TERRES DE FORMATION MODERNE
Cette série comprend les dunes et les alluvions mo-^ dernes de la mer et des cours d*eau.
Les dunes sont de petits monticules de sable qui se forment au bord de la mer, et que le vent fait avancer plus o\i moins loin dans l'intérieur des terres. Il en existe depuis Dunkerque jusqu'à Bayonne, avec des interruptions partout où la mer offre des falaises résistantes et escarpées. Les vagues accumulent sur les plages, des sables qui, desséchés et repris par les vents de mer, s'éloignent de la côte, et forment des monticules sur les terrains bas les plus rapprochés.
La Méditerranée produit, en France, en Italie et en Afrique, des dunes semblables à celles de TOcéan. Les sables du Sahara forment également des dtines, qui se meuvent sous l'action du vent. On voit aussi, au milieu de la Campine belge, des dunes qui ont été portées fort avant dans l'intérieur des terres. Il y a environ un siècle, les dunes de la Gascogne s'avançaient toujours dans la direction de l'est, et menaçaient de faire disparaître, sous des montagnes de sables, les villages les plus rapprochés du golfe de Gascogne. Ces dunes, menaçantes pour la population, ont été arrêtées et immobilisées par l'ingénieur Brémontier; il a fixé la première zone de sable
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à l'aide de plantation de gourbet {Calamagrostis arenaria), graminée vigoureuse et traçante, spontanée sur les sables de la mer et émettant de nombreuses racines, plus fortes et plus vivaces que celles du chiendent ordinaire {Triticum repens). Au gourbet, viennent se joindre plusieurs autres graminées qui se plaisent dans les sables maritimes : ce sont deux agropyres, une fétuque et le chiendent pied de poule [Agropyrumjunceum^ Agropyrum acutuniy Festuca sabulicola et Cynodon dactylon). Ces plantes et quelques autres espèces moins importantes, forment un réseau de racines et de tiges, qui rend immobiles les sables les plus rapprochés des flots et les plus exposés à se mettre en mouvement, quand, au moment des tempêtes, le vent souffle avec une extrême violence sur les points non abrités des côtes de l'Océan et de la Méditerranée. Il fallait fixer cette première zone de sables mouvants avant de songer à tenter, un peu plus loin, des semis de pin maritime. La germination des graines et la végétation des jeunes plants eussent été compromises et incertaines, si les sables des premières dunes étaient venus recouvrir et étouffer ces premiers éléments de la végétation forestière. Il était donc nécessaire d'engazonner, avec des végétaux robustes, la première zone des dunes où on ne pouvait faire croître des arbres qui auraient été détruits par la violence du vent et par les vapeurs caustiques de la mer. A 5 ou 600 mètres du rivage, les semis de pins sont devenus possibles, moyennant un abri formé par une couverture complète de branchages fixés au sol par de petits crochets de bois. Cette couverture, sous laquelle s'opérait la germination de la graine et le développement des jeunes plants, a eu pour effet de rendre immobile la surface du sable, condition indispensable pour assurer le succès de l'ensemencement. La deuxième zone une fois
garnie d'arbres vigoureux sur une certaine étendue, a servi d'abri aux terrains contigus, faciles à boiser d'après les procédés ordinaires, puisqu'ils n'étaient plus directement exposés à Faction nuisible des vents de mer.
Grâce aux ingénieux procédés de Brémontier, les dunes de la Gascogne, dont les ravages pouvaient s'étendre à deux départements, se sont garnies d'une magnifique forêt de pins maritimes et de chênes-liège, dont les produits en résine, en bois et en liège, constituent une source importante de richesse pour les communes et les propriétaires. C'est la fixation des dunes qui a été le point de départ de cette merveilleuse transformation.
A Aigues-Mortes, les vignes que le vent de mer pourrait ensabler oii désensabler sont protégées d'une autre façon. On plante, au milieu des ceps, des bouchons de paille de blé qu'on place verticalement, et qu'on maintient à 0,25 de hauteur. On en met tous les mètres, cela suffit pour immobiliser la surface et pour empêcher le vent de mer de soulever le sable de ces vignes. En Algérie, non loin de la ville d'Alger, les cultures faites sur les dunes sont mises à l'abri du vent de mer par des rideaux d'arbres, ou par des palissades verticales, hautes de 2 où 3 mètres, faites avec des roseaux secs (Arundo donax) ou par des roseaux en végétation. Quelques végétaux supportent mieux que d'autres les vents salés de la mer : ce sont principalement le tamarin {Tamarix a/ricana, Tamarix gallica) l'arroche halime [Atriplex halimus)^ le Pittosporum Tobira^ etc. Les productions des dunes varient nécessairement avec le climat et la nature du sable. Il y a sable et sable; il y en a d'infertiles et de fertiles. Les plus mauvais sont composés exclusivement de particules siliceuses. Sur ceux-là, les végétaux ne trouvent pour ainsi dire rien à prendre. Les végétaux herbacés ne s'y plaisent pas, à
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moins de fumures abondantes, et les essences ligneuses n'y atteignent pas un grand développement. Généralement, le sable siliceux contient des débris de coquilles qui, en se décomposant, fournissent aux plantes plusieurs éléments utiles. Sur de tels sables, on a fait croître, dans le département du Pas-de-Calais, des pins sylvestres, des saules et des peupliers, dont les produits ont été appréciés aux environs de Boulogne où les bois n'occupent pas de grandes étendues. Aucun boisement n'est plus favorable à la multiplication des lapins. Ils trouvent, dans les clairières, les herbes aromatiques dont ils sont très friands, et dans les dunes , de grandes facilités pour le creusement de leurs terriers.
Les dunes du Calvados, riches en débris de coquilles, produisent, àDeauville et à Villers-sur-Mer, des luzernes qui sont vigoureuses et qui durent longtemps, surtout si le sable de la dune est frais et sain sur une grande profondeur.
Sur la plage de Saint-Aubin, les dunes aplanies sont le siège d'une culture intensive fort remarquable : les oignons, la luzerne, la carotte y atteignent de très beaux rendements.
Les carottes venues sur le sable sont exportées et vendues à Paris et au Havre ; elles sont de première qualité pour la consommation ménagère. Les oignons prennent la direction du Havre et de l'Angleterre. Ce sont des cultures maraîchères, semées à la volée, et sarclées à la main, par des travailleurs actifs et attentionnés ; ils ne craignent pas de se mettre à genoux pour opérer le sarclage difficile et minutieux de la carotte. Ces cultures s'avancent vers la mer et ne sont qu'à loo mètres de la limite des vagues; la pomme de terre, la luzerne , l'orge et le colza se cultivent également sur ces sables marins. On y applique des fumures de varechs, de tourteaux, de nitrate de soude,
de fumier de ferme et de moules. Ce dernier engrais, qu'on dérobe furtivement sur les rochers découverts, à marée basse, est très fertilisant; mais l'Administration en défend l'enlèvement, en vue de la multiplication des poissons qui vivent de ces mollusques. Sur cette plage, les vents marins paraissent moins nuisibles aux cultures que sur d'autres points de l'Océan. Le colza, si fécond et si chargé de siliques dans la zone située entre Caen et la mer, souffre peu des vents salés. L'orge et la pomme de terre y sont plus sensibles. Néanmoins les dégâts sont peu importants; ils n'embrassent qu'une bande de quelques mètres de largeur. La plus remarquable de ces cultures, c'est le colza, qui ploie sous Fénorme poids des siliques ; il ne rend pas moins de 3o à 40 hectolitres de grains par hectare. C'était une culture d'un grand rapport quand on le vendait 25 à 3o francs l'hectolitre, mais sa valeur a considérablement diminué, depuis que l'huile des graines exotiques s'est substituée à celle du colza pour l'éclairage et d'autres usages. La luzerne est vigoureuse et dure longtemps sur les dunes des environs de Trou ville.
Les dunes de la Vendée, aux environs des Sables-d'Olonne, produisent des choux, des pommes de terre et des asperges, dans de petits jardins abrités par des bourrelets de sable sur lesquels croissent le tamarin, l'atriplex halimus, l'ephedra distachia et les graminées propres à ces sables marins. Là, le vent de mer a une telle force, qu'il stérilise au loin les fleurs du colza et du sarrasin.
Les dunes de la Gascogne, qui s'étendent de l'embouchure de la Gironde à celle de la Nivelle, un peu au delà de la vallée de l'Adour, sont garnies, en très grande partie, de pins maritimes et de quelques chênes-liège. Le pin maritime, en raison de la profondeur du sable, de ses éléments fertilisants et de sa perméabilité, y vient mieux
que sur les sables tertiaires des landes ; il y donne plus de bois et de résine, n'ayant pas à souffrir de la présence de Talios, ni de la stagnation des eaux pendant rhiver.
De petites métairies ont été établies au milieu des forêts de pin, elles logent les résiniers et produisent des légumes, du maïs, des haricots, du seigle et du trèfle incarnat utilisé par les populations dont la principale occupation consiste à exploiter les bois et à faire l'extraction de la résine.
De cap Breton à Biarritz, et sur quelques autres points de la côte océanique, on ne craint pas de cultiver les dunes les plus rapprochées de la mer, malgré les vents impétueux qui régnent, en hiver, sur tout le périmètre du golfe de Gascogne. On fait des vignes et des petits pois sur le revers oriental de la dune, c'est-à-dire à Texposition opposée à l'Océan; c*est la seule qui soit à Tabri des vents d'ouest.
Pour plus de sécurité, ces cultures sont entourées de clôtures épaisses et élevées, faites avec la canne de Provence ou avec des genêts et de hautes bruyères. Quand on peut profiter de l'abri d'un épais rideau de pins, tout est pour le mieux, et les cultures n'ont plus rien à craindre des vents de TOcéan. C'est ainsi que feu l'abbé Certac a protégé les cultures des établissements qu'il a fondés et dirigés, avec tant de succès, au milieu des dunes d'Anglette. Grâce aux abris des pins, on y cultive la vigne, dont les raisins sont mûrs et vendus à Bayonne et à Biarritz dès le mois d'août; les petits pois, comme légumes de primeurs, bons à vendre au mois de mars. Ces dunes, autrefois incultes et improductives, produisent maintenant des légumes de toutes sortes pour une nombreuse population; des choux, des navets, du maïs, des pommes de terre qui servent à l'alimentation d'une
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belle vacherie et d'une importante porcherie. Avec d'abondantes fumures, le sable des dunes produit de belles asperges pour la vente, des camélias et des géraniums en pleine terre, et beaucoup d'autres fleurs très recherchées, l'hiver et l'été, des étrangers qui occupent les villas et les hôtels de Biarritz.
Les vignes des dunes n'ont rien à redouter du phylloxéra; elles pourraient produire beaucoup plus de raisin , si elles étaient soignées et fumées comme celles des dunes d'Aigues-Mortes. Dans cette dernière localité, la vigne cultivée pour la production du vin en rapporte jusqu'à 3oo hectolitres par hectare. Il est vrai qu'on ne lui ménage pas les engrais, et que, par l'effet de la capillarité, elle reçoit d'une nappe d'eau peu éloignée du sol toute la fraîcheur dont elle a besoin pendant les chaleurs de l'été.