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SABLES TERTIAIRES DES LANDES

Ils forment, dans les départements des Landes et de la Gironde, un vaste triangle, limité, du côté de Touest, par les dunes de l'Océan, et sur les deux autres côtés par les vallées de la Garonne et de l'Adour; ils embrassent à peu de chose près la moitié du département de la Gironde et les trois quarts, au moins, du département des Landes. C'est une superficie totale de plus de

1,200,000 hectares, d'après Joanne. Les sables des Landes constituent de grandes plaines faiblement inclinées dans la direction de l'Océan. Le sol et le sous-sol sont composés d'un sable siliceux , d'un grain plus fin que celui des dunes. Sa couleur noirâtre est due à son mélange avec les matières organiques, qui résultent de la décomposition sur place des végétaux spontanés. Cette matière organique finit par agglutiner les grains siliceux, et par former, entre le sol et le sous-sol, une roche spéciale, jaunâtre, d'aspect gréseux, tendre et facile à désagréger. C'est ce que l'on appelle Valios des Landes. L'alios, chauffé au rouge sur une lame de platine, laisse, comme résidu, du sable blanc, la combustion faisant complètement disparaître la matière organique qui le colorait en noir. On confond quelquefois l'alios avec un grès tendre, ferrugineux, dont les grains siliceux sont cimentés par du sesquioxyde de fer. L'alios, quoique légèrement perméable, s'oppose, pendantles pluies fréquentes et abondantes de l'hiver, au complet assainissement du sol , notamment dans les parties les plus basses du pays. Dans ce cas, les végétaux y souffrent d'un excès d'humidité. C'est ce qui explique l'état languissant de certaines forêts de pins maritimes et de chênes, sur les surfaces où les eaux pluviales sont stagnantes pendant une grande partie de l'année. On remédie à ce grave inconvénient en faisant, à l'exemple de M. Chambrelent, baisser le plan d'eau par de profonds fossés d'assainissement, qui enlèvent au sous-sol l'eau nuisible au développement des essences ligneuses. Sur les sables bien assainis, les semis de pins et de chênes sont plus sûrs et plus fertiles, et les arbres ont une croissance rapide et vigoureuse qu'on n'obtient jamais sur les surfaces où Ton n'a rien fait pour l'assainissement du sol. Que trouve- t-on sur ces terrains quand on les traverse

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dans leur plus grande longueur, par la ligne ferrée de Bordeaux à Rayonne? On y voit d'immenses plaines de bruyères, dans ce que l'on appelle les grandes landes; d'importantes forêts de pins maritimes, des taillis et des futaies moins étendus de chênes, et quelques fermes assez misérables où Ton cultive, dans des sables maigres, du seigle, du maïs, des haricots, du trèfle incarnat et des navets. Ces sables, brûlants et secs en été, rendent les cultures herbacées très incertaines et peu productives. C'est le pin maritime qui, par son bois et sa résine, donne le revenu le plus sûr et le plus important. Sa résine est l'objet d'une importante industrie; son bois est estimé pour la charpente, les étais de mine et les usages domestiques. Au milieu des massifs de pins, connus sous le nom de pignadas, on voit, çà et là, des chênes d'une belle venue. En ce qui concerne le pin maritime, on remarque que celui qui croît sur le sable plus léger et plus perméable des dunes, pousse plus vite et donne plus de bois et de résine, que celui qui végète sur un sous-sol d'alios mal assaini. Le chêne-liège est assez souvent associé au pin des landes, plus souvent sur les dunes que sur les sables tertiaires ; lui aussi n'est prospère que sur les terrains exempts d'eaux stagnantes. Dans ces derniers temps, on a essayé la vigne française sur les sables des landes, avec la certitude que ces nouveaux vignobles seront à l'abri du phylloxéra , comme ils le sont sur les sables silicieux d'Aigues-Mortes. Cette culture peut y réussir, à la condition de bien assainir le terrain, et d'y apporter, par des fumiers et des engrais chimiques, les substances dont il est naturellement dépourvu, et dont la vigne a grand besoin pour produire du bois et du raisin. Ces sables ne contiennent chimiquement que de la silice et des matières organiques; ils ne peuvent donner à la vigne qu'un seul élé-

ment utile, Tazote. Il est vraisemblable que, pour assurer complètement l'alimentation de cet arbuste, il faudra enrichir le sol de chaux, d'acide phosphorique et de potasse. Si on effectue cette amélioration par des engrais chimiques, on courra le risque de les voir emporter par les eaux d'assainissement et par les filtrations à travers les profondeurs du sous- sol. Le mieux serait de fumer ces vignes avec de bons fumiers de terme, à l'exemple des viticulteurs du Médoc. Malheureusement le fumier n'est pas facile à produire sur les maigres champs des landes, tandis que les vignerons du Médoc ont à leur disposition la fertile vallée de la Garonne*, qui leur donne des litières et des fourrages abondants. Ils peuvent ainsi entretenir un nombreux bétail, dont le fumier permet de maintenir les vignes dans un bon état de fertilité et de production. Les vignes du Médoc forment une bande parallèle au cours de la Garonne et de la Gironde, elles sont dans une position intermédiaire entre la vallée, dite palus, et les sables tertiaires des landes. Les sables du Médoc sont plus récents que ceux des landes. On les l'ange dans la formation des sables et graviers anciens des vallées. Leur composition diffère peu de celle du sable des Landes, ils sont peut-être un peu plus graveleux. On y trouve aussi, en sous-sol, une couche assez épaisse d'alios qui nuirait à la vigne, si de profonds fossés d'assainissement ne maintenaient pas le plan d'eau au moins à un mètre de la surface. On sait que l'humidité nuit à la qualité du vin. Les vins les plus estimés du Médoc proviennent des surfaces les plus élevées, les plus saines, celles qui occupent les légères proéminences qu'on aperçoit çà et là au milieu de ce célèbre vignoble. Les vignerons du pays n'attribuent pas à Valios une action malfaisante sur la vigne; ils pensent que cette roche sert à son alimentation par sa

matière organique, et qu'elle peut lui donner, en été, par Teffet de la capillarité, Teau dont elle a besoin pour compenser ses pertes. L evaporation est, en effet, très intense, sous le soleil ardent de Tété, et dans ce sol sablonneux, graveleux, dont la température s'élève, d'autant plus qu'il est noirci par des matières organiques.

Au milieu des landes, les cultivateurs n'ont guère d'autres litières que celle qu'ils obtiennent en raclant les végétaux venus spontanément sur les terres incultes. Voici les espèces principales des landes de la Gascogne.

L'ajonc Ulex europceus,

La grande bruyère Erica scoparia.

La bruyère cendrée Erica cinerea.

La bruyère quaternée Erica tetralis.

La bruyère commune Calluna vulgaris.

Le ciste à feuilles de sauge. Cistus salviaefolius.

La fougère Pteris aquilina.

Le genêt à balais Sarothamnus scoparius.

L'arbousier , Arbutus unedo.

Parmi ces arbustes des landes, deux seulement sont spéciaux aux climats girondin et provençal ;'ce sont lé ciste et l'arbousier; les autres se retrouvent dans les landes de la Bretagne et du centre de la France. Tous, à l'exception de l'arbousier et de la grande bruyère, sont employés pour la litière des animaux. L'arbousier donne du bois de chauffage. La grande bruyère sert à faire des haies sèches, hautes de i m. à i"*,5o, formant brise-vents, et destinées à protéger les vignes et les primeurs contre les vents de mer qui détruiraient les cultures situées le long des dunes de l'Océan.

Les sables des landes, appréciés par les essences forestières^ sont classés parmi les mauvaises terres en ce qui concerne les cultures. Les plantes herbacées y souffrent de la chaleur en été, à moins de les soutenir par

de fréquents arrosages. On n'y voit jamais le maïs, la vigne, la prairie naturelle, le figuier y donner les beaux résultats qu'on en obtient sur les terrains argilo-siliceux de la Chalosse et sur les riches alluvions de la Garonne et de TAdour.

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