ENSEMENCEMENT
On distingue les semis d'automne et ceux du printemps. Sous le climat de Paris, on sème en automne le froment, le seigle, la vesce d'hiver. Le colza, les choux, les^rufabagas, semés ou plantés avant l'hiver, végètent également pendant les mois les plus froids de l'année. Un peu plus au sud, sous le climat de la Touraine, l'orge d'hiver ou escourgeon et l'avoine d'hiver se sèment aussi en automne.
On ne sème en automne que les végétaux qui supportent, en hiver, les froids les plus rigoureux sans périr. On n'est jamais sûr que l'hiver ne tuera pas les cultures confiées à la terre. Il arrive malheureusement, de loin en loin, des minima de 20 et quelques degrés au-dessous de zéro, auxquels ne résistent pas les récoltes en terre, et beaucoup d'arbres fruitiers et forestiers. Ces désastres se sont produits en 1871 et en 1879-80.
Le froment est, parmi les semailles d'automne, la plus importante, et celle qui occupe le plus de place dans la plupart des exploitations. On le sème en octobre dans la région du Nord, en novembre et décembre dans le Midi, en Corse et en Algérie. Ce sont généralement les blés semés les premiers qui atteignent les meilleurs rendements en grain et en paille.
Semis à la volée et semis en lignes. — Le semis à la main ou à la volée est toujours le procédé le plus communément employé dans les trois quarts de la France. C'est une opération d'une grande importance, surtout pour les cultures de céréales. La récolte peut être sérieusement compromise si la semence n'est pas répandue régulièrement et à la dose la plus cortvenable. Le froment semé trop dru, donne beaucoup de paille et peu de grain ; s'il est trop clair, les épis sont plus beaux, mais les places non garnies causent un déficit réel dans la récolte. Les bons semeurs sont toujours assez rares et on ne paie jamais trop ceux qui accomplissent ce travail avec toute la perfection désirable. Le froment, en raison de sa densité, n'est pas la céréale la plus difficile à semer. L'avoine et l'orge présentent plus de difficulté, surtout si le semis se fait par un grand vent. Les graines comme celles du lin, du trèfle, de la luzerne, de la navette, du trèfle incarnat et des graminées fourragères exigent de grandes précautions pour être régulièrement réparties sur le terrain.
Les semis en lignes, exécutés par les semoirs anglais, ont sur les semis à la volée des avantages incontestables. Les instruments ont atteint un grand degré de perfection. Ils permettent de régler mathématiquement la quantité à semer par hectare. Us mettent la graine à une profondeur uniforme, résultat qu'il est impossible d'obtenir pour la graine semée à la volée et enterrée à la herse. Les semis en lignes facilitent le sarclage des plantes, à la main et à la houe à cheval. Toutes les graines se trouvant placées dans de bonnes conditions de germination, la quantité à semer par hectare est moindre que dans les semis à la volée. Pour les céréales, l'économie arrive à être d'un quart, d'un tiers, et même de moitié sur les terres très fertiles. Au lieu de 2 hectolitres de blé par hectare à la volée, on en met au se-
moir seulement i5o, i3o ei même 100 litres. Malgré ces avantages, les semailles en lignes ne sont usitées que dans les grandes exploitations de la région du Nord et des environs de Paris. Ailleurs, on ne les rencontre qu'à Tétat d'exceptions. Les petites et les moyennes exploitations reculent devant la dépense d'un semoir anglais qui coûte î ,000 ou 1,200 francs et qui, pour le sarclage du semis, demande une houe spéciale d'un prix assez élevé. Ces instruments perfectionnés ne peuvent d'ailleurs bien fonctionner ni convenir pour les surfaces accidentées, ni pour les cultures en billons sur les terres peu fertiles. Le semoir ne donnerait aucune économie sur la semence.
Soins d'entretien des cultures. — On doit veiller attentivement à Tassainissement des surfaces. L'eau ne doit séjourner nulle part. On fait, à la bêche, des rigoles d'écoulement partout où la plante souffre d'un excès d'humidité.
Pendant la végétation, surviennent les façons d'entretien, aussi nécessaires que les façons préparatoires pour la bonne venue des plantes. Il y a lieu d'opérer en temps opportun, au printemps, le hersage des céréales semées à la volée, de passer la houe dans celles qui ont été semées en lignes. Après ces opérations, le rouleau plombeur émiette les mottes, unit les surfaces, et enterre la prairie artificielle dans le cas oti on l'associe à la céréale.
Les plantes sarclées telles que le maïs, la betterave, la carotte, semées en lignes, veulent être éclaircies à la machine ou à la main, bien espacées sur les lignes, et nettes de mauvaises herbes. Les entrelignes sont binés à la houe à cheval, et les lignes sont travaillées à la main. Plus tard, le maïs, la pomme de terre, le topinambour réclament un buttage, opération qui consiste à ramener la terre au pied de la plante, dans le but, pour le maïs
défavoriser rémission, de racines adventices, et pour la pomme de terre et le topinambour, de faciliter le développement des tubercules. Cette opération s'exécute à l'aide du butteur, sorte de charrue à double versoir.
Les binages à la main se font avec une houe spéciale, connue sous le nom de binette dans la région du Nord. Il ne faut pas attendre pour biner les plantes, que ks mauvaises herbes aient pris un grand développement. Le travail se fait moins bien, et les cultures souffrent d'autant plus des mauvaises herbes qu'elles ont grandi et demeuré plus longtemps sur le terrain. On doit biner à la main et à la houe à cheval, aussi souvent que cela est nécessaire pour que le terrain soit constamment meuble et net de mauvaises herbes. C'est une condition absolue de succès.
Un grand nombre de mauvaises herbes naissent spontanément au milieu des cultures. Voici les principales :
Le chardon des champs (Cirsium arvensé). Il pullule parfois dans les cultures de printemps, notamment dans les avoines.
Les cultivateurs soigneux les font détruire en les coupant entre deux terres, quand ils ont o"^, i 5 à o™,20 de hauteur. Enlevés trop tôt, ils repoussent du pied et produisent de nouveaux chardons. L'opération doit se faire quand l'avoine n'est pas montée.
La nielle [Githago segetum) se montre dans le froment d'hiver, et doit être extirpée, au printemps, dès qu'elle est visible et bien apparente au milieu de la récolle; si on néglige de la détruire, on retrouve, dans le froment battu, sa graine ronde, noire, un peu anguleuse et difficile à extraire autrement que par un bon trieur. Le chiendent [Triticum repens)^ la folle avoine [Avena fatua) , le vulpin des champs [Alopecurus agrestis), la moutarde sauvage [Sinapis arvensis\ l'avoine à chapelet
(Avena precatoria), la renoncule des champs {Ranunculus arvensis)^le joncdes crapauds [juncusbufonius)^ la châtaigne de terre {Carum bulbocastanum)^ les muscaris, rail {Allium vineale) sont très nuisibles aux cultures, mais il est bien difficile de s'en débarrasser quand ils se développent au milieu des céréales. C'est par les plantes sarclées qu'on peut en purger complètement le terrain.
En employant de bonne semence, et en plaçant la céréale après une plante sarclée, on n'a presque rien à craindre des plantes adventices.
Une précaution à prendre, c'est de ne jamais laisser grener les mauvaises herbes. Malheur au cultivateur qui permet à la moutarde sauvage et au chardon d'arriver à maturité. Il saKt son terrain pour un temps indéterminé. Quand la graine aigrettée du chardon s'envole au loin, emportée par le vent, elle salit non seulement les champs du domaine où l'on néglige de la détruire, mais elle envahit les cultures des voisins et cause à ces derniers un dommage considérable. La loi devrait rendre l'échardonnage obligatoire comme l'échenillage.
Les procédés de récolte varient avec chaque nature de culture. Les céréales se coupent à la faucille , à la sape, à la faulx et à la machine à moissonner. Le colza, les fourrages naturels et artificiels, les racines et les tubercules sont récoltés d'après des procédés qui seront décrits autre part.
Un point important pour les céréales comme pour les fourrages, c'est de les rentrer dans un état convenable dedessiccation. L'humidité est une cause d'altération qui déprécie le grain autant que les pailles et les fourrages.
Les fourrages verts et les racines se conservent bien dans des silos convenablement établis. Le maïs haché, et les autres fourrages verts exigent des silos impénétrables à l'air, condition qu'on remplit par un fort tas-
sèment et en chargeant d'un poids énorme la substance à conserver.
Les silos destinés aux betteraves , à la carotte et aux pommes de terre sont établis dans d'autres conditions. Ces plantes se conserveraient mal si elles étaient complètement privées d'air. La carotte se conserve moins bien que la betterave. Les meilleurs silos pour ces plantes ce sont les grands silos ouverts où l'on peut constamment s'assurer, de visu, de l'état de conservation de ces divers produits.
A défaut de granges ou de hangars, les céréales et les fourrages secs se conservent parfaitement en meules, pourvu qu'elles soient bien faites, préservées de l'humidité du sol, et à l'abri des eaux pluviales par une bonne couverture. Avec de telles précautions, la meule remplace la grange, toutefois il faut s'attendre, par le système des meules, à perdre toujours une certaine quantité de paille et de grain, ou de fourrage.
Les céréales, dès qu'elles sont récoltées, donnent lieu à une opération très importante qui consiste à séparer le grain de sa paille , et qu'on désigne sous le nom de battage.
Les procédés varient suivant les pays. Dans beau(^oup de localités, le battage au fléau est encore usité pour une petite fraction de la récolte. Dans les grandes exploitations, les céréales sont battues à la machine à manège mue par des chevaux ou des bœufs, ou bien à la machine à grand travail actionnée par la vapeur.
Dans des contrées moins avancées, on bat les céréales avec un rouleau qu'on fait mouvoir par des bœufs ou des chevaux, sur des gerbes déliées et étendues sur une aire disposée en plein air. Enfin, en Camargue et dans quelques autres localités du Midi, on égrène les céréales en faisant trotter une troupe de petits chevaux sur les
gerbes dispersées sur une aire comme pour le battage au rouleau. Ce genre de battage est connu sous le nom de dépiquage. Le battage du blé est toujours une opération assez chère, la dépense varie entre i et 2 francs l'hectolitre.
Les produits du sol ramenés à la ferme , veulent encore être surveillés pour être mis à Tabri des animaux nuisibles, et pour être préservés de diverses altérations.