derrière un rocher, et s'arrêta pour la Cvutempler. Mathilde, en

interrompre dans votre retraite solitaire.

— C'est pltôt.moi qui dois vous demander pardon, vénérable père, de vous avoir embarrassé par mun effroi. Dans la vie solitaire que je mène ici, je n’aperçois jamais aucun être humain, si ce n'est quelque

chasseur de chamois ou quelque bergère venant cher-

‘cher une chèvre égarée. Tous m'ont promis de ne découvrir ma retraite à personne. Ce matin même j'ai rencontré une bergère, et, en la priant de servir de guide à ma fille jusqu’au prochain village, j'ai oublié

de lui recommander le silence sur mon comptes

Aurait-eile révélé mon secret asile ?

‘— Rassurez-vous, noble dame, répondit Benno, je.

ne viens pas dans le dessein de vous nuire.

— Puisqu'il en est ainsi, débarrassez-vous de votre

mantear: et de votre bâton, et asseyez-vous.”

Benno obéit, et, après avoir pris place sur le me de gazon, il! dit :

‘ Je viens dans l’espoir de guérir un cœur malade.

— Si c’est du mien que vous parlez, j'avoue qu'il est bien malade ; mais sa blessure est telle, que Dieu seul peut la guérir. La terre n’a plus de consolation

pour moi; il m'y a plus aucun espoir ici-bas pour

moi, Tout ce que je demande à cette terre en attendant qu’elle me reçoive dans son sein, c'est un peu de pain.

Si vous pouvez m'en procurer, faites-le, je vous en

prie.

un Îk sera facile de vous contenter.

7 bye pe un ermite! ” Benno alors s'approcbé, la salès avec respect, et lui dit : ‘* Dieu vous bénisse, noble dame. Pardonnez-moi si je viens vous.

—Si ce n’est que cela qui vous chagrine, rep |

—Un autre souci encore maccable sreprit Matte; j'ai une enfant unique, et qui est ma seule consolation

Mon vénérable père, vous me Paraissez un honrme sage, mûri par l'expérience. Sans-doute vous n'avez Pas toujours porté cette robe de’ bure ; votre langage, vos manières annoncent que vous avez jadis vécu parmi les nobles chevaliers. Peut-être vous êtes l'homme que Dieu m'envoie pour améliorer le sort - — Oui, dit Benno, c’est là ce qui m’amène ; j'ai vu votre fille, elle est charmante comme un ange, et son sort m'a pénétré de la plus vive pitié, — Vous l'avez vue? s'écria Mathilde ; où ? Jui serait-il arrivé quelque ma!heur ?

— Non, tranquillisez-vous, reprit Benno ; la même jeune bergère qui, ce malin, lui a servi de guide, dans un quart d'heure vous la ramènera bien portante. J'ai pris les devants, parce qu'il m'importait, avant tout, d’avoir un entretien particulier avec vous. — Votre fille a trouvé un moyen de gagner sa vie, qui, par la suite, pourrait lui devenir funeste. J'ai un àmi, homme d’ün caractère noble et généreux, auquel la mort a enlevé sa fille unique, Quand j'ai vu votre enfant, l'idée m'est venue qu'il pourrait bien l’adopter. L'amabilité de votre jeune Agnès et si douceur angélique, ainsi que sa voix et son talent à jouer du luth, le préviendront en sa faveur, et cela d'autant plus que la petite connaît une romance qui ira droit à son cœur, Cette adoption adouéirait le È chagrin de mon ami; votre Agrès trouverait près de

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avant tout il est nécessaire que je connais-

et coléies et lhitoire de me melhanes, Ages -conflance en mes cheveux blancs, noble dame. Son-

gez que’celui qui vous parle est un vieillard qui a pour vous des entrailles de père. Dieu, qui me voit, connaît la sincérité de mes intentions.

—Je vous crois, mon vénérable père, répondit Mathilde, et ma confiance en vous est entière. Vous

allez connaître toute mon histoire, je ne vous cache- |

rai rien.

— Certes, vos infortunes doivent avoir été bien

grandes pour vous forcer à vous reléguer dans cette

contrée sauvage et déserte, je vous écouterai avec un-

vif intérêt.” Mathilde commença : ‘ Je suis Théolinde, fille unique du chevalier Othon d’Apremont.”

| Le bon ermite jeta un cri de surprise: ‘ O Ciel!

c'est elle-même.”

Mathilde, à qui ce mouvement n’échappa point, en fut étonnée à son tour. D'une voix presque tremblante elle demanda à Benno: ‘* D'où vient cette émotion, bon père ? est-ce de mon nom ? Seriez-vous de mes ennemis? Non, vénérable père, je ne saurais le croire.

—Non, tranquillisez- -vous, ma noble dame, répliqua Benno : je ne suis l’ennemi de personne, pourrais-je l'être d’une mère infortunée ? Mais votre fille m'avait dit que vous vous appeliez Mathilde.

— Que cela ne vous étonne point: c'est qu’elle ignore elle-même mon vrai nom. Écoutez-moi, et tout va s'éclaircir,”

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événements de- sa vie, depuis son mariage avec le chevalier Adelbert, jusqu'à la mort de son vieil et fidèle domestique Jacques ; puis elle termina ainsi : ‘Après la perte de ce brave homme, nous avons vécu, ma fille et moi, dans la plus affreuse misère. Cependant j'adore les décrets de la divine Providence. Il vaut mieux être pauvre et juste que riche et crimiuel.” |

Ce récit toucha le bon père-Benno jusqu’au fond du cœur ; il ne put l’entendre sans verser des larmes -d'attendrissement. “ Dieu de bonté, se disait-il, quelle joie ces deux époux auront de se retrouver ! Ils se croient morts réciproquement, et tous deux se reverront dans ce monde. Que vous savez bien consoler les affligés, & céleste Père des hommes ! Faitesmoi la grâce de pouvoir lui apprendre son bonheur sans qu'elle en meure de joie ! ”

Puis, s'adressant à Mathilde, il Jui dit: « Noble dame, vous ne sauriez vous faire l’idée de la félicité que j'éprouve à vous assurer que vos malheurs sont finis. Grimmo de Durcoin, votre persécuteur, n’ez- . iste plus: dans un combat à outrance avec le frère d’une de ses victimes, il a reçu la juste récompense de ses forfaits. Quant à votre époux, j'ai de puissantes raisons de douter qu'il soit mort. Plus j'y pense, plus il me paraît probable qu’il vit encore. Peut-être la nouvelle de sa mort n’était qu’une ruse de votre persécuteur.”

En vain Mathilde lui objectait le renvoi de l'anneau nuptial par un des pages de son mari : Benno répondait que la perversité humaine a souvent recours uux moyens les plus infâmes pour satisfaire ses Passiuns brutales; que, par exemple, il ne serait pas impos-

‘Mathilde raconta alors à laffentif ermite ious les 3

fausse noûvelle de sa mort. :

*A ces mots, les traits mélancoliques de l'infortunée Mathilde parurent s'animer d'un rayon d'espérance et de bonheur. Une lumière inattendue semblait pénétrer son-esprit. La seule idée que son époux adoré serait encore en vie, une lueur d'espérance, uñe

ombre de vraisemblance, la simple possibilité même ; .

tout lui rendait une vie nouvelle. Elle se leva avec vivacité, et s’écria : O pieux ermite, que me difes-vous là! Mon persécuteur est mort... Mon époux vivrait encore! Au nom du Ciel, fournissez-moi les moyens de quitter cette contrée. Partons, sortons, allons chercher mon Adelbert, fût-il au bout du monde.”

. Benno, trouvant la dame plus disposée qu'il nes'y |

attendait à recevoir sans secousse une semblable nouvelle, résolut alors de lui faire mieux pressentir Ja certitade de son bonheur futur. Il reprit donc la

parole : ‘ Votre époux s'appelait Adelbert de Haute-

Roche, dites-vous ? ce nom-là ne m'est point inconnu ; nous avous servi dans le même corps ; j'aiconou tous les chevaliers qui ont péri dans cette fatale guerre; mais Adelbert n’est pas du nombre des morts. Le château de Haute-Roche, brûlé par l'ennemi lors de sa retraite, est reconstruit. Je lai vu, lorsque deux ans après la paix j'ai traversé le pays; le donjon s'élève plus majestueusement que jamais vers les nues, et je n'ai point entendu dire que ce fief ait passé à un aulre possesseur. J'assistais à la distribution des fiefs vacants faite par l'Empereur, et j'ai la certitude que le fief de Haute-Roche ne se trouvait pas sur la liste. Il s’est passé de nos jours bien des

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