Composts
L'usage des composts est loin d*étre général dans les arrondissements du département du Nord ; on peut même dire qu'on ne l'y ren*« contre que par exception et seulement encore dans les localités où les terres sont très-divi«sées et où la main-d'œuvre est tenue pour nulle.
La commune de Flines , dans l'arrondissement de Douay ^ est une de celles où les com*^ posts vont toujours de pair avec le tas de fumier. Ce dernier présente ordinairement une disposition viciei]|se ; le liquide finit par S*é-
chapper de la masse et se perdrait sans profit pour l'agriculture , si la pente naturelle du terrain ne l'amenait dans une fosse creusée au devant de la maison et qui sert à préparer le compost. On y entasse toutes les mauvaises herbes , les balayures ^ les issues de cuisine ^ les débris pailleux , les déchets de la grange et surtout les gazons. Toutes ces matières , continuellement imprégnées de purin et fortement pressées^ entrent promptement en fer* mentation; à mesure que la fosse se remplit ^ on foule davantage les substances qu'elle renferme f et lorsque enfin elle se tiouve tout à fait comblée , on détourne les eaux du fumier et on les conduit^ au moyen d'une petite rigole , dans une seconde fosse contiguê à la première , et que l'on remplit de la môme manière. Dès qu'une fosse est suffisamment décomposée , ce qui a lieu ordinairement après un laps de 6 ou 8 mois , on enlève , à la pelle p les matériaux qui y ont été jetés , et on les réunit sur le sol en un cube plus ou moins allongé I jusqu'à ce qu'on les transporte sur les terres.
Cette pratique , suivie par là plupart des petits colons de Flines , exige une main* d'œuvre coitsidérable : mais ici les bras ne
coûtent rien ; le |X)int important est de se procurer des engrais par tous les moyens possibles y puisque la seule vache que possède , en général , le métayer ne suffit pas à ses besoins. Obligé , par suite du prix excessif auquel il loue ses deux où trois arpents de terre , de faire usage de toutes ses ressourcés , il envoie ses enfants ramasser, le long des routes, le fumier qu'y déposent les bestiaux de passage ; sa femme coupe les herbes auprès des champs , et le soin scrupuleux que toiis mettent à recueillir les moindres débris propres à faire du fumier permet à l'exploitation de marcher à Taide des seuls engrais produits par une ou deux têtes de gros bétail; la main-d'œuvre fait le reste.
Ces sortes de composts ne sont employés que dans un état de décomposition absolue :
on les répand à la main sur les lins , le colza et les pommes de terre.
Dans les grandes fermes des autres arrondissements , on ne trouve guère de composts que chez les fabricants de sucre cultivateurs; ceux-ci ont recours à cette préparation coûteuse afin d'utiliser des matières précieuses qu'on ne peut mélanger avec les autres fumiers* C'est ainsi que chez MM. Blanquet et
Harpigny, à Famars, les composts consistent en cendres de houille , en débris de pulpe et en écumes de défécation; Tengrais qui en résulte possède une telle énergie qu'on ne pourrait l'appliquer aux céréales sans s'exposer à les voir verser ; on le réserve pour les betteraves.
M. Hamoir-Boursicr, à Sautain , forme ses composts avec des cendres de houille , des décombres , des vases de fossés et de la chaux^ le tout disposé par couches alternatives. Les effets de cet engrais se font sentir pendant trois ans.
Dans plusieurs fermes de l'arrondissement d'Hazebrouck et de Dunkerque , on est dans l'usage de peler les gazons qui bordent les routes , et l'on place une couche de chaux entre deux lits de gazons disposés de telle sorte que le gazon de la couche inférieure ait l'herbe en haut et celui de la couche supérieure l'ait eh bas ; les autres couches de gazon et de chaux sont rangées de la même manière jusqu'à la hauteur de 1 mètre 299 mill. à I m. 624 mill. : on se trouve très-bien de cette pratique. Quelques cultivateurs soigneux ajoutent encore de l'eau de mare à leur compost : pour cela ils font un trou vers le milieu
du tas et y yersenè le liquide;. la fermealatioB qui s opère alors dans les tas de gazon permet d^employer le compost trois mois plus lot ipi'en le trailant simplement par la chaux.
L'usage le phis général^ dans le départeiaeitt du Nord, est d'appliquer les composts aux pâtures et aux prairies naturelles; cette sorte de fumure se fait sentir pendant 5 ou 6 ains.; ses effets sont d'autant plus remarquables que k sol est plus léger.
Les boues de Tille mélai^ées ^ par M. Godiu^ ay«c du fumier et du sable de mer constituent de véritables composts qui l'emportent sur de simpUs composts de gazons, et ne le cèdent (ps'anix fnmiers provenant des emdres de howUe , des écume» de défëcalioa et des décombres mâles avec des substanses végétales.
§ n. ENGRAIS UQUIDES.
A, Urines.
La plupart des fermes, dans^ le département du Nord, sont pOTirvues de réservoirs ou pissotières construits ordinairement sous lesétables et daoss tesqueHesvienneai se rendre ks urines des bestiaux pktô: ou moinsickargées de Biadéiies :selideSé.
Tous les cuiiivateurs soigneux s accordent à regarder cet engrais comme une des principales ressources de leur exploitation ; aussi ^ «OQ contents de le recueillir ches eux , cher-» ^wt-4ls encore à s'ea procurer dans les villes* Une condition regs^rdée comme essentielle dan» l'emploi de cet engrais y c'est de n'en faire usage que lorsqu'il a d^ài subi une certaine fermenttation 9 laquelle a pour but de détruire ses principes ccnrvosifs^ Ainsi décomposées. , les urinea sont applicables à toutes les récoltes etpartieuiUérement aux carottes, aux pommes de terre 9 au lin. Les opinions différent sur le temps auquel il convient de répandre les uri^ nés. Le plus grand nombre des cultivateurs pense qu'il faut choisir un temps humide; ^usieurs agronomes Iré^-dislingués , placés dans^ les mêmes conditions , sontienn^it k cmmiret Aiasi M. Ducouve^t^ à Wandî* gnies^a foeonnUi par expérience^ que le& urines braient le» récentes lorsqu'on ea arrose le uA p^PKhmt la rosée ; mises ^ au contraire ^ par k )>l«ftn ^Ri^ , les. plantes scœblest d'abord dépârir f mais, au bout de quelques jows, ea les vf»t raiaitre avec une nouveUe vigueur :
Suremploi le plus fréquent^ dans le départe^ «sot du Nord^ consiste à lea répandre^ au
printemps^ sur les céréales qui ont souffert de rhiyer ; on a remarqué que leur effet, à cette époque, était presque instantané lorsqu'il survenait un temps doux, tandis qu'il était comme neutralisé par le froid. Suivant qu'on veut donner une fumure plus ou moins forte d'engrais liquide , on fait passer une ou deux fois , d'un pas lent ou pressé , la voiture chargée du tonneau d'urines. Son action ne s'étend pas au delà d'une année , à moins qu'on ne l'applique aux pâtures ou aux prairies , auquel cas celles-ci s'en ressentent pendant trois ou quatre ans , quand elles sont , du reste, tenues avec soin.
B. Courte-graisse.
La courte-graisse est le produit des fosses d'aisance ; les cultivateurs du Nord la regardent tous comme l'engrais le plus énergique : en général, on la tire des grandes villes, et particulièrement de Lille, dont le territoire lui doit, en quelque sorte, sa fertilité. Chaque cultivateur^ dans cet arrondissement, possède, près de sa ferme ou sur le bord de son champ le plus voisin de la route , une ou plusieurs caves en briques , ou bien des fosses creusées dans un sol argileux et recouvertes de plan^-
ches. Chaque cave présente deux ouvertures , l'une vers le milieu de la voûte, Tautre sur Tune des parties latérales : la première sert à introduire les matières fécales et à les extraire , elle se ferme par un volet portant cadenas; la seconde est destinée à donner accès a lair.
Toutes les fois que les travaux de la ferme le permettent , le cultivateur envoie ses beîgnots (1) chargés de tonneaux à la ville pour en rapporter des vidanges de latrines ; chaque tonneau contient environ 125 lilres de matière fécale; à mesure que les voitures anivent, on vide les tonneaux dans la cave ou dans la fosse, et Ton attend que la fermentation se soit manifestée avant d'employer l'engrais.
Si la matière est trop liquide, on y mêle des tourteaux de colza, d'œillette ou de camomille , et l'on remue de temps en temps ce mélange à l'aide de grandes perchés. Est-elle trop épaisse, ce qui arrive rarement depuis que les vidanges forment une partie du profit des servantes dans les villes, et que celles-ci y jettent des issues de lessive afin d'en aug-
(i) Espèce de chariot particulier au dépailement du Nord.
menter le volume^ on la délaye avec de Teau ou^ mieux encore, avec des urines de bestiaux. C'est principalement sur le lin, le colza, l'œillette et le tabac qu'on emploie la courtegraisse ; on la répand avant ou après les semailles, souvent aussi après le repiquage.
Dans le premier mode , peu de jours avant d'arroser le terrain , on donne un labour , on passe ensuite la herse et le rouleau à différentes reprises, afin que la terre soit bien meuble et bien nivelée, et Ton charrie ensuite l'engrais. A l'une des extrémités de la pièce se trouve une cuve d'un quart de mètre cube environ; un carton y verse un tonneau de courte-graisse, un ouvrier répand alors le liquide à 7 mètres environ autour de lui , au moyen d'une poche en bois garnie d'une perche de 2 à 3 mètres de longueur. La cuve vidée , le carton la transporte plus loin , le tombereau avance alors de quelques pas ; on verse de nouveau la courte-graisse dans la cuve , on la répand comme il vient d'êtxe dit, et Ton continue ainsi de suite l'opération jusqu'à ce que l'on soit parvenu à l'extrémité de la pièce. ( Il est bon d'observer ici qu'aux environs de Lille, tous les champs sont labourés en planches de 4 ou 5 mètres. Certains cul-
tivaleurs^ peu de temps apréis que la surface du champ a été arrosée, font passer la herse pour recouvrir légèrement l'engrais; mais la plupart regardent cette précaution comme superflue , les matières liquides étant promptement absorbées par une terre parfaitement ameublie.
Aux environs de Lille, on emploie la courtegraisse dans la proportion de 4 30 à 1 60 tonneaux^ contenant chacun 1 25 litres par bonnier ( 1 hectare 41 ares 87 centiares ).
La méthode que Ton suit pour répandre la courte-graisse sur les plantes repiquées de colza oiji de tabac n'est pas la même à l'égard de l'une et l'autre récolte. Pour le colza, om se eoniente de i^paodre l'engrais, sou$ forme de pluie, au moment où la végétation s'apprête à partir, au printemps ; quant au tabac , un ouvrier fait, avec un plantoir^ un trou prés du pied de chaque plante ; un autre ouvrier y verse une cuillerée d'engrais sur laquelle il rabat un peu de terre avec son pied.
Rien de plus énergique que la courtegraisse. Répandue avant les semailles, elle fait germer la graine dans l'espace de quelques jours, et fournit de suite une nourriture parfaitement appropriée à la délicatesse de ses
organes développés ; jetée sur les plantes en végétation, elle les ranime, leur communique une grande vigueur et leur conserve de la fraîcheur, même par les fortes sécheresses.
Cette sorte de fumure n'agit que sur la récolte de l'année. Nul cultivateur , dans le Nord, n'a remarqué que la courte-graisse communique un mauvais goût aux plantes qui s'en nourrissent : tous , au contraire , se louent- de son emploi.
DES ÂMENDEMEIXTS.
Les principaux amendements dont on se sert , dans le département du Nord , sont le chaulage , le marnage, le plâtrage et Técobuage.