‹ Agriculture généraleChapitre 19 sur 86 · PROPRIÉTÉS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS PHYSIQUES

Perméabilité,

L'atmosphère et le sol doivent fournir aux plantes toute Peau nécessaire à leur développement. C'est le sol qui doit donner la partie la plus importante. La plante meurt quand le sol devient trop sec ; elle souffre et finit même par périr quand le sol contient longtemps une trop grande quantité d'eau. Nous entendons parler de la plupart des végétaux cultivés ; on sait que le riz et certaines espèces aquatiques exigent au contraire un sol constamment humide et rempli d'eau. Un sol frais, ni trop sec, ni trop humide, est celui qui convient aux plantes les plus importantes de la culture.

L'eau qui tombe sur le sol coule à la surface, ou s'infiltre dans son épaisseur en le traversant et en gagnant le sous-sol et les autres couches sous-jacentes. Dans le premier cas, le sol est dit imperméable; dans le second il est qualifié de perméable à l'eau. Ces qualités opposées impriment à l'agriculture locale un cachet spécial qui frappe l'attention des esprits les moins curieux et les moins observateurs. Les contrées perméables comme la Beauce et le Berry forment un contraste frappant avec les contrées imperméables, telles que la Sologne et le Perche. Après une forte pluie, les régions imperméables offrent partout des flaques d'eau, des che-

mins et des fossés pleins d'eau, des cultures souffreteuses par suite d'un excès d'humidité, des travaux en retard, conséquence de l'état boueux du sol. Au contraire, dans les régions perméables les traces de la pluie disparaissent immédiatement, l'eau traverse le sol comme un filtre, les cultures profitent de la pluie au lieu d'en souffrir; on sème de bonne heure au printemps, et le sol, prompt à se ressuyer, se laboure et se façonne en tout temps et quelques heures après la pluie.

La perméabilité, dont on comprend maintenant toute l'importance, est due à la division moléculaire du sol. Le sol pierreux, ou graveleux, à l'exclusion de particules impalpables, montre la perméabilité à sa plus grande puissance. Il absorbe instantanément toute l'eau tombée à sa surface.

Le sol composé exclusivement de particules impalpables s'imbibe d'eau ; mais une fois gorgé d'eau, il s'oppose à sa circulation et ne laisse, pour ainsi dire, rien filtrer dans le sous-sol. On réalise dans ce cas l'imperméabilité la plus complète et la plus absolue.

L'analyse physique du sol consiste à séparer par des lavages et la décantation les particules palpables des particules impalpables; les particules palpables autres que les pierres sont des grains qui ont passé dans un tamis dont les mailles ont i/io de millimètre. Ce qui ne passe pas dans ces mailles fait partie du lot pierreux. Ces pierres plus ou moins grosses jouent le rôle de corps inerte dans la masse du sol. Leur influence est à peu près nulle sur l'alimentation des végétaux et sur la circulation de l'eau dans le sol.

Nous avons donc à considérer les proportions de sables et de parties impalpables. Ces dernières ferment les interstices du sable dans une mesure qui varie avec les proportions respectives de ces deux lots.

L'imperméabilité est réalisée quand il y a 3o parties d'impalpable pour 70 de sable. La perméabilité reparaît et se montre d'autant plus active que l'impalpable devient de moins en abondant.

Ténacité.

La ténacité du sol s'entend de la résistance qu'il oppose à l'action des instruments aratoires. Cette propriété est du plus grand intérêt pour l'agriculteur; elle a pour effet, suivant son degré d'intensité, d'augmenter dans d'énormes proportions les frais de la culture. Les terres non tenaces se labourent en tout temps avec un seul cheval, tandis que les terres compactes, contenant une forte proportion de particules impalpables, demandent 2, 3 et 4 chevaux pour le même travail et ne sont pas abordables en toute saison.

La ténacité, due à la finesse des particules terreuses, se rattache par des liens étroits à l'imperméabilité du sol.

Les sols tenaces sont aussi classés parmi les terres imperméables, de même que les sols les moins tenaces font partie des terres perméables; ce sont les terres qu'on désigne communément sous le nom de sables.

Parmis les terres imperméables on constate différents degrés de ténacité, suivant la composition chimique des particules impalpables. La ténacité est faible quand l'impalpable est composé exclusivement de carbonate de chaux; elle atteint son maximum pour l'impalpable composé d'argile, de sesquioxyde de fer, et pour les mélanges d'argile et de carbonate de chaux.

Les terres les plus tenaces sont celles qui sont argi-

leuses, ferrugineuses, marneuses, argilo-calcaires et calcaires-argileuses.

Une forte dose de carbonate de chaux et de magnésie avec une faible proportion d'argile et de sesquioxyde de fer donne un sol compact, invariable sous l'action de la chaleur et moyennement tenace. Quand Targile et le calcaire sont dans les mêmes proportions, le sol est très compact, se crevasse et se durcit par la dessication, et il devient très tenace, parfois inattaquable par les instruments.

Beaucoup d'argile et peu de carbonate de chaux produisent un sol rès compact, très tenace, et se contractant par la dessication.

La perméabilité et la ténacité sont, parmi les propriétés physiques du sol, celles qui intéressent le plus l'agriculteur et qu'il examine avec le plus d'attention ; il les désigne par des expressions qui les peignent en un seul mot. Il nomme terres fortes celles qui sont tenaces et imperméables, terres légères celles qui sont perméables et non tenaces; les terres franches sont moyennement tenaces et moyennement imperméables- Mais quand on veut déterminer avec précision le degré de ténacité et de perméabilité d'un sol, il faut le soumettre à l'analyse physique pour déterminer exactement ^leur teneur en sable et en parties impalpables.

Les terres qui contiennent moins de 3o % d'impalpable se rangent parmi les sols plus ou moins perméables et d'une ténacité plus ou moins faible, suivant la proportion de sable.

Les terres qui ont plus de 3o pour % d'impalpable sont toujours imperméables. Quant à leur ténacité, elle est subordonnée aux proportions respectives de carbonates de chaux et de sesquioxydes d'alumine et de fer.

C'est par Tanalyse chimique qu'on détermine ces proportions.

Des terres dépassant 3o % d'impalpable ne sont pas tenaces si le carbonate de chaux et de magnésie entre pour une forte proportion dans cet impalpable.

Pour un même sol la ténacité varie énormément avec son degré de dessication ; tel sol facile à labourer à l'état de fraîcheur devient dur comme la brique et inattaquable par la charrue quand, par TefFet d'une sécheresse prolongée, il s'est fortement desséché et crevassé. On est forcé d'attendre la pluie pour y mettre la charrue.

Certaines terres marneuses offrent une compacité et une ténacité telles, qu'il est impossible de les ameublir par la charrue, la herse et le rouleau. Il n'y a que la gelée qui les divise, les ameublit et les met dans l'état convenable pour les ensemencements de printemps; les gelées opèrent sur ces terrains une division extrême très favorable au développement des plantes. La compacité du sol est funeste aux cultures. Tout bon sol est perméable à l'eau et à l'air, deux conditions à remplir pour faciliter les réactions qui fournissent aux plantes les aliments dont elles ont besoin.

Dans ce qui précède nous avons supposé avoir affaire à des surfaces à peu près horizontales. Dans ce cas, les eaux pluviales pénètrent les sols perméables et passent dans le sous-sol en plus ou moins grande quantité, suivant l'aptitude plus ou moins forte du sol à retenir l'eau. Il y a un grave inconvénient à ce que le sol soit lessivé par les eaux pluviales; les eaux d'infiltration emportent dans le sous-sol les parties solubles du sol, celles qui précisément devaient servir à l'alimentation des plantes cultivées. Nous verrons plus loin comment on peut en partie atténuer cette déperdition par rem-

ploi des labours profonds et par les cultures des plantes à racines pivotantes.

Gasparin estime que l'inclinaison des terres cultivables ne devrait pas dépasser un angle de 2^5 5 correspondant à une pente de o™,o5 par mètre. Dans la pratique, on trouve des champs où la pente est beaucoup plus considérable. Dans les pays de montagne, on en voit qui atteignent Tinclinaison de 45®. Il faut que ce soit des terres fortes; les terres légères seraient ravinées et précipitées dans la vallée à la première pluie. Les forêts occupent des pentes qui parfois dépassent Tinclinaison de 45°. On voit dans les régions montagneuses des arbres, comme le chêne vert, s'accrocher et végéter sur des pentes abruptes et sur des rochers à pic. J'en ai rencontré maints exemples dans les montagnes des Alpes et de la Corse. Il n'en est pas moins vrai qu'il y a de graves inconvénients à cultiver des terres fortement inclinées, surtout si leur imperméabilité permet aux eaux pluviales de couler à la surface. Ces eaux ravinent le sol, les parties meubles sont portées au bas du champ, la terre végétale s'y accumule au détriment de la partie supérieure oîi le sol diminue constamment d'épaisseur. En même temps, les parties solubles des engrais, charriées par les eaux, enrichissent le bas des champs au préjudice des parties hautes. Si on veut maintenir et régulariser la fertilité de toute la surface, il faut constamment transporter dans la partie supérieure les terres descendues à la partie inférieure. Cette pratique, suivie dans beaucoup de localités, impose des frais de main-d'œuvre et d'attelage qu'on n'a pas à supporter sur les surfaces faiblement inclinées. Tous les travaux de culture s'exécutent avec plus de difficultés sur les terres en pente. L'horizontalité parfaite, acceptable en sol perméable, aurait pour les terres imperméables l'inconvé-

i3o AGRICULTURE GENERALE.

nient de nuire à régouttement et à Tassainissement des champs. Les cultures y souffriraient d'un excès d'humidité à Pépoque des pluies.

Le sol perméable reposant sur un sous-sol perméable laisse passer sans obstacle les eaux pluviables dans les couches souterraines. Cest un désavantage dans le Midi et dans les régions privées de pluies estivales. On aime au contraire ces sortes de terrains sous les climats humides où Ton reçoit de la pluie régulièrement pendant toute Tannée. On montre, en Bretagne, àRoscofif, et en Belgique, à Gand, des cultures horticoles très prospères sur des sables excessivement perméables qui ne sont pas arrosés autrement que par les eaux du ciel sous forme de pluie et de brumes. Le sol perméable repose parfois sur un sous-sol imperméable. Cest un avantage dans le Midi; Thumidité du sous-sol remonte dans le sol et vient en aide aux cultures. Cette eau en réserve est précieuse pendant les périodes des sécheresses. Les terres sablonneuses qu'on cultive avec tant de profit dans les dunes des environs d'Alger doivent leur fécondité aux nappes souterraines du sous-sol.

Dans la zone tempérée de la France, le sol perméable couvrant un sous-sol imperméable souffre d'un excès d'humidité; il est indispensable de faire abaisser le plan d'eau par le drainage ou par des fossés d'assainissement. Les terres de la Brie se trouvaient dans cette situation ; les cultures avaient à y souffrir de l'imperméabilité d'un sous-sol argileux plus ou moins encombré de meulières. Le drainage à remédié à cet état de choses , en faisant abaisser les eaux qui nuisaient aux plantes et qui gênaient les opérations de la culture.

Sur les surfaces fortement inclinées et imperméables par la nature du sol ou du sous-sol, les eaux pluviales

AGRICULTURE GENERALE. i3i

s'écoulent avec vitesse en suivant les lignes de plus grande pente. On éprouve alors tous les inconvénients du ravinement ; les terres meubles et les engrais de la hauteur vont se perdre au fond de la vallée, laissant à nu et stérilisant les terrains des niveaux les plus élevés.

Le boisement est généralement la meilleure destination à donner à ces surfaces déclives sujettes au ravinement. Les essences ligneuses se plaisent dans de telles conditions ; elles n'y souffrent Jamais d'un excès d'humidité ; elles favorisent l'imbibition des eaux pluviales dans le sol ; elles en retardent la descente dans la vallée par l'effet de leurs feuilles et de leurs racines, conditions qui assurent l'alimentation des sources locales et qui préviennent les inondations occasionnées par les pluies sur les surfaces découvertes et non boisées.

Dans les pays qui n'ont pas d'autres surfaces que des pentes fortement inclinées, ce qui est le cas des régions montagneuses, on est bien obligé de s'en contenter pour l'établissement des jardins, des cultures arbustives et de quelques autres plantes cultivées. Si le terrain était conservé avec sa disposition naturelle, le sol se ravinerait par les pluies, et les travaux appliqués aux cultures seraient pénibles et difficiles. On obvie à ces divers inconvénients en disposant le terrain en terrasses superposées. Ces terrasses horizontales permettent à l'eau pluviale de pénétrer facilement dans le sol au profit des plantes cultivées. Si l'eau arrive en excès, elle suinte lentement d'une terrasse à une autre par les murs de soutènement. Ces derniers produisent dans ce cas un effet analogue à celui qu'on obtient par le drainage. Les surfaces en terrasses horizontales ou en gradins exigent, pour le maintien des terres, des murs de soutènement en pierres sèches. Les régions montagneuses possèdent

i32 AGRi;CULTURE GENERALE.

généralement des sols et des sous-sols plus ou moins pierreux, plus ou moins rocheux. La construction des murs de soutènement procure un emploi avantageux de ces matériaux encombrants. Le terrassement des gradins n'occasionne pas autant de frais de main-d'œuvre qu'on pourrait le supposer. On prend toujours la terre de la terrasse supérieure pour compléter la terrasse inférieure et on rejette la terre de haut en bas dans la pente vide laissée entre le mur de soutènement et la pente naturelle du terrain. Les terres en gradins se rencontrent fréquemment dans les régions accidentées du midi de la France. On voit cette disposition sur les coteaux du Rhône, de la Saône et de leurs affluents. On la retrouve encore souvent en Italie, en Corse et dans beaucoup d'autres pays. Ces terrasses horizontales sont adoptées principalement pour les cultures arbustives, telles que la vigne, l'olivier, l'amandier et l'oranger. Les. gradins emmagasinent les eaux pluviales d'autant plus précieuses qu'elles servent à des végétaux exposés à souffrir des longues sécheresses estivales.

Les dimensions des terrasses dépendent de l'inclinaison générale des surfaces et de la hauteur à admettre pour les murs de soutènement. Les terrasses les plus larges sont les plus avantageuses dans le cas ou les travaux de culture doivent être effectués par des attelages et des instruments aratoires. Pour une égale hauteur de mur les terrasses sont d'autant plus larges que l'inclinaison du sol est moins prononcée.

Les murs en pierres sèches coûtent moins cher que ceux garnis de mortier et donnent un passage plus facile aux eaux souterraines. Ils n'offrent pas une grande solidité, et pour cette raison il serait imprudent de leur donner une grande hauteur; cette dimension varie entre I mètre et 2 mètres. Un calcul bien simple permet de

AGRICULTURE GENERALES i33

connaître exactement la hauteur des murs de soutènement.

Soit A C la pente du terrain. La hauteur verticale A B, représente la hauteur totalisée des murs de soutènement ; la projection horizontale B C représente la largeur totalisée des terrasses.

Si on veut des terrasses de 3 mètres de largeur, il y en aura ,^ = iS ; la hauteur totale 3o mètres divisée par 1 5 donnera 2 mètres pour la hauteur de chaque mur de soutènement. Si le sol manque de pierres , on remplace les murs par des talus engazonnés. Les terrasses bien exposées au soleil concentrent la chaleur et favorisent la maturité des raisins. En Corse, les terrasses exposées au sud . produisent les raisins les plus précoces et les vins les plus fins et les plus capiteux. Cette remarque s'applique aux vignes en gradins de PArdèche, des montagnes du Forez, du Languedoc et de la Provence.

Hygroscopicité du sol,

L'hygroscopicité est la propriété qu'a le sol de retenir Peau dont il est imbibé. La dose d'humidité la plus favorable aux plantes est de 25 ^ du poids du sol sur une épaisseur de o™,3o. Voici les quantités d'eau retenues par les différentes natures de sol, quand on oblige l'eau à les traverser : ces expériences sont dues à Schubler, directeur d'Hofwil (Suisse).

i34 AGRICULTURE GÉNÉRALE.

SOL. Quantité retenae.

Sable âilicieux 2 5 % du poids du soL

Sable calcaire 29 —

Terre calcaire fine 85 —

Argile pure 70 -—

Humus 190 —

Terre forte d'Hofwil 52 —

L'argile plastique de Grignon que j'ai expérimentée en a retenu 41 %, On voit que Thygroscopicité augmente avec la ténuité des particules terreuses. Le sable calcaire ne retient que 29 % du poids du sol, tandis que la terre calcaire fine en conserve 85 %, L'humus , résultat de la décomposition des fumiers, contribue à accroître cette propriété plus importante encore pour le midi que pour le nord de la France. La dessication du sol est une propriété inverse de Thygroscopicité. Elle a pour effet d'enlever au sol l'eau qu'il devait à son pouvoir hygroscopique.

Les terres restent fraîches tant qu'elles renferment 1 5 à 23 ^ d'eau sur une épaisseur de o™,3o; elles deviennent sèches et défavorables aux plantes, quand elles conservent moins de 10 ^ d'eau sur une profondeur de o™,33. Les végétaux jaunissent et finissent par mourir quand le sol n'a plus que 6 % d'eau. C'est une observation faite à Grignon par la sécheresse de 1870.

Des terres saturées d'eau ont été placées pendant 4 heures dans un milieu chauffé à 48®, 7. Voici les quantités d'eau perdues ou évaporées par chaque terrain, dans l'espace de 4 heures, sur 100 grammes d'eau introduits dans chaque lot :

AGRICULTURE GÉNÉRALE. i35

Qoantité perdue

pour 100 parties d'eaa

de la terre.

Sable siliceux 88.4

Sable calcaire 75.9

Terrre argileuse 34.9

Argile pure 3 1.9

Calcaire fin 28.0

Humus , 20.0

Terre forte de jardin 32 .0

En plein air, les déperditions de Peau contenue dans le sol s'accroissent considérablement par l'élévation de la température, la force du vent et l'état de dessication de l'air. Le sol subit une faible dessication par une température basse coïncidant avec un temps calme et une atmosphère chargée d'humidité. Les agriculteurs connaissent l'action desséchante des vents secs et violents qu'on désigne sous le nom de hâles. Quand ils soufflent pendant l'été, ils sont nuisibles aux cultures en détruisant les bons effets de la pluie et en enlevant au sol une humidité dont les plantes ont grand besoin. L'évaporation s'accroît en raison de l'étendue des surfaces exposées à l'air. Le labour à 45° favorise l'évaporation. Le hersage, en restreignant cette surface, diminue au contraire le pouvoir évaporant du sol. En été, les hersages maintiennent la fraîcheur du sol, et en hiver les labours à 45° en favorisent la dessication et l'assainissement.

Capillarité du sol.

La capillarité a pour effet de faire remonter dans le sol l'eau mise en réserve dans le sous-sol. Elle est la

i36 AGRICULTURE GENERALE.

conséquence de la dessication du sol. Le sol compact peut être comparé à une série de petits tubes parallèles serrés les uns contre les autres. La dessication à la surface opère dans ces tubes un vide qui est immédiatement comblé par Peau remontant du sous-sol par l'influence de la capillarité. La capillarité ne s'exerce, bien entendu, qu'à la condition qu'il existe dans le sous-sol une couche aquifère apte à mettre en activité l'effet capillaire du sol. Les terrains salés montrent bien les effets de la force ascensionnelle des liquides à travers le sol. 'Dès qu'il fait sec, et que le sol devient le siège d'une puissante évaporation, on voit apparaître des efflorescences salines, résultat de l'évaporation de l'eau salée ramenée à la surface par l'effet de la capillarité. Le cultivateur qui veut empêcher la production de ces cristallisations très nuisibles aux cultures, recouvre la surface d'un paillis, sorte de couverture de paille ou de roseau, qui s'oppose à l'évaporation de l'eau productrice des efflorescences salines.

La force ascensionnelle de l'eau a une limite maxima qu'elle ne saurait dépasser. Cette limite doit vraisemblablement varier avec la nature du sol et la ténuité des particules terreuses. Plus elles sont fines, plus elles contribuent à l'élévation des eaux souterraines. Au milieu des vignes d'Aigues-Mortes , on voit des endroits, 20 ou 3o centimètres plus bas que les autres parties du terrain, se refuser à porter de la vigne, et ne produire que les salicornes et autres plantes propres aux terres salifères. On remarque le même effet dans les polders conquis sur les grèves de l'Océan. L'eau salée des fossés d'assainissement remonte à une certaine hauteur dans le sol ; les surfaces les plus basses, baignées d'eau salée par l'effet de la capillarité, restent improductives à côté de surfaces couvertes de magnifiques récoltes, qui, si-

AGRICULTURE GÉNÉRALE. iSy

tuées o™,4o à o,5o plus haut, ne souffrent pas des effets de la capillarité. Les effets sont faciles à constater dans les terrains assainis par des fossés ouverts ; on voit que les fossés d'un mètre de profondeur, quand ils contiennent o™,33 d'eau, donnent de Phumidité o,33 plus haut dans l'épaisseur du sol par l'effet de la capillarité, les derniers 33 centimètres échappent à l'action de la capillarité. Si les fossés n'avaient que o™,66 de profondeur, l'humidité remonterait à la surface, et nuirait aux cultures.

Suivant M. P. de Gasparin, les terres calcaires de la vallée de la Durance doivent en grande partie leur prodigieuse fertilité à la capillarité, qui met à portée des plantes l'eau des nappes sous-Jacentes. Ce sol n'est pas riche par lui-même, mais l'eau remontant par la capillarité sert largement à la nutrition des plantes par les éléments qu'elle tient en dissolution. Ces terres se louent jusqu'à 3oo francs l'hectare.

La capillarité ne produit pas toujours une action si heureuse sur les plantes. Beaucoup de prairies naturelles où le sol est trop rapproché du plan d'eau souffrent d'un excès d'humidité. Les bonnes plantes dépérissent par l'eau qui remonte à la surface et sont remplacées par des espèces aquatiques peu recherchées des animaux. Ces prés humides sont froids et tardifs. L'évaporation constante dont le sol est le siège s'oppose à son réchauffement, ce qui retarde la reprise de la végétation au printemps. Le remède à cette fâcheuse situation est dans l'emploi du drainage ou des fossés d'assainissement suffisamment profonds pour abaisser le plan d'eau et diminuer les effets de la capillarité.

La capillarité s'exerce avec toute son activité sur un sol compact faisant corps avec le sous-sol. On la gêne

i38 AGRICULTURE GENERALE.

et on rinterrompt en détruisant la continuité entre le sol et le sous-sol. Ce résultat s'obtient par les labours, les hersages et les binages. Ces façons diverses exécutées pendant Tété, contribuent à maintenir Thumidité dans les profondeurs du sol au profit des plantes. C'est ce qui adonné lieu à ce dicton : Qu'un binage vaut un arrosage. Le sol tassé et formant croûte à la surface gêne la végétation des plantes ; le binage qui Témiette et Fameublit atténue l'action de la capillarité, permet l'accès de l'air aux racines et facilite les réactions favorables au développement des plantes. Le rouleau brise et émiette les mottes , il diminue les surfaces exposées à l'air, il met obstacle à l'évaporation de l'eau et atténue ainsi les effets de la capillarité ; mais il ne faut pas qu'il comprime le sol et rende son contact plus immédiat avec les parties du sous-sol, sinon il produirait un effet contraire à celui du hersage et rendrait plus active la capillarité.

Il faut bien reconnaître que les façons aratoires modifient profondément les propriétés physiques du sol. Un sol imperméable, à l'état inculte , devient perméable par le travail de la charrue et des autres instruments aratoires. Les eaux pluviales qui coulent à la surface d'une lande, sont complètement absorbées dans le champ voisin ameubli et rendu perméable par un profond labour. C'est un moyen certain de se procurer une réserve d'eau pour les époques de sécheresse.

Dans le Perche, les chaumes non labourés avant l'hiver sont assainis au printemps par l'évaporation marchant de pair avec la capillarité. On peut les travailler et les ensemencer au printemps. Les chaumes labourés avant l'hiver restent longtemps humides et inabordables à l'époque des semailles du mois de mars. Le labour d'hiver a fait obstacle à la capillarité, utile dans ce cas pour l'assainissement du terrain, et de plus le sol tassé

AGRICULTURE GÉNÉRALE. l'ig

et imperméable a laissé couler à la surface les eaux pluviales qu'il aurait en grande partie retenues s'il avait été à l'état de terre labourée. C'est ainsi que par les façons aratoires, on augmente ou on diminue l'hygroscopicité et la capillarité du sol au profit des plantes cultivées. Les effets obtenus varient, du reste, avec la nature du sol. On agit différemment, suivant qu'on a affaire à des terres perméables ou imperméables, calcaires , argileuses ou argilo-siliceuses. L'art de l'agriculteur consiste à façonner son terrain, suivant le mode le plus favorable à la végétation de ses cultures : il faut augmenter l'hygroscopicité du sol qui en manque, la diminuer sur celui qui en a trop , activer ou ralentir l'action capillaire suivant les exigences des diverses cultures.

Hygrométricité du sol.

L'hygrométricité est la faculté plus ou moins grande que possède le sol d'absorber la vapeur d'eau contenue dans l'air. La quantité absorbée est subordonnée à l'état hygrométrique de l'air, à la nature du sol et à son état de division. Schubler a étudié cette propriété en plaçant différents terrains dans les mêmes conditions de température et d'humidité. Il a pris 5 grammes de chaque sol qu'il a étendus sur une surface de 36 centimètres carrés. Il a placé chaque lot dans une atmosphère contenant delà vapeur d'eau et maintenue à une température de 19®. Voici comment ces terres se sont comportéespendant des périodes de 12, 24, 48 et 72 heures. Chaque colonne du tableau suivant indique l'eau absorbée par les différents sols :

Il heures

14 heur»

7J heures.

Sable silicieux

— calcaire

Argile pure

Terre forte du Jura.

Humus

gr.

Page 1