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ENGRAIS VÉGÉTAUX DES PLAGES OCÉANIQUES ET MÉDITERRANÉENNES

L'Océan et la Méditerranée ne rejettent pas sur leurs plages des végétaux de même nature et de même composition chimique. Les prairies sous-marines de l'Océan comprennent principalement des algues de fortes dimensions, tandis que la Méditerranée se distingue par une production très abondante de zostéracées , plantes qui diffèrent complètement des algues marines. A quoi tient cette profonde différence dans les végétaux qui tapissent le fond de la mer, et qui vraisemblablement sont destinés à suffire à Talimentation des êtres animés qui vivent dans l'eau salée. Le climat, la composition des roches sous-marines, les effets des flux et des reflux presque insensibles pour la Méditerranée, au contraire très apparents et très étendus le long des côtes de l'océan Atlantique, doivent évidemment exercer une grande influence sur la nature et le développement des végétaux sous-marins. Les algues marines qu'on désigne, prises en masse, sous les noms àt fucus, varech, goémon, possèdent la propriété de se fixer solidement sur les rochers. A marée basse on voit les rochers couverts de différentes algues dont quelques-unes offrent, en longueur et en largeur, de très fortes dimensions. L'algue la plus commune de l'Océan, celle qui, avec les fucus, compose

en grande partie le goémon, comprend des lanières qui ont i à 2 mètres de longueur sur 6 à 8 centimètres de largeur. Ces plantes, rejetées sur la plage par les vagues de la mer, sont généralement attachées à un fragment du rocher calcaire ou granitique sur lequel elles se sont développées. Le Fucus vesiculosus, très commun sur les côtes de Normandie et de Bretagne, possède une si grande force de préhension, qu'il s'accroche et se fixe sur les murs du poste construit avec les matériaux les plus durs et les plus résistants. Ces algues, si abondantes sur les rochers et les fonds pierreux, n'occupent jamais les fonds sablonneux ou argileux. Ceci explique Fabsence du goémon sur certaines plages. Les fonds composés de parties meubles sont rendus mobiles par le mouvement des vagues, et sont, par conséquent, impropres à toute végétation sous-marine. L'Océan produit, sur certains points, des algues en abondance. La Normandie, la Bretagne, la Vendée, les îles de Ré, de Noirmoutier, les îles anglaises de Jersey et de Guernesey, en font un large emploi pour la fertilisation des terres cultivées. C'est aux varechs qu'il faut attribuer, en grande partie, les riches productions des côtes de Bretagne, connues sous le nom de ceinture dorée , des jardins de Roscoff et de nie de Jersey.

On distingue deux sortes de goémon, celui qui est rejeté sur la plage par les vagues, qu'on nomme goëmon d'échouage, et celui qu'on va, à marée basse, arracher et récolter sur les rochers, à l'aide de grands râteaux. Ce dernier passe pour être plus fécondant que le premier. Le varech de l'Océan est composé en grande partie de fucacées, dont les espèces dominantes sont :

Le Fucus silîquosus.

— digitatus.

— vesiculosuSy Le Ceramium rubrum.

Le Fucus saccharinus {baudrier de Neptune).

— serratus (très commun sur les rochers). Le Ryliplacapinastroîdes.

Ces algues ont enrichi les terres granitiques et schisteuses qui bordent la mer, en Bretagne, en Normandie et dans les îles de Ré, de Noirmoutier, de Jersey et de Guernesey. Jersey est la plus grande des îles normandes. Son étendue est de 12,000 hectares. Sa population, qui est en décroissance, ne dépasse pas 5 1,000 habitants, dont 3o à 3 5, 000 pour la ville de Saint-Hélier.

Nulle part, on n'utilise mieux les engrais végétaux de la mer. C'était une nécessité pour ce petit pays, où la paille est rare, et les fumiers, par conséquent, peu abondants. Au dire de M. Johanned, auquel nous devons une brochure fort intéressante sur l'île de Jersey, on y récolte le varech trois fois par an, en mars, mai et septembre; celui de mai est reconnu le plus fécondant. Il est employé directement pour les cultures de pommes de terre, de panais et d'autres légumes. Pour le blé et la prairie naturelle, on préfère la cendre de varech à raison de 6,000 kilog. par hectare.

Sans le goémon, jamais les terres granitiques et schisteuses de Jersey n'auraient atteint cette prodigieuse fertilité qui en élève le prix de vente au taux de 8 à 10,000 fr. l'hectare, et la valeur locative à 3oo et 700 fr. Jamais on n'aurait obtenu ces récoltes abondantes, qui ont permis de créer les meilleures vaches laitières que l'on connaisse.

Ces petites vaches fondent en lait. Les Américains viennent les acheter à des prix exorbitants; les taureaux

et les vaches de bonne provenance se vendent 25,ooo, 3o,ooo francs et plus. Les animaux ordinaires valent couramment i,ooo, 2,000, 3, 000, 5, 000 et 6,000 francs.

Aucune race ne donne, eu égard à la nourriture consommée, un lait plus riche et plus abondant.

Pour faire un kilog. de beurre, il ne faut que 16 à 18 litres de lait; il en faut 25 à 28 de la vache cotentine, 35 à 40 de la vache hollandaise.

, La vache jersiaise produit, par an, 3 à 4,000 litres de lait, et la cotentine , plus forte et mangeant davantage, n'en donne que 3, 000 à 3,5oo litres.

Ces résultats témoignent de la vertu fertilisante des engrais de mer, attestée du reste par la composition chimique de ces algues.

Suivant Isidore Pierre, les fucus les plus communs sur les côtes de l'Océan contiennent, à Pétat frais, de l'azote dans les proportions suivantes :

Fucus vesiculosus . . . 2 kilog. pour 1000.

— saccharinus. . , i3 —

— digitatus 9 —

Ceramium rubrum.. o.23o —

Le goômon brûlé... 4 —

Ces plantes contiennent, en outre, d'assez fortes doses d'acide phosphorique, de potasse et de chaux.

Divers échantillons de goémon, analysés par M. Durand-Claye, contenaient p. 100 :

lo GOEMON d'Épave.

Eau 76.06

Azote 0.38

Acide phosphorique . 0.08

Chaux 0.68

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