LOCALITÉS
Jours de pluie.
Hauteur d*eaa tombée*.
Lille ' 1 69
Laon 1 64
Paris ^ 157
Châlons-sur-Marne i o3
Troyes 120
Dijon 1 39
Lyon 119
Arles 107
Orange 90
Marseille 60
Toulon 44
Montpellier : 86
^ ( Ajaccio 1 1 5
Corse... ] d' . o
( Bastia ii3
MUlimètrcs.
Prévision de la pluie.
On sait que les travaux de la ferme sont subordonnés à Tétat de la température. Certains travaux tels que les façons aratoires, les labours, les ensemencements, la fenaison et la moisson, exigent impérieusement du beau temps. Si la pluie est imminente, on doit se hâter d'achever les opérations qui devraient être entravées par le mauvais temps. Aussi le cultivateur est-il très intéressé à deviner, la veille, Tétat de la température du lendemain.
Dans chaque région il existe des pronostics qui sont basés sur une longue expérience et qui trompent rare-
AGRICULTURE GENERALE. i5
ment le praticien doué d'un bon esprit d'observation. Dans le nord et le centre de la France, c'est signe de pluie quand le vent se maintient à l'Ouest, au Sud- Ouest et au Sud. La lune cerclée, la couleur blanche du soleil, des nuages bas, foncés, grisâtres, sont des indices à peu près certains de pluie, surtout si en même temps il survient des baisses barométriques successives. La transparence de l'air qui fait voir nettement des objets qu'on aperçoit à peine en temps ordinaire, le son des cloches du côté du vent pluvieux , la gelée blanche du matin, la chaleur piquante du soleil, le vol bas des hirondelles, l'acharnement des taons sur les animaux, des cousins sur les personnes, le réveil des rhumatismes, toutes ces remarques appuyées et fortifiées par les observations tirées du baromètre, de l'hygromètre et de la girouette, annoncent la pluie d'une manière à peu près certaine. On peut en outre profiter des avertissements télégraphiques. Nous savons qu'une bourrasque venant d'Amérique, passant par Valentia, nous arrive dans le Perche 24 heures après son apparition en Bretagne. En temps de fenaison et de moisson, nous prenons nos mesures en conséquence. Au mois de juin, à la Saint- Médard, quand il se met à pleuvoir, on doit craindre une longue série de pluies torrentielles très nuisibles aux travaux de la fenaison. Il est clair que les remarques qui s'appliquent au climat de Paris sont en défaut pour des localités soumises à des influences météorologiques toutes différentes.
En Algérie rien ne vient en été si le sol n'est pas humecté par des pluies ou par des arrosages. Il est donc très important de connaître les localités les plus favorisées sous le rapport du nombre de jours de pluie et de la quantité d'eau tombée dans l'année. Des stations météorologiques assez nombreuses ont permis d'établir
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avec exactitude des cartes où Ton indique le régime des pluies pour les trois provinces de notre colonie africaine. On a constaté que les pluies vont en décroissant de PEst à rOuest et de la mer au Sahara. Il pleut plus à Tunis qu'à Alger, plus à Alger que sur les côtes du Maroc. A Bougie et à Djidjelli il tombe i"',io à i"',2o d'eau, o™,8o à Alger, dans le Sahel, la Mitidja, Médéah et la grande Kabylie. Saîda, Boghar, Batna ne reçoivent que o™,5o d'eau, les Hauts plateaux du Sahara seulement 0^,20 et, Tintérieur du Sahara o™io. Certains points du désert sont quelquefois sans pluies pendant plusieurs années de suite. Les pluies sont croissantes de septembre à décembre, époque de leur maximum; elles décroissent de janvier au i®"" mars.
Les cultures ont à souffrir de la sécheresse pendant les mois de mai, juin, juillet et août. Il y a par conséquent huit mois pluvieux et quatre mois secs qui sont euxmêmes les plus chauds de Tannée. La répartition des pluies n'est pas favorable aux plantes cultivées; la pluie leur fait défaut précisément dans la période la plus chaude de l'année, quand le sol est desséché et brûlé par le soleil. Aussi, dans cette saison, les cours d'eau tarissent, et les irrigations ne sont généralement possibles qu'à l'aide des nappes souterraines relevées au niveau du sol par différentes machines hydrauliques.
En 1881, les colons de la province d'Oran ont éprouvé des pertes considérables par l'effet d'une sécheresse qui a duré près d'une année. Les semences mises en terre n'ont pas germé faute d'humidité. La graine, la paille, les fourrages, les pâturages, tout a été détruit par la sécheresse. Il a fallu se défaire à tout prix des animaux de travail et de rente sous peine de les laisser mourir de faim. Ça été la ruine pour beaucoup de colons.
En Afrique, l'eau vaut plus que la terre. Il n'y a rien
à espérer d'une exploitation privée de pluies estivales, d'eaux courantes ou de nappes souterraines faciles à ramener à la surface. Dans une telle situation on manque en été de légumes, de fruits, d'herbe et de fourrages pour les animaux. Aux calamités de la sécheresse vient souvent se joindre le fléau des sauterelles ; elles dévorent tout dans la ferme, même les cultures arbustives qui sont complètement dépouillées de leurs feuilles. Un incendie qui aurait embrasé toute la plaine ne l'aurait pas plus desséchée ni plus dénudée.
Hydrographie agricole.
En Algérie aussi bien qu'en France, l'eau est dune nécessité absolue dans toute exploitation : il faut de l'eau potable pour les divers besoins du ménage , il en faut en toute saison en grande quantité pour abreuver les animaux de la ferme. L'eau est encore très avantageuse pour l'arrosage des jardins et des prairies. Elle est d'autant plus importante qu'on habite un pays plus sec et plus méridional. Dans le midi, Teau, dit-on, vaut plus que la terre. On retire plus de produits d'un hectare copieusement arrosé que de dix hectares privés d'eau. Celui qui a en vue une grande entreprise agricole doit examiner avec le plus grand soin toutes les eaux dont il pourra disposer. C'est une circonstance très heureuse que de posséder un cours d'eau intarissable et bien disposé pour l'arrosage des parties basses du domaine. Des sources abondantes rendent aussi de grands services d'abord pour l'eau potable qu'elles peuvent fournir, et ensuite pour l'arrosage, si elles sont à
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mi-côte et supérieures aux cultures qui ont besoin d*irrigation.
Si le sol est imperméable, les eaux pluviales à l'époque des orages et des grandes pluies coulent à la surface, et celles qui viennent des terrains supérieurs sont utilisables pour l'arrosage des prairies et des cultures situées à un niveau inférieur. On peut, dans ce cas, établir de grands réservoirs pour les emmagasiner. Ces réserves d'eau faites dans un moment où les cultures n'ont pas besoin d'être arrosées sont précieuses plus tard quand les plantes souffrent de la chaleur et de la sécheresse.
Les eaux des toits , celles des terres cultivées et des cours de ferme, devraient toujours être utilisées; ces dernières sont chargées de principes fertilisants qui en rendent l'emploi très avantageux sur les prairies voisines.
La Corse, la Provence et le Languedoc souffrent également de la rareté des pluies estivales, mais les sécheresses y sont moins persistantes et moins désastreuses qu'en Algérie. C'est la cause principale de la cherté des fourrages dans le Midi et des difficultés qu'on y éprouve à élever et à engraisser les animaux. C'est ce qui fait qu'aux plantes herbacées on préfère les cultures arbustives telles que la vigne, l'olivier, l'amandier et le mûrier. Les végétaux ligneux dont les racines plongent profondément dans le sol supportent mieux la sécheresse que les céréales et les fourrages qui vivent dans la couche superficielle de la terre.
Autant en été on apprécie les pluies calmes et abondantes , autant on redoute les orages accompagnés trop souvent de grêle ou de vents violents qui couchent et détruisent les récoltes.
Dans les régions du nord et du centre, la neige ne déplaît pas à l'agriculteur. Il sait qu'elle protège la culture contre les rigueurs extrêmes de l'hiver, et que les
céréales semées tardivement germent très régulièrement sous la neige à Tabri des rongeurs et des oiseaux. De forts amas de neige ont l'inconvénient d'encombrer les routes et de gêner les transports de la culture. La neige qui tombe par un temps calme s'accumule sur les arbres rameux et les charge tellement qu'il en est qui se brisent ou qui perdent une partie de leurs branches.
Quant aux glaciers qui existent sur les hautes montagnes, ce sont des réservoirs d*une grande ressource pour les irrigations d'été.
Malheureusement les montagnes d*où sortent les fleuves de l'Algérie ne sont pas très élevées ; il n'y a aucun glacier, et les neiges n'y sont pas persistantes. C'est ce qui fait que ces fleuves tarissent en été et sont d une faible ressource pour les arrosages, à moins qu'on y emmagasine de l'eau pendant l'hiver à l'aide de barrages qui servent à établir d'immenses réservoirs pour les arrosages d'été. Ces barrages, très chers à construire, n'ont pas produit tout le bien qu'on en attendait. Ils ont l'inconvénient de s'envaser et de perdre ainsi une grande partie de leur capacité sans qu'on ait trouvé jusqu'à présent le moyen de parer à cette difficulté. Parfois , ils cèdent à la pression de l'eau et causent en aval des dégâts incalculables. On a vu des villages disparaître et quantité de personnes noyées par la rupture d'un barrage de la province d'Oran.
Les glaciers des Alpes qui alimentent le Rhône et les fleuves de la Lombardie sont d'immenses réservoirs naturels d'un prix inestimable pour l'arrosage des cultures. Ils donnent d'autant plus d'eau que les chaleurs sont plus intenses et plus durables. En Corse, le Tavignano prend sa source au milieu des neiges du Monte-Rotondo, aussi il conserve un débit satisfaisant au milieu de Tété. Tandis que leTagnone, et d'autres rivières qui viennent
des montagnes peu élevées se dessèchent à l'époque des plus fortes chaleurs.
J'ai connu un agriculteur des environs de Bologne qui déplorait la faible altitude des Apennins. Si ces montagnes étaient plus hautes, me disait-il , nos rivières ne sécheraient pas en été et nous ne manquerions pas d'eau pour l'arrosage de nos prairies.
État hygrométrique de l'air.
L'état d'humidité de l'air se mesure par l'hygromètre et le psychromètre. Les observations météorologiques, quand on en trouve de bien faites, font connaître exactement l'état hygrométrique d'un pays.
Les contrées les plus hygrométriques sont celles qui longent l'océan Atlantique. La Bretagne, la Normandie, l'Angleterre, la Belgique et la Hollande jouissent d'une atmosphère humide, d'un ciel nébuleux où le thermomètre descend rarement au-dessous de zéro et où les maxima de température ne sont jamais très élevés. Ce sont des conditions naturelles qui assurent la permanence des herbages même pendant l'hiver et qui permettent, comme à Roscoff, la production des artichauts, des choux-fleurs et d'autres légumes comme primeurs. En été la culture maraîchère en plein sable et fumée aux algues marines est florissante sans aucun arrosage, l'humidité de l'air suffit aux besoins des plantes. Tout concourt à la production économique des légumes, travaux faciles , engrais pour rien, et aucun frais d'arrosage. Les conditions sont les mêmes à Gand pour la culture des tulipes et des autres végétaux que produisent
les grands établissements horticoles de cette province. Là encore les résultats sont magnifiques sans que le pépiniériste et le jardinier se préoccupent en été de Farrosage de ses plantes.
Ces conditions climatologiques sont celles qui favorisent en Bretagne la végétation des espèces herbagères , de la pomme de terre, du sarrasin, de la poire, notamment aux environs de Brest (Plougastel Daoulas) et du pommier. Elles conviennent moins aux céréales ; néanmoins Tavoine atteint de beaux rendements en Bretagne et en Normandie. La vigne n'aime pas un tel climat ; elle y mûrit difficilement son raisin. La presqu'île de Rhuîs en Morbihan fait exception. On y cultive la folle jaune , le cépage rustique estimé pour la production de l'eau-de-vie. Il y donne des produits d'autant plus appréciés qu'ils remplacent, imparfaitement il est vrai, la fine Champagne détruite en grande partie par le phylloxéra.
Effets de la grêle et des gelées sur les végétaux.
La pluie congelée sous forme de grésil ou de grêle est un phénomène météorologique toujours funeste aux cultures. La grêle anéantit les récoltes herbacées ; elle meurtrit la vigne , les arbres fruitiers, et les stérilise parfois pour plusieurs années. Il n'y a de remède à ce fléau que l'assurance dont les frais sont en rapport avec les chances de grêle pour chaque localité. Aux dégâts des récoltes, s'ajoute souvent la destruction totale ou partielle des toitures de la ferme.
Les gelées printanières auxquelles sont si sujets les
jeunes bourgeons de la vigne, les jeunes pousses de la pomme de terre, du haricot, de la luzerne exercent leurs ravages dans les conditions climatologiques les plus diverses.
Le 21 avril 1881, j'ai vu des vignes gelées à la Senia près d'Oran, à une faible altitude, dans le voisinage d'un cours d'eau. Ce même jour beaucoup de vignes ont été gelées sur le territoire du Sidi-Bel-Abbès, à l'altitude de 5 00 mètres.
En France, plus au nord, les gelées printanières se produisent beaucoup plus tard. Au milieu du mois de juin, des gelées blanches atteignent souvent la pomme de terre, le haricot et la luzerne.
Veut-on se livrer à une culture arbustive sensible à la gelée, telle que celle de la vigne , des orangers , des citronniers et des cédratiers, il est indispensable de s'assurer d'avance qu'on n'aura pas à redouter les gelées qui compromettent le succès des récoltes. Les aurantiacées ne se plaisent que dans des espèces de serres naturelles abritées contre les vents froids et violents et exemptes de gelées hibernales et printanières. La vigne ne redoute pas les gelées modérées d'hiver, mais au printemps les petites gelées suivies de soleil enlèvent tout espoir de bonne récolte en détruisant les jeunes bourgeons qui portent les rudiments du raisin.
Il existe dans les dunes des environs d'Alger des vignes précoces en pleine végétation à la fin de l'hiver. J'y ai vu des raisins tout formés au mois de mai. Là il n'y a jamais trace de gelée. On se borne à défendre ces vignes contre la violence du mistral par des arbres verticaux suffisamment rapprochés. Ces raisins mûrissent et sont livrées à la consommation dans le courant de juin.
Dans le Var, les Alpes-Maritimes et la Corse, les en-
droits bien abrités et bien exposés, où il ne gèle jamais, se rencontrent assez communément.
C*est là qu'on installe les orangeries quand on y trouve l'eau nécessaire aux arrosages d'été.
Les plantes en fleur sont particulièrement sensibles aux gelées printanières. Le seigle, très résistant aux grands froids de l'hiver, n'offre que des épis vides de grain, s'il est surpris par une petite gelée à l'époque de la fécondation de ses fleurs.
Les plaines basses, les champs voisins des cours d'eau sont généralement des localités gélives où la culture de la vigne n'offre aucune chance de succès. Les meilleures vignes de la Bourgogne se cantonnent sur les coteaux secs et perméables et Jouissant d'une bonne exposition; elles ne descendent jamais sur les terrains bas et humides de la vallée. Cette règle ne souffre pas d'exception dans les régions de l'est et du centre. Dans les contrées méridionales on y déroge souvent sans de graves inconvénients. On voit en Suisse de riches vignobles qui descendent jusqu'aux bords des lacs de Genève, de Zurich et de Neuchâtel. Les mêmes observations s'appliquent aux lacs de la Savoie , à celui d'Annecy, par exemple.
Il faut croire qu'une grande masse d'eau ne provoque pas les gelées printanières à l'exemple des rivières qui arrosent d'étroites vallées. La gelée sur un terrain sec est assez inoffensive; elle est au contraire meurtrière pour la vigne dont le sol est humide ou fraîchement remué. La gelée suivie de soleil est toujours mauvaise pour les bourgeons jeunes et tendres ; le mal est moins intense quand le ciel est nébuleux , ou quand on parvient, par des nuages artificiels, à empêcher l'action calorifique des rayons du soleil levant.
J'ai vu des orangers ne pas pâtir à Cannes d'une
température de — 6** dont ils auraient fortement souffert si le sol et les arbres avaient été mouillés avant l'apparition de la gelée.
A défaut d'observations météorologiques, il est possible de deviner les surfaces épargnées par les gelées à l'aspect des végétaux cultivés et spontanés. En Provence, les surfaces non gélives produisent au milieu de l'hiver de Favoine stérile en floraison, de la pomme de terre en pleine végétation, de la luzerne, du dyplotaxis erucoïdesen fleur, del'alysson maritime en fleur, de l'amandier fleuri au mois de janvier. Le jasmin, les roses, les anémones et les tubéreuses, si abondants en hiver sur quelques points des Alpes maritimes, dénotent toujours un climat exceptionnellement doux et exempt de gelées.
En Algérie, dans les plaines basses de la zone maritime, la température est tellement douce que les chaumes de blé produisent spontanément une herbe très abondante et précieuse pour l'alimentation des troupeaux. En Corse et en Provence il en est à peu près de même. Les troupeaux trouvent en hiver une pâture plus abondante que celle des mois d'été. Dans ces régions, l'absence de pluie, l'extrême chaleur détruisent toutes les plantes herbacées, et les troupeaux s'acheminent dans les montagnes élevées pour y trouver le pâturage qui a disparu de la plaine. Les localités privilégiées sous le rapport des gelées offrent à notre admiration de beaux orangers, de gigantesques eucalyptus, des mimosas d'une beauté incomparable et chargés de fleur lorsque, sous le climat de Paris, les végétaux sommeillent sous la neige et sous un ciel humide et brumeux. Mais en été, la comparaison est tout à l'avantage des régions du Nord. Des chaleurs lourdes désolent les contrées du Midi, le sol se dessèche et les fleurs et les gazons meurent par le manque de fraîcheur. Dans les loca-
lités privées d'eau , la végétation s'arrête et subit une interruption comparable à celle qu'éprouvent les végétaux en hiver dans les contrées septentrionales. Il arrive même que le maïs et la vigne, qui aiment tant la chaleur et le soleil, souffrent énormément quand le thermomètre se maintient quelque temps entre 3o et 40**. Le maïs en terre légère se dessèche et meurt sur place. Le raisin grille et n'est plus bon à rien. Dans les jardins, on éprouve beaucoup de peine à sauver les légumes, tant les arrosages deviennent inefficaces sur un sol brûlant sur lequel Teau passe de suite à l'état de vapeur. J*ai constaté en Corse qu'à Theure de la plus forte chaleur, les ruisseaux cessaient de couler tant Tévaporation était énergique. On n'y retrouvait de l'eau que pendant la nuit et au commencement de la journée.
En ce qui concerne le froid, nous possédons quelques moyens de défense : nous avons recours à des abris constitués par des rideaux d'arbustes à feuilles persistantes ou par des murs d'une certaine hauteur. C'est ce qui fait que les arbres en espaliers donnent des fruits plus abondamment et plus régulièrement que les arbres de plein vent.
Cette observation très exacte pour le Nord, devient fausse pour le Midi où le poirier et les arbres à noyau grilleraient et seraient stériles si on commettait l'imprudence de les^ palisser sur des murs surchauffés par le soleil.
Quant aux chaleurs extrêmes dont souffrent les cultures du Midi, il est bien difficile d'en prévenir les effets autrement que par de copieux arrosages, quand on a l'avantage de disposer d'eaux fraîches et abondantes. '
Le vent dans ses rapports avec les cultures.
Le vent fournit une force motrice utilisée en Hollande et dans d'autres localités pour le dessèchement des terrains bas et humides, souvent encore pour donner Teau nécessaire à l'arrosage des jardins.
Il importe à l'agriculteur de se rendre compte du régime des vents de sa localité. Il est utile d'en connaître la fréquence, l'intensité et la direction. Ces données sont fournies par les stations météorologiques. Le vent modéré n'est pas malfaisant; il ressuie le terrain détrempé parles pluies, il concourt à la dessiccation des foins et des céréales, il contribue, dit-on, à la fécondation des graminées par la dissémination plus complète du pollen. Au contraire, les vents violents occassionnent toutes sortes de dommages dans les fermes; ils couchent et perdent les récoltes, ils font tomber les fruits avant leur maturité, ils brisent les jeunes bourgeons de la vigne qui étaient Tespoir de la vendange. Si le vent violent affecte les allures d'un ouragan, dès lors, les pertes de l'agriculteur deviennent incalculables.
Il n'y a plus seulement des blés versés et des meules renversées, mais des arbres déracinés, des toitures enlevées, et des jardins complètement dévastés.
Les vents de mer nuisent aux cultures par leur violence et leur causticité. Beaucoup de plantes ne supportent pas les vapeurs salines de la mer. A l'époque des tempêtes, le vent de mer souffle avec une telle violence que les végétaux en sont souvent meurtris et brisés. Les surfaces exposées directement aux vents de mer ne sont
pas cultivables tant qu elles ne sont pas convenablement abritées. Elle n'est pas longue la liste des végétaux qui résistent aux vents de l'Océan et de la Méditerranée. Ce sont les Tamarins, les Atriplex, et un arbuste exotique, lemyoporum tobirœ, vigoureux en Provence et en Gascogne, lors même qu'il serait battu constamment par les vents salés. En Provence, les palmiers et le laurier-rose offrent aussi une belle végétation au bord de la Méditerranée. Sur les plages du golfe de Gascogne, c'est le tamarin qui occupe exclusivement la bande la plus rapprochée des vagues de la mer, partout où le sol est marneux ou argileux. Si la falaise fait place à des dunes, la i^ zone reste en pâturage, la 2^ porte des pins maritimes, et les culturel apparaissent à l'abri des forêts résineuses à une distance de la mer de 2 à 3 kilomètres.
Les vents les plus redoutés des agriculteurs, à cause des dégâts qu'ils causent, sont le mistral, le vent d'autan, le sirocco, le libeccio en Corse.
Sur les rives de l'Océan, le vent dominant est celui de l'ouest; généralement il amène de la pluie. Les vent du sud et du sud-ouest sont également pluvieux. Les vents du nord et de l'est sont au contraire l'indice du beau temps. L'agriculteur examine constamment la direction du vent pour savoir s'il doit , ou s'il ne doit pas pleuvoir.
Le mistral est un vent du nord-ouest d'une violence extrême; il exerce ses ravages dans le bassin de la Méditerranée, en Provence, en Corse et en Algérie. Il descend la vallée du Rhône , et souffle violemment à Avignon, Nîmes, Marseille. C'est un vent glacial qui nuit aux végétaux par sa violence et par sa basse température. Ce serait peine perdue de cultiver l'oranger ou d'autres végétaux sensibles sur des surfaces battues
par le mistral. Dans la vallée du Rhône, on défend du mistral les légumes les plus rustiques par des abris verticaux placés perpendiculairement à la direction du vent. Ce sont des brise-vents en . paillassons, en cyprès, ou en cannes de Provence (Arundo Donax). Plus au midi, en Provence et en Algérie, on oppose au mistral des rideaux d'eucalyptus, de pins maritimes; quelquefois, on préfère des murs élevés en maçonnerie quand il s'agit d'abriter une orangerie, une cédraterie, ou un jardin.
Le sirocco est le vent du désert; c'est un vent du sud apportant du Sahara une chaleur et une poussière suffocantes. Ce vent d'Afrique, dont les effets se font sentir en Corse et sur les côtes de la Provence, est un fléau pour notre colonie africaine. Là, toute la nature est en souffrance tant que dure le sirocco. Les hommes, les animaux, les plantes, tout souffre de cet air enflammé et poussiéreux. Il est plus supportable Thiver que Tété. On le redoute surtout à l'époque de la maturité des céréales et du raisin. Sous l'influence du sirocco, les raisins sèchent dans les vignes, ce qui produit un grand déficit dans le rendement en vin. Généralement ce vent funeste se termine par une bonne pluie qui vient rafraîchir l'atmosphère et procure aux plantes un arrosage bienfaisant et réparateur.
Le vent d'autan sévit dans la vallée de la Garonne, notamment dans la plaine de Castres, autant que le mistral dans la vallée du Rhône. Il paraît que c'est un vent du sud qui vient de la Méditerranée, enfilant d'abord la vallée du Rhône et s'engouffrant ensuite avec une violence inouïe dans une brèche située entre les Montagnes noires et les Pyrénées. De là, il gagne Castres, Toulouse, Rodez, etc. Les localités où il souffle violemment n'ont pas de beaux arbres, et ceux qui exis-
tent sont fortement inclinés dans le sens de la direction du vent. On conçoit qu'un vent d'une force telle qu'il renverse les voitures et fait dérailler les trains du chemin de fer du Midi doit prodigieusement ravager les cultures de la contrée. On a vu, aux environs de Castres, le vent d'autan dévaster des champs de maïs et en disperser au loin les tiges et les épis, bien que le maïs soit de toutes les céréales la plus robuste et la plus résistante à la verse. Sous un tel climat, le vent limite beaucoup le choix des cultures. On doit prudemment préférer la prairie naturelle au trèfle et à la luzerne, la vesce à la féverolle, le maïs fourrage au maïs à grains, la pomme de terre, la betterave, en un mot les plantes qui laissent peu de prise au vent, d'autan. Ce vent, dont on souffre aussi dans TAveyron, arrête et compromet la fécondation du froment quand il survient au moment de la floraison de cette céréale. Aussi, on remarque que les champs abrités contre ce vent donnent des produits plus réguliers et plus abondants.
La plaines se défendent mal contre les vents nuisibles aux cultures ; les pays accidentés offrent au contraire des abris naturels qui sont la conséquence des reliefs du terrain. Au pénitencier de Chiavari, l'amandier, très fertile à l'exposition du sud-est, ne produit pas d'amandes à celle du nord-ouest, d'où vient le mistral. Non seulement ce vent détruit les fleurs, mais il tourmente les arbres et les rend difformes et souffreteux. 11 en est de même de l'oranger, du citronnier et du cédratier, ils n'ont aucun succès quand on les place dans la sphère d'activité du mistral. Un Anglais, désireux d'établir des cédrateries sur des terrains qui bordent le golfe d'Ajaccio, se mit à rechercher au milieu de ses vallons et de ses collines les points les mieux abrités contre le mistral. Tout son domaine a été garni un mo-
3o AGRICULTURE GÉNÉRALE.
ment de petits drapeaux dont il étudiait attentivement les mouvements pendant tout le temps que durait le mistral. Les points où le vent n'agitait pas les drapeaux étaient délimités et marqués pour les plantations d'orangers ou de cédratiers.
Au domaine de Casabianda, placé dans une partie découverte de la plaine orientale, les orangers et les citronniers, mal abrités contre les violences du libeccio, perdaient leurs feuilles en hiver et ne donnaient aucun fruit.
En Algérie, les orangeries accessibles au mistral sont abritées par un rideau d'arbres de haute dimension et à feuilles persistantes. On emploie à cet usage le cyprès pyramidal, le thuya et l'eucalyptus. Cette dernière essence procure des abris très élevés, mais on l'accuse d'être vorace et d'affamer les orangers les plus rapprochés du bois vert, en les privant de l'eau et de l'engrais qui leur étaient destinés.
L'olivier et la vigne ne souffrent pas trop de la violence du vent. Cependant, j'ai vu en Algérie des cépages dont les jeunes bourgeons étaient brisés et détachés par le mistral. On doit dans ce cas choisir des cépages dont le jeune bois montre plus de résistance, et placer les lignes des ceps dans la direction du vent. Le houblon, le colza, l'œillette, certaines variétés de blé, l'avoine redoutent les régions des tempêtes et des grands vents. Elles exigent une atmosphère calme et à l'abri des agitations qui détériorent et perdent les récoltes.
Rosées et évaporation de Veau terrestre. Les stations météorologiques notent les rosées et la
AGRICUTURE GÉNÉRALE. 3i
quantité d'eau évaporée en 24heures. Ces renseignements intéressent beaucoup Tagriculteur. Les localités clouées en été de rosées fréquentes et abondantes souffrent moins de la rareté et de l'absence de pluie. L'évaporation de l'humidité du sol nuit aux cultures quand elle s'exerce en été par un temps sec, un vent violent et une température élevée. L'horticulture y remédie par des paillis dont on couvre le sol. En grande culture, il est plus difficile de la combattre. Néanmoins, on lutte dans une certaine mesure contre les effets de l'évaporation par les hersages qui aplanissent la surface et diminuent l'étendue évaporante, et qui, par Tameublissement du sol, facilitent l'absorption de la rosée ; on obtient le même résultat par les coups de rouleau qui brisent les mottes et aplanissent complètement le sol. Tels sont les moyens de conserver à la terre une fraîcheur qu'elle perdrait plus promptement si le champ restait motteux et avec tous les reliefs d'un labour incliné à 45**. Les plantes soumises à une évaporation exagérée offrent des feuilles dans un état de crispation qui révèle la souffrance dont elles sont le siège. Les plantes à l'ombre souffrent moins que celles qui sont en plein soleil. C'est dire que dans le Midi, l'exposition du nord convient mieux à certaines productions que celle du sud ; les plantes potagères s'y plaisent mieux en été, elles exigent moins d'arrosages, et sont moins promptes à durcir et à monter.