‹ Agriculture généraleChapitre 10 sur 86 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

CLIMATS DE l' ALGERIE.

Productions correspondantes.

Si de la Corse nous passons en Algérie après avoir traversé la Méditerranée dans la direction du sud nous gagnons, sur les côtes d'Afrique, le 38® degré de latitude. Nous sommes à 1 1 degrés plus au sud que Paris, c'est-à-dire à 275 lieues. Avant d'analyser les principaux climats de l'Algérie, il est indispensable d'entrer dans quelques détails de statistique pour avoir une idée approximative des ressources et des richesses naturelles du pays. On désigne sous le nom de Tell l'ensemble de toutes les terres cultivables et habitables par les Européens. Le Tell représente une bande de terrains parallèle aux côtes de la Méditerranée; son étendue est de 14 millions d'hectares, ce qui équivaut à la surface de 24 ou 2 5 départements. La longueur du Tell, de la Tunisie au Maroc, est de 1,000 à 1,100 kilomètres; sa largeur est assez variable; elle est de 100 à 120 kilomètres à l'ouest, de 70 à 80 au centre et de i5o à l'est. Alger se trouve à peu près à moitié chemin de la Tunisie au Maroc. On compte 418 kilomètres d'Alger à Oran.

Le Tell comprend de grandes plaines, de belles vallées, des plateaux et des montagnes de moyenne altitude dans le Sahel et dans les premiers contreforts de l'Atlas

Le Sahel est une petite chaîne qui longe la Méditerranée dans les provinces d'Alger et d'Oran; elle ne dépasse pas l'altitude de 402 mètres. Les montagnes de l'Atlas présentent des altitudes qui varient de 1,000 mètres à 1,640 mètres. Il n'y existe conséquemment aucun glacier, aucun sommet où la neige puisse persister longtemps pendant l'hiver. Aussi, les rivières qui descendent de l'Atlas ont un débit qui diminue considérablement au printemps et en été, dès que les pluies cessent de tomber dans les montagnes.

On distingue cinq climats généraux en Algérie, en se basant sur les observations météorologiques recueillies dans les diverses stations de la colonie. Le service météorologique, confié à des officiers du génie, est parfaite ment organisé. Pour un grand nombre de localités, il est facile d'être exactement renseigné sur le régime des pluies et des vents, sur les minima et les maxima de température et les autres météores qui ont une action sur les cultures.

Les cinq climats de l'Algérie sont :

1° Le climat maritime.

2° Le climat des contrées montagneuses du Tell.

3^ Le climat des hauts plateaux.

4° Le climat saharien.

5** Le climat mixte des hauts plateaux de la province de Constantine.

Climat maritime.

Il offre de grandes analogies avec les parties les plus chaudes du climat provençal et du climat maritime de

la Corse. On y reçoit autant de chaleur, de lumière, de vents et de pluies hibernales, et on y souffre des mêmes sécheresses pendant Tété. Les minima descendent rarement au-dessous de zéro. C'est la région des orangers et de l'eucalyptus globulus. En été, les maxima atteignent 27** ou 28"*. Tel est le climat des villes du littoral; d'Alger, d'Oran, de Blida, de Philippeville et de Bone dont les altitudes sont de 1 5 mètres, 70 mètres 100 et 140 mètres. Sous ce climat, le dattier acquiert de belles dimensions comme arbre, mais il ne fait pas assez chaud pour que ses dattes parviennent à maturité. On y cultive, comme primeurs destinées à l'exportation, des artichauts, des petits pois, des haricots et des raisins précoces. .

Généralement chaque exploitation entretient un verger composé d'orangers, de mandariniers et de citronniers ; on en obtient des fruits en abondance quand on est en mesure de les fumer et de les arroser largement. Sur les terres fertiles de la Mitidja, les cultures les plus importantes sont celles de la vigne et du froment. On fait aussi du lin d'hiver pour sa graine. Les prairies artificielles et naturelles, rares dans les provinces d'Alger et d'Oran, occupent plus d'espace dans la province de Constantine. Les herbes spontanées des chaumes poussent vigoureusement sous l'influence des pluies d'automne. Elles sont d'une grande ressource pour l'alimentation des animaux en hiver et au printemps; ces herbes sont consommées sur place ou séchées et converties en foin qu'on désigne sous le nom de foin de chaume. La luzerne bien arrosée rend beaucoup, néanmoins cette culture est très restreinte. On préfère appliquer les arrosages à des produits d'une plus grande valeur.

AGRICULTURE GENERALE. Sy

Climat des contrées montagneuses du TelL

Il est plus froid et plus chaud que le précédent. Les minima de température tombent souvent à — 5° et les maxima s'élèvent à + 32**. C'est le climat de Tlemcen à 800 mètres d'altitude, de Miliana à 740 mètres, de Médéa à 900 mètres, de Constantine à 600 mètres, de Teniet-el- Had et de Tebessa à 1,000 mètres. Ce climat est trop froid pour Toranger, mais il convient très bien au froment, à l'orge, à l'avoine, à la luzerne. La vigne, l'olivier et l'amandier s'en accommodent parfaitement. On y récolte en outre la figue de Barbarie (cactus opuntia) et tous les fruits des régions tempérées, savoir, les pommes, les poires, les prunes, les cerises et les abricots.

Climat des hauts plateaux ou de la steppe.

Les hauts plateaux de l'Atlas comprennent 1 1 millions d'hectares à des altitudes qui dépassent généralement 1 ,000 mètres. Djelfa est à i , 1 5o mètres et Geryville à i,36o. C'est une région de pâturages occupée seulement par des tribus nomades. Les Européens supporteraient difficilement ce climat extrême à cause des écarts considérables de la température dans la même journée. En hiver les minima tombent à 6° ou 7** audessous de zéro ; en été, le thermomètre atteint 37° et 38°. Beaucoup de ces terrains produisent de l'alfa

qu'on recueille et qu'on exporte en grande partie en Anglete*rre pour la fabrication du papier.

Climat mixte des hauts plateaux de Constantine,

Il participe du 2® et 3« climat, c'est-à-dire du climat des parties montagneuses du Tell et de celui des hauts plateaux. Les productions sont celles qui correspondent à l'un ou l'autre des deux climats en question.

Climat saharien.

On n'est pas d'accord sur l'étendue du Sahara; les uns la disent de 45 millions d'hectares, d'autres la réduisent à 18 millions. L'étendue totale de l'Algérie serait donc de 14 millions d'hectares pour le Tell, de 1 1 millions pour les hauts plateaux et 45 millions pour le Sahara, ce qui ferait en tout 70 millions. Suivant M. Macès on ne devrait compter que 60 millions, superficie supérieure à celle de la France qui n'atteint pas 53 millions d'hectares.

Le climat saharien est le plus froid et le plus chaud des cinq climats de l'Algérie. Les minima oscillent entre 7° et 8** au-dessous de zéro et les maxima s'élèvent et se soutiennent souvent à 45° et 5o° au-dessus de zéro. C'est la région des oasis, c'est-à-dire des forêts de palmiers. Le palmier dattier (phœnix dactylifera) est l'arbre providentiel des régions désertiques. On ne le

cultive que dans les endroits abondamment pourvus d'eau pour l'arrosage des arbres pendant 4a saison chaude. On dit vulgairement que le dattier doit avoir le pied dans l'eau et la tête dans le feu. Il y a généralement 100 dattiers par hectare. On calcule à Biskra qu'il faut 100 mètres cubes d'eau par arbre, ce qui fait 10,000 mètres par hectare. Cette eau se prend le plus souvent dans des rivières souterraines qu'on fait remonter à la surface par des barrages. A l'aide de sondages on va chercher à de grandes profondeurs des nappes jaillissantes qui servent à l'arrosage des dattiers. Un arbre en plein rapport donne, en moyenne, 72 kilogrammes de dattes, soit par hectare 7,200 kilogrammes. C'est une production d'environ i ,5oo francs par hectare. Le dattier résiste à des froids de 7** à 8° qui tueraient l'oranger, et il exige pour mûrir ses dattes une série de températures élevées (45° à So»). Dans le Sahara on ne peut conserver d'orangers qu'à l'abri des dattiers- Dans les oasis c'est encore sous les dattiers que les indigènes produisent des légumes et quelques parcelles de céréales.

Outre les productions végétales particulières à chaque climat, l'Algérie élève et entretient un nombre considérable de moutons, de bétes à cornes et de chevaux.

Les races d'Afrique sont petites et vigoureuses. Les moutons font exception ; par leur poids et leur taille ils se rapprochent des bons moutons français. Les che^ vaux de Sétif ont de la taille et beaucoup de vigueur; ce sont de bons chevaux de selle. On les emploie très peu aux travaux des champs. Les bœufs arabes sont petits et trop faibles comme bétes de trait. La petite race de Guelma, basse sur jambes et bien conformée, est appréciée pour ses qualités laitières et son aptitude à l'engraissement. Les animaux de trait des colons sont d'ori-

gine européenne; on a eu recours à la race charolaise pure ou» croisée pour les bœufs de trait, et à de forts chevaux ou à de grands mulets achetés en France pour les gros transports et les travaux aratoires qu'il était impossible d'exécuter avec les bêtes indigènes. Les colons ne sont pas dans des conditions favorables à l'élevage; les fourrages naturels ou artificiels sont peu abondants et difficiles à produire régulièrement. Les Arabes, mettant à profit un système pastoral pratiqué en toute saison par les déplacements périodiques du Tell aux hauts plateaux, se livrent à l'élevage du mouton et des bêtes à cornes dans des conditions exceptionnelles d'économie, puisqu'il se fait au pâturage sans aucun frais de construction et d'alimentation à l'étable. Le colon qui dispose de pâtures par les herbes spontanées de ses chaumes, engraisse, en hiver, les moutons et les bêtes à cornes qu'il achète à de bonnes conditions quand les pasteurs arabes sont obligés de diminuer les effectifs de leurs troupeaux. Il reste encore de grandes étendues de terre à mettre en valeur en Algérie et en Tunisie. Les défrichements pour la culture de la vigne prendraient plus d'extension, si la colonie attirait plus d'Européens se livrant à l'exploitation du sol.

Populations diverses de V Algérie,

En 1881 on comptait en Algérie :

1 56. 365 Français.

Page 1