II
^ maigre
Humus ou terreau
Terre calcaire fine
Sable calcaire.
— siliceux.
La ténacité du sol a des conséquences incalculables, au point de vue de l'exploitation économique du sol. Une entreprise agricole peut devenir ruineuse par le fait d'un sol argileux, tenace et intraitable par l'humidité et la sécheresse. L'ancien directeur de l'école de la Saulsaie, M. Nivière, accusait son sol d'être alternativement de la boue ou de la brique, deux extrêmes funestes aux plantes et très gênants pour les façons aratoires. Les insuccès de cet agriculteur instruit et intelligent ont été attribués, avec raison, au mauvais climat de la Bombes et aux propriétés physiques du sol dues à la présence d'une forte dose de silice gélatineuse unie à l'argile et au sesquioxyde de fer.
Adhérence ou adhésion.
Ne confondons pas la ténacité avec l'adhésion ou l'adhérence du sol. On définit l'adhérence la propriété qu'a le sol de s'attacher, de coller aux instruments aratoires. Les sols calcaires ferrugineux adhèrent aux instruments, à la bêche et au versoir de la charrue, bien qu'ils possèdent une faible ténacité. De même un terrain argilo-siliceux très tenace peut parfois montrer peu d'adhérence aux instruments; il polit au contraire la bêche et le versoir, et leur donne un éclat brillant qui empêche l'adhérence de la terre sur ces instruments. Schubler a mesuré expérimentalement l'adhérence de différentes natures de sol. Sous le plateau d'une balance il suspendait un disque en fer qu'il appliquait sur une terre mouillée. Il voyait dans l'autre plateau le poids qu'il fallait employer pour opérer le détachement du disque. Voici les terres dont il a déterminé l'adhérence relative :
Adhérence du sable siliceux 0.19
— — calcaire 0.20
— de la terre calcaire 0.71
— — argileuse 0.86
— de l'argile pure i.32
— de la terre franche d'Hofwil 0.28
Le disque en fer produit une adhérence un dixième moins forte que le disque en bois.
Pour certaines terres fortes de Roville, Mathieu de Dombasle a constaté que le versoir en bois fatiguait moins les attelages que le versoir en fer. Ce fait d'ob-
servation vient contredire le résultat obtenu par Schubler avec le disque en bois.
En pratique ^ l'adhérence du sol n'est pas difficile à observer. Les jardiniers qui ont affaire à un sol adhérent sont obligés de nettoyer constamment leur bêche avec une palette en bois; il en est de même du laboureur pour le versoir de sa charrue. Les terres non adhérentes polissent les instruments , ce qui diftiinue le frottement et rend le travail moins pénible pour les hommes et les animaux» Les terres non adhérentes, grâce à une forte proportion de sable siliceux, sont faciles à travailler, mais elles ont l'inconvénient d'user promptement les instruments en fer. L'adhérence comme la ténacité varie avec le degré d'humidité du sol. Il y a un moyen d'apprécier mathématiquement la ténacité et l'adhérence du sol , c'est de mesurer, à l'aide du dynamomètre, l'effort nécessaire pour y effectuer un labour dans des conditions et des dimensions déterminées.
A quel degré d'humidité doit^on façonner le sol?
Cette question a une très grande importance en pra • tique. Un ensemencement peut être compromis, et une récolte manquée, par une façon exécutée mal à propos. Les façons aratoires ont pour principal objet l'ameublissement du sol, sa compacité étant toujours nuisible au développement des plantes. Cet état meuble et friable, on ne l'obtient pour certains sols qu'à la condition de l'entamer à un degré déterminé d'humidité. S'il est trop mouillé, la charrue le lève en grosse mottes diffi-
AGRICULTURE GÉNÉRALE. tO
ciles à réduire après qu'elles ont subi une certaine dessi* cation. S'il est trop sec, le travail est pénible pour les attelages, et la terre se met encore en gros fragments d'un émiettement difficile. Le sol de moyenne consistance se façonne bien à une dose moyenne d'humi^ dite ; il doit être frais, ni trop humide, ni trop sec, contenir 20, 3o, 40 % au plus de son poids d'eau. L'agriculteur n'a ni le temps, ni le moyen de doser l'eau de son sol. C'est par un essai avec sa charrue et sa herse qu'il voit si le sol est dans l'état convenable pour être façonné dans de bonnes conditions d'ameublisse* ment.
Les terres légères, perméables, sablonneuses, graveleuses et pierreuses se façonnent par tous lès temps sans aucun inconvénient. Ce sont les terres fortes, ou les terres franches qui ne se façonnent qu'à un degré déterminé d'humidité. Il existe des terres marneuses d'un ameublissement impossible par les instruments aratoires. Une partie des terres marneuses de la formation du Lias est irréductible par la seule action des instruments aratoires. Il n'y a que les gelées qui les émiettent et les réduisent en particules plus fines et plus régulières qu'on ne pourrait le faire avec les instruments les plus perfectionnés.
Il y a des marnes qui éprouvent le même effet sous l'action des pluies. On voit dans la Limagne des hommes armés de tridents se mettant 2 ou 3 pour retourner le sol en fragments d'une grosseur énorme ; on croirait voir des morceaux de rochers couvrant toute la surface. A la première pluie, ces gros morceaux de terre tombent en poussière et procurent un sol très divisé et friable, très favorable aux ensemencements et à la germination des grains. Les régions méridionales exemptes de fortes gelées ne peuvent compter que sur la pluie pour le dé-
litement et rameublissement des terres marneuses ou ar-» gileuses. Il y a des argiles qui se comportent comme des marnes sous l'influence de la pluie et de la gelée. L'ameublissement sans compacité, sans tassement, celui qui facilite l'accès de Tàir et la circulation de Teau, tel est l'état du sol le plus désirable, le plus favorable à la végétation des cultures; c'est cet état que l'agriculture s'efforce constamment d'obtenir avec le concours des agents atmosphériques et à l'aide des façons aratoires. Cette division des particules terreuses constitue la partie la plus délicate et la plus difficile de l'art de l'agriculteur, notamment dans les régions à terres fortes et tenaces* Un labour effectué mal à propos sur un terrain trop ressuyé ou trop desséché, peut nuire au sol pendant un an ou deux, et compromettre le succès de plusieurs cultures.
Pouvoir absorbant du soL
Depuis bien des années l'usage des engrais chimiques s'est beaucoup répandu. On en emploie d'énormes quan* tités pour des sommes très considérables. Ce sont des engrais, complémentaires qui restituent au sol les substances que les fumiers n'y rapportent pas en quantité suffisante, et qui ont disparu de la ferme sous forme d'a^ nimaux ou de grains vendus et exportés au dehors. Beaucoup de contrées ne peuvent plus se passer de ces engrais supplémentaires ; les cultures seraient manquées, si on se contentait de ne donner au sol que les engrais produits dans la ferme; les fumiers renferment lés substances fertilisantes à l'état peu soluble; l'azote, la potasse, l'acide phosphorique engagés dans des combinai-
sons organiques se mettent lentement et péniblement à la disposition des plantes. Les engrais chimiques au Contraire sont très solubles dans Peau; en temps de pluies abondantes, ils sont exposés à disparaître du sol par la filtration des eaux pluviales dans le sous-sol, ou par l'écoulement de ces mêmes. eaux à la surface. On s'est efforcé de connaître par des expériences l'importance de ces déperditions, la faculté relative des terres au point de vue de l'absorption des substances employées comme engrais chimiques. Il importe surtout de savoir après combien de temps la substance mise en contact avec le sol s'est incorporée aux éléments de ce sol pour servir à l'alimentation des plantes.
L'absorption est variable suivant la nature du sol, la concentration de la dissolution et la durée du contact. Cette dernière influence est plus faible que les deux autres.
M. Brustlein, collaborateur de M. Boussingault, a agi avec du carbonate d'ammoniaque en dissolution dans loo c. d'eau. Voici le résultat obtenu :
NATUKE DU SOL.
Quantité de sel.
Alcali absorbé par 50 gr. de terre.
Terre argilo-calcaire
gr.
gr.