SUBSTANCES FERTILISANTES AUTRES QUE LE FUMIER
Dans la ferme, il n'y a pas que le fumier qui serve à fertiliser le sol. Chaque localité dispose d'autres substances qu^on peut employer au même usage. Les siliques du colza, les balles aristées de l'orge, et les autres balles poussiéreuses des céréales forment un bon engrais pour les prairies, oti les mauvaises graines associées aux balles ne nuiront pas à la production de l'herbe. Ces substances diverses sont composées comme il suit :
Acide ALOtc X phosphoriquc X Potasse ^ Chaux X
Balles de froment 0.72 0.40 0.84 o.io
— d'avoine 0.64 0.20 o.5o 0.70
Siliques de colza o.85 o.36 0.57 3.38
On voit, d'après ces chiffres, qu'elles sont plus riches que le fumier. Les perdre ou les brûler, comme on le fait dans certaines exploitations, c'est se priver d'éléments fertilisants semblables à ceux qu'on achète sous forme d'engrais chimiques.
Les bonnes balles des céréales, associées à des racines, constituent une excellente nourriture pour les bétes à cornes, et on a grandement raison de leur donner cette
destination. On ne jette sur les gazons que celles que les animaux ne peuvent pas consommer.
Parmi les résidus des récoltes et les mauvaises herbes, on ne doit rien brûler. La combustion détruit les substances azotées et carbonées, et ne laisse que les cendres composées exclusivement de substances minérales.
Les tiges de pommes de terre, mises sous les tas de fumier, constituent un bon engrais, elles contiennent, à Tétat sec, 0,43 p. 1 00 d'azote, 0,07 d'acide phosphorique, 0,41 de potasse, 0,91 de chaux. Les feuilles de betteraves, répandues sur le champ, forment un engrais dont les bons effets sont très sensibles sur la récolte suivante.
Les chardons, les moutardes sauvages, les chiendents, en un mot toutes les mauvaises herbes, réunies en tas et saupoudrées de phosphate fossile, ou de scories phosphoreuses, se décomposent facilement et font un excellent engrais qu'on réserve pour les prés, quand on craint qu'il s*y trouve encore des mauvaises graines ayant con serve leur faculté germinative. Les feuilles d'arbres, traitées de la même manière, donnent un terreau fécondant, qui contient une bonne proportion d'azote, d'acide phosphorique, de potasse et de chaux.
Dans le Perche, quand le marc de pomme ou de poire est abondant, on y mêle des scories phosphoreuses à raison de 100 kilog. par mètre cube de marc. Au bout de quelques jours, le tas s'échauffe et fermente activement. Il en résulte un terreau excellent, renfermant de l'azote, de la chaux, de la potasse, et de l'acide phosphorique rendu soluble par l'acide provenant de la fermentation du marc.
Pour 1,000 kilog. de marc de pomme contenant jS p. 100 d'eau, M. Lechartier a trouvé :
kil. kU.
Azote 2.20
Acide phosphorique 0.70 à 0.84
Potasse 2.08 à 3.o5
Chaux 0.59 à 0.61
Magnésie 0.44 à 0.87
Il est regrettable que ces marcs ne soient pas utilisés dans la plupart des exploitations. En les traitant par du phosphate tribasique de chaux, ils deviennent un engrais presqu'aussi fertilisant que le fumier.
Les marcs de raisin, quand ils ne sont pas consommés par les animaux, donnent aussi un bon engrais en les traitant, comme les marcs de pommes, avec du phosphate de chaux.
Les curures des mares et des fossés, les terres neuves prises le long des haies, ou sur les terrains non cultivés, exposées à Pair et mélangées à la chaux, servent à faire des composts contenant des substances fertilisantes qui, recueillies dans des moments perdus, coûtent moins cher que celles qu'on achète sous forme d'engrais chimiques. Les régions non calcaires du Maine, de l'Anjou, de la Normandie, de la Bretagne et de la Vendée ont trouvé un moyen puissant de fertilisation dans l'emploi des tombes. La tombe est un mélange de terreau, de chaux et de fumier. On recueille partout où on en trouve, des terres chargées de matières organiques, on en recouvre un tas de chaux en pierres telle qu'elle sort des fours. Cette chaux fuse et se met en poudre. Dès lors, on la brasse avec la terre, plus tard on y incorpore, par une nouvelle manipulation, une certaine quantité de fumier.
Quand on manque de terreau, on prend simplement la terre du champ.
D'autres fois on met ensemble la chaux et le fumier, et on les recouvre d'une bonne couche de terre.
Quelque temps après, on brasse ensemble les trois substances. Plus tard, on recommence l'opération. Parles deux procédés, on constitue une richesse artificielle qui transforme en nitrates et rend assimilable l'azote contenu dans les matières organiques de la tombe*
Ce mode de fumure, appliqué régulièrement aux herbages du Cotentin et aux terres arables dans d'autres localités, produit des effets si satisfaisants, qu'il s'est généralisé et maintenu dans une foule de localités, malgré les critiques dont il a été longtemps l'objet de la part des savants et des chimistes.
Les proportions de terre, de chaux et de fumier sont assez variables. La chaux varie du i/8 au i/3o de la masse. Le fumier représente le i/5,le 1/4, le i/3et quelquefois la moitié du volume total.
Suivant Bobierre, la tombe comprend :
10 à 20 hectolitres de terre; 4 hectolitres de chaux; I mètre cube de fumier.
Suivant Morière, la tombe du Cotentin se compose de :
I mètre cube de fumier ; 10 mètres de terre; I hectolitre 1/2 de chaux.
On mélange la terre et le fumier avant l'hiver. Au bout de quelques mois, on recoupe la masse, et on répète cette opération quatre à cinq fois. On administre la chaux au dernier recoupage, quinze Jours avant l'épandage sur le terrain.
Vidanges, et boues de ville.
Près des grands centres de population, les agriculteurs peuvent fumer leurs champs avec des vidanges et des boues de ville ou gadoues. La valeur fertilisante de ces substances varie comme leur composition chimique. Les vidanges sont plus ou moins riches suivant la quantité d'eau dont elles sont additionnées, et suivant le genre d'alimentation des populations.
Les vidanges sans addition d'eau, qu'on applique au sol dans le département des Alpes-Maritimes, sont plus riches que celles des villes 011 l'usage des cabinets à l'anglaise est devenu général.
M. Girardin a analysé trois sortes de vidanges prises à Lille, où cet engrais est très apprécié des cultivateurs.
La vidange sans addition d'eau contenait, par kilog :
Eau 950.819
Azote ammoniacal 6.40
— organique 2.80
Acide phosphorique 3.3o
Potasse 2 . o3
Sa densité était de i.oSi
La vidange ayant reçu un peu d'eau, contenait :
Eau 981.55
Azote ammoniacal 4.6 ) >. .
— organique 1.9 >
Acide phosphorique. i . o
Potasse 1.5
Densité 1.017.5
Une troisième vidange ayant reçu beaucoup d'eau, contenait :
Eau 989.52
Azote ammoniacal i •7<) > o
— organique 0.12)
Acide phosphorique o.25
Potasse o. I b
Densité i .007.
Cet engrais est parfaitement utilisé en Belgique, en Hollande, dans la Flandre française, dans le Dauphiné et aux environs de Nice et de Lyon. Ailleurs, il est en grande partie perdu. Dans quelques exploitations, les cabinets d'aisance sont en rapport avec la fosse à fumier, et les déjections humaines augmentent la richesse de ce dernier engrais.
En Flandre, on l'applique à toutes les cultures, au tabac, à la betterave, à la pomme de terre, au blé, aux prairies naturelles ou artificielles, au lin, aux navets et aux œillettes, à la dose de 3 00 à 400 hectolitres par hectare. On l'associe au fumier et aux tourteaux pour les plantes sarclées, avides d'engrais, comme le tabac, la betterave et le colza.
L'engrais flamand doit être répandu sur le sol avant les semis et les plantations. Administré pendant la végétation, il est moins assimilable et n'est pas aussi bienfaisant.
Cependant on se trouve bien d'en mettre sur le froment, aux endroits où la céréale manque de force et de vigueur. Le trèfle, arrosé avec cet engrais, entre deux coupes, donne des produits extrêmement abondants. Les prairies naturelles qui en reçoivent pendant l'hiver sont débarrassées de la mousse, des oseilles et des laîches, et produisent plusieurs coupes abondantes de bonnes graminées.
Les boues de villes ont une composition qui varie avec les saisons et avec les habitudes des populations.
Dans les ports de pêche^ ces résidus contiennent beaucoup de débris de poissons. En été, il s'y trouve plus de débris de légumes qu'en hiver.
Leur degré d'humidité varie aussi suivant les saisons, suivant la rareté ou l'abondance des pluies. Cet engrais n'est généralement pas employé à l'état frais : réuni en gros tas, il fermente activement et se transforme en un terreau aussi fertilisant que le bon fumier de ferme. Aux environs de Paris, il est très recherché pour la culture des asperges en plein champ.
On y trouve tous les objets déposés dans les rues par les ménages, de la cendre, des débris de légumes, des écailles d'huîtres, des pierres, des morceaux de verre, des boîtes vides de sardines, etc.
La gadoue de Paris dite gadoue noire^ après quelques semaines de fermentation, contient, d'après les analyses de MM. Mtintz et Girard :
Azote 0.48 %
Acide phosphorique o . 65
Potasse 0.56
Chaux 4.10
Cette composition, plus riche que celle du fumier normal, démontre que la gadoue noire est un excellent engrais. Il est très actif, et dure plusieurs années, quand on l'emploie à forte dose comme le fumier : la gadoue fraîche n'est guère employée qu'à Bordeaux, pour fumer les vignes du Médoc.
En Flandre et dans le midi, on applique à la fumure des terres des tourteaux de graines oléagineuses. Leur valeur vénale et fertilisante est en rapport avec leur teneur en azote, acide phosphorique et potasse. Les tour-
tcaux alimentaires ont plus de valeur pour la nourriture des animaux que pour la fumure des champs.
Aussi dans la plupart des exploitations, au lieu d'administrer directement les tourteaux à la terre arable, on préfère s'en servir pour l'alimentation des animaux. Le sol reçoit la partie des éléments qui passe dans les déjections des bêtes engraissées. On ne doit appliquer au sol que les tourteaux avariés et impropres à l'alimentation des animaux.
Néanmoins les cultivateurs du Midi et ceux de la Flandre, fument assez souvent leurs champs directement avec des tourteaux de graines oléagineuses. La valeur et le prix de ces résidus doivent être en rapport avec leur composition chimique. L'analyseconstate dans les tourteaux, pour i,ooo parties :