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13 AGNÈS reproches la malheureuse Théolinde, qui ne leur avait pas enseigné tout de suite cette riche cachette.
Leur avidité insatiable n’en fut que plus excitée, Ils se mirent dans la tête qu’il y avait encore des trésors
* plus considérables et mieux cachés. Tous les meubles
furent brisés, toutes les boiseries arrachées et les
murailles presque démolies dans l'espoir de trouver d’autres armoires secrètes, Après s'être épuisés en
recherches infructueuses, ils revinrent en fureur sur Théolinde, lui criant d'indiquer ses trésors. La pauvre dame avait beau leur dire et répéter avec les protestations les plus solennelles . qu’elle avait livré toutes ses clefs, qu'il n’y avait plus rien de caché | dans le château, ils refusèrent de la croire. Dans leur colère toujours croissante, ils allèrent même jusqu’à lui arracher l’enfant q’elle portait dans ses bras ; se pressant autour d'elle, la menaçant de leurs épées nugs, ils lui criaient encore de leur indiquer ler trésors enfouis. Théolinde, bravant les armes levées sur elle, courut après son enfant pour la sauver des mains de ces barbares. Ses traits renversés et sa voix déchirante exprimaient toutes les terreurs d’une mère au désespoir. Alors l’un d’eux, avec un air satanique, s’écria : ‘“* Oh! oh! belle dame, nous avons donc trouvé le moyen de vous faire peur ! nous allons voir s’il est impossible de vaincre votre obstination.”- À ces mots, il saisit par le bras la petite Adelina, qui pleurait et criait de toutes ses forces ; il leva son glaive sur cette innocente créature, et jui dit d'un ton féroce : ‘ Ton trésor, ou je la soupe ea deux |! ”
A cette barbare menace, à ce spectacle affreux, . l'infortunée Théolinde fut tellement saisie d'horreur -
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Il leva son glaive sur cette innocente créature et dit à la mère d’un ton féroce : “ Ton trésor, ou je la coupe en deux ! ”
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et Lions. qu'elle tomba sans connaissance sur
le plancher, Dans ce moment, le chevalier Grimmo * de Durcoin, commandant en chef de cette troupe,
arriva dans l'appartement. D'un coup d'œil il vit tout. ‘‘ Malheureux ! qu'allez-vous faire ? cria-t-il à ses soldats d’un ton qui les fit trembler. Retirez-vous, sortez sur-le-champ, ou je vous ferai subir !a mort dont vous ménacier ces infortunées.” Les soldats, terrifiés de l'apparition subite de leur chef, laissèrent la daine et son enfant, et se hâtèrent de s’enfuir avec leur butin. Grimmo ordonna aussitôt à ses domestiques de relever la pauvre Théolinde,qui gisait encore étendue sans mouvement sur ie plancher. Il
la fit déposer sur un lit de repos, et prit dans ses bras la petite Az2ïina. On frotta la châtelaine avee du
vinaigre, on lui fit respirer des essences ; mais ce ne fut qu'après de longs efforts qu’on parvint à la rappeler à la vie. Quand elle ouvrit les yeux, ses premie:s regards rencontrèrent le chevalier étranger qui l'avait délivrée des mains des barbares.
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Le chevalier Simmo.
Dès que Théolinde eut entièrement repris ses sens, le chevalier Grimmo s’approcha d’elle, et lui dit d’un ton plein d'intérêt: ‘ Vous ne sauriez croire, ma-
: dame la comtesse, combien je suis peiné des mauvais traitements que les soldats indisciplinés de ma troupe se sont permis envers vous. Rendons grâces
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#4 AGNES .… ‘au Ciel de ce qu'il m'a fait venir assez (ôt pour que
J'eusse le bonheur de vous secourir. Maintenant ras- : Purez-vous, Madame, et soyez persuadée qu'il ne vous
‘arrivera plus aucun mal tant que je serai présent en ces lieux. Mais, pour cette raison même, et dans l’intérêt de votre sûreté personnelle, vous me permettrez d'établir mon logement dans ce château. Je vais donner l’ordre de ne plus toucher aux caves ni aux celliers. Je regrette beaucoup de ne pouvoir vous faire restituer ce qu’on vous a enlevé ; vous n'ignorez point que les usages de la Buërre accordent le pillage aux froupes cui prennent une place d'assaut ; si vous aviez rendu vous-même votre château, vous auriez évité ce malheur,
—dJe vous remercie, noble chevalier, répondit Théolinde ; je sens tout le prix de votre bienveillance ; soyez persuadé que j'ai appris de bonne heure à estimer un cœur généreux, même dans un ennemi.” Grimmo s’empressa de prendre toutes les mesures nécessaires pour que les provisions et autres objets encore intacts fussent épargnés. Il fit cesser le pillage, et plaça une sauvegarde dans le château, qu’il ordonna de respecter, comme étant la demeure du commandant en chef,
Dès ce moment, Grimmo traita la comtesse et son enfant avec les plus glus grands égards il avait pour elles toutes sortes de soins et de bontés, et ne laissa échapper aucune occasion de leur prouver ses intentions bienveillantes. Mais, à travers ces prévenances délicates, le venin de la séduction ne tarda pas à se montrer. Bientôt le chevalier s’enhardit au point de déclarer à Théolinde l'inclination qu'il sentait pour elle, et même de lui faire de eou-
R Ans “1 pables propositions. Mais Ja vertueuse Théolinde les
|. rejeta ; son cœur, rempli de ja plus sincère piété,
abhorrait le péché, et ne cessait d'im plorer l'assistance de Dieu dans cette nouvelle et terrible épreuve. ‘ Dieu ! s’écriait-elle quelquefoisen tombant à genoux dans sa chambre solitaire, ôtez-moi tout, si telle est votre volonté, mais ne me retirez point l'appui de
votre grâce. Ne permettez pas que je tombe dans
les pièges de la séduction et du péché, et que je me rende indigne de vos célestes faveurs. Soutenez-moi dans le cours des épreuves que votre sainte providence m'a réservées, et fortifies mon Courage au moment du danger.”
C'est ainsi que la pieuse Théolinde élevait souvent son âme à Dieu, et puisait dans ses pratiques religieuses ‘la grâce et la force nécessaires pour persévérer avec avantage dans ces combats spirituels, Aussi tous les efforts du chevalier ennemi pour la rendre coupable restèrent sans le moindre succès.
Cependant cette pieuse mères’appliquait à inculquer dans le cœur de sa jeune enfant les premiers-principes de la religion chrétienne, Adelina écoutait attentivement les leçons maternelles, et les retenait dans sa mémoire ; grâce aux peintures animées que lui faisait sa mère de la bonté, de la puissance de Dieu et de la magnificence de ses œuvres, elle ne tarda pas à sentir sa jeune âme embrasee du plus «rdent amour pour son divin Créateur.
Théolinde chercha aussi à faire naître dans le cœur de sa fille la charité chrétienne en même temps que l'amour de Dieu, dont cette vertu est et doit être la compagne inséparable. ‘* Apprends, ma chère enfant, lui disait souvent sa mère, apprends avant tout à
aimer Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de
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#8 AGNÈS
toutes ses forces, car Dieu est infiniment aimable ; tout ce que tu vois dans l'univers entier, il l’a créé ‘ uaiquement par amour pour nous. Toi aussi, tu lui dois l'existence ; il t'a placée dans le monde afin que tu puisses, après cette vie, le louer éternellement dans un monde meilleur. Ainsi, mon enfant, rappelle< toi toujours que, quand même nous aurions beaucoup
. à souffrir sur cette terre, un sort infiniment heëreux
ne nous en attend pas moins dans le ciel, si nous savons supporter ici-bas nos maux avec patience, et en nous consolant par cette pensée: Dieu le veut ainsi.
‘* Mais nous devons aussi aimer nos semblables, non seulement parce qu’ils sont, comme nous, enfants de Dieu, mais encore parce que Dieu nous a expressément commandé de les aimer. Cet amour de notre prochain, qu’on nomme la charité chrétienne, nous ne devons pas' nous contenter de le professer de bouche, nous devons surtout le manifester par nos œuvres. De là vient l'obligation où nous sommes de secourir les malheureux autant que nos moyens nous le permettent ; c'est à-dire de donner à manger à ceux qui ont faim, d'offrir à boire à ceux qui: ont soif, et de ne rien négliger pour soulager la misère d'autrui.”
C'est par de semblables enseignements et de pareilles exhortations que la charité chrétienne s’éveilla de bonne heure dans l’âme d’Adelina. Son suprême
Plaisir était de secourir les indigents, de leur donner
l'aumône et de leur distribuer les restes de ses repas.
‘Souvent même elle se privait d’une partie de quelques
mets délicats ou fortifiants, et la mettait en réserve Dour ses pauvres, Elle faisait de même pour ses vé-
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er >nts. Ne devait-elle plus porter uue de ses robes,
. ‘elle ne manquait pas de -demander à sa mère la per- . mission d'en faire présent à quelque personne qui en aurait besoin.
C'est ainsi que Théolinde empleya ce temps de
malheur à bien élever sa fille, Cependant Grimmo ne cessait point ses importunités auprès de la vertueuse châtelaine. Voyant que toutes ses séductions n'avaient aucun succès, il en vint à lui offrir sa main. Alors Théolinde, se levant de son siège, lui dit d’un ton grave et solennel: ‘‘ Chevalier, vous ne devez point ignorer que je suis mariée, vous connaissez ma fille, et voici mon anneau nuptial: cela ne suffit-il pas pour me faire respecter comme épouse et comme mère ? ”
Grimmo resta interdit ; il se retira en songeant aux moyens de vaincre la résistance de la belle Théolinde, et d'assurer le succès de ses coupables projets.
Un soir qu’elle était occupée à jouer du luth, on
page du corps d'armée où servait Adelbert entra dans l'appartement et lui dit: ‘ Pardon, noble comtesse, j'arrive de l’armée porteur d’une triste et affligeante nouvelle.” Théolinde s'effraya de ce préambule et s'écria: “ O Giell venez-vous m’annoncer encre quelque grand malheur ? Qu'est-il arrivé ?dites,dites, ne me cachez rien, je veux tout savoir. Mon époux, le chevalier Adelbert, où est-il? Aurait-il périt 2...
— Je ne puis rien vous cacher, reprit le page ; car j'ai lieu de croire que déjà vous devez en avoir été informée par la rumeur publique. Oui, noble dame, votre époux n'existe plus : il a trouvé une mort glorieuse en combattant pour la patrie, Atteint d’une profonde h}- il avait été porté à l'ambulance ;
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