‹ Agriculture généraleChapitre 6 sur 86 · CONDITIONS CLTMATOLOGIQUES ET MÉTÉOROLOGIQUES DES CULTURES · texte numérisé non relu

CONDITIONS CLTMATOLOGIQUES ET MÉTÉOROLOGIQUES DES CULTURES

L'ensemble des circonstances météorologiques qui ont de l'influence sur les végétaux constitue le climat.

Le climat exerce une influence considérable sur .le choix des cultures. En ce qui concerne la chaleur, le froid et la lumière, les plantes ont des exigences essentiellement différentes. Certains végétaux supportent sans souffrir les froids les plus rigoureux, i5, 20 et 25"* audessous de zéro, tandis que d'autres périssent quand le thermomètre descend à une température voisine de o".

Dans le climat il y a à considérer les minima et les maxima de température, le régime des pluies, la direction, l'intensité et la fréquence des vents, l'état hygrométrique de l'air, la nébulosité et les heures de soleil. Ces diverses circonstances météorologiques exercent sur les plantes cultivées une action favorable ou défavorable suivant les exigences de chaque culture. Il est donc

indispensable de bien connaître Tétat climatologique de la localité où l'on doit se livrer à l'exploitation du sol. Cette étude n'ofifre aucune difficulté quand il existe dans le pays un observatoire où l'on note régulièrement les phénomènes météorologiques. Malheureusement les observatoires ne sont pas suffisamment multipliés et beaucoup de départements en sont encore dépourvus.

A défaut d'observatoire météorologique dans le voisinage d'une localité, on peut obtenir des renseignements utiles de Tobservatoire le plus rapproché de l'endroit à étudier, en ayant égard aux circonstances locales qui sont de nature à modifier les observations recueillies sur un autre point de la région. Il y a en outre les renseignements à puiser auprès des personnes qui ont une longue expérience de la localité.

Les pratiques locales, les cultures du pays fournissent aussi à ce sujet de très utiles indications. La dépaissance des animaux en toute saison le jour et la nuit, la végétation non interrompue des crucifères, la maturité des artichauts et des choux-fleurs au cœur de l'hiver sont l'indice d'une température douce et de la rareté des gelées. La présence des aurantiacées (orangers, citronniers, cédratiers), des palmiers, des rosiers et des violettes en fleur, de l'eucalyptus, des mimosas et des camélias fleuris en hiver, dénote un climat provençal où le thermomètre descend très rarement au-dessous de zéro.

Minima de température. Leurs effets sur les cultures.

Les moyennes de température dont se servent les géographes pour déterminer les lignes isôthères, isochi-

mènes et isothermes sont plus nuisibles qu'utiles à Tagriculteur; il y aurait de l'imprudence à en tenir compte dans le choix des cultures. Deux localités situées sur la même ligne isochimène peuvent avoir des minima et des maxima de température très différents ; par exemple les températures — lo"* et -|- i6° donnent la même moyenne que les températures -(- i** et + 5*". Les deux localités qui offriraient ces moyennes en hiver se trouveraient placées sur la même ligne isochimène. Cependant quelles différences présenteraient les cultures hibernales ! La première aurait de fortes gelées funestes aux plantes délicates et sensibles , tandis que la seconde où le thermomètre se trouve toujours au-dessus de zéro pourrait se livrer à la culture des plantes les plus frileuses de la Provence et de l'Algérie.

On voit que la connaissance des minima de température doit sérieusement préoccuper l'agriculteur qui tient à mettre ses cultures dans les meilleures conditions de succès.

II ne faut pas croire que les localités placées sous le même degré de latitude se comportent de la même manière sous le rapport des minima et des maxima de température. L'altitude, le voisinage de la mer, les montagnes , les abris naturels , le régime des vents et l'exposition apportent de profondes modifications à ces diverses températures. Rayonne se trouve plus au midi que Nice, cependant le climat de Nice comporte des ' végétaux qui périraient à Rayonne sous l'action du froid de l'hiver. La situation privilégiée de cette partie de la Provence tient à des abris naturels constitués par le magnifique rideau des Alpes-Maritimes et des montagnes de l'Esterel.

Montpellier, plus méridional que Nice, ne possède ni orangers, ni eucalyptus, ce qui tient aux minima de tem-

4 AGRICULTURE GEN.ERALE.

pérature qui descendent à — 7"* — 8° et tueraient les aurantiacées tandis que l'olivier, lavigneetTamandier n'en souffrent pas sensiblement. Les minima et les maxima de température assignent aux cultures des limites infranchissables qu'on a tenté de tracer autrefois sur les cartes de géographie. On y indiquait par des courbes les limites septentrionales du maïs, de la vigne, etc. Ces limites sont loin d'être conformes à la réalité , tant sont variables dans une même région les conditions climatologiques de chaque localité.

Quoi qu'il en soit, il existe , pour la plupart des cultures, une limite septentrionale et une limite méridionale au delà desquelles les plantes ne se trouvent pas dans de bonnes conditions de succès et de durée.

L'olivier, par exemple, ne résiste pas aux froids d'une grande partie de la France. Il ne vient pas dans le sud-ouest, dans les départements des Landes, des Basses et Hautes-Pyrénées. Il apparaît, au contraire, dans les Pyrénées-Orientales , le Languedoc , le Dauphiné et la Provence. C'est aussi l'arbre de la Corse et de l'Algérie.

Plus au sud, il devient de moins en moins fécond à mesure que Ton se rapproche davantage de Téquateur. En Corse et en Algérie il produit très peu d'olives sous la zone maritime : les chaleurs extrêmes de l'été favorisent les insectes qui attaquent le fruit et le font tomber avant sa maturité. A cette latitude, c'est la montagne qui favorise sa fécondité. Au niveau de la mer, dans les plaines basses de la Corse et de l'Algérie, on obtient facilement de magnifiques oliviers comme arbres , mais généralement inféconds par suite des ravages des insectes.

Les limites de la culture du dattier sont encore plus restreintes. Il est vrai qu'il se montre en Provence et dans les trois provinces de l'Algérie, mais il ne donne

de bonnes dattes que dans les oasis du Sahara. A Pétat d'arbre il est vigoureux et bien développé dans les parties les plus chaudes de la France et de Tltalie; il y produit des fleurs et des fruits, mais ses dattes restent vertes et ne sont jamais mangeables. C'est qu'elles ne jouissent pas sous ce climat des chaleurs extrêmes (35 à 40°) qui sont nécessaires pour leur parfaite maturité. Cet arbre, si exigeant pour la chaleur, redoute moins le froid que la plupart des aurantiacées , il supporte des minima qui tuent l'oranger et le citronnier. Dans les oasis, où le thermomètre descend parfois à 6° ou 7** au-dessous de zéro, l'oranger ne peut prospérer qu'à Tombre protectrice des palmiers. Prenons d'autres exemples parmi les cultures mieux connues des agriculteurs des régions tempérées. Le pommier et le poirier, si productifs sous le climat doux et humide de la Bretagne, de la Normandie, du nord et du centre d.e la France, ne donnent plus de bons fruits dans les régions des orangers. Là les fruits ne reprennent de la qualité qu'aux altitudes des montagnes 011 le climat affecte les caractères des régions du Nord.

En ce qui concerne les céréales, admirons la prévoyance de la Providence : les cultures si importantes pour l'alimentation des hommes et des animaux sont celles dont les limites occupent le plus d'espace sur le globe terrestre. Le froment prospère sous la zone glaciale, en Suède et en Norwège ; il donne également un grain de bonne qualité à l'ombre des palmiers dans le Sahara de la province de Constantine. Il en est de même de Torge et de Tavoine, le maïs fait exception; ses exigences au point de vue des maxima de température ne lui permettent pas de s'avancer beaucoup vers le nord, surtout quand il est cultivé en vue de la production du grain. La vigne redoute également les minima extrêmes, no-

tamment au printemps, à l'époque de la reprise de la végétation. Une faible gelée suivie de soleil détruit avec les jeunes bourgeons toutes les espérances du vigneron.

On voit d'après ces observations combien il importe de connaître exactement le tempérament de chaque plante, combien il est nécessaire , avant de tenter une culture, de savoir comment elle se comporte en présence du froid et de la chaleur, combien il est utile de s assurer qu'elle trouvera sur la surface qu'elle occupera les conditions climatologiques favorables à sa végétation et à sa fructification. Dans un même domaine on peut trouver des points favorables à la vigne , aux crucifères pendant l'hiver, tandis que des champs plus bas , plus humides , moins bien exposés sont sujets à des gelées printanières qui stériliseront la vigne, ou à des minima hibernaux qui détruisent les cultures de choux et de turneps.

Les observations sur les lieux, l'examen des végétaux spontanés, et au besoin des observations thermométriques guident sûrement à ce sujet l'homme désireux de placer ses cultures dans les meilleures conditions de végétation.

On doit tenir grand compte des minima normaux et ordinaires, mais il faut aussi avoir égard aux minima exceptionnels. Ce sont les plus redoutables par l'importance des ravages qu'ils exercent sur les végétaux herbacés et ligneux.

De 1871 à 1880 la France a subi deux minima extrêmes qui ont causé d'immenses dégâts dans le centre, le nord et l'est de la France. Le 11 décembre 1871 le thermomètre est tombé à Paris à — 21"*. Cette année-là les blés d'hiver ont été complètement détruits. On les a imparfaitement remplacés au printemps par des variétés

américaines qui ont gazonné sans donner un seul épi à la récolte.

Ce froid exceptionnel a détruit beaucoup d'arbres fruitiers, notamment des pommiers, des poiriers, des noyers, etc. Il en a été de même du magnolia, du laurier-tin et du laurier-amande.

L'hiver de 1879- 1880 a été plus funeste encore aux végétaux de la même région. A Paris le thermomètre a marqué le 10 décembre 23%9 au-dessous de zéro, c'était 4** plus bas qu'en 1871. Aussi les désastres ont été plus considérables. Tous les pins maritimes de la Sologne sont morts. La perte a été évaluée à une quarantaine de millions pour une petite région d'une surface égale à celle d'un département. Il n'est plus resté de pommiers à cidre et à couteau , dans le nord et le centre de la France. Tous les merisiers de l'Est destinés à la fabrication du kirch ont été détruits par cette gelée. Il en a été de même des pruniers, des cerisiers, du pin sapo, des cèdres, du wellingtonia, du lierre, de quelques chênes , et du châtaignier. Le pin sylvestre, le pin noir d'Autriche, l'épicéa, le bouleau ont parfaitement résisté. Ce sont les espèces d'origine méridionale qui ont le plus souffert. Il faudra plus de cinquante ans pour réparer un tel dommage, pour revoir les beaux vergers et les magnifiques pommiers qui donnaient aux populations un cidre abondant, meilleur et moins cher que les boissons artificielles auxquelles ce pays sera condamné tant que les nouvelles plantations n'auront pas remplacé celles qui ont disparu en 1879. C'est 3o ans d'attente, le pommier exigeant 25 ou 3o ans pour se mettre en plein rapport.

Dans une même localité toutes les propriétés n'ont pas été également frappées. Ce sont les endroits bas et humides qui ont le plus souffert. A l'école des Merchi-

nés, à une assez forte altitude, aucun arbre fruitier n'a été détruit, tandis que tout a disparu dans les vallées de la Meuse et de rOrnain.

Les minimas exceptionnels causent de loin en loin des pertes importantes sur les cultures arbustives du Midi, telles que les oliviers, les citronniers et les orangers. En 1820 un froid de — i3° a détruit les oliviers aux environs d'Orange. On voit dans les départements du Gard et des Bouches-du-Rhône des oliviers en buissons et en cépées, composés de rejets, ce sont des oliviers dont les troncs primitifs ont été détruits par la gelée. Les oliviers d'Amibes, de Nice, de Menton et de la Corse forment au contraire des arbres magnifiques établis sur un seul tronc; il en est qui par leur grosseur et leur développement dénotent une existence plus que séculaire. C'est bien la preuve que dans ces localités ils n'ont jamais eu à souffrir de l'intensité du froid.

Les minima exceptionnels n'attaquent pas les plantes basses quand elles sont couvertes d'une bonne épaisseur de neige. C'est un manteau qui défend contre les froids extrêmes les céréales et les fourrages d'hiver.

Les minima de température du printemps, autrement dit les gelées printanières, nuisent beaucoup aux plantes cultivées, quand celles-ci se sont mises à végéter sous l'influence d'un temps doux et humide. Ces gelées font souffrir et quelquefois périr les céréales d'hiver, les vesces, les haricots et les pommes de terre. Les alternatives de gel et de dégel soulèvent le sol et brisent les racines des céréales. Il faut dans ce cas rouler le terrain aussitôt que l'état du sol le permet, afin de faciliter le développement de nouvelles racines. La pomme de terre repousse facilement après avoir perdu par la gelée ses premières feuilles. Il en est de même de la luzerne, aussi sensible à la gelée que le haricot et la pomme de terre.

Quant à la vigne, sa récolte est aux trois quarts compromise, quand la gelée vient à détruire les premiers bourgeons où se trouvent, à Tétat rudimentaire, les organes qui produisent le raisin.

Effets de la lumière solaire sur les cultures.

Les observatoires bien organisés notent exactement les heures de soleil, Tintensité de la lumière et l'état nébuleux du ciel. Les contrées favorisées en hiver d'une température douce, accompagnée d*un soleil brillant, sont en mesure de produire des fleurs et des légumes que des pays plus froids et plus nébuleux peuvent obtenir seulement dans la saison du printemps et de Tété. Cannes, Hyères et Nice sont les seules localités en France qui produisent, au milieu de l'hiver, des roses, des jacinthes, des anémones, des mimosas, des tubéreuses, etc. La Corse et l'Algérie possèdent des localités où les mêmes plantes végéteraient avec le même succès en hiver. C'est de ces pays qu'on reçoit à Paris pendant l'hiver des petits pojs, des haricots verts, des artichauts et des tomates. Ces primeurs sont cultivées sur des surfaces abritées, bien ensoleillées, à des expositions chaudes et exemptes de gelées. A la même latitude que Nice^ le Sud-Ouest ne peut tenter en hiver aucune culture de fleur ou de primeur à cause du manque de chaleur et de lumière, de l'état nébuleux et pluvieux du ciel. Le camélia fait exception , il est plus précoce et plus fécond que sous le climat provençal.

L'agriculteur aime les journées de soleil aux époques

lo AGRICULTURE GÉNÉRALE.

de la fécondation et de la maturité des céréales. Le soleil donne du poids et de la qualité aux grains, il rend les fruits sucrés et savoureux; il donne au foin sec et à rherbe des pâturages plus de saveur et de valeur nutritive, à la betterave un développement plus grand de la matière sucrée; enfin un beau soleil, en automne, au moment de la maturité du raisin, est une condition indispensable pour que les vins français acquièrent toutes leurs qualités. Par les années sombres et pluvieuses, les grains, le vin, le foin, la betterave, les fruits et en général tous les produits du sol ne sont jamais de bonne qualité.

Les pluies dans leurs rapports avec les cultures.

L'agriculteur ne saurait trop étudier le régime des pluies, c'est-à-dire la pluviosité du milieu où il doit développer ses spéculations culturates. Il sait qu'il a à bénéficier des pluies bienfaisantes qui viennent, dans la saison chaude, fournir aux plantes l'humidité dont elles ont grand besoin pour accomplir toutes les phases de leur végétation. Il sait aussi qu'il est exposé à subir des pertes considérables par l'effet des longues sécheresses estivales ou des inondations pour le cas où ses champs sont situés sur la zone submersible d'un cours d'eau. D'un autre côté les eaux de pluie et de rivière peuvent lui être d'une grande ressource pour l'arrosage en hiver et en été de ses surfaces engazonnées.

Le régime des pluies s'étudie sans difficulté pour les localités pourvues de bonnes observations pluviométriques. Le pluviomètre enregistreur procure les observa-

AGRICULTURE GENERALE. ii

tions les plus complètes et les plus précises. Il donne non seulement les quantités d'eau tombées à chaque pluie, mais, en outre, la durée de la pluie et l'heure à laquelle elle est tombée. Uinstrument n'est pas cher ni difficile à observer, il devrait faire partie du matériel de toute exploitation bien conduite et bien organisée.

A l'aide des observations pluviométriques on sait le nombre de jours de pluie dans le courant d'une année, leur répartition dans les mois et les saisons, et la quantité totale d*eau tombée dans les 1 2 mois de Tannée.

Les climats les plus humides ne sont pas toujours ceux qui reçoivent la plus forte quantité d'eau, mais ceux qui pendant toute l'année offrent un grand nombre de jours de pluie. De petites pluies journalières avec un ciel nébuleux constituent des climats humides comme ceux de la Bretagne, de la Normandie, de l'Angleterre, de la Belgique et de la Hollande. Ces petites pluies persistantes humectent le sol et profitent aux plantes mieux que la même quantité d'eau provenant d'une forte pluie tombée dans un court espace de temps. Les fortes pluies de peu de durée, telles qu'elles se produisent dans les contrées méridionales, procurent quelque bien accompagné souvent de très graves inconvénients.

A Montpellier, il est tombé en une seule fois et en peu d'heures, Sy millimètres d'eau en i885 et 45 millimètres en 1 884. Si le sol est perméable cette eau passe immédiatement dans le sous-sol avec peu de profit pour les cultures et en emportant les parties solubles des engrais. La terre est-elle imperméable et fortement inclinée, les surfaces sont ravinées, et les eaux charrient à la rivière les engrais et les parties meubles du terrain. Il en résulte souvent des inondations qui, en hiver, opèrent dans les vallées, sur les prairies, des colmatages

fertilisants tandis qu'en été elles rendent les foins vaseux et immangeables. Les cultures couvertes d'eau en hiver ne sont pas compromises même après plusieurs jours de submersion; dans les mois d'été les récoltes en pleine végétation sont perdues par une inondation de quelques heures.

Dans le Midi on observe que les pluies diurnes profitent mieux aux plantes que les pluies nocturnes. Ces dernières sont généralement suivies d'un soleil ardent fatigant pour les plantes et dissipant trop vite par Tévaporation l'humidité du sol. Les pluies du jour surviennent habituellement par un temps couvert, elles pénètrent le terrain la nuit suivante et échappent en partie à Faction du soleil qui succède.

Dans les régions du Nord et du Centre, de TEst et de l'Ouest, les pluies sont estivales et hibernales. On peut dire qu'il y pleut toute l'année. La pluie, en été, gêne trop souvent la fenaison, la moisson et les vendanges. Il est rare qu'on y souffre de la sécheresse.

Les contrées placées sous l'influence de l'océan Atlantique jouissent ou souffrent de la pluie pendant toute l'année. La Méditerranée produit des effets tout différents, elle donne à la Provence, à la Corse, à l'Italie et à l'Algérie de fortes pluies pendant l'hiver, et très peu d'eau pendant l'été. Cette pluviosité est d'autant plus fâcheuse que dans le Midi les pluies estivales sont pour les plantes infiniment plus efficaces que les pluies hibernales dont on pourrait en grande partie se passer sans aucun inconvénient.

Les quantités d'eau tombées sont influencées principalement par le voisinage de la mer et par l'altitude des terrains. Elles varient énormément pour des localités assez peu éloignées. Les Pyrénées reçoivent en moyenne un mètre d'eau par an. Le pays basque, plus rapproché

AGRICULTURE GENERALE. i3

de la mer, en reçoit 1^,40. Il tombe dans la vallée de la Seine o'",5o d'eau, et 0,60 dans celle de la Loire; un mètre dans la Haute-Auvergne (Cantal) et o'",5odans la Limagne. En 1862, il régnait en Li magne une sécheresse telle que les blés d'automne n'avaient point germé, faute d'humidité ; la récolle a été nulle sur des terrains très fertiles où l'on voit habituellement de magnifiques cultures de froment. La Champagne pouilleuse, si pierreuse et si perméable, ne reçoit que 0^,40 à o"^,5o d'eau. En Beauce, il tombe en moyenne o",6o d'eau. Patay, situé dans la même plaine, en reçoit o^'^^go, probablement sous l'influence des forêts voisines et de la Loire. L'ancienne terme-école de Montberneaume (Loiret), au sol pierreux, calcaire, desséchant, souffrait énormément de la rareté des pluies, tandis que les fermes situées à quelques kilomètre de là et rapprochées de la forêt d'Orléans recevaient, en été, des pluies bienfaisantes pour leurs cultures. Ces pluies, comme la grêle, suivent certaines zones qui sont bien connues des compagnies d'assurances et des habitants de chaque localité. La commune où j'ai ma propriété du Perche n'a jamais été grêlée de mémoire d'homme; les pluies y sont aussi plus rares et moins abondantes que dans d'autres villages du voisinage où la grêle apparaît plusieurs fois dans une période de dix années.

M. Pagnoul, directeur de la station agronomique du Pas-de-Calais, a organisé des stations météorologiques sur plusieurs points du département. Les bulletins publiés font voir que pour des localités peu éloignées les unes des autres, les quantités d'eau tombées varient dans le même mois du simple au double.

M. de Gasparin indique dans le 2^ volume de son ouvrage le nombre de jours de pluie et la quantité d'eau tombée dans l'année pour un grand nombre de localités.

Je cite les chiffres les plus intéressants de ce tableau. Ce sont des quantités moyennes :

Page 1