CHAPITRE XXI
AGROLOGIE DE L ALGERIE.
L'Algérie, surnommée, ajuste titre, la France africaine, est notre plus belle colonie. Son étendue, sa fertilité, ses communications faciles et rapides avec la France lui donnent une importance considérable comme pays de production et comme station navale et militaire sur la côte méditerranéenne, en face de Marseille et de Toulon.
La constitution géologique de l'Algérie est on ne peut plus favorable à Texistence et aux succès des exploitations agricoles. Vues dans leur ensemble, les roches constitutives du sol sont généralement meubles, exemptes de rochers et de pierres qui puissent gêner l'action des instruments aratoires et le développement des racines. Il est rare que la terre arable soit dépourvue de calcaire et qu'on soit obligé de la chauler ou de la marner.
Des alluvions modernes, d'excellente qualité, couvrent de vastes surfaces en plaine et en vallée; ce sont de bonnes terres, argilo-calcaires, quelquefois siliceuses ou argileuses, suffisamment fraîches, faciles à travailler et douées naturellement d'une forte dose de fertilité.
Après défrichement, on y cultive avec succès le fro-
ment, la vigne, Foranger, le lin, la luzerne et le maïs. La végétation spontanée, sur les chaumes en repos, fournit, en hiver et au printemps, de Therbe et du foin en abondance, sans qu'on ait rien fait pour le développement de cette prairie naturelle. Les herbes des chaumes, composées de folle avoine, de sainfoin d'Espagne et de quelques autres plantes adventices , remplacent les prairies artificielles qui ne réussissent pas sous le climat de PAlgérie.
Il en serait autrement si les roches affleurentes appartenaient aux formations d'origine ignée, dont les assises granitiques ou porphyriques seraient composées de matériaux résistants, inaltérables et pauvres en carbonate de chaux.
Les vallées et les plaines du Tell sont formées d'alluvions modernes d'excellente qualité, qui y sont descendues après que les eaux pluviales ont raviné les formations jurassiques et crétacées des montagnes du Sahel et de l'Atlas.
La Tunisie présente les mêmes conditions géologiques et agrologiques. Partout les plaines et les vallées sont couvertes d'alluvions riches en azote, potasse, acide phosphorique et chaux. Sur les pentes et les plateaux des collines du Tell, les roches jurassiques et crétacées fournissent, par leur désagrégation, des terres arables propres à la vigne, au froment, au pâturage spontané des chaumes, à l'oranger et à l'olivier.
Ces cultures diverses réussissent partout où l'on peut disposer d'eaux abondantes qui permettent de les défendre contre les sécheresses printanières et estivales. Sous ce climat si chaud et si ensoleillé, l'eau vaut autant et plus que la terre. Avec des eaux abondantes, on fait des merveilles, sous un climat si favorisé au point de vue de la terre arable, du soleil et de la chaleur.
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Malheureusement les eaux courantes sont très rares en été. Tel cours d'eau torrentiel et coulant à pleins bords en hiver, se réduit en été à un mince filet où le bétail trouve à peine de quoi s'abreuver. A cette époque de Tannée, les rivières de l'Algérie sont dites couler à sec, ce qui signifie qu'elles coulent souterrainement, formant des nappes qu'il faut atteindre , et dont on doit mécaniquement relever les eaux pour les appliquer à l'arrosage des cultures.
La recherche des eaux doit être l'une des principales préoccupations du colon algérien. C'est un élément essentiel de la production ; il a plus d'importance que la bonne qualité du sol. Sans eaux abondantes, toutes les plantations arbustives, y compris la vigne, sont exposées à souffrir et même à mourir pendant les longues sécheresses de Tété. Les légumes, les fourrages verts, les nouvelles plantations, tout peut périr sur les domaines privés d'eau en été. Il est donc indispensable d'utiliser le mieux possible les eaux des fontaines, des cours d'eau et des nappes souterraines. Les colons les plus habiles ne manquent pas d'exploiter le mieux possible les nappes souterraines; on les explore par des sondages qu'on pratique à de grandes profondeurs, afin d'atteindre des eaux arrivent plus ou moins jaillissantes, qualifiées d'eaux artésiennes. Il est rare qu'elles arrivent jusqu'au niveau du sol. C'est avec des norias, mues par la vapeur ou des mulets, qu'on ramène ces eaux à la hauteur voulue pour le service des irrigations.
Sur quelques rivières, on a établi, avec le concours de l'État, des barrages qui permettent d'emmagasiner, pendant la saison des pluies, de grandes quantités d'eau destinées à l'arrosage des cultures inférieures pendant la saison chaude. C'est une amélioration d'une grande importance pour les colons qui sont à même d'utiliser
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les eaux ainsi retenues dans d'immenses réservoirs. Malheureusement la construction de ces barrages nécessite des dépenses considérables, et les envasements successifs qui s'y produisent diminuent constamment leur capacité. Jusqu'à présent leur dévasement a présenté de sérieuses difficultés. Si le barrage n'est pas solidement établi, il peut se rompre par une forte crue, et causer en aval des pertes considérables dans les exploitations de la vallée. Quand le barrage de l'Habra s'est rompu, il y a quelques années, des colons surpris par ses eaux impétueuses n'ont pas eu le temps de se sauver; ils ont été noyés et emportés par le courant.
Une autre difficulté qu'il faut surmonter pour la mise en valeur du sol, c'est le défrichement des terres couvertes de broussailles.
La broussaille est loin d'avoir une composition homogène et uniforme sur toutes les terres de l'Algérie. C'est tantôt un fouillis d'arbustes analogues à ceux des maquis de la Corse. On y trouve, comme végétaux dominants : le lentisque, le pin d*Alep, le palmier nain, le chêne vert, le genévrier, l'arbousier, le myrthe, le phillyrea, Tolivier sauvage, le jujubier, la bruyère arborescente, le thuia articulé, les cistes, la scille maritime, la lavande et l'asphodèle.
Il arrive quelquefois que la broussaille, bien garnie de végétaux ligneux, paie, par son bois et son charbon, tous les frais du défrichement.
D'autres fois, les champs à défricher ne contiennent que du palmier nain et du jujubier sauvage en taches isolées, ou en garniture compacte occupant toute la surface du terrain.
Le palmier nain forme, par ses racines, un réseau inextricable, très tenace et impossible à attaquer avec les instruments aratoires. Il faut la pioche ou la charrue à
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vapeur pour en avoir raison. Il arrive même assez souvent que la charrue à vapeur n*est pas assez puissante pour en opérer le défrichement. On tire de ses feuilles du crin végétal qui sert à divers usages industriels, ses racines peuvent être utilisées comme combustible. Ces deux produits n'atténuent pas sensiblement les frais du défrichement.
Le jujubier sauvage a des racines plus profondes que celles du palmier nain; la moindre parcelle échappée au défricheur reprend avec vigueur, ce qui n'arrive pas pour le palmier nain. Aussi, à conditions égales, le défrichement du jujubier coûte par hectare i5oà 200 francs de plus que celui du palmier nain.
Le défrichement, opéré à la tâche par des Espagnols ou des Marocains, revient à 400 francs par hectare pour une broussaille composée de divers végétaux, à 450 ou 5oo francs pour le palmier nain, et, à 600 ou 700 francs pour le jujubier sauvage. S'il s'agit d'un défrichement profond, comme celui qu'exige la plantation de la vigne, la dépense atteint parfois i ,000 francs par hectare. Quand l'opération est possible, le défrichement à la charrue à vapeur est le plus avantageux et le mieux exécuté.
Esquissons les produits principaux qu'on peut avantageusement obtenir sur les terres défrichées de la colonie.
L'art du cultivateur est d'approprier chacune de ces cultures à son sol, à son climat, et aux conditions économiques du marché.
Pas de succès possible, si on se livre à des productions qui se vendent mal, ou qui, se vendant bien, ne réussissent pas, faute de n'avoir pas été bien adaptées au sol et au climat.
Pour des causes qu'il est inutile d'énumérer ici, la vigne semble être actuellement l'une des cultures les
plus fructueuses de TAlgérie. Placée dans de bonnes conditions de sol et d'exposition, formée d'un choix judicieux de cépages, elle commence à donner du vin à la troisième feuille, et arrive rapidement à produire annuellement de 60 à 100 hectolitres d'un vin ordinaire qui est accepté par le commerce quand, par une fabrication soignée et intelligente, on lui donne les qualités recherchées par le consommateur. La vinification, sous le climat brûlant de l'Algérie, impose des précautions spéciales, afin d'éviter les fermentations tumultueuses si nuisibles à la qualité du vin.
Les frais de plantation, l'installation des celliers et des caves , l'achat des vaisseaux vinaires , les fléaux de toute nature dont la vigne est menacée pendant le cours de sa végétation sont autant de circonstances qui peuvent considérablement modifier les résultats économiques de cette spéculation, et dont il faut tenir compte, quand on veut apprécier sainement et sans exagération la chance du succès de cette culture.
Froment, — Parmi les céréales , c'est le froment qui occupe le premier rang dans les cultures des indigènes et des Européens. Il offre sur la vigne l'avantage de donner des produits réalisables en moins d'une année. Le blé dur occupe plus d'espace que le blé tendre ; il vaut I à2 francs de moins que ce dernier; cependant on le préfère dans beaucoup de cas ; il est peu sujet à la verse, il souffre moins des fourmis et des oiseaux , supporte mieux le sirocco et la sécheresse; il s'égrène moins facilement sur le sol à l'époque de la moisson. Le blé tendre ne dépasse pas la zone maritime. Il pèse de 76 à 78 kil. l'hectolitre, toujours moins que le blé dur qui atteint facilement le poids de 80 kil.
Le blé tendre représente p peine la dixième partie de
la production totale du Tell évaluée à 18 ou 20 millions de quintaux. Dans cette production celle des indigènes compte pour 12 à 14 millions obtenus sur 3 millions d'hectares.
Les blés de la colonie, cultivés dans les meilleures conditions, dépassent rarement 20 hectolitres de grain par hectare. La moyenne, sur un grand nombre d'années, est de 10 hectolitres pour les européens, et de 5 à 6 pour les indigènes.
La moisson commence dans les premiers jours de juin, et se prolonge jusqu'au i5 juillet dans les régions les plus élevées et les plus froides de l'Algérie.
Orge, — L'orge sert à la consommation des indigènes et des animaux. On l'utilise, en outre , pour la fabrication de la bière : l'escourgeon semé d'octobre à janvier mûrit en avril et en mai sur les terres basses, et seulement en juin dans les montagnes de la Kabylie. Elle rend 20 hectolitres du poids de 60 kil. chez les Européens, et moitié moins chez les indigènes.
La place de l'orge est dans les terres les plus légères où le froment aurait peu de succès.
Avoine. — L'avoine réussit en Algérie aussi bien que sous le climat de la Corse. Elle est moins difficile que le froment sous le rapport de la fertilité et de la préparation du sol, elle vient sur nouveau défrichement, et se défend bien contre les mauvaises herbes; la paille est précieuse pour l'alimentation du bétail.
L'avoine d'hiver est la seule variété qu'on cultive en Algérie. Son rendement, par hectare, atteint 20 à 3ohectolitres du poids de 46 k. Elle est plus précoce que l'orge. Sa maturité qui arrive fin mai l'expose aux ravages des oiseaux et des fourmis. On les prévient en la fauchant
avant sa complète maturité , et en la ramassant le plus vite possible.
Le maïs est cultivé pour son grain et pour son fourrage sur les terres les plus fraîches et les plus arrosables. Le maïs fourrage, fortement fumé et copieusement arrosé, rend de 5o,ooo à 60,000 kil. de fourrage vert. Haché et ensilé, il est d'une grande ressource, en été et en automne, quand les autres cultures fourragères sont épuisées.
La luzerne irriguée et placée sur un bon fonds de terre, donne, par an, jusqu'à 7 à 8 coupes représentant 20,000 kil. de foin sec. Malgré ces avantages, elle est rarement cultivée sur une grande échelle. On lui reproche son peu de durée (5 à 6 ans) et sa disposition à être envahie par les mauvaises herbes. Sur le sol fertile et arrosable qu'elle exige, on peut obtenir du maïs et des cultures arbustives qui donnent plus de bénéfice que cette légumineuse. Il est prudent d'en avoir un champ pour trouver du fourrage vert qu'on ne saurait obtenir des cultures non arrosées à l'époque la plus chaude de l'année.
Le trèfle, le sainfoin ordinaire {onobrychis sativa)^ la minette ne viennent pas sous le climat de l'Algérie.
On y trouve en revanche le sainfoin d'Espagne [Hedysarum coronarium) légumineuse vigoureuse, se plaisant sur les terres marneuses ou argilo-calcaires oîi elle atteint jusqu'à i"',5o de hauteur. Elle occupe une place importante, comme plante spontanée, dans les herbes qui se développent, en hiver, sur les chaumes des céréales. Broutée pendant l'hiver par les moutons et les bêtes à cornes qui vont en pâture dans les chaumes, elle prend, au mois de mars, tout son développement, aussitôt qu'on cesse de mettre les animaux sur les champs. Elle devient fauchable, et, associée à la folle
avoine qui est toujours très abondante dans les chaumes, elle refait un foin très apprécié , quoiqu'assez grossier, dans un pays où Ton manque de prairies naturelles et artificielles. Les chaumes de la Mitidja sont très estimés par rherbe abondante qu'on y trouve en hiver, par le foin de chaume qu'on y récolte au printemps.
Le sainfoin d'Espagne , ou suUa , et la folle avoine [avenafatua) font merveille, après les pluies d'automne, sur les chaumes fertiles des plaines de l'Algérie. Ces deux plantes sont d'une très grande ressource à l'état d'herbe et de foin pour l'alimentation des animaux de la ferme.
La folle avoine ne manque jamais après la culture de froment, mais le suUa n'est pas d'une production aussi vive et aussi régulière. On obtient une récolte plus uniforme de sulla en semant sa graine sur le chaume de blé, à la dose de 5oo litres par hectare. Si on le gardait pour l'année suivante, il donnerait peu de chose. Quand ses pousses sont mûres au moment de sa fauchaison, on est sûr que, deux ans plus tard, on obtiendra dans le chaume de blé, à la même place, une très belle récolte de cette légumineuse.
Parmi les cultures fourragères à recommander en Algérie, on peut encore mentionner la vesce d'hiver associée à l'avoine. Il est facile d'en obtenir, sur les bonnes terres des vallées et des plaines, d'abondantes récoltes qu'on peut consommer à l'état vert ou à celui de foin sec.
Orangerie,
Veut -on se donner le luxe de créer, aux abords de la ferme, une orangerie; elle en formera le principal ornement et simulera les vergers qui décorent les exploitations normandes.
L'oranger, le mandarinier et le citronnier sont trois végétaux du même genre qui offrent les mêmes exigences sous le rapport du climat, du sol et des soins culturaux; ils veulent pour réussir :
1° Un climat où le thermomètre ne descende jamais à plus de 2 à 4° au-dessous de zéro. (Le citronnier est plus sensible au froid que l'oranger) ;
2'' Un sol et un sous-sol perméables;
3** Une localité bien abritée contre les vents d ouest, du sud et du sud-est ;
4** Un approvisionnement d'eau tel que, pendant la saison chaude, on puisse arroser les arbres deux fois par semaine, avec loo à 2co mètres cubes d'eau par hectare suivant la nature du sol ;
5** Une fumure abondante tous les ans, des bêchages et des roulages qui maintiennent la terre constamment meuble et nette de mauvaises herbes.
Une orangerie réunissant ces diverses conditions, se met en plein rapport au bout de 8 à lo ans, et peut donner annuellement un produit net de looo francs par hectare, en oranges et en citrons. La plantation d'un hectare revient à looo ou 1200 fr. A l'âge du plein rapport, les frais accumulés s'élèvent à 7 à 8000 fr. Le verger vaut alors 12000 à iSooo francs l'hectare.
Cette production n'est possible que dans les parties chaudes et basses de la colonie.
A des altitudes de 400 à 5 00 mètres, l'arbre serait exposé à périr par des gelées qui dépasseraient 5 ou 6 degrés au-dessous de zéro.
Dans les oasis du Sahara, oti le thermomètre descend à 7 ou 8° au-dessous de zéro, la culture de l'oranger ne réussit pas, à moins qu'on ne la fasse à l'abri des palmiers.
Ces derniers sont plus résistants contre les gelées. Au
point de vue de la chaleur, l'oranger et le palmier ont des exigences toutes différentes ; le dernier supporte des gelées qui tueraient l'oranger, et il exige, à l'époque de la maturité des dattes, une suite de chaleurs extrêmes de 35 à 40 degrés au-dessus de zéro; Toranger n'exige pas de températures aussi élevées pour la maturité de ses fruits. On dit vulgairement que le dattier doit avoir le pied dans Veau et la tête dans le feu.
L'eau plus ou moins salée qui ferait périr Toranger ne semble pas être nuisible au palmier.
C'est à Blidah qu'on récolte les meilleures oranges et les plus belles mandarines de l'Algérie. Sur ce territoire, l'arbre se trouve dans d'excellentes conditions de climat, de sol, d'abri et d'eau. Aux environs d'Oran, les orangeries sont assez rares, à cause de la mauvaise qualité des eaux d'arrosage. Le grenadier, très répandu autour d'Oran, se montre moins difficile sur la nature des eaux. Le Tell manque de bois de charpente. Les forêts ont été détruites par les incendies qu'allument trop souvent les Arabes nomades, dans le but de développer, à laplace du bois, de frais pâturages pour leurs troupeaux. Le bois à brûler ne manque pas ; on en trouve suffisamment dans l'exploitation et le défrichement des broussailles.
Ce qui fait le plus défaut, ce sont les bois de charpente dont on a besoin pour la construction des hangars de la ferme. Sous ce climat, on se dispense généralement de construire des étables bien fermées et complètement murées. De simples hangars, murés seulement du côté extérieur et ouverts sur la cour, suffisent pour abriter les animaux. Le mur extérieur est indispensable pour être à l'abri des vols que pratiquent les Arabes avec une habileté et une audace incroyables. La construction des hangars exige des bois de charpente rares et chers dans toute la partie du Tell.
AGRICULTURE GÉNÉRALE. 3bg
L'eucalyptus, le pin d'Alep, le casuarina, les peupliers, les platanes sont les essences qui viennent le mieux sur les terrains frais et fertiles des plaines et des vallées. L'eucalyptus , dont on voit de beaux massifs dans la Mitidja et dans la vallée du Chéliff, autour des fermes et des gares du chemin de fer d'Alger à Oran, aune croissance très rapide et fournit, en peu d'années, de belles pièces de charpente. Nulle part on ne peut montrer une futaie de platanes plus élancée et mieux réussie que celle qui abrite le marché et la place publique de Bouffaric. Le chêne-liège est d'un bon rapport; les forêts peuplées de cette essence procurent de beaux bénéfices par la production du liège. Malheureusement, beaucoup de ces forêts ont été incendiées par les Arabes.
Volivier.
L'olivier, si commun à l'état sauvage dans les broussailles et les lieux incultes, n'a pas un rôle important dans les cultures de la colonie.
Ici, comme dans la plaine orientale de la Corse, on a constaté que l'olivier n'est pas fertile sur les terrains les plus chauds du Tell; les insectes et les champignons s'acharnent contre l'arbre et contre les olives, et les minces récoltes qu'on en retire ne paient pas les frais de la culture, du ramassage et de la fabrication de l'huile. Cet arbre rapporte peu sous le climat de Toranger; il veut plus de fraîcheur à l'époque de sa floraison et de la formation des olives.
En Algérie, il n'acquiert de l'importance que dans les montagnes de la Kabylie et de quelques autres parties fraîches et élevées de l'Algérie. Là, les récoltes d*olives sont abondantes et assurées, et, si on dispose d'une maind'œuvre à bon marché pour la cueillette et-le ramas-
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sage, cette culture permet de bien utiliser les terrains accidentés, de moyenne fertilité, et peu propres' à la culture des plantes herbacées.
L'amandier est moins exigeant que Tolivier sur la nature du sol, mais à l'époque de sa floraison, il craint davantage les vents impétueux et salés de la mer. Des abris naturels lui sont nécessaires pour qu'il produise régulièrement d'abondantes récoltes d'amandes. On lui réserve généralement les terrains les plus accidentés et les moins fertiles; il y réussit sans beaucoup de soins et sans arrosage, pourvu qu'on le place à une exposition, bien abritée contre les mauvais vents.
A 8 ou lo ans, l'amandier peut rapporter 20 kilog. d'amandes d'une valeur de 5 à 6 francs.
Le caroubier est à recommander sur les terres du Tell. On le trouve fréquemment, à l'état sauvage, dans la zone maritime. Les colons n'en ont pas suffisamment apprécié les avantages jusqu'à présent. Ce serait cependant un bel arbre à développer autour des habitations; ses jolies feuilles persistantes procurent un épais ombrage oîi les troupeaux seraient abrités contre les mouches et les ardeurs du soleil. Greffé avec les meilleures variétés d'Espagne, l'arbre produit abondamment, tous les 4 ans, des gousses très sucrées et très propres à l'engraissement des animaux. On peut en tirer grand parti pour l'alimentation des chevaux, des vaches laitières et des animaux à Tengrais. Les fruits de la région tempérée, tels que la pomme, la poire, la pêche, la cerise et la prune ne se cultivent pas avec succès dans la région des orangers, il faut atteindre des altitudes de 800 à 1,000 mètres comme celle de Médéah, pour les produire sûrement et avantageusement. • Le mûrier s'est peu propagé dans la colonie, La sériciculture, peu prospère en France, n'a pas tenté les colons
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algériens ; ils Tont délaissée pour des cultures d'un revenu plus sûr et plus important.
La culture du tabac, qui demande tant de main-d'œuvre et dont la valeur vénale est si variable , n'a pas pris non plus une grande extension.
La ramie n'est cultivée comme plante textile qu'à titre d'essai. Elle donnerait des produits abondants sur les bonnes terres de la colonie. 11 sera prudent de ne pas la cultiver sur une grande échelle, tant que l'industrie ne sera pas en mesure de l'acheter en l'exploitant à un prix rémunérateur.
Si j'en juge d'après mes propres observations dans les provinces d'Alger et d'Oran, les spéculations culturales sont, par ordre d'importance :
1° Le froment et les autres céréales (orge, avoine, maïs) .
i"" La vigne, l'oranger, le citronnier.
S"* Le lin pour sa graine.
4*^ Les pâtures et les foins de chaume, le sulla, la luzerne.
Passons aux spéculations du bétail.
L'élevage est rarement avantageux : l'Arabe le fait très économiquement par le système pastoral et par la pratique de la transhumance.
Ceci est vrai pour les chevaux, les bêtes à cornes et les moutons. Le colon doit avoir recours à la France pour les animaux de travail. Les bœufs et les chevaux indigènes sont peu propres aux travaux des champs; ils sont trop faibles et mal dressés.
Le pasteur arabe, précieux pour l'élevage , se trouve désarmé pour l'engraissement des animaux. Il est forcé, à certaines époques de l'année, de réduire les effectifs de ses troupeaux devenus trop nombreux par les naissances annuelles. Le colon achète à de bonnes conditions les
bêtes réformées qu'il engraisse facilement pendant Thiver, quand Tfaerbe devient abondante sur les chaumes des plaines et des vallées.
Les moutons algériens sont d'assez forte taille; leur laine est commune, mais leur viande se vend bien sur les marchés de Paris et des grandes villes du Midi. Les colons ont, du reste, à approvisionner de viande de bœuf et de mouton les divers marchés de la colonie.
Les bêtes à cornes les plus méritantes sont de la race de Guelma. Les vaches sont passablement laitières. Les bœufs sont de moyenne taille, estimés pour la boucherie, et suffisants pour les travaux de la culture qui n'exigent pas de grands efforts.