‹ Agnès, ou, La petite joueuse de luth [microforme]Chapitre 18 sur 22 · EM MC RE CT EE · texte numérisé non relu

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que de parler... Ah! que je suis ravie de voir et de Partager ton allégresse ! Hélas ! depuis tant d'années {u ne sais que pleurer et gémir.… —

.“* 0 Dieu si bon et si aimable, ajouta-t-elle avec

transport en tombant à Benoux, que je vous remercie -

d'avoir répandu le bonheur et la joie dans le cœur ‘de ma bonne maman | Combien de fois, la voyant pleurer, me suis-je glissée en secret au pied de la

ne croix, sur le rocher, et vous ai-je supplié à genoux

d'envoyer des consolations à ma mère chérie! Vous avez prêté une oreille favorable à mes accents... Vous m'avez exaucée, moi, pauvre enfant. Non, jamais,

tant que je vivrai, je ne saurai assez vous en Jouer et - ” Vous en remercier.”

Puis elle courut encore se jeter dans les bras de sa mère en répandant un torrent de larmes. ‘ C’est étonnant, ditelle ; je devrais sauter de joie, et je : pleure comme s'il m'était srrivé un malheur..: Je ne savais pas qu’on pt pleurer de joie...”

Théolinde avait voulu quitter sur-le-champ ces tristes lieux, et partir à l'instant même pour aller rejoindre son époux. Elle ne put retenir un léger” mouvement d'impatience en voyant le père Benno, assis tranquillement sur le banc de gazon, tourner et retourner entre ses mains le Juth qu'Agnès venait de déposer sur l'herbe, et, après l'avoir considéré d’un air pensif, en tirer quelques accords en levant les. yeux au ciel. ‘ Que faites-vous, bon père Benno ? Laissez cet instrument, Partons, conduisez-moi. Votre heureux présage m’a rendu la santé comme par enchantement, Oui, je sens que waintenant je pourrais ainsi que l’habile chamois, gravir les rochers escarpés

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‘et franchir d’ ices. Do le luth à et franchir d’un saut les précipices. Donnez le lu “4

mia fille, prencz votre bâton et voire manteau, et :

partons au plus vite.

— De grâce, laissez-moi encore quelques instants

:æ luth entre les mains, répliqua Benno. Ce luth est à incs yeux un objet sacré ; car Dieu s'en est servi pour amener de grandes choses. Apprenez avec un: saint respect les voies admirables de la divine Providence. Sans ce chétif morceau de bois, votre retraite serait restée complètement ignorée, jamais je n'aurais eu le bonheur de vous arracher à l’exil et à la misère,

… jaïnais je n’aurais su que l'épouse du chevalier Adel- -

bert existait encore, et qu’elle habitait cet affreux désert ; car, si vous n’avies pas eu ce luth, vous n’auries pas appris la musique à votre fille, et elle n’aurait pas pu avoir l’idée d’aller gagner sa subsistance et la vôtre en faisant entendre dans les hameaux des.montagnes son luth ct sa voix. Ce matin, votre époux m'avait chanté une romance que vous lui aviez apprise. Une heure après, une pelite joueuse de luth en chanta un‘couplet. Cette circonstance m’a frappé. Vos faux noms ont failli me dérouter; cela vous montre combien il est dangereux de cacher la vérité ; mais n’importe, je vous ai trouvée. Ce luth et le chant d’Agnès réunissent deux époux qu’un ennemi barbare avait séparés ; Dieu se sert du même ivth pour ramener dans les bras de son père une jeune fille qu’honore un généreux dévouement. Ne déposons point ce luth et ne quittons pas ceite contrée sans avoir remercié le Tout-Puissant, qui a donné l'harmonie au bois et aux métaux, et qui rétablit l’harmonie de toutes choses. Entonnons un hymne en l'honneur et à la louange de Celui qui, par la mélodie

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du chant, a su donner une si heureuse issue à votre sort.” Alors le pieux vieillard, Préludant sur le luth,

chanta, ACcompagné de Théo!inde et d'Adelina les .

strophes suivantes :

Mortels, remercies Je Ciel ans vos douleurs, Rendez-lui grâce encor des Maux qu'il vous envoie, Pour vous récompenser, il éprouve vos CŒurs,

Et le chagrin pour vous bientôt se Change eu joie, Les raisins et les fruits, quand ils doivent môrir, Veulent une chaleur chaque jour tempérée,

Comme la jeune fleur près de s'épanouir

Demande le matin les pleurs de la rosée.

Plus est sombre la auit, mieux on voit Ja splendeur Des astres suspendus à ja voûte éthérée ; - Plus l'orage est aflieux, et Plus a de douceur L'aro-n-eiel qui sourit à l'âme rassurée,

Sans vous plaindre acceptez, des mains du Créateur, L'humiliation, la peine et la souffrance :

Plus tard vous trouverez le consolant bonheur

Que réserve en secret pour nous la Providence,

Théolinde, Adelina, Benno et Ja jeune bergère partirent ensuite pour l'ermitage. La joie semblait leur donner des ailes ; Car la petite caravane atteignit beaucoup plus tôt qu'elle ne l’espérait le soramet de la colline, d’où l’on voyait de loin l’humble clocher de la chapelle se dessiner à travers le feuillage des arbres dont la cellule de Benno était ombragée.

Arrivé là, le vénérable ermile qui craignait de causer une trop violente émotion au chevalier en Jui présentant ensemble sa femme et sa fl!e, fit un dé. tour pour qu’onne pôt le voir de sa ceiiule, et con. duisit la comtesse dans un sentier qui menait de l'er-

La

|‘ mitage à la grande ferme; fl la pria de s’y tenir

cachée quelque temps, et lui indique Le moment où elles devaient arriver. |

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Les époux réunis.

Pendant cet intervalle, les habitants du village où le père Benno avait rencontré le malin la petite joueuse de luth s'étaient rendus à l’ermitage et avaient construit à l’entrée un arc de triomphe en feuillage, orné de guirlandes et de couronnes de fleurs; ils avaient également orné les portes de la chapelle, de la cellule ; mème les troncs des arbres étaient entourés de guirlandes. Le chevalier Adelbert, aidé de son écuyer, nommé Marquart, qui était venu rejoindre son maître, se montrait fort empressé à aider les bons paysans, et à disposer avec goût les embellissements. Durant cette agréable occupation, tous deux chantaient les couplets suivants :

Dien, vous êtes pour nous le plus parfait amour, Tout ce que nous voyons nous le dit chaque jour : L'étoile du matin, la terre vaporeuse,

L'astre éclatant du jour, la nuit silencieuse.

” L'oiseau, nourri par vous, chante joyeusement ; Sur son branchage vert il dit en voltigeant :

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