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DES CULTIVATEURS ET DE LA POPULATION OUVRIÈRE

Les partisans exclusifs du morcellement des propriétés ont prétendu que^ nulle part, la position du cultivateur n'était aussi heureuse que dans les pays où la division des terres était portée à son comble; l'état actuel du département du Nord réfute complètement cette utopie. Partout où les terres sont Irés-di visées, il y a pénurie de capitaux, la culture ne se soutient qu'à force de main-d'œuvre; la famille, prodigue d'un temps dont elle n'apprécie pas la valeur, consacre tous ses soins à des sar-* clages minutieux ; les récoltes, il est vrai, en profitent , mais ces récoltes elles-^mèmes se bornent à quelques plantes commerciales trèssujettes , de leur nature , aux chances atmosphériques , et les bénéfices qu'elles procurent se trouvent absorbés par les dépenses du ménage, bien que chacun ne vive que de privations. Dans les grandes exploitations, au contraire, les récoltes plus variées et basées généralement sur les céréales et les fourrages, c'est-à-dire sur des plantes de nature rustique, échappent davantage aux intempéries de Tair; le travail iic manquant jamais, l'existence de

tous est assurée, et le peu de frais que l'ouvrier est obligé de faire pour son entretien personnel lui permet d'économiser une partie de ses gages, tandis que, s'il fut resté sur l'héritage paternel , son travail aurait été presque entièrement perdu pour lut. Disons-le hautement : ia condition de l'ouvrier, comparée à celle du petit colon dont toute la famille dok vivre sur quelques ares de terre, est bien préférable ; c'est ce qu'on obsei^e à chaque pas dans le département du Nord.

On peut répartir en trois classes lès ouyrièrè attachés au service des exploitations rurales datts le département du Nord :

1 • Ouvriers travaillant à l'année;

2* Ouvriers travaillant à là tâche ; .

3*^ Ouvriers travaillant à là joûfiiée.

Otai comprfend sous ce titre le maître charretier , les cartons ou valets de charrue placés sdu^ ses ordres, le berger et les servantes^ L'engagement a lieu pour une année , soit à partir de la Saint- Jean , soit à compter de la Tbuèsàint; dâhs plusieurs arrondissements, les gens se louent encore à Pâques, à la Saint-Mîchel cl à la Saint-Martin. Les gages se

pft^eat Umât en nature , tantôt en ar{];ent; ipâqaeÙM le salaire part icrpe de l'unet Tautre de ce^ modes»

Bans le canton de Gravelin^s, le mahre charretier reçoit d^ 200 à 300 f . , les cartotaB ont de 1 5 à 1 8 f. pa* mois , les servantes gagnent depuis 5 jusqu^'à 1 f . par mois : tous sont nourris ; les servantes^ seules, sont blan* chies.

TcMXtes' les lois que te ferme ]!)osséde 200 moutons y on a. un befgei^ auquel on donné l&c par agneau et 25 e. par mouton gras vendu |> eehiifei a^ en outre, le droit d'avoir 36 moulons à lui appartenant , lesquels sont nourris et logés avoe le troupeau, aux frais du onlti/^ateuff . Le bei^ger et ses deux chiens sont nourris. Dans quelques localités dé cet arroiidissament, te salaire du berger se paye en argent^ mais ce cas est rare.

Les vaeh«r9 sont pris , en général , parmi lest jeunes^ gens de 42 à 45 ans; ils reçorvènt de 3 à 6 f • par mois et sont nourris. Lorsqite lesi pâtures sont endoses , on se dispense d& &ir^gea^d€r ks bestiaux.

iCfaee M. Hamerelle aiûé, à la Grande-Synd^V s»!* un- troupeau* de 500 bêtes, le berger possèdes® inouton»; le maître lui tient compte

des 25 c. par mouton gras vendu au marché; lorsque c'est un boucher qui achète dans la ferme, ce dernier paye les 25 c. au berger.

Chez M. Vanden-Bavière , aux Petites- Moëres, les cartons ont 1 90 fr. par an, les servantes reçoivent 80 fr.

Dans l'arrondissement d'Hazebrouck , les cartons reçoivent de 1 50 à 1 80 fr. par an ; ils sont nourris et blanchis.

Dans l'arrondissement de Lille, les cartons gagnent 150 fr. par an, les varlets autant, la servante n'a que 120 fr. ; tous sont nourris.

Chez M. Weymelle, à la Chapelle-les-Armentiéres, le berger reçoit 18 fr. 50 c. par mois, 30 c. par chaque bête vendue et 6 fr.

lors de la livraison de la tonte : il n'a aucune bête à lui dans le troupeau.

Les gages différent peu dans l«s autres arrondissements.

Les repas des ouvriers à Tannée ne varient guère d'un arrondissement à l'autre j dans presque toutes les localités, ils fontquatre repas par jour pendant l'été et trois seulement pendant l'hiver; dans cette dernière saison, ils déjeunent avant le jour avec des tartines de beurre et boivent de l'eau et du lait; quelquefois, à la place de cette boisson mélangée, on

leur donne du laitbatlii^ en guise de soupe ; leté, le déjeuner a lieu à huit heures; le repas de midi consiste en une soupe faite avec du lard et des légumes^ tels que pois, haricots, pommes de terre ; les jours maigres, ils reçoivent des œufs et des légumes ; ils goûtent à quatre heures, pendant l'été, avec des tartines de beurre; le souper a lieu à huit heures et se compose de lait battu, de pain et de farine mêlés ensemble en guise de soupe ou de bouillie; dans cerCaines localités, on donne de la salade, le soir, au lieu de soupe.

Les charretiers et les valels de charrue ou cartons sont chargés du soin des chevaux; ils exécutent les labours, les transports d'engrais, conduisent les grains et les fourrages aux marchés et font généralement les charrois de toute espèce.

Le garçon de cour, nommé aussi goujars dans certains arrondissements, soigne les bestiaux de la ferme et leur sert les affouragements.

Le berger est exclusivement chargé du troupeau de moutons ; il le mène paître, dirige l'engraissement et soigne les différentes maladies dont les bêtes à laine peuvent êCre atteintes.

lies occupatioQS de la servante constôteui à traire les vacbe^, cuîre le paia, préparej^ tes r^epas, faire le fromage et à aider la fermière dans tous les détails du ménage*

Ces domestiques^ du reste^ ne sont pas tous nécessaires dans chaque ferme , on ne les trouve réunis que dans les exploitations d'une certaine étendue; les fermes moyennes, c'est* à-dire de 1 5 à 20 hectares, se contentent, en général, d'un valet de charrue et d'une ser*vante; le carton, dans ce cas> partage avec lé maître les occupations du labourage, et, l'hiver, il bat en grange. Dans les petites fermes, la servante supplée en partie au garçon de Qour ; pendant l'été, elle va traire les vaches sur les pâtures ; dans l'intérieur de la ferme, elle soigne les bestiaux et leur distribue les fourrages.

On doit dire ici, à la louange des maîtres et des serviteurs, qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les fermes des cartons comptant plus de vingt années de service dans la même exploitation. La plupart des cultivateurs du département du Nord traitent leurs ouvriers avec douceur et bienveillance j la conséquence naturelle de ces habitudes, qui se perdent malheureusement de jour en jour en France,

c'est que les serviteurs se regardent comme partie intégrante de la famille et ne cherchent jamais à s'en séparer, double circonstance Fraimeûl précieuse dont Tagriculture et la morale recueillent les bienfaits.

§ II. Ouvriers travaillant a la ta<:he.

Les ouvriers travaillant à la tache dans le département du Nord sont principalement

Les piqueurs,

Les batteurs en grange, et les hommes employés au palotage et au ruotage des terres ainsi qu'à la confection et au curage des fossés «

Prés de Gravelines^ les piqueurs fauchent le trèfle et le sainfoin; ih piquètent^ c'est-à-dire CQtipent avec le piquet tous les grains; leur salaire est de 4 à 5 fr. par mesure (44 ares 4 cet) tiares). Il y a plusieurs années, ils étaient payés en nature; mais les cultivateurs ont renoncé à ce mode ruineux, parce que, avec le prix du blé que Ton donnait pour piqueter une mesure de froment, on fait piqueter aujourd'hui tous les grains (orge et avoine).

Leé piqueurs, dans l'arrondissement de Dunkerque, sont assistés de parcours, sorte d'ouvriers qui lient et rentrent les grains^ les

fourrages; ceux-ci r^'çoivent 20 fr. par mois pendant les (l'ois mois de moisson ; celui qui confectionne les meules gagne 26 fr.; les gerbes et les fourrages ne sont liés qu'avec un seul lien; on se sert aussi de parcours pour charrier et épandre le fumier.

Dans certaines localités de Tarrondissement de Douay, les piqueurs reçoivent 15 à 18 fr* par mois.

Dans d'autres, les piqueurs ont un demi hectolitre de grain pour couper une rasière (45 ares); ils ne reçoivent pas d'argent.

Dans quelques-unes, enfin, les ouvriers qui font la moisson en perçoivent le seizième, et, de plus, on leur compte 26 bottes de fourrage d'escourgeon.

Chez M. Weymelle, à la Chapelle-les-Ai^ mentiéres, au lieu de piqueurs, on loue cinq hommes pendant six semaines et on leur donne 30 fr. et la nourriture pour exécuter tous les travaux de la moisson.

A Gravelines, les batteurs ont 60 c. par rasière de blé (1 hectolitre 1/2); il faut trois rasières de sucrion et deux rasières d'avoine pour représenter Téquivalent d'une rasière de blé.

Dans les autres arrondissements, la rétribution des batteurs varie entre la quin-

zième et la vingtième partie du blé battu.

Les paloteurs^ c'est-à-dire les ouvriers cliar* gës d'ouvrir de petites rigoles, appelées ruotSj qui divisentle terrain en planches, sont payésen argent; ils reçoivent 1 6 à 1 8 fr • environ par hect .

Quant aux journaliers, le prix de leur journée change suivant les saisons et les arrondissements.

Bans l'arrondissement de Dunkerque, ils gagnent 75 c. en tout temps, à l'exception de celui de la moisson, où ils reçoivent environ 1 fr. 25 c. ; tous sont généralement nourris.

Dans le canton de Bergues, la plupart des journaliers sont loués au mois, à raison de 1 5 fr. ; on leur donne la nourriture en sus.

Dans l'arrondissement d'Hazebrouck , le prix de la journée varie de 1 fr. à 1 fr. 25 c.

Près d'Herlies, dans l'arrondissement de Lille, les journaliers reçoivent 35 c. l'hiver et 50 c. l'été; on les nourrit. Le prix de la maind'œuvre, dans cet arrondissement, s'était sensiblement amélioré dans ces derniers temps, par suite des nombreuses fabriques de sucre indigène élevées aux environs de Lille ; mais les circonstances critiques dans lesquelles la fabrication du sucre se trouve engagée depuis quelque temps ont fait retomber le prix

de ia main-d'œuvre à son ancien taux. Le prix de ia joum^e> dans les arrondissements de Donayv Valenciennes^ Cambray et Ayesnea , flotte entre 80 c. et i fr.

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