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dame, que j’ai maintenant dressé le plan de votre demeure ; ce sera une simple cabane, mais assez commode et surtout assez solide pour vous mettre à l'abri des intempéries des saisons. Georges, le père de notre hôte, possède une suffisante provision de poutres, de laites et de planches; il est disposé à nous les céder à un prix raisonnable. Pour que notre construction soit plus forte et mieux close, nous en garnirons tout l’intérieur avec des écorces d'arbres ; Georges m'a promis de m'aider dans les travaux, de sorte qu’en sept à huit jours au plus tout sera terminé.”
Jacques tint parole. Dès le matin du huitième jour, la nouvelle cabane fut prête à être habitée. Ses dehors avaient peu d'apparence ; mais la position pittoresque de cette habitation la rendait d’un effet romantique et ravissant. Riante comme le séjour de la paix, elle était placée à l'ombre, et, pour ainsi dire, sous la protection du grand et vieux chêne qui occupait le milieu de cette clairière, entourée elle-même d’une . ceinture de rocs boisés. Le chêne majestueux étendait
ses longues branches chargeés d’un épais feuillage sur l’humble cabane, dont le toit couvert en écorces d'arbres, et dont la porte et les volets, peints à l’huile et d’un joli vert, offraient un coup d'œil charmant,
A environ seize kilomètres de cette contrée solitaire était situé, dans un agréable vallon, un petit bourg assez commerçant, où le vieux Jacques allait fréquemment acheter des provisions pour Théolinde,
Adelina et lui.
Ce fut aussi là qu’il se procura du papier de tenture pour décorer l'intérieur de la cabane solitaire ; il y acheta ercore plusieurs pots de belles fleurs qu'il
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plaça devant les fenêtres ; enfin il n'omit rien de ce qui pouvait embellir cette demeure. Au fond était une petite cuisine, distante de deux pas à peine d’un £:eux de “rocher que le bon Jacques avait approprié pour lui se1 vir de chambre à coucher.
L'acquisition de tant d’objets destinés à rendre la eciite rahane plus agréable, et plus commode avait dû bientôt épuiser les ressources pécuniaires du fidèle Jacques. 11 n’avait voulu rien épargner de ce qui pouvait rendre à sa noble maîtresse la solitude plus supportable: il acheta des lits’et tout le linge nécessaire. Il trouva aussi le moyen de faire gagner quelque chose à Théolinde par la broderie et Je tricot ; c'était lui qui allait placer les produits du travail de la dame et lui chercher de nouvelles commandes ; de sorte qu’on se vit tbour longtemps à l'abri du besoin. Théolinde avait fait vendre par Jacques les riches bracelets et les bagues de diamants qu’elle avait apportés dans son exil, et dont le prix servit également à l'achat du mobilier et des provisions, . Elle ne conserva de ses bijoux que son anneau nuptia} et celui que son defunt époux lui avait renvoyé. Ces deux objets lui étaient trop précieux, elle les garda comme un souvenir des heureuses années de son mariage. .
Théolinde savait admirablement jouer du luth ; elle en donna des leçons à sa fille Adelina, qui en profita très bien. Mais le principal soin de cette tendre mère fut d'apprendre à son enfant les vérités de la religion et d’en former une bonne chrétienne, Tous les dimanches elle descendait dans la vallée, en com. pagnie de sa fille et du vieux Jacques, pour assister aux offices de la paroisse, Néanmoins le profond
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chagrin que lui avait causé la perte d’un époux adoré ne pouvait s’adoucir, et elle trouvait un douloureux plaisir à manifester ses regrets, en restant fidèle au vœu qu’elle avait fait de ne jamais quitter ses habits de deuil.
Cependant le grand âge de Jacques et les fatigues
des guerres qu'il avait faites ne tardèrent pas à dimi-
nuer ses forces, et bientôt il vit clairement que sa fin approchait. Il dit un soir : ‘ Je me sens de plus en plus affaiblir, et j’aperçois déjà les signes certains d’une mort prochaine. Mon inquiétude sur votre sort, ma noble dame, et sur celui de votre enfant, est la seule chose qui rende pénible mon départ de ce monde. Malgré toutes nos précautions, je ne puis me défendre d’une certaine crainte. Le chevalier Grimmo de Durcoin a des amis nombreux et puissants, et si jamais il venait à découvrir votre asiie, vous auriez tout à redouter de sa vengeance ; je vous conseille donc de cacher soigneusement votre qualité et de changer de nom, même dans l'intérieur de votre solitude.”
Théolinde, surprise autant qu'afigée de ce discours d’un serviteur et d’un ami dévoué et fidèle, répondit : “ Votre mort, mon cher Jacques, serait la plus terrible calamité que Dieu pût m'envoyer dans la position où je me trouve. Mais j'ose espérer que vous vous trompez, et je ne ceésera de prier le Seigneur de ne point me faire subir cette cruelle épreuve. Toutefois je suivrai le constil que vous venez de me donner.” Il fut convenu que Théolinde se nommeräit dorénavant Mathilde, et qu'Adelina s’appellerait
- Agnès.
Les sinistres pressentiments du bon Jacques ne se
-… Féalisèrent que trop tôt. Peu de jours ‘aprés este
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pour aller se promener dans les montagnes, on vit arriver en toute hâte la fille d’un chasseur de chamois dont la hutte se trouvait à quatre kilomètres de là. Cette fille annonça que le vieux Jacques s'était trouvé mal en route au point de ne pouvoir revenir chez lui ; on l'avait recueilli dans la hutte du chasseur, d’où il envoyait prier la noble dame de venir le voir avant sa mort.
Mathilde partit aussitôt avec Agnès, et trouva son fidèle Jacques étendu sur un lit dans la huite du chasseur. Son affaissement était déjà mortel : il avait été frappé d’un coup d’apoplexie, et n'avait plus guère la force de parler. Le curé du village voisin, appelé à la hâte, arriva promptement, lui admitistra
les sacrements, et l’assista des secours de la religion.
jusqu’à son dernier soupir, :
Le troisième jour après son décès, la dépouille rortelle du respectable vieillard fut, d’après les
-marches de Mathilde, déposée au cimetière du village voisin, et l’on y chanta une messe solennelle pour le repos de son âme. Le cœur de Mathilde saigna encore longtemps au souvenir-de la perte de cet ami
fidèle, dont la prévenante activité, les sages conseils
et l'appui lui étaient si utiles dans sa triste position, et ce ne fut qu'avec beaucoup de peine qü'’elle put s’habituer à pourvoir elle-même à tout; enfin pour. tant, sa douce résignation à la volonté de Dieu adoucit et cicatrisa les profondes plaies de son cœur,
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conversation, le vieillard étant sorti après le diner
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entourée de rochers et de broussaill
sidéré le pittoresque paysage, il prit sa harre et
Le pieux ermite.
Non loin de la cabane de Mathilde, mais av fond des gorges les plus retirées de la montagne, et partout es, se trsuvail la
paisible demeure d’un pieux ermite connu dans la contrée sous le nom du père Benno. Derrière sen asile solitaire ‘élevait une antique chapelle dont le modeste clocher était surmonté d’une croix dorée, - Devant la eellule de l’anachorète, couverte en chaume, et dont les murs et les fenêtres élaient tapissés de Jierre, on voyait un petit jardin planté de fleurs et d’arbustes. Un peu en avant, sur Ja droite, on voyait deux arbres fruitiers en plein rapport, et, couve:ts de leurs branches, une Petite table et des bancs de gazon. Tout auprès, une harpe était suspendue aux rameaux d’un superbe tilleul. Le printemps embel.
“Jissait la nalure, qui semblait reprendre une nou-
velle vie; un matin, la douce lumière de l’aurore commençait à se répandre sur l'ermitage, les rochers et les arbres, et se changeait Progressivement en une clarté vive et brillante. Le cloche venait de senner matines, lorsque Benno, sortant de la chapelle, se mit à genoux et fit sa prière. Après avoir un instant con-
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Après avoir terminé ce canti rentra dans sa cellule.
Peu d’instants après, un jeune pâtre parut su sine. Ii était vêtu d’
panache couvrait sa tête nr us
AGNÈS Comme là-bas le soleil brille! | De mille feux le ciel pétille.
Qui rend si beau cet horizon ?
C'est Dieu ! Pour nous que l'Éternel est bon !
D'un nuage d'or ent: arée, De ce mont la cime élevée Semble redire à ma raison :
C'est Dieu # pour nous que l'Éternel est bon !
Vois-tu cette source lirapide Jaillir de ce rocher aride ?
Qui la fait fuir sur le gason ?
C'est Dieu ! Pour nous que l'Éternel est bon !
Des oiseaux sous le frais ombrage Que j'aime le joli ramage !
Que chantent-ils dans ce vallon ?
C'est Dieu ! Pour nous que l'Éternel est bon !
Le berger assis sur l'herbette Chante, appuyé sur sa houlette, Le doux refrain de sa chanson :
C'est Dieu ! Pour nous que l'Éternel est bon |
Allons, mon cœur, reprends courage, Au ciel adresse ton hommage, Redis en bénissant son nom :
Cest Dieu ! Pour nous que l'Éternel est bon!
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que du matin, Benno
un chevalier ayant pour guide r le sommet d’une roche voi.
un riche costume, Mais sans cuirasse e! sans casque. Un chapeau orné d’un beau » Un glaive était suspendu à .
servait de bâton de voyage.
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+ autre idée. Reprencz ça, je n’y trouve rien de bien
‘“ C'est done ici que demeure le père Benno ?” demanda le chevalier au pâtre ; et ses yeux se promenaient avec admiration sur la belle contrée. ‘ Qu2l magnifique coup d'œil! quelle agréable retraite ! En vérité, notre ermite a su bien choisir sa demeure.”
: Enfin il s’approcha de l'ermitage, et, tirant sa bourse, il dit au jeune pâtre : ‘ Je te remercie, jeune homme, de m'avoir guidé avec tant de zèle et d’em pressement : tiens, prends ceci, je te le donne pour ta peine.” Le chevalier, en venant visiter cette partie des Alpes, avait passé la nuit précédente dans le chalet du père de ce jeune homme, et comme ses hôles n'avaient voulu accepter aucun payement pour l'hospitalité qu'ils lui avaient accordée, le chevalier croyait devoir récompenser d'autant plus généreusement leur fils ; il lui mit une pièce d'or dans la main.
“ Comment, seigneur ! dit le jeune pâtre, prendre de l'argent pour le léger service que j'ai pu vous rendre en vous accompagnant ? Fi donc ! ce ne serait pas beau.” Puis, jetant les yeux sur fa pièce d’or que que le chevalier lui avait donnée, il s'écria plein d'étonnement : ‘ Eh! mais que vois-je ? de l'argent jaune ; je croyais qu'il n’y avait que de l'argent blan: et rouge.
— Ah! ah! reprit le chevalier: c’est que tu ne connais que des pièces d'argent et de cuivre ; mais ceci est de l'or.
— De l'or! permettez que je l’examine un peu. Quoi! c’est ce petit objet dont on fait tant de cas? J'avais bien entendu parler d'or, mais voici la pre-
“mière fois que j'en vois. Je m'en étais fait une tout
merveilleux.”
AGNÈS | # Le chevalier fit de vains effoi : pour expliquer à ce jeune enfant la nature et la valeur de l'or. Il lui
dit en outre qu'aveé celte Pièce on pouvait acheter facilement deux chèvres ou deux brebis.
‘“ Vous plaisantez! lui dit le pâtre; il faudrait.
avoir perdu la tête pour donner deux chèvres ou deux brebis .n échange de cette chétive petite pièce ; cela ne vaut pas seulement ma houlette.
— Cependant, mon garçon, les gens qui possèdent beaucoup d'or passent pour très heureux. Avec de l'or on peut tout avoir.
= Diantre! ah! s’il en est ainsi, donnez-la-moi. Nous avons un voisin qui est malade de chagrin. 11 ne peut dormir ni manger; il est toujours triste et aballu'; je vais lui donner cette petite pièce d'or pour qu'il s’achète la santé, le sommeil, l'appétit et la gaieté.
— Oh ! oh! tout ce que tu dis là ne peut s'acheter; mais il y a une foule de choses belles et miles que l'on peut acheter quand on a de l'or.
—" Hum ! nous autres gens de la montagne, nous
jouissons même de beaucoup de belles et bonnes choses dont nous pourrions nous passer au besoin, Notre petit champ, notre jardin, nos prairies, nos troupeaux de brebis et notre forêt nous fournissent abondamment du pain, des fruits, des légumes, du lait, du miel, de la laine, du chanvre et du bois, je ne puis m'imaginer ce qu'il nous faudrait encore de plus.” .
Le chevalier, curpris autant que charmé des répliques judicieuses de ce jeune montagnard, se dit à lui-même : Heureux enfant ! habitué dès le berceau
À une vie frugale, élevé loin de la corruption du
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4 + na nent
PS an Te
A ptet pre ane DER gent dame ant ERA
esli : les seuls vrais biens de la terre : le conten- - (ent, la santé et la paix de la conscience. Heureux
moriels, vous ignorez inême le nom des besoins fac-
tices des habitants de la ville. Oui, c’est ici, dans les
chalets des pâtres de la montagne, séparés du monde entier, et où l’or n’est ni connu ni recherché, qu'existe réellement l’âge d'or. Puis, s'adressant au jeune homme : ‘“ Mon 8arçon, tes paroles dénotent plus de sagesse que lu ne penses. Petit berger, tu es un grand philosophe,
— Quelle bête me nommez-vous là ! s’écria le petit berger avec vivacité ; si c’est une injure que vous me dites, veuillez vous en dispenser, je vous en prie...
— Non, non, calme-toi, mon enfant, interrompit le chevalier. Je n'ai point voulu l'injurier; au contraire, ce nom est honorable sous bien des rapports. Écoute, mon garçon, tu m'as rendu un grand service en me guidant vers cet ermitage; ton langage m'a fait un plaisir infini. Je voudrais à mon tour faire quelque chose qui te fût agré: ble.
—Eh bien! répliqua le petit berger, savez-vous chanter, Monsieur ? J'aimerais mieux une chanson-
nette que votre pièce d’or.
— Je sais bien un peu chanter, répondit le chevalier, mais je suis trop affligé : va, mon ami, je suis trop malheureux.
-— Eh bien ! et à quoi vous sert donc votre or? Vous voyez qu'il ne rend pas heureux. Non, non, je préfère mes chansons à votre or; je chante toujours, moi, et je suis en même temps si content, si conter!
que je n’échengerais pas mon contentement contre
nsc lout renrpli de pièces d'or. Écoutez moi, et
Han Au : ji Mer ue
sièc! la de bonne heure appris à connaître et à