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TERRES TERTIAIRES DU PLATEAU CENTRAL ET DE LA BRETAGNE

Le plateau central renferme plusieurs bassins tertiaires de l'époque miocène. Ces couches donnent des •terres d'une nature toute différente de celle des masses granitiques et volcaniques de cette même contrée. Il existe trois de ces petits bassins : Tun aux envierons d'Aurillac, l'autre près de Murât et le 3® dans le voisinage du Puy. Trois autres bassins ont une plus grande étendue : ce sont les plaines de Montbrison et de Roanne, dans la vallée de la Loire, et la Limagne, dans la vallée de TAllier. Ces divers bassins tertiaires, d'origine aqueuse, et correspondant à la période miocène, sont situés au milieu des roches plutoniennes. En raison de leur âge et de leur mode de formation par voie de sédimentation, ils offrent des roches dont la composition chimique et minéralogique diffère complètement de celle des granités et des roches volcaniques. On y trouve des marnes et des calcaires, qui n'existent pas dans les formations ignées. Aussi, on utilise, autant qu'on le peut, ces roches miocènes pour chauler ou marner ceux des terrains ignés qui manquent de carbonate de chaux. C'est ainsi qu'à Montpensier, près d'Aigueperse (Puy-de-Dôme), et dans beaucoup d'autres localités, on extrait, des roches miocènes, des marnes et des calcaires qui permettent d'enrichir de chaux les terres granitiques les plus rapprochées de ces gisements calcaires. On use des mêmes . ressources dans d'autres contrées oti les roches calcaires miocènes sont

venues se déposer sur des terrains dépourvus de chaux. On en voit de nombreux exemples en Bretagne, dans le département de la Loire-Inférieure, aux environs de Grand-Jouan, à Safré, à Blain, et près de Châteaubriant. Dans plusieurs endroits du département de la Mayenne, notamment aux environs de Château- Gontier, on trouve des roches tertiaires dérivant de terrains qui n'ont aucun rapport avec les terrains de transition couvrant presque toute la région.

La flore et les cultures ne sont plus les mêmes, surtout quand la roche superficielle de la période miocène devient marneuse ou calcaire. La flore de Grand- Jouan, dont nous devons une description à M. Saint- Gai, professeur de botanique, montre, sur les terres calcaires de Safré , des espèces qu'on ne rencontre jamais sur les terres schisteuses de la même localité. C'est généralement une circonstance heureuse pour l'Agriculture de pouvoir utiliser en même temps des roches d'époques très différentes. On en trouve un nouvel exemple dans le Cotentin , où des gisements calcaires de la période jurassique sont venus se déposer au milieu des terres schisteuses. Ces îlots fournissent à bon niarché la chaux qui a joué, et joue encore, un très grand rôle dans Tamélioration et la fertilisation des riches herbages du Cotentin.

Limagne et plaines du Fore^.

La Limagne et les plaines de Roanne et de Montbrison, situées, la première, dansila vallée de l'Allier, et les deux autres, dans la vallée de la Loire, formaient des lacs qui ont été comblés, à l'époque tertiaire, .par les détritus des montagnes du plateau central. De ces trois plaines.

les moins fertiles sont celles de Roanne et de Montbrison. Leur forte altitude et le voisinage de hautes montagnes rendent le climat froid et pluvieux. Les terres que j'ai examinées aux environs de Feurs, dans la plaine de Montbrison, sont argileuses et imperméables; une couche de poudingues silicéo-ferrugineux existe , cà et là, dans le sous-sol. Il faut la rompre et l'enlever du terrain, quand on veut qu'il acquière plus de profondeur et de perméabilité. Cette roche semble due à des causes analogues à celles qui produisent l'alios des Landes. La silice du sol s'unit au fer, et forme, à une certaine profondeur, un poudingue ferrugineux, continu et peu à peu imperméable. Le sol réclame le drainage et le chaulage pour être assaini et suffisamment pourvu de chaux. Soumises ensuite à un bon système de culture, les terres produisent de belles récoltes de céréales, de fourrages, de betteraves et de pommes de terre.

Le climat est trop froid pour la vigne dont la culture, du reste, serait onéreuse, en raison de la ténacité et de l'imperméabilité du sol. La plaine tertiaire est traversée par les alluvions modernes de la Loire qui donnent lieu à des terres fraîches, perméables, fertiles, et classées en i*"® ligne dans le pays.

La plaine de Montbrison, grâce à sa nature argileuse et imperméable, est une région d'étangs dont l'aspect rappelle celui de la Dombes et de la Sologne.

Ces nombreux étangs rendraient le pays très insalubre, si son altitude était moindre et si le voisinage de hautes montagnes ne contribuait pas au renouvellement et à la pureté de l'air. Cette plaine a 40 kilomètres de longueur, sur une largeur de 20 kilomètres. Son étendue totale est donc de 80,000 hectares. On y trouve quelques grandes exploitations parfaitement dirigées et donnant des produits en rapport avec les im-

portantes améliorations qu'on y a réalisées sous forme de constructions, de chaulage, de drainage et de boisement. Cette grande plaine se prête à des cultures intensives, mieux que les surfaces accidentées des montagnes granitiques qui la dominent de tous les côtés.

La plaine de Roanne, moins étendue que celle de Montbrison, présente des conditions analogues en ce qui concerne les spéculations animales et végétales. Le sol est argileux et imperméable ; on n'y voit pas d'étangs, condition favorable à la salubrité du pays.

La Limagne occupe le quart du département du Puyde-Dôme, dont la superficie totale est de 795,050 hectares; elle représente donc près de 200,000 hectares. Sous le rapport du climat et de la nature du sol, elle se trouve dans de meilleures conditions que les plaines de l'Allier. Malgré son altitude qui est en moyenne de 400 m., la vigne y mûrit parfaitement son raisin; elle donne un vin chargé en couleur et peu alcoolique, dont le principal mérite est d'être abondant et facile à vendre, depuis que le phylloxéra a tant détruit de vignes françaises!

Si la Limagne passe ajuste titre pour l'une des terres les plus fertiles de la France, elle doit cette réputation moins à ses vignes qu'à ses magnifiques récoltes de céréales, de fourrages, de betteraves, de pommes de terre, ainsi qu'à ses prés-vergers dont les fruits abondants sont, à Clermont, l'objet d'un commerce considérable. Les froments barbus, riches en gluten, servent principalement à fabriquer les pâtes d'Auvergne.

Les cultivateurs de la Limagne obtiennent de riches récoltes sans entretenir une forte proportion de bétail. Le sol, dérivé d'une masse tertiaire enrichie de potasse tt d'acide phosphorique par les cendres volcaniques qui, à l'époque des éruptions, sont venues se joindre aux ro-

ches sédimentaîres, possède un fonds de fertilité qui suffit aux cultures avec de faibles additions d'engrais. Ces terres marneuses ont la propriété de s'émietter complètement sous l'action de la pluie.

Quand il s'agit de pratiquer un labour à la main, deux hommes, armés du trident, enlèvent ensemble d'énormes mottes, qu'ils retournent sens dessus dessous. À la première pluie, celles-ci tombent en poussière, et produisent une terre plus meuble qu'on ne pourrait l'obtenir avec n'importe quelle façon aratoire. On peut affirmer qu'il n'est, en France, aucune contrée plus fertile et plus productive que la Limagne. Parmi les pays de plaine, aucun ne possède des eaux plus abondantes et plus limpides et des vues de montagnes plus variées et plus pittoresques. D'un côté on aperçoit, dans le lointain, la belle chaîne du Forez, et du côté opposé, apparaît la haute cime du Puy-de-Dôme dominant majestueusement tous les anciens volcans de l'Auvergne. La Limagne embrasse une grande partie de l'arrondissement de Riom et de celui de Gannat. Autant elle a de renom par ses fruits et ses cultures, autant elle est pauvre en animaux de travail et de vente. Les animaux du Nivernais et de Salers y remplacent peu à peu les vaches ferrandaises, sorte de race bâtarde, sans aucune fixité et sans caractères bien déterminés.

En Limagne, les grandes fermes sont des exceptions. La petite et la moyenne culture peuvent seules exploiter avec profit ce sol qui, en raison de sa fertilité naturelle, a atteint un prix très élevé de vente et de location. Avant la crise agricole, la terre valait jusqu'à 8,000 et 10,000 fr. l'hectare, et sa valeur locative était en rapport avec le prix de vente.

La composition chimique du sol fait bien ressortir les éléments de sa richesse et de sa fertilité.

AGRICULTURE GÉNÉRALE. IQ

2go AGRICULTURE GÉNÉRALE.

Voici, d'après M. Paul de Gasparin,les résultats de l'analyse d'un échantillon de terre pris au Pont-du-Château, dans une bonne partie de la Limagne :

Pierres. Sable. Argile.

Le sable et l'argile contiennent pour 100 :

Acide phosphorique 0.416

Potasse 0.280

Chaux 3.853

Matières organiques 5.390 contenant 6 % d'azote,

ou 0.323 d'azote.

C'est par erreur que cette terre est rangée parmi les terres basaltiques. La Limagne est de formation tertiaire, et si on y trouve des traces de basaltes, les éléments y ont été transportés par les eaux ou le vent, à l'état d'alluvions ou de poussière volcanique.

Une autre analyse faite par un chimiste de Moulins, sur un échantillon pris à Escuralles, a donné les résultats suivants par 1,000 parties :

Acide phosphorique i . 1 2 p. i .000

Azote 2.3o —

Potasse 3 .94 —

Les deux analyses ci-dessus dénotent un sol très riche; elles accusent des dosages d'acide phosphorique, de potasse et d'azote égaux, si ce n'est supérieurs, à ceux qu'on trouve sur les terres les plus fertiles.

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