BASSIN TERTIAIRE DU RHONE
Ce bassin n'a aucune importance sur les coteaux de la vallée du Rhône. On en a la preuve à l'inspection de la carte que nous devons aux recherches géologiques de M. de Fontanes. Les terrains tertiaires de ce bassin n'acquièrent de l'importance en agrologie, que dans les départements de l'Ain, des Bouches-du-Rhône, du Gard et de l'Hérault. La Bresse et la Dombes, la Grau et la Camargue, et une partie de l'Hérault dérivent des formations tertiaires avec des caractères géologiques et agrologiques complètement différents.
La Bresse et la Dombes.
La Bresse et la Dombes figurent ensemble un grand parallélogramme, borné à l'ouest par la vallée de la Saône, à l'est par celle de TAin, au sud par celle du Rhône, et au nord par celle du Doubs. Vues dans leur ensemble, ces deux petites provinces figurent un vaste plateau, dont les contours ont été découpés par quatre vallées principales. On les désignait autrefois sous le nom d'anciennes alluvions de la Bresse, bien différentes des terrains jurassiques qui les entourent. Elles
embrassent tout le département de TAin, à l'exception du Bugey, partie montagneuse et jurassique embrassant les arrondissements de Belley et de Nantua.
La Bresse et la Dombes montrent un sol et un soussol silico-argileux, exempt de rochers et de pierres, facile à ameublir quand il n'est pas durci par la sécheresse ou réduit en boue par un excès d'humidité. Quoique très siliceux , il laisse passer l'eau difficilement, et son sous-sol, fortement tassé, offre tous les inconvénients de l'imperméabilité. On combat ce défaut, tantôt par le drainage, le plus souvent par des reliefs artificiels, sortes de vallonnements que les agriculteurs de la Bresse pratiquent à l'aide de la charrue et du tombereau. On divise ainsi les champs en planches fortement bombées, de 20 à 3o mètres de largeur. La différence de niveau entre le sommet et la partie basse de la planche, atteint parfois un mètre et même i™,5o. C'est ce qu'on appelle des chaintres. Ces énormes vallonnements ne s'obtiennent pas par de simples labours, comme on le fait pour les planches bombées, dans certaines parties de la France ; il s'agit ici de reliefs plus accentués : c'est avec la pelle à cheval et le tombereau qu'on déplace les terres et qu'on crée ces chaintres, reconnues indispensables pour l'assainissement du sol et pour la bonne venue des cultures. La terre du sommet des chaintres étant constamment ramenée dans les parties basses, par les eaux pluviales et les labours , il faut périodiquement la reprendre et la reporter sur le faîte, par de nouveaux transports au tombereau ou à la pelle à cheval. Le cultivateur bressan attache une grande importance à ces travaux de terrassement, il y consacre beaucoup de soins et de temps dans les moments où la culture lui laisse quelques loisirs. On se demande si le drainage par les tuyaux ne vaudrait pas mieuxque les chaintres pour l'as-
sainissement du sol. Les partisans des chaintres reprochent au drainage de coûter fort cher, et d'être sujet à des obstructions qui , à cause de la nature siliceuse du sous-sol, sont encore plus fréquentes ici que dans d'autres contrées. L'imperméabilité et l'absence de calcaire , tels sont les défauts principaux du sol bressan. On les combat : le premier par la pratique des chaintres, et le second par la chaux, qui provient des formations jurassiques de la rive droite de la Saône.
Le sol de la Dombes, analysé par M. Pouriau, professeur de chimie à l'ancienne école de la Saulsaie , a présenté la composition suivante, sur des échantillons pris à un champ dit Champ d'expériences, à l'altitude de 284 mètres :