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ENGRAIS ET AMENDEMENTS CALCAIRES

Marne y chaux ^ tangue, merl^ sables coquilliers.

Le sol composé exclusivement de calcaire comme les terres de la Champagne pouilleuse ou comme les plaines jurassiques du Berry, les causses du Lot et de TAveyron, est toujours classé parmi les terrains ingrats et peu fertiles. On lui reproche son extrême perméabilité, sa dessication trop rapide en été, et son avidité pour les engrais. Au défaut de dépenser trop rapidement les fumures, se joint souvent celui, plus grave encore, d'être pierreux et rocheux. Les terrains dépourvus de calcaire ne sont guère plus riches et plus favorables aux cultures. Il n*y pousse que de la lande à l'état inculte; et si on les défriche, le froment et les légumineuses fourragères n'y viennent pas, tant que le terrain n'a pas été enrichi de carbonate de chaux.

Cette substance joue dans le sol un double rôle ; elle entre dans la composition des plantes, et à ce titre elle est un engrais au même titre que la potasse et Tacide phosphorique. Une récoltede froment de 3o hectolitres, prend au sol 25 kilog. de chaux; le trèfle et toutes les légumineuses fourragères en consomment des quantités plus considérables.

Le second rôle du calcaire est peut-être plus important encore que le premier ; il consiste à hâter la décomposition des matières organiques incorporées au sol par les fumiers ou par tous autres débris végétaux. Le calcaire provoque la nitrification des substances végétales, et rend assimilables tous les éléments de la fertilité. Les efifets bienfaisants du calcaire sont depuis longtemps connus des praticiens. Dans toutes les régions non calcaires, où dominent les terres granitiques, schisteuses, siliceo-argileuses de la formation diluvienne, on s'ingénie à procurer au sol l'élément calcaire reconnu indispensable pour la fertilisation de la terre arable. Tant que le terrain n'a pas reçu cet amendement, il ne produit que de misérables récoltes de seigle, de sarrasin, de pomme de terre, de choux et de navets. Avec le calcaire et de bonnes fumures, il produit immédiatement du froment, du trèfle, de la vesce, de la betterave, etc. On n'est pas d'accord sur la quantité de chaux qu'on doit incorporer au sol, pour en tirer le plus de produits possibles. M. Joulie exige qu'on en mette 5 ^. La terre arable représente, par hectare, un poids de 4 millions de kilogrammes pour une profondeur de 2 5 centimètres.

Ce serait 200,000 kilog. qu'il faudrait mettre dans un hectare de terrain. Ces 200,000 kilog. représentent, en nombre rond, 2,353 hectolitres d'engrais dont le prix varie entre i et 2 fr. l'hectolitre.

Ce serait une dépense exorbitante pour un terrain qui souvent ne vaut pas 1,000 fr. l'hectare.

Heureusement le sol ne demande pas une aussi forte proportion de chaux. On cite des terrains très fertiles^ qui ne contiennent que i et même 1/2 pour 100 de chaux. Le limon des. plateaux. du Perche, analysé par M. Risler, ne renferme que o,o35 ^ de chaux, et on en obtient du trèfle et du froment' à l'aide de 3oo, 400 et

5oo kilogrammes de superphosphate associé au fumier.

Le froment atteint facilement 3o hectolitres par hectare, quand on y met une quantité suffisante d'azote et d'acide phosphorique. Le fumier et le phosphate de chaux fournissent au sol et à la plante toute la chaux qui est nécessaire pour assurer la réussite des cultures. Néanmoins, quand on peut se procurer l'élément calcaire à bon marché, il y a tout avantage à en donner une bonne proportion au terrain. Le calcaire, sous quelque forme qu'on l'emploie, améliore toujours les propriétés physiques du sol. Il rend les terres plus légères et plus perméables à l'air et à Teau, et facilite l'action du ferment nitrique.

Le calcaire apporté au sol lui arrive sous forme de chaux, de craie, de marne, de tangue^ de merl, de sables coquilliers ou de faluns.

La chaux s'emploie tantôt seule, tantôt à Tétat de compost. Les tombes décrites précédemment, sont des composts de chaux, de terreau et de fumier.

Le compost de chaux est un mélange, dans des proportions variables, de terreau et de chaux. Quand on a à sa disposition de terres chargées de matières organiques, le compost est un mode d'emploi de la chaux extrêmement avantageux. La chaux décompose les débris organiques, et rend assimilables leurs éléments fertilisants. Le champ qui reçoit le compost ainsi composé es fertilisé, aussi bien que si on y av ait mis un engrai complet contenant à la fois de Tazote, de l'acide phosphorique, de la potasse et de la chaux. Les agriculteurs qui manquent de terreau, appliquent directement la pierre à chaux sur le terrain. On en fait de petits tas qu'on recouvre de terre. La chaux s'éteint et fuse par l'action de l'humidité de la terre. Dès lors, on la mélange à la terre dont elle est recouverte, et on répand le tout

uniformément sur le champ. Par des hersages et des labours, on achève de mélanger cette chaux dans toute l'épaisseur du sol.

La chaux grasse est plus estimée que la chaux hydraulique; elle est plus pure, plus avantageuse, et ne se prend pas en mortier durcissant à Tair comme la chaux hydraulique. Dans le cas où Ton ne possède que de la chaux hydraulique, il ne faut pas la traiter comme la chaux grasse; on doit la laisser s'éteindre et se carbonater à Pair avant de la mélanger au sol.

La dose de chaux à employer varie dans d'énormes proportions. Les forts chaulages de 200 et 3 00 hectolitres ne se renouvellent qu'à de très longs intervalles, tous les 1 5 ou 20 ans. Les chaulages plus faibles, de 20, 3o, 40 et 5o hectolitres produisent de l'effet pour une durée de 5 à 10 ans. On calcule qu'une culture active exige, par hectare et par an, 4 à 6 hectolitres de chaux. Les cultures n'en dépensent pas de grandes quantités, mais les eaux pluviales enrichies de l'acide carbonique de l'air et du sol, transforment la chaux carbonatée en bicarbonate qui devient soluble et se perd par les eaux qui filtrent dans le sous-sol ou qui coulent à la surface. Le chaulage n'impose pas de gros frais de transport; ils sont plus considérables quand on introduit le calcaire au sol sous forme de marne.

Le cultivateur qui a le choix entre le marnage et le chaulage, prend naturellement le procédé qui lui procure la chaux au meilleur marché.

En Sologne, la plupart des agriculteurs préfèrent le marnage au chaulage ; le marnage produit un meilleur effet que la chaux. Cela tient au défaut d'assainissement du sol. Les terres de cette contrée sont imperméables et pleines d'eau pendant l'hiver. Ce sont de mauvaises conditions pour l'emploi de la chaux. La marne souffre

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moins de cet excès d'humidité. Elle est par conséquent plus efficace et plus durable que la chaux; il paraît qu'en outre elle améliore davantage les qualités physiques du sol.

Bien que la chaux se montre plus économique que le marnage, c'est ce dernier procédé qui s'est le plus répandu. Pour répondre à ce besoin de marne, la Compagnie d'Orléans a, pendant longtemps, réduit les frais de transport, et l'État a fait construire un canal spécialement destiné à transporter la marne dans les localités non desservies par la ligne ferrée.

La marne est un mélange intime de calcaire et d'argile; ce n'est pas une combinaison, mais l'association est telle qu'il est impossible de la reproduire artificiellement.

Les marnes forment des assises géologiques qu*on trouve à partir des terrains triasiques. Elles constituent des couches puissantes dans le trias, les terrains jurassiques, crétacés et tertiaires. Il n'en existe pas dans les terrains primaires et primitifs. Ce serait peine perdue que d'en chercher. Ces groupes offrent parfois des gisements de calcaire cristallisé, métamorphique, dont on fait de la chaux à l'usage des terres.

La marne, à l'état naturel, forme des masses compactes d'une consistance moyenne, toujours moins dures que la pierre calcaire, quelques fois schisteuses, souvent meubles et très divisées. Quand elle est en morceaux à la sortie de la carrière, elle se délite à l'eau et à la pluie, c'est-à-dire qu'elle tombe en miettes parfaitement homogènes. Ce caractère la différencie des pierres calcaires, divisibles seulement par l'action de la gelée.

On distingue des marnes calcaires, argileuses et siliceuses, suivant qu'à l'analyse elles donnent, comme élément dominant, le carbonate de chaux, l'argile, ou le sable siliceux. Les plus estimées sont naturellement

celles qui contiennent la plus forte proportion de calcaire. On en trouve qui donnent 5o, 70 et 90 p. 100 de carbonate de chaux. Les marnes argileuses ou siliceuses ont une richesse en calcaire variant de 10 à 5o p. 100.

Les marnes calcaires ou siliceuses conviennent aux terres argileuses. Les marnes argileuses font, au contraire, un meilleur effet sur les terres siliceuses sablonneuses. Au reste, il est bien rare qu'on ait le choix de la marne. C'est une matière encombrante qui ne se transporte pas bien loin. Il y a toujours avantage à se servir de la marne la plus rapprochée et la plus facile à extraire. Cette extraction a lieu dans des carrières à ciel ouvert, accessibles au tombereau, ou par des puits et des galeries souterraines. Le premier procédé est le plus commode et ne présente pas les dangers de l'extraction sous terre.

Dans le Perche, la craie marneuse appliquée au sol donne lieu aux deux modes d'extraction. Sur les plateaux, on est obligé de l'extraire par des puits qui ont 10 et 20 mètres de profondeur. Les mêmes couches affleurent cà et là sur les flancs des vallées. Là, la marne s'extrait à ciel ouvert. C'est une marne calcaire qui, par la cuisson, donne une chaux sensiblement hydraulique. L'extraction par puits coûte i fr. à i fr. 5o le mètre cube. On emploie environ 3o mètres cubes à l'hectare d*une marne dosant 90 p. 100 de carbonate de chaux, et pesant 1,600 kilog. le mètre cube. Le calcaire pur contient 56 p. 100 de chaux, le mètrecubede 1,600 kilog. renferme 90 p. 100 de calcaire, soit 1,440 kilog. renfermant 56p. loode chaux ou 806 kilog. Un marnage de 3o mètres cubes apporte dans le sol 24,180 kilog. de chaux. Cette quantité est presque dix fois plus faible que celle qui en donnerait 5 p. 100 au terrain. L'expérience prouve qu'elle est largement suffisante pour 8 à i o ans au moins. En Sologne, on marne à la même dose avec une marne de même na-

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ture. Il est reconnu que ce sont les terres argilo-siliceuses qui supportent bien un marnage de 3o mètres cubes à rhectare. Plus les terres sont légères et siliceuses, moins on doit y mettre de marne; les meilleures marnes se délitent promptement et complètement à la pluie, sans laisser aucun noyau, aucune partie pierreuse. Après le délitement à la surface, il importe de bien la mélanger au sol par de nombreuses façons aratoires. En agissant ainsi, la marne fait de suite son effet, et opère dans le terrain des réactions favorables aux cultures. Les marnes qui se délitent lentement et difficilement font attendre leurs bons effets 2, 3, et même 4 ans.

A cause des frais de transport, le marnage de tout un domaine exige du temps et une assez forte dépense à rhectare, rarement moins de i5o à 200 fr. Les contrées qui font un large emploi des phosphates et des superphosphates de chaux, reconnaissent que la marne n'est plus aussi nécessaire qu'autrefois. Par les phosphates, on introduit dans le sol de la chaux dans un grand état de division. Cette chaux provenant de l'engrais chimique paraît répondre amplement aux besoins du sol et des cultures. Rappelons qu'un équivalent de phosphate de chaux pur contient 71 p. d'acide phosphorique et 84 de chaux. De sorte que par le phosphatage, on met toujours dans le sol plus de chaux que d'acide phosphorique. Si on emploie des scories phosphoreuses contenant, comme celles du Creusot, 45 p. 100 dç chaux, le phosphatage devient en même temps une sorte de chaulage, surtout si les scories sont employées à la dose 1,000 ou 2,000 kilog. à l'hectare. Ces scories, réduites en une poudre impalpable, fournissent une chaux parfaitement divisée qui, bien incorporée au sol, produit un effet plus prompt et plus intense qu'un marnage mal exécuté. Dans l'administration des engrais, on ne saurait apporter trop d'atten-

tion à la division de la substance employée, et à son mélange au sol. De moyennes doses d'engrais, bien divisées et bien mêlées au sol dans toute sa profondeur, sont plus accessibles aux racines des plantes que de fortes doses, à. Tétat grossier et mal réparties. C'est la raison qui fait que Tusage des superphosphates dispense l'exploitant de recourir comme autrefois au chaulage ou au marnage du terrain. A mesure que Tacide phosphorique est absorbé par la plante, la chaux devient disponible, et se montre d'autant plus efficace qu'elle est très divisée et qu'elle est parfaitement disséminée dans toute l'épaisseur du sol.

La chaux, si nécessaire pour certaines contrées, n'a pas de raisons d'être dans les régions calcaires ou marneuses.

La partie calcaire de la Corse n'en a nul besoin. La partie non calcaire n'en use pas à cause de la difficulté des transports, et du prix élevé de cet amendement.

L'Algérie ne connaît ni les marnages ni les chaulages : partout les terres et les eaux donnent aux cultures toute la chaux dont elles ont besoin.

L'épuisement de l'élément calcaire dans les terres anciennement marnées ou chaulées, se reconnaît à l'amoindrissement des produits de la culture, aux faibles rendements du froment et des légumineuses fourragères. Le manque de chaux se discerne encore à la production de certains végétaux spontanés. La petite oseille {Rumex acetosella) croît en abondance sur les terres qui réclament un nouvel apport de calcaire. Le petit jonc {Juncus bufonius), la renoncule des champs {Ranmt^ culus arvensis), l'agrostis stolonifère [Agrostîs stolonifera) envahissent les terres qui sont acides par le manque de calcaire. Ces ennemies des récoltes doivent être combattues par le chaulage ou le marnage.

Les chimistes ont reconnu, dans les départements de r Indre et de la Haute-Marne, qu'il pouvait y avoir avantage à chauler ou à marner des terres contenant une forte proportion de pierres calcaires. Les parties meubles du sol sont argilo-siliceuses ou silico-argileuses, et les pierres, dont le sol est jonché, dérivent d'un calcaire jurassique très dur et inaltérable à Pair. A l'analyse, la partie fine de ces terrains n'accuse qu'une dose insignifiante de carbonate de chaux. Dans ces sortes de terrains, le marnage ou le chaulage constitue une excellente amélioration qui se traduit par une augmentation sensible dans les produits du sol.

Autrefois, Bouthier de Latour, ancien élève de Roville, s'est bien trouvé du chaulage d'une terre calcaire. C'est l'erreur d'un charretier qui lui a fait faire cette singulière découverte. Ce charretier s'est trompé de champ, en conduisant sur un champ calcaire une charretée de chaux destinée à un autre pauvre en chaux. Au grand étonnement de l'exploitant, la partie chaulée s'est montrée plus fertile que le reste de la même parcelle. Cette chaux a dû rendre plus assimilable les éléments fertilisants du sol. Peut-être aussi contenait-elle de l'acide phosphorique et de la potasse dont la terre pouvait avoir grand besoin.

Les terres des pays de plaine situées au nord de Paris sont, pour la plupart, constituées par le limon des plateaux reposant sur une puissante assise de craie. Cette roche apparaît au jour sur les flancs des vallées, en donnant lieu à des champs crayeux de mauvaise nature. Le limon des plateaux recouvrant la craie, occupe de grandes étendues dans les départements de l'Eure, d'Eure-et-Loir, de Seine-et-Oise, de TOise, de l'Aisne, de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord. Là on ne donne pas de marne aux terres limoneuses qui man-

quent de calcaire. Mais on y met une énorme quantité de craie. Souvent on l'extrait, dans le champ même, par des puits et des galeries souterraines. Quelquefois on va la prendre dans des carrières, ouvertes à flanc de coteau. Cette craie est une véritable pierre à chaux, dont on fait une excellente chaux grasse. Les puits ne sont pas profonds ; on trouve la craie aussitôt qu'on a percé la couche plus ou moins épaisse de limon. Aussitôt la craie extraite , elle est répartie à la brouette , sur le champ, par les soins de l'entrepreneur du marnage.

Bien que la chaux ne soit pas chère, personne ne pratique le chaulage des terres. Le marnage à forte dose, à la craie, enrichit non seulement le sol de carbonate de chaux, mais il améliore considérablement les propriétés physiques du sol limoneux. Ce marnage le rend plus léger, plus perméable, moins battant à la pluie. La betterave, le trèfle, la luzerne, la vesce, la féverole, en un mot toutes les légumineuses donnent de très forts rendements sur les terres marnées de cette façon. L'amélioration est moins sensible sur le froment et Tavoine.

La craie ne se délite pas comme la marne, c'est la gelée seule qui la fait éclater et tomber en petits fragments, visibles à la surface des champs marnés. Pendant bien longtemps après l'opération du marnage, on voit des morceaux qui, recouverts de terre en hiver, n'ont pas subi l'action de la gelée.

Le marnage à la craie se fait, dans cette région, à des conditions exceptionnelles de bon marché. A Assainvil- 1ers, près Montdidier, le limon des plateaux est très pauvre en carbonate de chaux. On le marne à l'entreprise, avec de la craie, au prix de o fr. yS le mètre cube, comprenant dans ce prix le percement des puits à 7 mètres de profondeur, l'extraction, le brouettage et l'épandage sur le champ. On marne à la dose de 5o mètres

cubes. Un plus fort marnage rendrait la terre trop légère, et moins favorable aux cultures de céréales. Une fois le puits ouvert, on enlève la craie dans une galerie circulaire, ayant pour centre l'ouverture du puits, et pour soutien des colonnes de craie ménagées régulièrement sous la voûte de l'excavation. On se dispense de remploi des étais en bois pour les galeries, et de planches cintrées pour les parois du puits. L'opération terminée, le puits est recouvert par une voûte en brique, à un mètre de profondeur. Ce mode de recouvrement prévient les affaissements et les effondrements des excavations superficielles, qui se produisent quand le puits est seulement comblé avec de la terre. La construction de la voûte revient à une quinzaine de francs.

On tire d'un seul puits, i5o mètres cubes de craie, quantité nécessaire pour le marnage de trois hectares; le puits représente donc une dépense de cinq francs, par hectare, à ajouter aux frais d'extraction et d'épandage. Cette dernière dépense, évaluée plus haut à 0,75 le mètre cube, s'élève parfois à 0,90 et même à un franc. Dans tous les cas, le marnage à la craie dans les conditions que nous venons d'indiquer, ne revient guère qu'à 5o ou 60 fr. par hectare. Il dure de 8 à 10 ans. Les effets de la craie sont moins prompts que ceux des marnes qui se délitent à l'air humide et à l'eau. La craie éclate par la gelée, en petits fragments; il faut plusieurs années pour qu'elle soit complètement pulvérisée et mélangée au sol. Les gros fragments recouverts de terrQ pendant l'hiver, restent intacts, et c'est seulement l'hiver suivant qu'ils sont attaqués, pourvu encore que les façons aratoires les aient ramenés à la surface.

L'extraction de la craie fournit en même temps des silex noirs qui sont empâtés dans la masse crayeuse. Le marneur les met de côté pour ne pas en embarrasser le

champ. Généralement il se les réserve dans son marché. A Assainvîllers, ils servent à l'entretien des routes, après qu'on a cassé et réduit en macadam les plus gros morceaux. Ces silex se vendent pour cet usage deux francs le mètre cube.

Marnage et chaiilage en Sologne.

Les terres de la Sologne sont très pauvres en carbonate de chaux. Le froment et les légumineuses fourra* gères n'y réussissent pas, tant que le sol n'a pas reçu, par le marnage ou le chaulage, une quantité suffisante dç chaux. Les terres humeuses de cette contrée, longtemps maintenues à Tétat de bruyères, sont très riches en matières organiques. Elles contiennent un terreau acide dont les éléments ne fournissent des nitrates et d'autres substances assimilables, qu'après que la chaux a neutralisé l'acidité du terrain, et a permis à un ferment spécial de provoquer la décomposition des matières organiques. On enrichit de chaux les terres de la Sologne par le chaulage et le marnage. On préfère la marne à la chaux pour les terres légères, plus ou moins sablonneuses, et pour celles qui ne sont pas parfaitement assainies quelle que soit leur nature.

On accuse la chaux d'activer trop énergiquement la décomposition des engrais et des matières organiques des terres siliceuses sablonneuses, circonstance qui en cause promptement l'épuisement et la stérilité. En sol humide, la chaux produit peu d'effet, et se perd sans bénéfice apparent pour les cultures. La marne convient mieux aux terrains plus ou moins imperméables et sujets à souffrir d'un excès d'humidité pendant l'hiver. Malheureusement le marnage, par suite des frais de transport, coûte beaucoup plus que le chaulage. Les mar-

nés sont impossibles à extraire en pleine Sologne; les couches marneuses sont à une grande profondeur, et elles sont accompagnées de nappes d'eau qui augmenteraient beaucoup les difficultés de leur extraction. C'est donc aux marnes affleurantes sur le périmètre extérieur de la Sologne, aux environs d'Orléans, de Vierzon et de Blancafort, qu'on doit avoir recours pour mettre à la disposition des exploitants ce précieux amendement. Ces marnes contiennent 3o à4o p. loo de calcaire. Elles pénètrent en Sologne par le chemin de fer du Centre, ou par le canal de Blancafort , perpendiculaire à la voie ferrée.

Ces deux voies de transport opèrent, de distance en distance, des dépôts où les cultivateurs viennent charger le précieux amendement, pour le transporter, avec des tombereaux, sur les champs de leurs domaines. On marne à raison de 40 à 5o mètres cubes par hectare. Quand l'État et le chemin de fer réduisent le prix du transport à l'aide de subventions et d'un tarif spécial, cet amendement n'est vendu que. i fr. 5o le mètre cube aux cultivateurs. M. Masure, dans son excellente monographie de la Sologne, porte ce prix de vente à 2 fr. 5o le mètre cube. Le marnage d'un hectare coûterait, dans ce cas, 100 à i25 fr. auxquels il faudrait ajouter les frais de transport et d'épandage. Pour une distance de 8 à 10 kilomètres, les frais de transport dépassent le prix de la marne. Cette opération revient donc à 100 ou 125 fr. près des dépôts, et s'élève à 200 et 3oo fr. par hectare, à des distances de 8 à 10 kilomètres.

Ce marnage fait sentir ses effets pendant 10 à i5 ans.

La chaux est infiniment plus économique ; quarante hectolitres suffisent pour une durée de 6 à 8 ans. La chaux coûte 2 francs l'hectolitre, et occasionne peu de

frais de transport. Malgré ces avantages, le marnage est généralement préféré au chaulage. Par la marne, le succès est plus certain et plus durable. Le calcaire agit non seulement comme substance nutritive pour les plantes, mais il rend assimilables d'autres substances qui restent inertes et indécomposables, tant que le sol manque de chaux. A ce point de vue, la chaux contribue puissamment à Fépuisement du sol. C'est cet effet qui a fait dire autrefois qu'elle enrichit les pères et ruine les enfants.

Pour que le chaulage ou le marnage ne ruine pas les enfants, il est indispensable que l'on compense, par des fumures et des engrais chimiques, l'épuisement occasionné par les récoltes abondantes qu'on obtient sur les terrains marnés ou chaulés.

La marne et la chaux agissent principalement par leur richesse en chaux pure, et par leur état de division. Ces amendements sont d'autant plus efficaces qu'ils ont été mieux incorporés au sol, plus régulièrement répartis dans toute l'épaisseur de la terre arable. Une marne qui donnerait peu de calcaire pulvérulent, et qui resterait à l'état de fragments résistants et peu altérables sous l'action des agents atmosphériques, produirait peu d'effet au point de vue de la fertilité du sol. Les meilleures marnes sont celles qui, riches en carbonate de chaux (60 à 80 %)^ se délitent complètement et rapidement sous l'action de l'eau, de l'air et de la gelée. Quant à la chaux grasse, rien n'est plus facile que de l'amener à l'état d'une poudre impalpable qu'on mélange' sans difficulté au sol convenablement ameubli et divisé au moment de l'opération. Les bonnes chaux grasses contiennent en moyenne 90 p. 100 de chaux pure.

La chaux et la marne peuvent contenir une certaine proportion d'acide phosphorique et de potasse. Il sera

bon d'en tenir compte dans l'analyse de ces amendements, ces deux substances devant augmenter sensiblement leur faculté fécondante.

Plâtrage.

Par le plâtre on introduit dans le sol deux substances nutritives pour les végétaux, savoir, la chaux et Facide sulfurique ; substances qui font toujours partie de la composition chimique des plantes.

Le plâtre cuit ou cru doit être complètement pulvérisé. Quelquefois on Tassocie aux engrais chimiques. Il est un peu soluble dans Peau, et se montre efficace sur les terrains pourvus en chaux. On l'applique communément à la dose de 400 à 600 kilog. par hectare sur les cultures de légumineuses (trèfle, luzerne, sainfoin, vesce, féverole), au^ printemps, par un temps calme, chaud et humide. Il favorise le développement des tiges et des feuilles sur certains terrains. D'autres localités n'en éprouvent aucun effet sensible. A TÉcole d'agriculture de Grignon, le plâtrage des légumineuses n'a jamais donné de résultat appréciable. Les rosées abondantes, les pluies légères et fréquentes favorisent l'action du plâtre. Les sécheresses et les pluies \ dantes paralysent, au contraire, son action.

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