ALLUVIONS ANCIENNES DES VALLEES
Les terres qui dérivent des anciennes alluvions des vallées occupent un niveau intermédiaire entre celui du limon des plateaux et celui des alluvions modernes des vallées. Rappelons qu'à une certaine époque géologique, les cours d'eau actuels occupaient un lit beaucoup plus étendu. A Paris, la largeur de la Seine atteignait 5 à 6 kilomètres. Plus tard, les eaux courantes devenant moins abondantes , les rivières se sont creusé un lit plus étroit, au milieu des vallées primitives. Il en est résulté de petites vallées, suivant la même direction que les anciennes, mais laissant, sur leurs deux rives, des alluvions contemporaines constituant des terres de différentes natures. Elles sont tantôt siliceuses sablonneuses, tantôt graveleuses et mélangées de cailloux roulés. Ces cailloux, dont les angles sont arrondis, attestent qu'ils ont été charriés par les eaux. La nature des cailloux et des graviers dénote les montagnes d'où ils ont été détachés, et les roches dont ils proviennent.
La marne coule constamment au milieu des calcaires jurassiques, aussi ses alluvions anciennes se composent essentiellement de graviers et de pierres roulés, de nature calcaire. Les vallées de l'Yonne et de la Seine offrent au contraire, sur les terrasses dont elles sont dominées, des
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sables et des graviers siliceux, ou granitiques, qui sont descendus des montagnes du Morvan. Aux endroits où les rivières coulaient avec rapidité, par suite du rétrécissement de la vallée, les matériaux déposés comprennent principalement des cailloux et des graviers. Les coteaux opposés sont-ils plus écartés, les alluvions deviennent sablonneuses, et finissent enfin par devenir silicéo-argileuses, sur les surfaces élargies qui permettaient au courant d'être plus lent et plus calme. Les effets de la vitesse de Teau s'observent encore, à Tépoque actuelle, sur les rivières qui descendent des montagnes. La vallée du Rhône et plusieurs vallées de la Corse mettent en évidence le travail des eaux aux différents points de leur parcours. Le Tavignano occupe, en Corse, une vallée assez étroite, d'une longueur d'environ 60 kilomètres. De sa source à la mer, la différence de niveau n'est pas moins de 1800 mètres. Il arrive à Corte avec impétuosité dans les moments de forte crue. Aussi, sous cette ville, ses eaux roulent et déposent d'énormes rochers. Plus loin, la vallée s'élargissant , et la pente devenant moins rapide, au lieu de blocs de rochers, le fleuve dépose successivement des cailloux, des graviers et des sables. Aux abords de la mer, les eaux du fleuve, refoulées par les vagues, perdent toute leur vitesse; elles déposent alors les matières terreuses les plus légères qu'elles tenaient en suspension. Ce sont des alluvions d'excellente nature, silicéo-argileuses avec une dose suffisante de calcaire. C'est un heureux mélange des dé|7^ris les plus ténus des roches au milieu desquelles le c^mrs d'eau effectue son travail d'érosion. On ne s'im/igine pas l'espade que parcourent ces débris dans les rivières qui, comme la Saône, ont un cours paisible au milieu d'une large vallée. A la hauteur de Mâcon, la Saône contient dans son lit des cailloux de granité et de grès bigarré, qui vien-
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nent des montagnes des Vosges. A Lyon, les cailloux roulés du Rhône offrent les échantillons des principales roches dont sont constituées les montagnes des Alpes. Sur les bords du lac de Genève, près d'Evian, on trouve des graviers et des cailloux roulés de protogine et de calcaire jurassique, dont les uns viennent du Mont Blanc, et les autres des montagnes calcaires de la Savoie. Ces effets ont été les mêmes, quand les cours d'eau avaient plus d'eau et plus de vitesse que nos rivières actuelles. Il n'est donc pas étonnant que les alluvions anciennes des vallées produisent des terres fort différentes quant à la grosseur et à la nature des minéraux dont elles sont composées.
La plaine de Saint-Denis dérive des anciennes alluvions de la Seine et de la Marne. Ces dernières sont fines et silicéo-argileuses ; elles présentent à peu près les caractères physiques du limon des plateaux; elles constituent des terres franches, faciles à fertiliser et à travailler. A Masny, Denain et sur beaucoup d'autres points delà région du Nord, ces alluvions présentent les mêmes avantages que le limon des plateaux qui les domine, elles se prêtent aux mêmes améliorations et produisent les mêmes résultats culturaux.
Les bois de Boulogne et de Vincennes, la plaine de Gennevilliers et celle d'Achères appartiennent aux anciennes alluvions de la Seine. Ce ne sont plus des terres de bonne qualité; on n'y trouve que des sables siliceux mélangés de graviers de même nature. Passés à la claie, ces terrains donnent du macadam , des graviers et des sables utilisés pour les routes et les constructions. Sur d'autres vallées, on y recueille un sable graveleux et caillouteux, recherché pour le ballast des chemins de fer. On reproche aux alluvions anciennes de la Seine d'être sèches et très perméables; elles conviennent au seigle et
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à l'asperge. Avec d'abondantes fumures et beaucoup d'eau pour les arrosages, la culture maraîchère peut y donner de grands profits. Les eaux sales de Paris produisent des merveilles de végétation, à Gennevilliers, sur les anciens sables de la Seine. On ne pouvait rencontrer un terrain plus filtrant et plus propre à l'épuration des eaux d'égouts qui sont excessivement fertilisantes et distribuent largement, aux racines des plantes, Thumidité et les substances nutritives dont elles ont besoin. Sous le rapport de l'alimentation des végétaux, elles sont supérieures aux eaux claires de la terre, et conviennent principalement à la production des gros légumes (choux, salades, carottes , oignons, artichauts, etc.). Les légumes fins, qui exigent sur leurs parties aériennes des arrosages en forme de pluie qu'on désigne vulgairement sous le nom de bassinage, etc., (melons, semis divers,) ne s'accommoderaient pas de l'emploi des eaux troubles des égouts. Il y a, dans la plaine de Gennevilliers, deux sortes de Jardiniers : ceux qui font de gros légumes avec les eaux d'égouts, sans autre fumure, (ils sont les plus nombreux), et ceux qui se livrent à la production des légumes les plus fins et les plus délicats, en se servant de fumiers, et en employant, pour les arrosages, les eaux claires qu'on trouve à peu de profondeur dans la vallée de la Seine. Ces arrosages se font économiquement par des eaux forcées, qui sont remontées à l'aide d'une pompe à manège, et répandues à la lance sur tous les points du jardin.
Les sables anciens de la Seine offrent au maraîcher un sol léger et très facile à bêcher, condition très importante pour les Jardiniers. La luzerne, la prairie naturelle, les plantes sarclées, les céréales se plaisent sur ces anciennes alluvions, quand elles sont fraîches, silicéo-argileuses, et suffisamment pourvues de
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chaux, de potasse, d'acide phosphorique et d'azote.
Quand elles ne sont pas trop élevées par rapport aux cours d'eau, on peut, par des dérivations faciles à établir, y pratiquer des cultures irriguées d'une grande production.
Les collines et les montagnes produisent, sur les flancs des vallées, des éboulis d'une composition assez complexe ; on y voit les débris des roches supérieures sous une inclinaison qui permet rarement d*y faire des champs cultivés d'une certaine étendue. On les consacre généralement à la production du boîs ou de l'herbe. Les surfaces bien exposées conviennent à des vignes, façonnées à la main, et plantées sur des terrasses superposées les unes aux autres.