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CULTURE DES PLANTES

Les plantes agricoles que l'on cultive dans le département du Nord sont : le froment, l'épeautre, le seigle, le méteil, l'orge, l'avoine, le sarrasin, les pois, les fèves, les haricots, le colza, la navette, la cameline, Toeillette, le lin, le chanvre, le houblon, le tabac, la chicorée, la pomme de terre, la betterave, le navet, la carotte , les choux , les vesces, Tbivernage , les warats, le trèfle rouge , le trèfle incarnat, la luzerne et le sainfoin.

GEREAliËSé

Froment.

Le sol du département du Nord, formé en partie par les alluvions, et généralement argilo-sablonneux , convient particulièrement à la production du froment; aussi. cette céréale y est-elle regardée comme le principal produit dans toutes les exploitations où Tabondance de la main-d'œuvre ne porte pas à préférer les plantes d'une culture minutieuse.

Blé dhwer.

On distingue deux variétés principales de froment dans le département du Nord : le blé rouge avec barbe ou sans barbe et le blé blanc; ce dernier donne une farine plus blanche ^

mais l'autre résiste mieux au froid. Le blé barbu est cultivé presque exclusivement dans les bas-fonds et dans les jsols glaiseux où Tau^ tre variété viendrait avec peine ; il est aussi moins sujet à verser.

Le blé succède au tabacyau chanvre, au lin, aux fèves, aux choux , au colza , à l'œillette, aux betteraves , aux pommes de terre , au trèfle, à l'hivernage et à la jachère.

Le tabac est généralement regardé comme

la meilleure récolte préparatoire pour le blé , par suite des labours profonds^ de» engrais abondants et des sarclages minutieux qu'exige cette plante.

Le blé^ flprèd chanvre, réussit partout trëabien^ par eitception, à Rosult ; on trouve qu'il est rarement bon après cette récolte préparatoire, considérée comme trés-épuisante. A Saint<»Amand, au contraire, distant de 3 kilom. de Rosult et célèbre par ses cultures de chanvre^ on tient la récolte de blé potit assurée toute» les fois qu'elle succède à un chanvre bien réussi.

Les opinions sont partagées relativement au blé qui suit une récolte de lin. A Culncy,. M. Broy pense qu'on n'a jamais de plus beau blé qu'après une récolte de lin sur trèfle; k plupart des cultivateurs, cependant, mettent rarement le blé à cette place ; presque toujours il précède la récolte de lin , qui , par*^ fois encore ^ ne vient qu'après une avoine 8e« mée dans un chaume de blé«

Le blé , après fèves , est une rotation très» suivie dans le département du Nord , surtout dans les terres fortes ; on crcnt que les fèves sont particulièrement faveraUes à la produc-

tion du grain , mais que le blé qui les remplace est moins riche en paille.

Les choux sont ordinairement suivis d'un grain de printemps ; on les regarde comme une moins bonne préparation pour le blé d'hiver que les betteraves et surtout que le colza ou l'hivernage.

Les betteraves (je ne parle ici que de celles qui sont fumées et binées avec soin , comme cela a lieu chez la plupart des fabricants de sucre) passent partout pour une excellente récolte préparatoire pour le blé, toutes les fois que les semailles peuvent s'effectuer à temps, c'est-à-dire dans la première huitaine de novembre ; quelques cultivateurs , cependant , pensent que le blé mis à cette place rend plus en paille qu'en grains.

Le colza^ pour beaucoup de cultivateurs, ne le cède que peu au tabac comme récolte précédant le blé ; on explique ce résultat par les trois mois de jachère qui suivent la récolte de colza et par les labours que reçoit le sol jusqu'aux semailles.

L'œillette, dans les arrondissements de Douay, Cambray et Valenciennes,est considérée comme une excellente préparation pour

le bJé, meilleure même, à cet égard, que le colza, quoique la terre ne puisse recevoir que deux cultures.

Les pommes de terre ne sont regardées comme une bonne préparation pour le blé que là où le sol sablonneux permet de récolter les tubercules et d'ensemencer de bonne heure : c'est ainsi que M. le baron de Bouteville à Hornaing, sur un sable frais, récolte de très-beaux blés après des pommes de terre; en général , dans les autres terrains , on préfère les remplacer par de l'avoine , de l'orge

ou du lin.

On est volontiers d'accord sur l'excellence du trèfle comme récolte préparatoire pour le blé; cependant les éloges ne sont pas exempts de critique. A Masny, on trouve que le blé, après trèfle, est sujet à être véreux; aussi, pour éviter cet inconvénient, ne prend-on qu'une coupe et tasse-t-on fortement le sol en y faisant parquer les moutons : on a alors un très-beau blé. A Wervick, M. Vaneslandt assure que le blé réussit mieux après colza qu'après trèfle. M. Ducouvent, à Wandignies, se croit obligé de fumer le regain de trèfle quand celui-ci doit être suivi d'un blé; mais

aussi ce blé lui donne une plus belle paille que s'il était veuu après des fèves.

A Arleux, on fait plus de cas du blé venu après colza que de celui qui succède à du trèfle. A Cuincy , M. Broy n'a jamais de bon blé après trèfle, parce que^ dit-il, la terre se tient trop légère. Dans des terres de sable , après un trèfle fauché à sa première coupe, et retourné lorsque le regain entrait en fleurs, on a souvent obtenu un plus beau blé et surtout une paille plus abondante que s'il eût été semé sur d'autres récoltes ; mais alors ou a soin de ne donner qu'un seul labour et de semer lorsque le gazon est déjà un peu décomposé, et que la terre s'est rassise, c'est/-à-<' dire sur un labour d'un mois à six semaines : on enterre la semence par un hersage croisé suivi d'un tour de rouleau s'il fait trop sec. ' L'hivernage et les vesces sont mis avant les fèves comme préparation pour le blé, non que celles-ci soient plus épuisantes, mais parce que, après Thivernageou les vesces, le champ est soumis à une demi-jachère et que toutes les cultures peuvent être données en temps utile.

Enfin la jachère , abstraction faite des frais

qu'elle occasionne , est réputée par tous let cultivateurs la meilleure préparation qu'on puisse encore appliquer à un sol argileux qu'on veut ensemencer en blé. Le blé^ après une jachère pure, rend plus en paille et en grainSi il est aussi moins sujet à verser : ajou^ tons que , dans Les terres glaiseuses où les ré^ coltfjs-racines ne peuvent être employées avec succès et économie pour rompre la ténacité du sol et le nettoyer de mauvaises herbes , on tient la jachère pour l'opération la plus pro-* filable, toutes les fois qu'on la traite avec soin et qu'on ne l'érigé pas en système absolu.

Les préparations qu'on donne à la terre, pour la disposer à recevoir du blé , varient suivant la nature du sol et le genre des récoltes qui précèdent la céréale. On ne donne , en général , qu'un déchaumage et un labour après le tabac , les féveroles , les pommes de terre et les betteraves , quelquefois même on se contente d'un labour unique. Après le colza , on applique deux ou trois labours , de même qu'après le lin , l'hivernage , les pois , l'œillette et le sucrion coupé en vert. La terre reçoit rarement plus d'un labour après le trèfle j à moins qu'on ne prenne qu'une seule coupe , auquel cas on donne deux ou

trois iabours. Sur j«ichére , on donne de 5 à 6 labours.

Dans les terres fortes sujettes à rhuinidité, on laboure en planches légèrement bombées; dans les terres saines , le labour a toujours lieu à plat. Indépendamment des labours or«dinaires^ les bons cultivateurs font encore un lit-aifant pour le blé , c'est-à-dire qu'ils font suivre la charrue par trois ou quatre ouvriers, qui, armés d'un louchet, creusent le sillon à un pied de profondeur.

On ne fume pas ordinairement pour le blé qui succède au tabac, aux colzas , aux betteraves.

Dans un grand nombre de localités j il est d'usage d'appliquer, de préférence, l'engrais au blé ; et , dans ce cas , on ne fume ni pour les féveroles , ni pour l'hivernage , ni pour les pois.

Quelques cultivateurs fument le blé qui suit l'œiilette , d'autres aiment mieux appliquer le fumier à la récolte sarclée.

Un grand nombre fume pour le blé qui succède à un trèfle; mais, dans ce cas, on applique Tengrais au trèfle : lorsque ce dernier a été cendré , on ne met souvent que moitié

(le Vengrais y ou même on ne donne aucune fumure pour le blé.

On fume toujours le blé qui suit les pommes de terre, lorsque ces dernières n'ont pas reçu d'engrais ; il en est de même pour le blé qui succède au lin , même lorsque celui-ci a reçu de la courte-graisse et des tourteaux.

L'époque des semailles diffère suivant les arrondissements et même dans les communes du même canton. Au Fort-Philippe (arrondissement de Dunkerque) les premières semailles ont lieu à la Toussaint et se continuent jusqu'à Noël ; passé ce temps , on regarde la saison comme trop avancée. Lorsque les semailles se font avant le 1 ^"^ novembre, l'herbe croit en même temps que le blé , et au printemps elle envahit le sol naturellement trèsherbeux : les premiers labours se donnent à partir du 25 septembre ; on sème sur labour vieux.

M. Hamerelle aîné, à la Grande-Synthe , pense que, dans cette partie de l'arrondissement , l'époque la plus favorable pour les semailles de blé est 1 5 jours avant et 1 5 jours après la Toussaint ; il sème également sur vieux labour. En général , dans le pays au bois (terres fortes) , on sème sur labour frais,

et dans le pays à wateringues ( terres légères), sur vieux labour.

Dans rarrondissement d'Hazebrouck , les uns sèment dès la première quinzaine d'oclo« bre , les autres préfèrent semer quinze jours plus tard : beaucoup terminent leurs semailles dans le mois de novembre. On préfère semer sur labour vieux dans les terres de consistance moyenne ^ et sur labour frais dans les terres fortes.

Dans l'arrondissement de Lille , on regarde les 1 5 jours qui précèdent la Toussaint comme l'époque la plus favorable pour les semailles» On sème de préférence sur labour vieux»

M. Weymel veut que la terre , avant d'être ensemencée , ait reçu de la pluie et du soleil et qu'elle se soit bien rassise.

Dans le cauton d' Arleux on sème le blé depuis le mois d'octobre jusqu'au 1 5 novembre ; cette dernière époque , cependant, est regardée comme bien avancée.

A Valenciennes et à Gambray , on sème ordinairement pendant tout le mois d'octobre; cependant, lorsque le blé succède à des betteraves, les semailles se prolongent souvent jusqu'à la fin de novembre ; dans ce dernier cas, on sème toujours sur labour frais. Une obser**

vation de localité mérite d'être consignée ici. A Famars^ on ne sème jamais le blé de suite aprée betteraves ; on préfère que la terre se soit rassise auparavant; c'est pourquoi on laisse écouler un certain intervalle entre l'arrachage des betteraves et les semailles du blé. Il n'est qu'un seul cas où l'on déroge à ce principe , c'est celui où , peu de temps après la récolte des racines ^ la terre a été battue par une pluie : l'effet désiré est alors obtenu et Ton sème immédiatement le blé.

Dans l'arrondissement d'Avesneson préfère semer de bonne heure , c'est-à-dire dans la première quinzaine d'octobre si la terre est forte; les terres plus légères sont ensemencées ju$qu'au20novembre.On regarde les semailles faites sur vieux labour comme généralement préférables , excepté sur les terres glaiseuses.

La quantité de blé qu'on sème par hectare est assez uniforme dans tous les arrondisse-^ ments. £n général; on emploie 200 à 225 litres par hectare ; cependant^ dans plusieurs exploitations ^ on trouve, à cet égard, des exceptions dignes d'être rapportées.

Chez MM. Anquié , au Fort-Philippe , on sème un hectolitre de blé par mesure de 44 ares 4 centiares ;

Chez M. Hamerelle aîné , à la Grande-Synthe y un hectolitre et demi.

M. Weymel , à la Chapelle-les-Armentières , sème 225 à 230 litres par bonnier ( 1 hectare 41 ares 87 centiares ).

M. Broy , à Cuincy , sème 75 litres par rasîère (42 ares 92 centiares).

MM, Fiévet, à Masny ^ sèment 85 litres par rasière C45 ares 22 centiares), lorsque Tépoque des semailles est avancée , 75 seulement quand elles ont lieu dans la première quinzaine d'octobre. Après trèfle et fèves , ils mettent 60 litres en semant à la volée, et 45 litres seulement au semoir ; après betteraves , ils sèment 60 litres par rasière,

M. Baucq , au Faux-Viviers , après betteraves , sème 75 litres de blé par rasière de 45 ares.

A Rosult , M, Legrand sème 2 hectolitres par bonnier (120 ares 72 centiares).

MM. Blanquet et Harpigny , à Famars , mettent 35 litres environ par mencaudée de 23 ares.

Partout, dans le département du Nord, le choix de la semence est considéré comme un point de la plus haute importance. La plupart des cultivateurs ont l'excellente habitude de

changer leur semence chaque année ou ^ au plus tard , tous les deux ans.

Dans les arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck, le blé de semence provient des terres clitreuses (argileuses) du pays au bois, de Bambecque, de Roubrouck, de Saint-Omer, de Cassel et de Bailleul. DansTarrondissement de Lille , les cultivateurs le font venir d'Armentières et des terres fortes de Merville et de Saint- Venant. A Arleux, on préfère celui d'Orchies à tout autre. Valenciennes , Cambray, Avesnes et Maubeuge tirent leurs blés de seibence d'Armentières.

Cependant , malgré le soin qu'on apporte à n'employer que le plus beau blé et celui qui convient le mieux à la localité , on n'est pas encore parvenu à se débarrasser complètement de la carie. La cause de cette maladie est inconnue dans le département du P^ord : les uns l'attribuent aux pluies (rop abondantes; les autres^ au blé provenant d'une semence nouvellement récoltée; quelques-uns, à une fumure fraîche ou à des semailles tardives. Mais tous en sont réduits à des conjectures et à des faits isolés : on n'a point encore entrepris, que je sache, dans le département du Nord, d'expériences comparatives pour découvrir la

Yéritable origine de la carie. Les {HrQoëdés usités pour en préserver le gi*ain varient sui*vant les localités ; la chaux est le principal agent qu'on emploie à cet effet.

DâBS l'arrondissement de Dunkerque^ on le sert d'eau de mer et de cl^aux ; cette derniéjÀe dans la proportion d'un hectolitre pour 25 rsl'^ aières (37 hectolitres de hlé). On aime à chauler un peu fort ; le chaulage a lieu par asper^^ sion* On fait éteindre la chaux dans une cuve; on en arrose le blé^ en ayant soin de le bras-* ser à différentes reprises ) on l'étend ensuite sur le sol ^ afin de le faire sécher pendant* la nuit ; on sème le lendemain matin de la préparation. Le blé semé encore humide passe pour mauvais : il en est de même de celui ^ui compte dix ou douze jours de chaulage.

Chez M. Desgraviers, au Grand-Millébrugge^ on chaule le blé avec deux tiers d'urine et un tiers de chaux ^ et l'on n'a aplt fort peu de carie (1)*

Dans le canton d'Armentiéres^ les cultiva-^

(i) On sait, depuis longtemps, que la chaux est la meilleure de toutes les substances employées pour préserver le grain de la carie ; les Urines de bestiaux n'ont ici , suivant nous , qu'une vertu fort douteuse ; l'usage du sél nous parait bien prëCérablo.

teurs qui changent de semence tous les ans ne chaulent pas; les autres chaulent avec un tiers d'urine de chevaux, un tiers d'eau et un tiers de chaux : le chaulage a lieu par immersion.

Dans le canton d'Ârleuxi aussitôt que le blé est retiré du cuvier, où on l'a brassé avec de la chaux éteinte, des cendres et de l'urine, on le saupoudre de chaux au moyen d'un tamis, afin de hâter sa dessiccation, et l'on sème immédiatement après sur labour frais. M. Broy, à Cuincy, emploie le sulfate de cuivre et n'a point de blé carié ; il trouve que cette substance lui réussit mieux que l'arsenic. M. Dumarquet, àEsquerchin, prés Douay, emploie un demi-kilog. d*arsenic délayé dans un lait de chaux, et 1 kilog. et demi de sel pour 4 hectolitres de blé.

MM. Fiévet, h, Masny, ont remarqué que, lorsqu'ils semaient du blé vieux, ils n'avaient jamais de carie; pour préserver le grain de cette maladie, ils chaulent avec 1 kilog. de chaux, un demi-kilog. d'arsenic, 1 kilog. et demi de sel, et 1 litres de purin pour 5 hectolitres de blé.

Quelques cultivateurs de l'arrondissement de Douay ont cessé de chauler depuis plu-

sieurs années : cet été (1839), leurs récoltes étaient infestées de carie.

M. Baucq, au Faux- Viviers, chaule avec un tiers de jus de fumier, un tiers d'eau et d'urine de vache, et un tiers de chaux : il n'a jamais de carie dans son blé; il sème sur labour frais deux heures après avoir chaulé. Je dois à cet habile cultivateur une observation dont la connaissance ne sera peut-être pas sans utilité pour les praticiens. Suivant lui, quand on a eu du blé carié, il ne faut employer le fumier provenant de la paille de ce blé que sur des récoltes de mars, telles que pommes de terre, chanvre, avoine, navette, lin, etc. : par ce moyen , il a toujours préservé ses blés de la contagion.

Le blé se sème généralement à la volée:

quelques cultivateurs fabricants de sucre se servent seuls du semoir; encore l'emploientils concurremment avec les semailles à la volée. Toutes les fois que le blé est semé sur vieux labour, on fait passer auparavant la herse, afin d'ameublir la superficie du sol; sur labour frais, il est d'usage de répandre le grain sur le sillon même, et ce n'est que par exception que les bons cultivateurs eux-mêmes donnent préalablement un hersage. Tout le

monde convient que le )jië;d6it asseoir sa racine sur un fonds uii peu ferme ; voilà pourquoi, en général, on évite avec soin de piquer trop avant pour les labours k blé. Sur les terres légères , on croit que le h\é peut être enterré à 108 mill. de profondeur; dah^ les sols argileux, ou préfère ne lui dornicr qu'une couverture de 54 ou 81 mill. Le blé s-'enterre tantôt a la charrue, tantôt à la herse : ce dernier mode est le plus suivi. Les semailles faîtes de bonne heure reçoivent presque toujours un hersage croisé, suivi d'un ou deux tours de rouleau et d'un troisième coup de herse. On prétend que le blé ainsi pressé entre deux couches de terre meuble lève plus vite et plus régulièrement que lorsqu'on se dispense de le rouler.

Dès que les semailles sont terminées, on s'occupe de tirer des rigoles à travers le champ, dans le sens de la pente du sol. Dans l'arrondissement de Douay, ainsi que dans plusieurs commîmes du département du Nord, aussitôt les semailles de blé faites, on lague le terrain, c'est-à-dire qu'on y trace de^ rigoles de 8 mètres en 8 mètres, et on les approfondit avec un louchet pour en rejeter la terre sur le labour. Les rigoles sont visitées plusieurs fois

ut

pendant l'hiver; on les nettoie à la pelle, et, chaque fois que les dégels, les pluies ou la neige les ont obstruées, on enlève avec soin tout ce qui gène le passage des eaux. Dans plusieurs localités, au sortir de l'hiver, si le temps le permet, on rondelle, c'est-à-dire on passe le rouleau ; on herse ensuite avec une petite herse, et l'on rondelle de nouveau.

Dans certaines fermes, on commence par herser ; si le sol est encore motteux , on passe la herse renversée sur le dos et Ton roule deux ou trois jours après. Plusieurs cultivateurs se bornent à ploutrer leur blé ou à y faire passer le râteau. A Arleux, lorsqu'on doit semer du trèfle dans le blé, on herse, on sème la graine de trèfle et l'on ploutre. Si le blé a souffert de l'hiver , c'est à cette époque qu'on y répand des cendres, des tourteaux ou des urines pour le faire revenir; plusieurs cultivateurs, cependant, ont éprouvé que les tourteaux appliqués au printemps agissaient, à la vérité, plus énergiquement, mais qu'ils nuisaient à la végétation ; le blé, réveillé trop fortement, s'emporte outre mesure et rend alors plus de paille que de grain. M. Gappon, cultivateur à Vieux- Berquin, auquel je dois la connaissance de ce fait, employait 400 kilog. de tourteaux ppr

mesure de 37 ares ^ avant d avoir reponcé à répai^dre cet engrais au printemps.

L^s hcrs9ge8 et les roulages donnés à cette époque précèdent de peu de jours le binage du blé. Cette opération , désignée dans plusieurs localités sous le nom de bracagCy a lieu dans le cirant d'avril; ordinairement ce sont des femmes qui l'exécutept. On choisit un temps sec pour entrer dans le champ, et les ouvriers, armés d'une hinette appelée rascltc dans le département, ameublissent la surface du sol, ejQi détruisant en même temps les mauvaises herbes qui s'y trouvent. Les plus communes à cette époque sont : les sauves {sinapis), les chardons {serratula ^ carduus)^ le laceron {sonchus\ le ji^as-d'âne (tussilago)^ les renoncules (rarm^nculus) y Toseille {rumex)^ les blqets {centaurea cycmus) et les coquelicots (papavjer). On bine une seconde fois, si le iCh^mp est envahi de nouveau par les plantes parasites; mai^, la plupart du tenips, on s'pp débarrasise par le sarclage à la main, qui a lieu vers .les premiers jo\ir s de juin.

Quelquefpis, lorsque le mois de mai es t chaud ^t humide, et surtout lorsque le sol a été fort^ent fumé et quil contient ^ju excès 4'humw, ii Hïxiye c|ue le blé VeniLpprt.e.trpp vigop-

reusement et est exposé à verser; on prévient ce mal par deux moyens : en coupant la sommité des feuilles ou en faisant pâturer le blé. La première de ces méthodes est la plus usitée ; elle consiste à retrancher l'extrémité des feuilles avec une faucille ou même avec la faux en ayant soin de ne pas attaquer le cœur du blé. Le pâturage du blé par les moutons est tout à fait exceptionnel ^ il n'a lieu que pour les blés de printemps trop vigoureux ; lorsqu'on y a recours, on fait passer très-rapidement le troupeau sur la pièce et par un temps bien sec : ces accidents, du reste, sont fort rares.

L'époque de la moisson varie peu dans les divers arrondissements; elle coïncide ordinairement avec la Notre-Dame d'août. Un grand nombre de cultivateurs n'attendent pas que le blé soit complètement mûr pour récolter; les uns le coupent dès que la paille est bien jaune, les autres aussitôt que le grain, n'étant plus laiteux, se laisse couper par l'onglej ïnaîs avec une certaine résistance ; on trouve que le blé, coupé ainsi avant sa parfaite maturité, a le grain plus clair, et que sa paille vaut mieux. Le petit nombre de ceux qui prennent •leurs blés de semence dans l'exploitation même

attendent que sa maturilé soit complète avant d'y mettre les ouvriers.

Le blé se coupe de deux manières dans le départemejAt du Nord : avec le piquet^ c'est ce qui a lieu dans la plupart des localités^ ou bien avec la faux : ce dernier mode ne se ren- > contre que de loin en loin et seulement dans . certaines communes des arrondissements de Gambray et d'Avesnes,

La manière de faire sécher la récolte avant de la rentrer n'est pas la même dans toutes les localités; à cet égard^ on distingue deux méthodes principales de dessiccation : les dlzeaux et les monts.

La première consiste à dresser sur deux

rangs cinq bottes appuyées les unes sur les

autres par leurs têtes et écartées au pied : elle

est surtout usitée dans l'arrondissement de

^ Dunkerque.

Dans l'arrondissement d'Hazebrouck , on met également le blé en dizeaux , mais avec une légère modification : deux javelles forment une botte; les bottes, serrées les unes

contre les autres vers le haut, sont attachées ensemble par leurs têtes : une botte renversée et attachée elle-même par un lien sert de chapeau.

A Lille et Vtitendetiri«s , h hïé piqiMté Mt laissé deux jours en javelles ; deux javelles réunies forment une botte, les bottes sont mises en monts, c'est-à-dire qu'on en dresse douze en files par paire et huit en flanc ^ dont quatre de chaque côté : une botte renversée recouvré le tout et se trouve maintenue dans cette position au moyen de deux brins de paille pris sur les côtés et liés ensemble. Il est bon de remarquer ici que les files ne se composent pas toujours de doiize bottes opposées par paire l'une à l'aiitre ; Ifes monts sont tantôt de vingt, tantôt de seize jottes.

Prés de Douay, quand le blé contient beaucoup d'herbes, on dresse sur le sol, pour servir de point central , une gerbe liée au tiers supérieur et écartée dii pied ; on place tout autour des gerbes non liées ; une botte liée et renversée recouvre le tout.

A Vielly,prè8 Cambray, les monts sont disposés de la manière suivante : une botte occupé le centre et se trouve flanquée de deux bottes, l'une adroite et l'autre à gauche; visà-vis , s'en trouvent également deux autres appuyées de face sur la botte centrale ; chacune de celles-ci est placée entre deux autres

bottes qui occupent les angles; une dixième botte renversée fait quelquefois Toffice d'un chapeau. La figure suivante complète cette description.

Quels que soient^ du reste^ la forme que Ton donne aux monts et aux dizeaux et le nombre débottés dont ils sont composés, toutes les opinions s'accordent à regarder le blé ainsi amoncelé pendant quinze jours ou trois semaines , comme bien supérieur à celui qu'on abandonne en javelles sur le sol. Le blé coupé avant sa maturité complète achève de s'y perfectionner ; il y acquiert plus de poids et plus de main , et , au dire des cultivateurs, la paille vaut beaucoup mieux : il est inutile d'ajouter qu'il n'a rien à craindre des intempéries de l'atmosphère ; on n'a pas d'exemple, dans le nord, de blé mis en mont qui ait été avarié par les pluies, quelque violentes et tenaces qu'elles aient été.

Le rendement du blé varie à l'infini dans le département du Nord , et l'on conçoit sans peine qu'on ne puisse en préciser le chiffre rigoureux, en présence d'assolements tout à fait distincts et de cultures variées qui, nécessairement, doivent donner des résultats différents. Je me bornerai donc à citer quelques chiffres recueillis auprès des cultivateurs, sans chercher à en tirer une moyenne pour le département du Nord.

Au Fort-Philippe, MM. Anquié obtiennent 1 hectolitres par mesure de 44 ares 4 centiares ; après jachère , ils ont souvent un ou 2 hectolitres en sus.

M. Hamerelle aîné, à la Grande-Synthe , récolte 8 hectolitres et 1/2 après fèves, et 9 hectolitres 1/4 après jachère et trèfle.

M. Desgraviers, au Grand-Millebrugges, compte sur 10 hectolitres par mesure de 44 ares après betteraves.

M. Depowers , aux Grandes-Moëres , obtient 9 hectolitres de blé par mesure de 44 ares après fèves.

M. Cappon, à Vieux-Berquin, récolte i Ohec-»

tolitres par mesure de 37 ares après colza, et trèfle.

M. Weymel obtient 35 à 40 hectolitres de

blé par bonuier ( 1 hectare 41 ares 87 centiares) après trèQc et colza , un peu moins après fèves.

M. Ducouvent, à Wandignies , assure que le blé rend 25 à 30 hectolitres par hectare après trèfle et chanvre; après pommes de terre , il ne faut compter que sur 20 hectolitres.

A Arleux, on récolte 1 hectolitres par rasière de 48 ares après fèves, colza et œillette , et 12 après trèfle.

Après betteraves, MM. Fiévet, à Masny, obtiennent 10 à 14 hectolitres par rasière de 45 ares 22 centiares.

M. Baucq, au Faux-Viviers, récolte 12 hectolitres par rasière après betteraves.

Chez MM- Blanquetet Harpîgny, à Famars, on obtient 5 à 6 hectolitres après betteraves, fèves et trèfle par mencaudée de 23 ares.

A Avesnes , par une bonne année et dans un bon sol , on ne compte que sur 1 8 hectolitres par hectare lorsque le blé suit une jachère; à Maubeuge, après trèfle, on obtient 20 à 25 hectolitres de blé par hectare:

Quant au degré d'épuisement que le blé fait éprouver au sol , les avis sont partagés. Presque tous les cultivateurs rangent le blé

au nombre des plantes épuisantes; quelques-* uns assurent que les pommes de terre falH guent bien plus le sol; M. de Powers, excellent cultivateur , pense que le blé n'est pas très-épuisant, et que, dans tous les cas, il l'est moins que le sucrion j et surtout bien moins que l'avoine : je dois dire que cette opinion ne trouve guère de partisans chez les autres cultivateurs du déparlement du Nord.

Le blé est sujet au miellat, à la coulure, au charbon et à l'ergot ; on attribue généralement ces maladies aux variations brusques de la température ; on croit aussi que l'ergot se montre particulièrement dans les années humides : je l'ai rencontré en abondance sur la route de Valenciennes à Famars , tout auprès d'un champ de sucrion qui en était infesté.

Blé de printemps.

Le blé de printemps est regardé par un grand nombre de cultivateurs du Nord comme une simple variété qui finit par reprendre les caractères du blé d'automne , lorsqu'on rap*proche, pendant plusieurs années consécutives, l'époque des semailles. En général, on le place après des récoltes sarclées, et particulièremeiit à la suite des pommes de terre, sur lesquelles

il Tient Irés-bien . On prépare le sqI par trois labours donnes à plat. Le premier ^ appelé esquivelage dans plusieurs arrondissements^ n'a que 81 mill. de profondeur ; le second se donne vers la fin de novembre , c'est le plus profond de tous^ il pénètre à 1 62 ou 1 89 mill. ; le dernier labour ^ de 108 mill.^ se donne en mars : les semailles ont lieu vers la fin de ce mois ou dans les premiers jours d'avril. On emploie depuis 225 jusqu'à 240 litres par hectare. Immédiatement avant de répandre le grain y on donne un double hersage au sol^ puis on le rondelle; le blé est enterré par un ou plusieurs hersages suivis d'un tour de rouleau si le temps est sec. Quelques cultivateurs, dans les terres légères, préfèrent donner un simple hersage et enterrer le blé sous raies à une profondeur de 108 mill.; ils hersent ensuite en long et en large. Il est rare qu'on sarcle celte céréale, la terre se trouvant déjà nettoyée par la récolte précédente. La moisson s'effectue de la même manière que pour le blé d'automne.

Êpenutre.

L'épeautre n'est cultivé que dans les basfends^ le^ terres glaises et les sols tourbeux

sujets à être soulevés par la gelée. Plus rustique que le blé ordinaire, il résiste mieux aux gelées et à l'humidité , il est moins exposé à verser et se contente d'un sol médiocrement fumé. On prétend qu'il est rarement attaqué par la carie et le charbon : les oiseaux n'y font jamais de dégâts.

L'épeautre se sème avec sa balle, dans la proportion de 230 à 250 litres par hectare.

Les semailles ont lieu dans le courant d'octobre ; le grain est ordinairement enfoui à la herse : sa culture et sa récolte sont les mêmes que celles du blé d'automne ordinaire.

Seigle.

Nulle j>art, dans le Nord, on ne cultive une grande ({uantité de seigle , le sol y est trop bon, en général, pour être affecté à cette céréale; dans les grandes exploitations , on n'en sème que la quantité nécessaire pour faire des liens. Le seigle succède souvent à l'hivernage et aux pommes de terre; après celles-ci, on se contente ordinairement de donner un seul labour superficiel , et l'on enfouit la semence par un ou deux coups de herse. Après l'hivernage , le sol reçoit trois labours : le premier de 54 mill., le second de 1 62 mill. et le troisième

de 4 08 mill.; autant que faire se peut, on sème sur vieux labour et dans la proportion de 250 litres par hectare. Les semailles ont lieu ordinairement dans les premiers jours d'octobre; quelquefois, cependant, elles se prolongent fort avant dans l'hiver ; le seigle, semé de bonne heure, donne, dit-on, déplus belles récoltes; celui qui est semé tard passe pour être plus exposé à la rouille et au miellat. Au printemps, on donne un hersage au seigle, et, quinze jours ou trois semaines après, on y met les bineuses, s'il est nécessaire. La récolte se fait toujours un peu avant la maturité complète, parce que le seigle s'égrène très-facilement ; on obtient de 9 à 1 hectolitres par demi-hectare.

Méteil.

Le méteil tantôt se compose de blé barbu et de froment , tantôt de seigle et de froment ordinaire; ce dernier n'y entre que pour un quart. On cultive le méteil dans le déparlement du Nord , là où la terre a déjà produit des récoltes épuisantes et où elle n'a plus la la force suffisante pour porter du blé pur.

On prépare ordinairement la terre par deux labours. Les semailles ont lieu dans le mois d'octobre; les soins, pendant la végétation et

la récolte , sont les mêmes que pour le blé. U est d'expérience générale quQ le produit du méteil surpasse de beaucoup celui des deux céréates semées séparément.

Orge d^hiver ou sucrion.

Dans l'arrondissemeut de Dunkerque, localité renommée pour la production et la qualité du sucrion , cette céréale se sème à la fin de novembre toutes les fois qu'elle suit une autre récolte ; sur jachère, on la sème dans le courant de ce mois : l'ensemencement tardif est regardé comme peu favorable. Tous les ans, on change de semence, c'est-à-dire qu'on sème trois mesures (1 hectare 32 ares 1 2 ceur tiares) de sucrion dans une terre sablonneuse pour en ensemencer les terres fortes. On répand la semence dans la proportion d'un hectolitre environ par mesure de A4 arcs 4centi2^res, quand le sol est bien préparé.

Dans les années humides , les limaces causent beaucoup de tort aux jeunes plantes ; elles en rongent le collet à tel point qu'on est souvent obligé de semer une seconde fois.

L'expérience a prouvé que, lorsque les labours n'out pu être donnéa eu temps favorable et que les sillons n'ont pas reçu 4^ pluie >

la semaille se trouve compromise ; au contraire , si les labours ont été exécutés à propos, on préfère semer sur sillon sec ; le grain alors lève très-bien : il est à remarquer qu'il s'agit ici d'un sol plutôt léger que tenace.

Quand on place le sucrion après une jachère , la terre reçoit quatre labours et deux cultures au binot. Après des fèves ou de l'hivernage , on donne deux ou trois labours : le premier, très-léger, pour déchaumer , le second de i08 millim. et le troisième de 162 millim.

Autant que possible , ou sème le sucrion sur vieux labour. La semaille est enfouie à la herse suivie d'un tour de rouleau quand il fait sec. Pendant l'hiver , on a soin de tenir le champ bien égoutté , au moyen des rigoles. Au commencement de mars , on rondelle le sucrion à deux reprises différentes^ et, dans l'intervalle de ces deux rondelages, on ploutre et l'on herse, si les terres ne sont pas trop légères. On bine le sucrion du 15 au 25 avril; on sarcle ensuite à la main une ou deux fois , suivant que l'état de la terre l'exige. Dans le canton de Bergues, le sarclage se donne toujours à la main, et l'on braque ensuite deux fois avec la houe. On piquette le sucrion du 15 juillet au 1" août.

On laisse sécher la récoltç pendant plusieurs

jours sur terre et on la met ensuite en dizeauK ; lorsque le temps est pluvieux , on dresse les bottes l'une contre l'autre. Le sucriou rend, en moyenne, de 15 à 20 hectolitres par mesure de 44 ares. Sa paille est regardée généralement comme la moins bonne de toutes les céréales , excepté pour le fumier. Le sucrion mis sur trèfle reçoit une demi-fumure et 1 ou 2 labours; après des pois, des fèves, de l'hivernage , on prépare le sol par deux labours, et on applique 1 8 à 20 voitures d'engrais ^ pesant chacune 500 kilog.

Le sucrion est sujet au charbon, à la rouille et à l'ergot. Cette dernière maladie se montre surtout dans les années pluvieuses ; elle était très -commune l'année dernière (1839) dans certaines pièces de terre près de Valenciennes ,'sur la route de Famars. Dans l'arrondissement de Dunkerque, le sucrion est regardé comme moins épuisant que l'avoine.

Orge d'été.

L'orge d'été se sème dans les terres les plus meubles, dans celles qui, Tannée précédentes, ont porté des récoltes sarclées ; on ne la place dans le chaume d'une céréale qu'autant que le sol confient beaucoup d'humus. On donne or-

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dinairement trois labours pour cette céréale : le premier, ou déchaumage, a lieu immédiatement après la récolte enlevée ; le second labour s'exécute vers la fin de novembre ; le troisième se donne en avril , immédiatement avant de procéder aux semailles. On répand environ 220 litres par liectare et l'on recouvre la semence par deux traits de herse suivis d'un tour de rouleau quand le temps est à la sécheresse. On sarcle à la main si les mauvaises herbes se montrentdans la récolte. La moisson arrive au commencement du mois d'août ; elle s'eft'ectue de la même manière que pour le sucrion.

Avoine.

On cultivedeux variétés principales d'avoine dans le département du Nord , l'avoine noire et l'avoine blanche : la première est plus difficile sur le sol, rend moins de paille et est plus sujette à verser que la seconde.

L'avoine se sème souvent dans le chaume du blé; mais il n'est pas rare de la voir après des pommes de terre , des betteraves ou de riiivernage. En général , on regarde les récoltes sarclées comme une des meilleures pré-

para lions pour cette plante. Sa culture varie avec les localités.

Dans l'arrondissement de Dunkerque , MM. Anquié, père et fils, préparent la terre par trois labours : le premier, esquwelagSj se donne à 1 08 mill. ; le deuxième , ou re/ei^agej à 189 mill. : le labour de seroailleâ n'a que 108 mill. Ils sèment dans la proportion de 1 75 litres par mesure de A4 ares 4 centiares et enfouissent le grain sous raies. Si le temps est couvert, on se borne à herser; mais> s'il est sec, on ferme la terre par un tour de rouleau ; huit jours après la semaille , ofi réveille l'avoine par un coup de herse suivi de roulages.

M. Weymel, près d'Armentières, suit un autre procédé. Sa terre reçoit quatre labours; le premier de 54 milL^ le deuxième de 81 mill. et le troisième de 135 miH. ont lieu avant l'hiver; aupi^ntemps , il herse en long et en: large, sème 3 hectolitres par bonnier ( A hectare 41 ares 87 centiares ) > enfouit le graitt " par un labour de' 54 mill. , herse alors en croix et roule quelques jours après. Lorsque* le trèfle doit être semé dans l'avoine, il répand le gr^ip iminédiatemeat avant de rouler, il £ait passer epsi^ite. u]xe berse légère pac-^sems la

semence et ferme la terre par un tour de rouleau.

M. Ducouvent, à Wandignies, arrondissement de Douay, déchaunie aussitôt la récolte de blé enlevée et donne un labour de <35 mill. avant l'hiver; au printemps, il herse vigoureusement le sol , laboure à 135 mill. , et sème immédiatement trois hectolitres à Thectare. Dés que l'avoine conunence à (germer, il la renverse par un coup de binot et herse ensuite ; cette méthode lui a toujours parfaitement réussi.

Dans le canton d'Arieux, on sème un hectolitre d'avoine par rasière de 48 ares.

A Cuincy, M. Broy , après hivernage , déchaume à 81 mill. et donne, avant l'hiver, un labour de 162 millim. avec le brjibant, qui est suivi quelquefois d'une seconde charme; on prend alors jusqu'à 325 mill. de profondeur pour renouveler le sol. Après l'hiver, il donne un ou deux coups de charrue entremêlés de hersages et aussi de roulages , s'il est nécessaire ; il sème dans la proportion de 80 litres pai' rasière de 42 ares 92 centiares , et recouvre le grain par un coup de charrue, suivi d'un hersage et d'un roulage.

MM. Fiévet, à Wasny, après bet^raves ,

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donnent un labour avant l'hiver ; au printemps , ils hersent , sèment 110 litres à la vasière de 45 ares 22 centiares , enterrent le grain par un coup de charrue, hersent et roulent quand il fait sec.

M. Gruyelle, à Coutîches, après hivernage, déchaume à 81 mill.; il laboure ensuite avant l'hiver à 244 ou 271 mill. , quand il y a du fond , herse au printemps , sème deux hectolitres par rasiére de 45 ares , enterre à la charrue , herse ensuite en long et en travers et roule deux jours après la semaille.

M. Baucq, au Faux- Viviers, déchaume de suite après blé; il herse quelques jours après et donne un labour de 81 millim. avant l'hiver. Au printemps , il herse, laboure à 217 mill. , de manière à ramener à la surface une couche de terre dans laquelle les racines du blé n'aient pas pénétré; il sème un hectolitre par rasière et enterre à la herse; avant que l'avoine soit levée , il lui donne un coup de herse et la roule.

A Flînes, on sème un hectolitre par rasiére.

A Rosult (arrondissement de Valenciennés), on répand trois hectolitres de semence par bonnier.

L'avoine se sème ordinairement dans le

mois d'avril. Dans foutes les localités^ aussitôt que l'avoine a atteint 54 ou 81 mill. et que le temps le permet , on la herse et on lui donne ensuite un tour de rouleau; trois semaines ou un mois après , on sarcle si les mauvaises herbes se montrent dans le champ.

La récolte a lieu ordinairement vers la fin d^août ou les premiers jours de septembre.

En général, on se sert du piquet pour couper l'avoine ; plusieurs localités des arrondissements de Cambray et d'Avesnes emploient la faux. L'avoine coupée reste pendant 8 ou 15 jours sur terre, et, pendant ce temps, on là retourne deux ou trois fois, à des intervalles plus ou moins rapprochés , pour éteindre son feu; l'avoine ensuiteest dressée endizeaux, ainsi qu^ou le fait pour le blé. Les avis sont trèspartâgés sur les avantages ou les inconvénients du javelage. Dans Tarrondissement de Dunkerque, on aime assez que l'avoine ait reçu une ondée avant de la lier ; néanmoins on ne se règle pas sur cette chance incertaine pour la rentrer. Dans les arrondissements d'Hazebrouck et de Lille, huit jours après que l'avoine a été coupée , on retourne les javelles , et quatre ou cinq jours après cette opération, si Vavoine est bien sèche , on la lie et on la

dresse aussitôt en monts , de même que pour le blé. M. Ducouvent, à Wandignies, près Marchiennes , attend , pendant une quinzaine de jours , que l'avoine ait reçu une pluie ; il la retourne alors el la laisse encore en javelles pendant huit jours ; au bout de ce temps , il lie et rentre immédiatement l'avoine.

MM. Fiévet , à Masny, laissent l'avoine en javelles pendant plusieurs jours ; s'il vientj des pluies pendant ce temps , ils la retournent une ou deux fois , lient quand elle est tien sèche et rentrent aussitôt. M. Baucq , au Faux-Viviers, laisse son avoine en javelles pendant huit jours ; il la retourne le quatrième jour ; le huitième jour il la met en tou^ relies ^ c'est-à-dire qu'il place une botte debout, comme centre , et range tout autour dix autres bottes dont chacune est liée et se trouve, en outre , attachée aux autres par un lieu commun. A Cambray et à Valenciennes , on attend , en général , que Tavoine ait reçu une pluie pour la rentrer; cependant les bons cultivateurs se contentent de la laisser jeter son feu et la rentrent au bout de 10 ou 12 jours après l'avoir retournée une fois le huitième jour. Dans l'arrondissement d'Avesnes , le javelage trouve plus de partisans. On estime

beaucoup les avoines qui ont reçu une ondée; toutefois, nulle part, on attend obstinément la pluie pour rentrer. On croit que , passé trois semaines, les javelles étendues sur le sol perdent plus qu'elles ne gagnent à rester dans cet état ; tous s'accordent à dire que l'avoine javelée se bat plus facilement que celle qui n'a pas reçu d'eau , mais on ne trouve pas que le javelage lui donne plus de poids.

La récolte est mise en monts , comme pour le blé.

Le rendement de l'avoine est extrêmement variable dans les sept arrondissements du Nord : les chiffres suivants en feront preuve. Dans Tarrondissement de Dunkerque , les uns obtiennent 20 hectolitres par mesure de 44 ares; les autres, 30 à 35. MM. Anquié, près de Gra vélines, trouvent que Tavoine dégénère facilement dans leur exploitation ; aussi renouvellent-ils, chaque année, leur semence, en la faisant venir des terres basses de Guines et de Vieille-Église (Pas-de-Calais).

M. Weymel, àla Chapelle-les-Armenlières, récolte 140 hectolitres par bonnier (1 hectare 41 ^res 87 centiares).

M. Ducouvent a 80 hectolitres par hectare.

M. Broy, h, Cuincy, rëcolfe 30 hectolitres par rasière de 42 ares 92 centiares.

M. Gruyelle, à Coutiches, retire 25 hectolitres par rasière de 47 ares.

M. Baucq, au Faux-Viviers, obtient 30 à 40 heclol. par rasière de 47 ares 22 centiares*

A Rosult, M. Legrand récolte 40 hectolitres par Ix)nnier.

Enfin MM. Hamoir-Boursier , à Sautain , etBIanquet, deFamars, comptent, le premier, sur 1 5 hectolitres d'avoine, et le deuxième sur 1 8 hectolitres par mencaudée de 23 ares.

L'avoine est sujette au charbon, au miellat et à la rouille; on attribue généralement ces deux dernières maladies aux changements brusques de la température : le charbon est, dit-on, très-commun dans les années pluvieuses.

Battage et conservation des céréales.

Les céréales sont généralement battues au fléau dans le département du Nord ; ce n'est encore que par exception qu'on emploie des machines à battre. Ces dernières sont introduites depuis plusieurs années chez quelques grands cultivateurs; on en compte à peine une douzaine dans tout le département.

Deifrproee^dés sont en vigueur dans le Nord pour la conservation des céréales. Le premier consiste à mettre la récolte en meules tantôt rondes, tantôt carrées et terminées en toits; dans ce cas , les meules sont couvertes avec des paillassons en paille, fortifiés de distance en distance par des liens. Par le second procédé, on rentre la récolte dans des granges, et l'on transporte le grain au grenier, à mesure que les gerbes sont battues. L'une et l'autre méthode comptent de nombreux partisans; cependant on donne généralement la préférence aux granges sur les meules.

Le sarrasin ou blé noir.

On ne rencontre la culture du sarrasin que sur des parcelles de terrain extrêmement circonscrites. Les terres , en général , dans le département du Nord, ont trop de valeur pour être consacrées à un produit aussi mince et aussi chanceux. Les communes de Radies, prés Douay, Beuvry, près Couticïies, Rosult et Saint-Amand , dans l'arrondissement de Valenciennes, sont les seules qui m'aient offert ce genre de récolte; partout on réserve les sols les plus légers pour cette culture. On donne trois ou quatre labours qui ont pour but

d'ameublir le $ol , de le purger des mauvaises herbes et de réchauffer. Le premier labour après le déchaumage a lieu avant Thiver , il est de 135 millim.; le second se donne au printemps et ne pénétre qu'à 81 millim.; le troisième atteint 189 millim.; le quatrième labour ne fait qu'écroûter le sol. Entre chaque culture on donne un ou plusieurs hersages.

Les semailles ont lieu dans le mois de juin ; on répand la graine à la volée, dans la proportion de 90 litres par hectare, et on l'enterre à la herse. La réussite du sarrasin est entièrement subordonnée aux influences atmosphériques. Lorsque la terre a été convenablement préparée , les semailles bien exécutées, on n'a plus qu'à s'en remettre à la température. En général, on s'accorde à demander un temps sec pour la levée du sarrasin ; pendant le cours de la végétation, ou souhaite un temps alternativement chaud et pluvieux ; les grands vents, au moment de la floraison, font souvent avorter la fructification du grain. On récolte quand la plus grande partie des graines est mûre. La plante se coupe au piquet; on la laisse étendue sur le sol pendant plusieurs jours, ensuite on la met circulairement en petites moyettes, ou, ce qui se

pratique le plus souvent , on dresse de suite trois javelles sur le sol, en les écartant par le pied. On rentre quand la récolte est sulBsam-> ment sèche. La graine se bat au fléau ; la paille sert de litière. On obtient rarement plus de 1 6 à 20 hectolitres par bonnier; mais telle est Tinfluence de la température sur le succès de la récolte, qu'un retard ou une avance de huit jours dans la semaille établit une différence extrême dans les résultats : aussi personne ne compte-t-il sur un produit assuré dans la culture du sarrasin.

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