CHAPITRE II
CLIMATS GENERAUX DE LA FRANCE, LEUR INFLUENCE SUR LES PRODUCTIONS VÉGÉTALES ET ANIMALES.
Il n'est pas d'étude plus intéressante que celle qui démontre Tinfluence que le climat exerce sur les végétaux spontanés, les cultures et les productions animales. On a divisé la France en 7 climats distincts et caractérisés par les conditions naturelles qui la régissent. Bien que toutes les localités d'un même climat soient influencées par desphénomènes météorologique analogues, il s'en /aut qu'elles en ressentent les effets au même degré et avec la même intensité. Chaque localité offre, pour ainsi dire, un climat spécial déterminé par l'altitude et l'exposition des surfaces, la nature du sol, les abris naturels, les reliefs dés terrains, le voisinage des cours d'eau, de la mer, des forêts, etc. : toutes circonstances qui modifient le régime des pluies et des vents, les minima et les maxima de température.
Le climat d'une région résulte d'un ensemble de phénomènes météorologiques dus principalement au degré de latitude de la région, à son altitude moyenne et au voisinage plus ou moins immédiat de la mer et des montagnes.
L'altitude est la circonstance qui atténue le plus profondément l'influence de la latitude. A mesure qu'on s'élève dans les contrées méridionales, on se rapproche davantage du climat des régions tempérées. En Corse et en Algérie, on rencontre des localités élevées où l'on produit les fruits et les grains du nord de la France. A
Medeah, à une altitude de i,ooo mètres, on récolte des pommes de reinette pareilles à celles de la Limagne et de la Normandie; elles font les délices des habitants d'Alger et de la zone maritime, qui produisent d'excellentes oranges, mais qui manquent absolument de pommes et de poires. Les vins des montagnes de la Corse ressemblent aux vins ordinaires de la Bourgogne, tandis que ceux de la plaine sont capiteux et très alcooliques. D'après les forestiers les plus compétents, on retrouve les mêmes conditions climatologiques, soit qu'on s'élève à une altitude dé i8o mètres, ou que dans une plaine on s'avance vers le nord de 220 kilomètres; 8i",8o d'altitude, en nombre rond 82 mètres d^altitude, reculent le climat d'un degré de latitude. La température moyenne dé Tannée s'abaisse d'un degré centigrade quand l'altitude augmente de 1 80 mètres ou bien quand dans la plaine on s'avance de 2 20 kilomètres vers le nord . On comprend dès lors comment il se fait que les montagnes élevées des contrées méridionales présentent successivement tous les climats depuis ceux des régions tempérées jusqu'à ceux des régions les plus froides et les plus septentrionales.
Revenons aux climats généraux de la France ; ce sont les climats Girondin, Armoricain, Séquanien, Vosgien, Rhodanien, du Plateau central et Méditerranéen. Etudions leurs ciconscriptions, leurs conditions naturelles et leurs principales productions.
Climat Girondin.
C'est celui du sud-ouest de la France. Il comprend les bassins de l'Adour, de la Garonne, de la Charente et
de la Sèvre. Il est limité à l'est par le plateau central, et à Touest par l'Océan. Il est soumis à Tinfluence du plateau central, de l'Océan et des Pyrénées. L'hiver n'y est pas rigoureux, il y est cependant trop froid pour les aurantiacées et les eucalyptus. La vigne et le figuier y donnent d'excellents fruits.
C'est sous ce climat qu'on trouve les grands crus de Bordeaux qu'on ne peut reproduire dans aucune autre partie du monde; on y récolte, dans le département de la Charente- Inférieure, les plus fines eaux-de-vie de France. Il est assez pluvieux : on compte à Bordeaux 107 jours de pluie par année, donnant une couche d'eau de o",83. Saint-Sever reçoit o™,6o et Bayonne i",40. Le maïs est la céréale dominante dans les départements des Landes, des Basses et Hautes-Pyrénées; il y réussit mieux et rend plus que le froment. Les prairies artificielles, le trèfle ordinaire, le trèfle incarnat, les choux et les navets s'accomodent bien de ce climat humide et doux pendant l'hiver.
Les vents d'ouest et de sud-ouest y soufflent souvent avec violence ; ils viennent de l'Océan, apportant fréquemment la pluie et les tempêtes. On y élève plusieurs bonnes races de bêtes à cornes, fortes et vigoureuses dans les fertiles vallées del'Adour et de la Garonne, moins développées sur les maigres pâturages des landes. C'est sous ce climat que vivent les races garonnaise, bazadaise, basquaise, et bretonne d'importation. Les forêts qui occupent les dunes et les sables des landes se composent principalement de pins maritimes soumis au résinage, associés à un certain nombre de chênes-lièges»
Climat Armoricain.
Il comprend la région de l'Ouest soumise à l'influence de l'océan Atlantique; savoir, la Bretagne, la Normandie, la Picardie occidentale, l'Artois, la Flandre, la Touraine, l'Anjou et le Maine. L'influence de la mer s'affaiblit, bien entendu, à mesure que l'on s'éloigne des côtes de l'Océan. Ce sont les presqu'îles de la Bretagne et du Cotentin qui montrent le type complet du climat armoricain dans les basses altitudes ; les niveaux élevés apportent d'importantes modifications au type armoricain; les hivers y sont moins doux. Les montagnes Noires et les montagnes d' Arrez, deux chaînes qui occupent un assez grand espace au centre de la basse Bretagne, offrent des plateaux et des sommets qui atteignent 200, 3ooet 391 mètres d'altitude. Ces régions sont conséquemment plus frofdes que les zones basses qui longent l'Océan. A l'altitude de 200 mètres, la végétation des conifères et des prairies s'arrête en hiver, tandis qu'elle continue sans interruption sur les terrains bas, voisins de l'Océan. Là, comme dans la presqu'île du Cotentin, les animaux passent toute l'année en plein air, rentrés la nuit en Bretagne, laissés dehors dans le Cotentin. C'est en définitive un climat doux en hiver, pluvieux, nébuleux, n'offrant jamais de grands écarts de température ni en hiver ni en été, pas de froid rigoureux, pas de chaleurs excessives, des pluies réparties régulièrement sur tous les mois de l'année, en moyenne i52 jours de pluie par an, 220 à Brest. On retrouve un climat analogue sur les zones maritimes et basses de l'Angleterre, de la Belgique et de la Hollande. Ce n'est
pas le pays du bon vin et des fruits savoureux, mais des contrées d'herbages, de vergers à cidre oti l'élevage des animaux et les produits du laitage constituent les principales productions de la ferme. C'est le climat par excellence de la fraise, de la cerise et de la framboise. La fraise, qui aime l'atmosphère humide et sombre, ne vient nulle part aussi bien qu'en Angleterre, et dans le Finistère à Plougastel Daoulas et dans l'anse de Lauberlach. Grâce à la douceur du climat de la Bretagne, le figuier y mûrit ses fruits et le camélia y donne en plein air de jolies fleurs comparables à celles de la Provence.
< La zone maritime de ce climat plaît aux pommes à cidre, à l'herbage, à la pomme de terre, aux choux, aux navets, aux rutabagas, au sarrasin, aux légumes (artichauts, choux-fleur, choux, salades et oignons, pomme de terre, etc.). En Bretagne l'avoine réussit mieux que le froment. A mesure qu'on s'éloigne de la mer, les céréales et les prairies artificielles occupent une plus grande place dans la ferme, ainsi qu'on l'observe dans la plaine de Caen et dans les plaines de l'Artois et de la Picardie. La vigne, cultivée sur un seul petit canton en Bretagne, dans la presqu'île de Rhuis, prend de l'importance en Anjou et en Touraine où elle mûrit ses raisins et donne des vins la plupart estimés et classés parmi les bons vins de consommation.
Le climat armoricain combiné avec les aptitudes variables du sol a donné lieu à plusieurs races d'animaux dont nous ne pouvons faire ici qu'une simple énumération. C'est d'abord la petite race bretonne si précieuse par sa sobriété, les qualités de son lait, et son entretien facile dans les landes de la Bretagne et de la Gascogne. Viennent ensuite la race choletaise, très recommandable pour les animaux de travail et de boucherie; la race nor-
mande et la race flamande, les plus grandes laitières des vaches françaises. Les excellents chevaux bretons, les élégants chevaux normands, les beaux chevaux percherons et les gros chevaux boulonnais s'élèvent aussi sous le climat armoricain. Aucune autre partie de la France ne produit des chevaux de travail qui soient comparables aux percherons sous le rapport de la force, de la taille et des allures.
Les forêts, sous ce climat dépourvu de hautes montagnes, sont peuplées des essences propres aux régions tempérées. On y observe suivant les terrains le chêne, le charme, le bouleau, le hêtre, le châtaignier, et le pin maritime sur les cantons les plus sablonneux du Maine.
Climat Séquanien,
Il embrasse le bassin géologique de Paris, c'està-dire le bassin de la Seine, moins le cours inférieur de cette rivière et une partie du bassin de la Loire. Les provinces qui jouissent de ce climat sont Pile de France, la Picardie orientale, la Brie, la Champagne, TOrléanais, la Beauce, la Sologne, une partie du Berry et du Nivernais. Il est plus froid que Tarmoricain, moins nébuleux et moins huipiide, plus chaud et mieux ensoleillé en été. Sous l'influence des minima de température, la végétation est interrompue complètement pendant l'hiver. Les animaux de la ferme sont pendant cette saison en stabulation permanente et alimentés avec les produits récoltés et mis en réserve pendant l'été. Les écarts de la température de la nuit au jour ne sont
pas considérables. Cest une bonne condition de salubrité.
L'hiver, les jours sont brumeux et sombres, les gelées sont fréquentes et le thermomètre tombe à 8, lo, i5* et quelque fois plus au-dessous de zéro, La neige est souvent persistante, le sol est gelé, ce qui arrête les labours, mais facilite les transports. La plus belle saison s'étend de mars à novembre. Les vents d'ouest, du sud et du •sud-ouest amènent la pluie s'ils sont assez fréquents. Il tombe o™,5o à o™,6o d'eau par an. Les chaleurs ne sont pas excessives en été ; elles suffisent pour bien mûrir les céréales, les fruits à pépins et à noyau et les raisins.
La partie septentrionale souffre souvent en été et en automne du manque de chaleur et de l'abondance des pluies, notamment aux époques de la fenaison et de la moisson. C'est une région de vallées et de grandes plaines à sol généralement fertile. On y voit les plus belles et les plus riches exploitations de la France confiées à de grands fermiers ou cultivées directement par les propriétaires du sol. Là, comme dans les bonnes terres de la Flandre et de l'Artois, on s'adonne principalement à la culture des céréales, des fourrages, de la betterave fourragère et industrielle. Grâce à la fertilité du sol et aux soins dont il est l'objet, ces diverses cultures y atteignent des rendements très élevés. Le froment rend 3o à 40 hectolitres de grain par hectare, la betterave, 40 à 5o,ooo kilogr. de racines. Beaucoup de fermes cultivent la betterave pour la fabrication du sucre et de l'alcool, notamment en Picardie, en Brie et en Beauce. D'autres, en petit nombre, cultivent la pomme de terre pour la fabrication de la fécule. Plus au midi, dans l'Orléanais et le Berry, les terres sont moins fertiles, les industries annexées à la ferme sont plus rares; on s'adonne principalement à la culture des céréales , des plantes
fourragères et de la vigne. Dans la partie nord du climat Séquanien on se livre à l'engraissement des animaux, tandis que dans la partie méridionale on trouve plus d'avantages à élever des moutons et des bêtes à cornes.
Aux environs de Paris, beaucoup d'exploitations entretiennent des vaches normandes ou flamandes pour la vente du lait en nature ou pour la fabrication du beurre ou du fromage. En Sologne, en Berry et en Nivernais, on élève des moutons des races solognote, berrichonne, charmoise, southdown et dishley, pures ou croisées. La Beauce préfère le métis-mérinos comme producteur de laine et de viande. Dans le Nivernais, on élève la race charolaise, très appréciée pour le travail et pour la boucherie. De toutes les races françaises,, elle est la mieux conformée, la plus précoce, et la plus apte à prendre la graisse; au point de vue du lait, elle se montre inférieure à la normande et à la flamande qui occupent l'autre extrémité de ce climat. Les chevaux élevés en Nivernais dérivent de la race percheronne.
La végétation forestière ne dififère pas de celle du climat armoricain; les essences dominantes sont le chêne, le charme et le bouleau. En Sologne, le pin maritime est l'essence la plus productive et la mieux appropriée au sol , tandis qu'en Champagne , c'est le pin sylvestre et le pin noir d'Autriche qui peuvent seuls croître et végéter sur les terres sèches et crayeuses du pays.
Climat Vosgien ou du Nord-Est,
Il comprend la Lorraine, T Alsace et une partie de la Franche-Comté, c'est-à-dire cinq départements, savoir : les Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, les Vosges, et la Haute-Saône.
Il est essentiellement montagneux, condition qui rend les hivers très froids, longs et rigoureux, et les étés courts' et très chauds. Ce ne sont pas des circonstances favorables aux cultures. En hiver, le therrnomètre descend parfois à 25® et 26'' au-dessous de zéro et monte en été à -j- 36® et -|- 3j^. Les points culminants atteignent 1250"* d'altitude (Ballon d'Alsace) et 1426™ (Ballon de Guebwiller). Il tombe, à Nancy, 0^,78 d'eau, i",58 et i*",70 dans les parties les plus montagneuses. On compte 123 jours de pluie à Epinal. Les rivières sont nombreuses et abondamment approvisionnées d'eau en toute saison. La prairie en vallée et en coteau, fortement et intelligemment arrosée, occupe la place la plus importante parmi les cultures de la ferme dans la région montagneuse de la Lorraine et de la Franche-Comté.
Les plaines basses, comme les environs de Nancy et les arrondissements de Neufchateau et de Mirecourt (Vosges), montrent très atténués les caractères du climat vosgien. On en a la preuve dans l'existence de vignobles importants qui disparaissent complètement sous le climat rigoureux des arrondissements d'Épinal , de Saint- Dié et de Remiremont. La vigne reparaît aux bonnes expositions et aux moyennes altitudes de cette région.
Les terres basses comme celles de Meurthe-et- Moselle offrent à peu près les productions végétales du
climat séquanien ; la vigne, qui disparaît dans les cantons les plus montagneux, reprend une place assez importante sur les coteaux bien exposés de la Meuse , de Meurthe-et-Moselle, de la Haute-Saône et de Tarrondissement de Neufchâteau (Vosges).
Dans les montagnes des Vosges les sommets les plus élevés n'offrent que des bois et des pâturages. Les vallées sont en culture ou en prairies suivant qu'elles sont submersibles ou insubmersibles, arrosables ou non arrosables. Le sol y est généralement léger, perméable et siliceux, conditions qui imposent la culture du seigle et celle de la pomme de terre. Cette solanée trouve, dans cette partie des Vosges, le sol et le climat qu'elle affectionne; elle y atteint de forts rendements, précieux pour l'alimentation des petites féculeries établies sur les nombreux cours d'eau de ces montagnes.
Les magnifiques forêts de sapins qui occupent les sommets et les parties abruptes des montagnes communiquent à cette région des aspects pittoresques, inconnus sous les climats doux et tempérés. On y admire les superbes dimensions du sapin des Vosges et du hêtre, de l'épicéa. Plus bas apparaissent le chêne , le charme , le bouleau et les autres essences de la région tempérée.
Cette contrée n'est pas le berceau de races très importantes si on en excepte la race femeline de la vallée de rOgnon, la tourache ou franc-comtoise qui est la race des montagnes. On y voit surtout beaucoup de bêtes à cornes importées de la Suisse. La petite race vosgienne rappelle la bretonne par sa robe et sa taille ; elle est la bête de la lande et des terrains pauvres.
Les chevaux ardennais étaient appréciés pour leur sobriété et leur résistance à la fatigue. Des croisements irrationnels ont fait disparaître en grande partie cette race dont on tirait autrefois d'excellents chevaux pour le
train des équipages militaires. Les chevaux franc-comtois, communs et de petite taille, se recommandent comme animaux de trait résistants et peu'exigeants.
Climat Rhodanien ou du Sud-Est,
Il commence à la naissance des monts Faucilles (Vosges) et se prolonge jusqu'à Valence , Privas et Digne. Il se trouve compris entre le 47® et le 44** de latitude. Il embrasse la Bourgogne, la Franche-Comté (la Bresse, la Dombes), le Lyonnais, le Dauphiné et la Savoie. Il s'applique, dans les limites ci-dessus, aux vallées de la Saône, du Rhône, et de Grésivaudan, ainsi qu'aux pentes d'altitude moyenne des montagnes du Charolais, des Cévennes, du Jura et des Alpes. Il est évident que les fortes altitudes de cette région ne peuvent pas se rattacher à ce climat. L'hiver, influencé par les montagnes du Jura et des Alpes, est pluvieux et froid. Les pluies sont rares en été dans les plaines. Les vents dominants sont le vent du sud, brûlant et sec en été, et le vent du nord, toujours froid et violent; il n'est autre que le mistral. En hiver, le thermomètre descend très bas à Lyon (7, 8^ et 10° au-dessous de zéro); en été, il atteint des maxima très élevés.
La pluie d'une année représente, à Lyon, une couche de o^yyS d'eau et de 0^920 à Grenoble. Les pluies sont bien réparties dans les différents mois de l'année.
Les principales productions de ce climat sont d'abord nos excellents vins de Bourgogne qui, au dire des viticulteurs compétents, supportent bien la comparaison
avec les meilleurs vins de Bordeaux. On les récolte sur les coteaux est et sud des départements de la Côted'Oretde Saône-et- Loire. Dans les vallées et les plaines se trouvent les prairies naturelles, les cultures de blé, d'avoine, de maïs, de fèves et de prairies artificielles. La vallée de Grésivaudan, de même que les parties basses et fertiles de la Savoie, montre des vignes en hautains vigoureuses et d'un excellent rapport. Le noyer, le mûrier, les poiriers et les pommiers, les cerisiers, les pruniers et les châtaigniers en demi-montagne donnent aussi d'abondants produits dans la vallée de l'Isère et dans les deux départements de la Savoie.
On trouve, sous ce climat, beaucoup de bétes à cornes d'origine] Suisse. En Saône-et- Loire , l'arrondissement de Charolles est le berceau de la belle race charolaise. De là, elle s'est répandue dans les départements voisins, notamment dans ceux de l'Allier, de la Nièvre et du Cher. Aux environs de Chambéry^ on trouve la race tarentaise, de taille moyenne, et très appréciée dans le Midi pour le lait et le travail. En Bresse s'est développée une petite race dite race bressane, rustique et peu exigeante. Le cheval dombiste est un petit animal commun, sobre et dur à la fatigue. Les volailles de la Bresse engraissées au maïs sont classées parmi les meilleures de la France. Les forêts occupent les points culminants des montagnes; le sapin, qui en est l'essence dominante, occupe les altitudes les plus fortes et les plus froides.
Climat Méditerranéen ou Provençal.
Il comprend les parties basses de la Provence et du
Languedoc méridional. C'est la zone méditerranéenne, aux altitudes variables de o" à 200 et 3oo mètres, qui offre le véritable caractère de ce climat dont on trouve l'analogue dans les zones maritimes de Tltalie, des îles de la Méditerranée et de l'Algérie. Dès qu'on dépasse 3oo mètres dans les Cévennes, l'Esterel, les Maures et les Alpes Maritimes, on retombe dans des climats plus froids, semblables aux climats rhodanien ou vosgien.
Pour bien connaître tous les éléments du climat provençal avec les modifications dont il est l'objet suivant les localités, il faut consulter les observations météorologiques des stations de Montpellier, Marseille, Toulon et Nice.
A Montpellier, le thermomètre. descend souvent en hiver à — 7*" et — 8°. Ces minimas excluent la culture de l'oranger, rendent incertaine celle de l'eucalyptus globulus. Marseille ofiFreles mêmesconditions de température. C'est à partir de Toulon et d'Hyères que les minima diminuent et que la culture de l'oranger, des fleurs et des primeurs d'hiver (artichauts, petits pois, salades, etc.) devient possible et avantageuse. Il n'est pas de pays en France plus agréable pendant les mois d'hiver, depuis le mois de décembre jusqu'à celui d'avril. On y jouit constamment, à cette époque de l'année, d'un beau temps et d'une douce température, tant le soleil inonde de chaleur et de lumière ce petit coin privilégié de la Provence. Les écarts sont considérables entre la température du jour et celle de la nuit. Le thermomètre, qui descend aux environs de zéro à 7 heures du matin, remonte à 1 5® ou 18** à 2 heures de l'après-midi. Les minima au-dessous de zéro ne sont pas fréquents. Ils descendent rarement au-dessous de — 3*^ et — 4?. Les pluies, abondantes à la fin de l'automne et au commencement du printemps, sont très rares en été. Il en résulte
des sécheresses qui grillent les gazons et font mourir les plantes herbacées, au moins toutes celles qui ne sont pas arrosables. Les arbustes et les arbres montrent une plus grande résistance : la vigne et l'olivier supportent les sécheresses mieux que les céréales et les fourrages. Ces derniers, toujours peu abondants et chers, rendent difficiles l'élevage et l'entretien du bétail. Les prairies et la luzerne irriguées rendent beaucoup, mais elles n'occupent jamais de grandes étendues dans les fermes, et on a toujours plus d'avantages à vendre le foin qu'à le faire consommer.
Le soleil d'hiver avec sa chaleur et sa lumière permet, dans la région d*Hyères, de Cannes et de Menton, la culture des fleurs pour la France et l'étranger. Les roses, les anémones, les jacinthes, les violettes remplissent tous les jours des wagons à destination de Paris, Londres, Berlin et de plusieurs autre villes du nord de TEurope. Des champs de roses, de jasmins et de géraniums alimentent au printemps les grandes usines de France pour la fabrication des parfums. Les fleurs d'oranger servent au même usage ; Tarbre qui produit des oranges est moins cultivé et rapporte moins que celui qu'on soigne au point de vue de la fleur.
L'olivier occupe encore plus d'espace que l'oranger; sa longévité est incalculable aux environs de Grasse, d'Amibes et de Menton. Il est d'un bon rapport quand les olives ne sont pas atteintes par des insectes et les arbres ravagés par des champignons parasites.
Avant l'apparition du phylloxéra, la vigne y produisait des vins plus remarquables par la quantité que par la qualité. Grâce à des conditions spéciales de sol, de climat et de soins, les vignes de THérault atteignent des rendements qu'on ne retrouve dans aucune autre partie de la France. On récolte jusqu'à 200 et 3oo hecto-
4b AGRICULTURE GÉNÉRALE.
litres de vin par hectare, quand beaucoup de vignobles n'en donnent que 20 ou 3o dans d'autres conditions de sol et de climat. Là, comme en Algérie, aucuneculture ne peut lutter avec celle de la vigne, au point de vue du bénéfice, quand on peut la mettre à Tabri du phylloxéra et des maladies cryptogamiques.
On soufiFre, sous ce climat, du sirocco ou vent d'Afrique et du mistral ou vent du nord-ouest. Le premier, sec et brûlant, nuit à toutes les plantes cultivées; on le redoute à l'époque de la vendange ; il dessèche le raisin et diminue dans de fortes proportions son rendement en vin. Le mistral est surtout redoutable en hiver par sa violence et sa basse température; cet air glacial détruit les fleurs soumises directement à son action malfaisante. Aussi, pour les plantes comme pour les malades, on recherche particulièrement les endroits abrités du mistral, comme Cannes, Nice, Menton et quelques villes d'Italie. L'oranger, le citronnier, l'amandier, exposés au mistral, demeurent tout à fait improductifs. La vigne et l'olivier ne paraissent pas souffrir sensiblement de ce vent froid si nuisible à tant d'autres cultures.
Sous ce climat, il n'existe aucune race d'animaux digne d'être mentionnée. On n'y voit que du bétail d'importation. Les boucheries s'aliment de bœufs et de moutons italiens. Les vaches laitières proviennent de la Suisse ou de la Savoie. Ce sont des vaches schwitz ou tarentaises. Les forêts de l'Esterel offrent comme essences dominantes le pin d'Alep en sol calcaire, le pin maritime et le pin pignon sur les terres granitiques ou sur les dunes siliceuses des bords de la mer. Il s'y associe des chênes verts et quelques chênes-lièges.
Climat Auvergnat ou du Plateau central.
Il comprend la Marche, le Limousin, le Poitou, l'Auvergne et la partie montueuse et septentrionale du Languedoc.
Ce climat s'applique aux parties montagneuses de CCS diverses provinces. Ce sont les surfaces les plus considérables dont les altitudes varient entre 600 et 1000". Le Puy-de-Dôme (1465"), le Plomb du Cantal (i 858"*) et le pic de Sancy (1886™) ont un climat plus froid encore que le climat général de TAuvergne. D'un autre côté, la plaine de la Limagne à l'altitude de 426™, et plusieurs vallée basses rentrent dans les climats tempérés propres à la vigne, au noyer, aux arbres fruitiers, aux céréales, aux prairies naturelles et artificielles, aux racines, en un mot à toutes les cultures du climat séquanien.
Sous les altitudes de 600 à 1000°*, le climat offre beaucoup d'analogie avec le climat vosgien. Il serait facile d'en connaître tous les éléments, en consultant les observations météorologiques recueillies au Puy-de-Dôme, à Clermont et sur d'autres points de l'Auvergne et des Cévennes.
Sous ce climat, les hivers sont longs et rigoureux. La neige persiste pendant six mois sur les pâturages des montagnes. Les pluies sont abondantes au printemps et en automne. Il en tombe i°*88 à Limoges et i™i3 à Aurillac. Dans le Cantal, on pratique la culture exclusivement pastorale. On voit là des fermes qui n'ont que des prairies naturelles et des pâturages en montagne
souvent très éloignés du siège de la ferme. Pendant la mauvaise saison, les troupeaux qui ont vécu à la montagne pendant Tété reviennent en stabulation permanente à la ferme, dans une étable dite la grange, dont le grenier, situé au-dessus des animaux, renferme tout le foin nécessaire à leur alimentation hibernale.. C'est ainsi qu'est traitée la belle race de Salers, remarquable pour le travail et la production du lait. A la montagne on fait avec ce lait le fromage du Cantal, en en réservant une partie pour les veaux qu'on élève. Le fromage et les élèves, tels sont les principaux produits de ces troupeaux. Quant aux vaches réformées, elles sont vendues aux emboucheurs de TAllier et du Nivernais. Dans ce mode d'exploitation on manque de litière pour les animaux; ceux-ci couchent sur la dure, sur des planchers en bois ou sur un pavage qu'on lave à grande eau tous les matins. On dispose d'eaux très abondantes qui, enrichies des déjections solides et liquides des animaux, servent ensuite à l'arrosage des prairies situées à un niveau inférieur à celui de la grange. C'est ainsi qu'on féconde les prés, dont les deux coupes constituent les approvisionnements pour l'alimentation du troupeau pendant l'hiver. La race d'Aubrac, qui vit dans les montagnes de TAveyron, fournit comme celle de Salers d'excellents bœufs de travail, des élèves pour la vente et des fromages qui diffèrent peu de ceux du Cantal. La race du Mézenc dans le département de l'Ardèche, la race limousine dans celui de la Haute-Vienne , la race creusoise dans celui de la Creuse, fournissent des bœufs parfaitement appropriés aux circonstances et aux besoins de chaque localité. Ce sont ces animaux qui font les transports et les travaux des champs. Ils sont très estimés comme bêtes de travail et de boucherie. Les plateaux moins élevés de cette région, calcaires
et secs comme on en trouve dans les causses du Lot et de TAveyron, produisent une herbe courte et fine qui convient mieux au mouton qu'à la bête à corne; on y entretient les moutons du Larzac, dont les brebis fournissent le lait servant à la fabrication du fromage de Roquefort.