CLIMATS DE LA CORSE
Leur influence sur les cultures et les végétaux spontanés,
La Corse est un vaste département (874,710 hectares), très montagneux. On peut dire que les neuf dixièmes de sa surface sont en montagnes. Qu'on retranche de sa superficie totale la plaine orientale et un petit nombre de vallées étroites, tout le reste est en montagnes aux pentes abruptes et rocheuses. Les terres incultes ou incultivables connues sous le nom de maquis occupent un étendue de 348,809 hectares. De magnifiques forêts prennent des surfaces considérables. Les cultures, qui sont principalement celles de la vigne, de l'olivier, des céréales et du châtaignier, n'occupent qu'une faible partie du département. Il faut savoir que beaucoup de terrains dépassent l'altitude de 600 et 700"^ qui sont en Corse les limites des végétaux cultivés. Il y a plusieurs chaînes de montagnes d'une grande hauteur qui parcourent l'île dans le sens de sa longueur. Les trois montagnes principales sont le Monte-d'Oro à l'altitude de 2653™, le Monte-Rotondo à celle de 2764" et le Monte-Cinto à celle de 2816". Rappelons que 820" d'altitude ramènent à un climat situé à 25o lieues plus au nord. On peut dès lors deviner qu'on retrou-
AGRICULTURE GENERALE. 5i
vera en Corse tous les climats de la France et ceux des contrées les plus septentrionales de TEurope.
A^utour du golfe d'Ajaccio, on jouit du climat provençal, aussi doux, aussi ensoleillé l'hiver que le climat de Nice et de Menton. On y cultive avec succès Toranger, le citronnier et le cédratier dans les endroits abrités du mistral et bien pourvus d'eau.
A l'altitude de 5oo à 600°* on vit sous un climat analogue à celui de la Bourgogne, favorable à la vigne, à Tolivier et aux céréales, à Torge principalement. La troisième zone appartient aux châtaigniers et aux forêts; la quatrième zone, oîi les hivers sont longs et rigoureux, n'offre que des bois et des pâturages alpestres. La neige y persiste pendant 5 à 6 mois.
C'est dans cette région élevée qu'on rencontre les belles forêts de Laricio et de hêtres. Le pin maritime, le chêne vert et le chêne-liège afifectionnent au contraire les régions plus basses et plus chaudes. Les maquis de cette zone basse se composent essentiellement de lentisques, de myrthes, d'arbousiers, de chênes verts, de cistes et de phillyréas. Sous le climat d'Ajaccio le thermomètre se maintient souvent au-dessous de zéro. On ne compte à Ajaccioqùe 48 jours de pluie; il tombe davantage d'eau à Bastia et sur toute la côte orientale.
Les vents de mer causent beaucoup de mal aux cultures de la Corse. Le mistral, vent du nord, ravage la côte occidentale en hiver par sa violence et sa tempécrature glaciale. Le libeccio, vent du sud-ouest, sévit avec une violence extrême sur la côte orientale. Enfin le sirocco ou vent d'Afrique dessèche les plantes et les fruits, en été et en automne; on le redoute surtout à l'époque de la maturité du raisin.
Les terres basses, qui sont les plus fertiles et les plus faciles à cultiver, sont malheureusement insalubres.
La malaria y règne pendant toute la durée de la saison chaude. Il faut les abandonner sous peine d'y contracter une fièvre mortelle, et chercher à la montagne un air plus frais et plus pur. Ces émigrations périodiques jettent un grand trouble dans les travaux de la culture. Le vent, la malaria et le banditisme sont, dit-on, les trois fléaux de la Corse. Il est certain qu'elle jouit d'un beau climat et d'un sol facile à féconder par le travail. Ce serait un pays plein de ressources et agréable à habiter, s'il n'avait pas tant à souffrir de la malaria et du banditisme. La Corse est au nombre des départements les moins peuplés. Sa population est de 262,701 habitants, ce qui fait 39 habitants par kilomètre carré ; il y en a 68 pour l'ensemble de la France. Pendant l'hiver, les travaux les plus pénibles sont effectués par des Italiens de l'ancien duché de Lucques.
Les principales cultures de la Corse sont, nous le répétons, celles du froment, de l'orge et de la vigne. On rencontre aussi quelques champs de luzerne et des prairies naturelles sur les rives de certaines rivières. Quelques terrains privilégiés et bien abrités produisent des oranges, des citrons et des cédrats. La Balagne possède de vastes olivettes dont on tire de l'huile d'excellente qualité. Aux moyennes altitudes de l'arrondissement de Corte on admire des châtaigniers séculaires, dont les châtaignes constituent une précieuse ressource pour l'alimentation des hommes et des animaux.
Les animaux vivent en plein air toute l'année; chevaux, bêtes à cornes, moutons, chèvres et porcs trouvent leur nourriture dans les maquis et les terres incultes. Le cheval seul jouit parfois d'une petite écurie. Ces races soumises à une alimentation irrégulière et peu abondante sont restées petites et à moitié sauvages. Les chevaux se montent et s'attellent à des voitures légères. On
ne s'en sert pas pour les travaux des champs : on les trouve trop petits et trop faibles.
Les principales essences forestières sont le hêtre et le" pin Laricio pour les fortes altitudes, le pin maritime, le chêne vert et le chêne-liège pour les zones plus basses et plus chaudes. L'eucalyptus globulus se plaît et réussit dans la région des orangers, pourvu qu'on le place dans des alluvions fraîches et fertiles.