PLANTES TEXTILES
Lin.
Suivant qu'on cultive le lin de telle ou telle manièi^ , on en obtient deux produits diffé-* rents : du lin de gros ou du lin de fin.
Lin de gros.
Le lin de gros se place souvent après un blé de trèfle ou même après une avoine qui a suivi un blé ; tantôt encore on le sème après un chanvre ou des pommes de terre , tantôt après un trèfle ou sur une pâture rompue.
D'après Tépoque des semailles, on en distingue deux variétés : le lin de mars et le lin de mai.
Lin de mars. — Dans l'arrondissement de Dunkerque, après un blé ou une avoine, on ne donne qu'un seul labour de 162 mill. avant l'hiver ; à la fin de février ou dans les premiers jours de mars, lorsque la terre est bien ressuyée , on binote ( on laboure superficiellement ) pour échaufler le sol, on le laisse
ainsi pendant quatre jours ; après ce temps , on donne deux hersages suivis d'un tour de rouleau lorsque la terre a reçu un coup de soleil, on ploutre ensuite pour ameublir le sol ; toute façon cesse alors pendant quelque temps ; néanmoins , si les mauvaises herbes commencent à poindre, on les détruit par un trait de herse ; à quelques jours de là , on donne deux hersages avec la petite herse , et deux jours après on roule pour répandre bien également la semence.
M. de Powers, aux Grandes-Moïres , déchaume aussitôt la récolte d'avoine enlevée; il donne, au mois de novembre, un premier labour de 162 mill.; en mars ou même en février, si le temps et le sol le permettent, il laboure à 81 mill. , fait passer le plouf roir si la terre est encore motteuse, et herse à différentes reprises avant la semaille. Sur une pâture rompue, il déchaumed'abordà 54mill., puis il laboure à 189 ou 217 millim.^avant Vhiver ; dès le 1 5 février , il donne plusieurs hersages croisés, et souvent il sème à la fin du mois.
Dans l'arrondissement de Lille, M, Weymel, après un trèfle, laboure sa pièce eu une ou deux fois à 108 ou 135 mill. avant l'hiver, sui-
vant que le trèfle est propre ou sali par IfS mauvaises herbes ; au premier prinlemps, il attend que la terre soit bien ressuyée; il herse d'abord en long et en large avec une berse à dents très-écartées pénétrant à 54 mill.; il fait ensuite passer une petite herse à dents tréarapprochées, rondèle, herse, rondèle et herse encore, jusqu'à ce que toute la surface soit meuble comme des cendres, le fond restant ferme ; lorsqu'il furae son lin , il répand 1 00 kilogrammes de tourteaux et dix tonneaux de courte-graisse au cent de terre, quinze jours avant de donner les dernières façons.
Dans le canton d'Arleux, après avoir renversé le chaume d'avoine, on donne un labour de 217 à 271 mill. avant 1 hiver; au printemps, si les gelées ont été fortes, on ne donne pas de nouveaux labours, à moins que la terre n'ait été battue par les pluies; mais on herse à différentes reprises jusqu'à ce que la surface soit bien meuble; on aime que le fond soit ferme.
Dans le canton de Douay, sur un trèfle, plusieurs cultivateurs ne donnent qu'un seul labourde 81 à 108 mill pour retourner Téteule; tout le reste se fait à coups de herse et de rouleau dans le mois de mar9 jusqu'à ce que la
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surface soit parfaitement ameublie; quinxe jours où trois semaines avant les semailles , on répand cinq cents tourteaux de colza ou d'œillette en poudre par rasiére de 42 ares 92 centiares ; on croit que, s'ils étaient mis de suite sur le Un, ils le brûleraient. Plusieurs cultivateurs de cet arrondissement assurent qu'après des pommes de terre le lin a plus de longueur et de finesse,
A Flines, pays sablonneux renommé pour cette culture, le lin est mis sur un chaume de blé, de trèfle, sur une avoine ou sur du èhanvre; on dccbaume, on herse, puis on donne un labour de 81 à 108 mill.; en novembre, on charrie, par rasiére de 47 ares 22 centiares, 20 voitures de fumier consommé pesant chacune 1 ,500 kiL et Ton enterre Tengi^is par un labour de 217 mill. Au mois de mars, on répand 800 kilog. de tourteaux, moitié de colza et moitié de camomille, quatre jours avant de semer, et l'on herse à différentes reprises jusqu'à ce que la terre soit bien unie : on dit communémenf, ici, qu'il faut herser le champ de lin jusqu'à ce que le clou du cheval marque sur le sol ; les hersages doivent toujours avoir lieu par un temps sec; il est aussi d'expérience que^ si la terre est trop meuble,
les insecfes rongent le lin à sa levée, et Von s'expose à n'avoir qu'une mauvaise récolte.
Les semailles de lin de mars ont lieu^ en général^ vers la fin de ce mois, ce qui lui a fait donner son nom ; la graine, renouvelée tous les deux ans, est tirée de Riga.
Dans l'arrondissement de Dunkerque, on sème un hectolitre par mesure de 44 ares 4 centiares.
M. Weymel, à la Chapelle-les- Armentiéres, répand 3 hectol. 3/4 par bonnier de 1 hectare 41 ares 87 centiares.
Dans l'arroncnssement de Douay, on répand tantôt 1 hectol. par rasière de 48 ares, tantôt 90 litres par rasière de 42 ares 92 centiares.
A Coutiches, on met 1 25 litres par rasière de 47 ares.
A Flines, enfin, on emploie 175 litres par rasière de 47 ares 22 centiares.
Plusieurs cultivateurs enterrent la graine par un hersage très-léger donne quelquefois en croix, et roulent deux ou trois jours après, si le temps le permet. M. Cappon, à Vieux- Berquin, enterre le lin à la houe; à Flines, on recouvre la semence avec une herse à dents très-serrées; ce sont des hommes qui traînent l'instrument; le lendemain,. s'il fait beau, si
la terre a blanchi et s'est bien ressuyée, on donne un tour de rouleau. Dans le canton d'Armentiéres, aussitôt que le lin a atteint 27 milL de hauteur, on lui donne un premier sarclage. Pour cette opération^ des enfants ou des jeunes filles, placés de front sur une ligne, s'avancent à genoux, les pieds garnis de chaussettes en toile; ils arrachent à la main les mauvaises herbes, les laissent sur terre quand il fait sec, parce que le soleil les a bientôt desséchées; sinon, quand il fait humide, ils les déposent au fur et à mesure par petits tas, et, le soir, une personne munie d'une manne vient les enlever du champ : un contre-* maître surveille ce sarclage ainsi que celui qui suit assez sbûvent.
On récolte, en général, quand la tige et la capsule commencent à jaunir; maison n'attend pas que le lin soit tout à fait mûr, car alors la filasse serait de médiocre qualité, et la graine, bien que meilleure, comme semence, ne compenserait pas la perte qu'on éprouverait dans le produit principal. Le lin s'arrache à la main : dés que l'ouvrier en a une forte poignée dans chaque main , il les dépose en croix Tune sur l'autre sur le sol et poursuit son travail. On laisse le lin en javelles pendant
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vingt-quatre heures et on le met ensuite en chaineSy c'est à*dire que les têtes sont appuyées l'une contre l'autre, le pied étant écarté de manière à laisser un vide dans le milieu sur toute la ligne. Lorsque la graine est assez sèche pour qu'on puisse facilement la détacher avec l'instrument appelé masse ^ on lie le lin en bottes très-serrées contenant environ huit fortes poignées, et l'on dresse ces bottes en monts sur trois rangs : cette opération^ généralement usitée dans l'arrondissement de Lille, n'a lieu, dans les autres localités, que lorsque l'on craint le mauvais temps. Si la récolte n'est pas vendue à Tavance, on rentre le lin a la ferme quelques jours après qu'il est resté en monts ; on commence alors par délier les bottes pour les exposer au soleil pendant une couple d'heures, on détache ensuite la graine avec la masse , puis on lie le lin par bottes de 10 kilogrammes et on le porte au routoir. Pour le rouissage, les uns préfèrent les eaux dormantes; les autres, au contraire^ veulent une eau courante ; sur les bords de la Lys où l'on fait rouir une quantité considérable de lin, on aime que l'eau coule trèslentement. Dans le ^ays au bois ( arrondissement de Dunkerque ) et dans plusicwt eau-
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tons d'Hazebrouck, on emploie de préférence, pour le rouissage, Teau qui a déjà servi plusieurs fois à cet usage, et Ton trouve que plus elle est chargée, plus la filasse acquiert de poids et de douceur au toucher. En général^ la plupart des cultivateurs vendent leur lia sur pied, et, partant, n'ont point à s'occuper des embarras du rouissage : les frais d'arrachage et de dessiccation sont tantôt au compte de l'acheteur, tantôt au compte du fermier, La durée du rouissage varie suivant l'état de l'atmosphère et la qualité du lin. Si la récohe a reçu de l'eau pendant qu'elle était en chaînes ou en javelles , ce qui la fait noircir , il ne faut souvent que trois ou quatre jours pour que le lin soit roui ; dans le cas contraire , il faut souvent quinze ou vingt jours : on sait qu'une température à la fois chaude et humide accélère beaucoup le rouissage. Le petit nombre de cultivateurs qui, faute d'eau , font rouir leurjiu à la rosée se bornent à le laisser sur le sol et à le retourner le matin , tous les trois ou quatre jours ou même tous les jours, s'il pleut. On reconnaît que le lin est suffisamment roui quand 1 écorce se détache aisément en plaçant le brin en travers sur le doigt ; il faut alors le retirer de l'eau le plus promp-
tement possible^ car la fermentation altérerait ses qualités ; on le fait sécher indifféremment sur une pâture ou sur une terre à labour, en le dressant par petits paquets dont on écarte le pied. Far un beau temps , il suffit souvent de trois ou quatre jours pour sécher la récolte.
Le rendement du lin de mars varie beaucoup f suivant que l'année a été plus ou moins favorable.
Dans l'arrondissement de Dunkerque , on estime qu'un bon liii doit rapporter deux cent cinquante bottes de 1 kilog. 1/2 par mesure de 44 ares 4 centiares. M. de Powers, après avoine, obtient deux cent quatre-vingts bottés; M. Cappon, à Vieux-Berquin, dans l'arrondissement d'Hazebrouck, récolte cent vingt-cinq bottes par mesure de 37 ares.
Dans l'arrondissement de Lille, on obtient 600 kilog. de filasse et 12 hectol. de graines par bonnier (1 hectare 41 ares 87 centiares). Dans celui de Douay, on récolte depuis 1 50 jusqu'à 200 bottes de 1 kilogramme 1/2, et 2 hectol. de graines par rasiére de 42 ares 92 cent. A Flines , sur une rasiére de 47 ares 22 cent.^ on obtient jusqu'à 800 kilog. de filasse et 4 hectol. de graines.
Lin de mai. — Cette variété lire son iioin du mois pendant lequel on la sème; sa culture et sa récolte sont les mêmes ({uc celles du lin de mars, avec cette différence, cependant, qu'on sème un peu plus dru ; ainsi, là où Ton met un hectolitre de semence à la rasiére pour le lin de mars, on répand 125 litres pour celui de mai. En général, on ne lui donne qu'un seul sarclage; sa réussite est plus chanceuse que celle du lin de mars. Le lin est généralement regardé comme une récolte moins épuisante que les céréales et que les pommes de terre; quant à son retour sur la même pièce, les uns pensent qu'il ne doit revenir que tous les huit ou dix ans ; les autres, tous les sept ou huit ans; plusieurs, tous les cinq ou six ans; quelques uns veulent encore que le lin de mai puisse revenir tous les sept ou huit ans, tandis qu'ils n'admettent le retour du lin de mars qu'après un intervalle de douze ou quinze ans. La culture du lin , autrefois répandue dans tous les arrondissements du Nord, formait une des principales richesses du département, et était d'une grande ressource comme plante intercalaire dans les assolements. Les charges énormes que l'importation des fds anglais fait peser depuis plusieurs années sur cette bran-
che importante de l'agriculture ont cousidérablement restreint l'étendue des terres qu'on lui consacrait d'habitude. Depuis trois ans, le département du Nord réclame auprès des Chambres une modification dans le tarif des droits d'entrée sur les fils étrangers, modification sans laquelle la culture du lin disparaîtra infailliblement des rotations. Cet état de choses si fâcheux ne saurait durer plus longtemps sans compromettre gravement l'existence d'un grand nombre de petits cultir vateurs; il mérite l'attention sérieuse du gouvernement.
Lin de fin.
Le lin de lin se sème ordinairement après une avoine ou un chanvre à Saint-Amand, eanton renommé pour cette culture. On ne donne qu'un seul labour de 81 millim. avant l'hiver; au premier printemps, on se contente quelquefois de herser et de ploutrer, mais le plus souvent on laboure avec le louchet, à 162 millim. de profondeur, dés que la terre est suilisamment ressuyée. Dn répand alors 1,000 tourteaux de colza au bonnier (1 hect.
42 ares), ou bien 160 hectolitres de boues de ville, sur lesquelles on fait passer la herse
quelques jours après, c'est- à-dire du 15 au 30 mars; on répand la semence dans la proportion de 6 ou 7 hectolitres par bonnier, et l'on recouvre la graine par un léger hersage. Pour le lin de fin, on n'emploie jamais comme «emence que le lin de mai semé de tonne, c'està-dire celui qui provient immédiatement de la graine nouvelle de Riga, inécolt^e dans la première année de l'importation; on sarcle lorsque les plantes ont 27 millim» de hauteur.
Aussitôt après le saïc lage, on plunte à i mètre de distance^ dans le senvS de la longueur, des piqaets ou petites fourches <m bois destinées ii recevoir les maîtresses branches appelées mousquets^ et sur celles-ci on pose en travers les menues branches ou croisures à 487 mili.
l«e unes des auti^s ; toutes les branches conseil vent leurs rameaux. Les piquets s'élèvent À 84 iniliim« au-dessus du %o\; plus iis sont près ifc t«rre, mieux cela vaut; mais les fouixhes ne doivent jamais reposer sur le sol ; elles sont là pour soutenir le lin, qui, sans cet appui, verserait infailliblement par les pluies, ou même par les fortes rosées , dans une terre aussi en^ graissée. Lorsque le lin commence à bien jau* nir , on Tarradie à la main entre les bi^aachages; si le temps est beau, on retend pur
petites poignées sur ces mêmes branchages pendant vingt-quatre heures, après quoi on le met en tourelles. Cette opération consiste à placer circulairement au-dessus des croisures de petits piquets sur lesquels on appuie les poignées de lin sans les lier. Si le tem ps est mauvais, on lie les tourelles avec deux ou trois liens d'osier; le lin sèche dans cette position. Lorsque la dessiccation est suffisamment avancée , on lie par le pied la récolte en gerbes de 7 kilog. 1/2 environ, et on la transporte dans des bâtiments où elle est d'abord placée debout; de temps en temps on l'expose au soleil sans délier les gerbes. Quand la dessiccation est complète , on musse la graine, et les petits cultivateurs profitent de ce moment pour vendre ; en grande culture , on vend ordinairement la récolte sur pied.
A Hasnon, le lin de fin est ordinairement semé sur un blé de trèfle; cette place, dans la rotation, passe pour la meilleure.On déchaume, on herse, et Ton donne un labour de 1 35 mill. avant l'hiver ; on met quarante voitures de fumier, pesant chacune 1,750 kil., que Ton enterre à la charrue ; au printemps , on laboure au louchet à 217 mill. de profondeur, on ride , on sème 8 hectolitres de lin de tonne
par bonnier (1 hect. 42 ares), et I*on enterre la semence par un double hersage , dont le dernier s'effectue à bras d'homme; si le terrain est encore un peu motteux, après que la graine est semée, on rucquey c'est-à-dire on brise ces petites mottes avec un instrument destiné à cet effet.
Il y a trente ans , une récolte de lin de fin bien réussi rapportait plus que la valeur du fonds: on en obtenait jusqu'à 5,000 fr. par hectare; aujourd'hui, elle ne rend plus que 3,000 fr, ; les frais s'élèvent à 1 .200 fr. Le lin de fin, dans les terres douces et les bons sables, peut revenir tous les quinze ou vingt ans; dans les terres fortes, son retour ne doit avoir lieu qu'après un intervalle de quarante ans, c'est pourquoi les gens du pays disent proverbialement que celui qui a semé du lin de fin dans une teire forte ne doit plus en revoir une seconde fois sur la même pièce.
Chans^re.
Le chanvre tient souvent lieu de la jachère dans le département du Nord; on le place après du blé ou de l'avoine pour nettoyer la terre, quelquefois aussi on le sème sur un trèfle rompu. Partout on réserve, pour cette
r^Ue^ les terrains bas, les sols tourbeux et les bonnes terres légères , riches en humus : les années chaudes et humides lui sont très-favorables. La culture du champ varie suivant les localités.
A Watten , après un blé ou une avoine , la terre reçoit deux labours : le premier en décembre ou janvier , et de toute la profondeur d'un fer de louchet (325 ou 352 mill.); le second se donne en avril à 162 millim.; on met, par mesure de 44 ares, trois bacota de fumier de vache, pesant 12,000 kil. , et on laisse reposer la terre pendant huit ou quinze jours; on passe ensuite la herse et le rouleau avant de semer.
Dans le canton de M archiennes , on donne deux labours avant l'hiver : le premier de 54 millim. pour déchaumer, le second de 135mill.;ausortirderhiveryOndonned'abord deux labours de 81 mill. , puis un troisième de 162 mill., entremêlés, chacun, de plusieurs hersages , et Ton ploutre le terrain quinze jours ou trois semaines avant de semer; on charrie, par hectare, quarante voitures de fumier bien consommé que l'on enterre par un quatrième labour : des hersages et des loulages précèdent la scmaille.
A Fîmes, après le déchaumage, on herse et Ton donne un labour de 162 à 189 mill.; après l'hiver, on herse, on donne un labour de 217 mill. suivi d'un hersage, on applique, par rasiérede 47 ares, vingt-cinq voitures de fumier pesant chacune 1,500 kilog. , on enterre l'engrais par un labour de 162 mill., on herse , on répand ensuite 75 hectolitres de courte-graisse, et, avant de semer, on donne un dernier labour de 108 mill.
Enfin, à Saint-Amand, après blé ou avoine, on déchaume et on laboure à 108 mill., pour passer l'hiver. Au printemps , on herse , on conduit par bonnier (120 ares 72 cenliares) cinquante voitures de fumier le plus consommé possible , ou bien quinze à seize voitures de boues de ville; on enterre le tout par un labour de 81 millim. suivi d'un hersage avant de semer.
L'époque la plus ordinaire des semailles est depuis la fin d'avril jusqu'à la fin de mai.
A Watten, on répand uxi hectolitre par mesure de 44 ares, et on l'enterre à la herse dans les champs ; mais, sur les bords tourbeux de TAa, on l'enfouit en piochant le sol h la houe : cette opération a pour but de soulever la terre et de détruire les mauvaises lier-
hrs cjui y poussent aver une grande énergie.
Dans le canton de Marchiennes, on met un hectolitre par hectare sur lahour frais, et Ton enfouit la semence par un hersage croisé.
A Flines , ou ne répand que 60 litres de semence par mesure de 47 ares ^ et on l'en-»
terre par un double hersage suivi quelquefois d'un tour de rouleau, s'il fait une grande sécheresse; mais cette opération est regardée comme un mauvais présage, car, ici, on préfère que le terrain soit molteux : on n'emploie jamais que la semence de la dernière récolte. A Saint-Amand , les semailles ont lieu au commencemen t de j ui n ; on répand 260 litres par bon nier, et l'on enterre la semence à la herse. Partout, jusqu'à la levée du chanvre, on fait garder la pièce par un enfant souvent armé d'une crécelle, afin de préserver la récolte des dégâts des oiseaux. Là se bornent tous les soins à donner au chanvre pendant sa végétation. Quand les pieds mâles , appelés improprement femelles dans toutes les localités , ont jeté leur poussière fécondante , on les arrache à la main ; les pieds femelles sont récoltés lorsque les graines inférieures sont mûres et que les feuilles commencent à jaunir , ce qui arrive dans le mois de septembre.
L'expérience a prouvé que, si on laisse le chan* vremâle sur pied après rémission du pollen, les plantes se dessèchent et perdent leur qualité. La récolte arrachée, quelques-uns la laissent pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures en javelles jusqu'à ce que les feuilles soient tombées , ils la lient ensuite par petites bottes prés des têtes et la dressent sur le sol en TécarCant du pied, pour que les graines achèvent de mûrir; les bottes sont recouvertes d'un chapeau formé avec les débris de tiges qu'on a ramassés avec le râteau, elles restent trois ou quatre semaines dans cette position. D'autres, après avoir lié les bottes de chanvre au pied et à la tête en serrant celle-ci le plus fortement possible, font des monts composés, pendant la première quinzaine, de dix à douze bottes , et, pendant la seconde quinzaine, de vingt bottes placées en cercle et recouvertes d'un chapeau. Lorsque la dessiccation est complète, on bat les têtes au fléau, pour en extraire la graine, puis on soumet le chanvre au rouissage. En général, on vend la récolte sur pied, le battage de la graine est aux frais de Tacheteur : les petits ménagers de Flines livrent leur chanvre peu de temps après l'avoir récolté; mais ils conservent la graine chez eux,
jusqu'à ce que le prix de la livraison leur ait ëté payé; on leur impose , comme obligation dans les marchés, de conduire le chanvre jusqu'à l'endroit où le rouissage doit s'effectuer. Celte opération, qui peut avoir lieu de deux manières, de même que pour le lin, se fait presque toujours dans l'eau; sa durée, variable suivant la température, peut être de quinze jours à six semaines ; elle s'exécute en octobre, novembre, et quelquefois même jusqu'en décenîbre. Dés cjue le chanvre a roui suffisamment , on le retire de l'eau , on le dresse sur le sol pour le faire sécher; une fois sec, on le rentre pour le vendre brut ou le travailler pendant l'hiver. A Wandignies, le chanvre mâle est broyé, les pieds femelles sont écorcés à la main.
Le rendement du chanvre n'est pas le même partout.
A Waften , on récolte 780 kilogrammes de filasse et 6 à 8 hectolitres de graines; à Wandignies, on obtient 15 à 20 boites de filasse pesant chacune 13 kilogrammes et 15 à 20 hectolitres de graines; à Fiines , le chanvre bien réussi donne 200 kilogrammes de filasse par 1/2 hectare; à Saint-Amand, un bonnier de chanvre rapporte 800 fr. dans les bonnes
années. Dans ce canton , on cultive une variété particulière de chanvre connue sous le nom de chambre de Russie: sa tige, plusgrosse, s'élève plus haut que l'autre variété , mais elle rend moins de graines , et sa filasse est plus grossière ; on la sème le 1 5 de mai ; il faut renouveler sa semence chaque année , sana quoi elle dégénère.
Suivant les uns, le chanvre fumé peut revenir tous les ans ; suivant les autres, tous les deux, trois ou quatre ans.