AMÉLIOKATION DES PLANTES CULTIVÉES
possible, par un choix continu, une sélection prolongée^ de fixer les caractères obtenus (1).
Technique du croisement. — Ces opérations exigent des soins minutieux, une connaissance approfondie des conditions d'existence des végétaux et une technique délicate.
Les pieds mâles et femelles sont cultivés séparément,, et Ton s'efforce de réaliser l'apparition des inflorescences à une même époque. On supprime alors sur le pied-mère les organes qui ne doivent pas être fécondés, et cette Fig. lO. - Fleùr coupée.
opération est suivie . . . ., , .
. , ... 1 P» pelale ; s, sépale : c, pistil ; e, étamine*.
de la castration des fleurs conservées
sur la plante-mère, afin d'éviter l'auto-fécondation . La plante-mère est alors isolée, et on récolte le pollen sur. le pied mâle. La fécondation est déterminée en saupoudrant de ce pollen le stigmate des fleurs femelles, qu'on entoure ensuite de fine gaze, jusqu'au moment où l'ovaire se gonfle. Le grain formé, on le sème, et les hybrides cultivés sont observés attentivement afin dfr fixer les caractères recherchés.
Il faut être renseigné sur les divers modes de fécon-^ dation des plantes cultivées pour éviter des influencesperturbatrices. La fécondation chez les végétaux est directe ou croiséey la fleur utilisant son piopre pollen ou exigeant l'action du pollen d'une autre fleur (fig. 10).
La fécondation du seigle est toujours croisée; pour le^ blé, la fécondation directe est la plus fréquente; la fécon-
(1) Le blé Dattel, obtenu par le croisement du blé Schiddam et du bl& Prince Albert, n'a pu être fixé qu'au bout de six ans (Vilmorin).
dation directe est également la règle générale pour Torge à deux rangs; le rang médian de Torge à six rangs présente la fécondation directe ; pour les rangs latéraux, la fécondation est directe ou croisée. L'avoine possède la fécondation directe ; pour le maïs, le sorgho, le millet, la fécondation croisée est la règle générale, ainsi que pour la plupart des autres espèces : solanées (pomme de terre), composées (chicorée, soleil, etc.), ombellifères (carotte, panais), chénopodées (betteraves), crucifères (colza, navette, choux), légumineuses (luzerne, trèfle, sainfoin, pois, vesces, lupin, etc.).
L'amélioration des plantes cultivées, tout en présentant de sérieuses difficultés, peut donc être réalisée par une longue sélection des variations spontanées ou provoquées et par un choix rationnel des graines confiées au sol.
La sélection des semences se présente non seulement au point de vue théorique comme une des meilleures méthodes d'amélioration des plantes cultivées, mais elle constitue pratiquement le plus sûr procédé d'augmenter, sans dépense appréciable, les rendements des récoltes. Ce choix des graines peut s'effectuer de diverses manières, selon la culture considérée ou le but proposé.
Sélection d'après le poids des graines. — Durant son évolution, l'embryon puise sa nourriture dans la réserve renfermée dans l'amande. Les semences les plus lourdes contiendront donc plus de matières alimentaires, et l'embryon prendra un développement qui lui permettra de donner naissance à une plante vigoureuse et productive.
Le meilleur procédé de sélection consisterait donc à choisir les graines lourdes. Il est facile d'observer en effet que des semences pesantes ont un développement radicu-
laire plus rapide et plus abondant (1 ) ; les plantes auxquelles elles donnent naissance sont plus hâtives (2).
La graine lourde germe, de plus, mieux et plus vite. La maturité des plantes obtenues par cette sélection est plus régulière et plus uniforme.
Cette considération a, en grande culture, une certaine importance ; lorsque la récolte arrive à maturité dans tout l'ensemble du champ à une même époque, on peut récolter 80 à 85 p. 100 des fruits obtenus, tandis qu'avec les petites semences les plantes mûrissent à des époques successives et ne permettent pas d'obtenir la totalité des rendements.
La hâtivité des plantes permet, en culture potagère, d'obtenir six récoltes, alors qu'avec les semences les plus légères on n'obtient que quatre récoltes (Galloway).
Pour le blé (fig. 11 et 12), le poids du grain est en moyenne de 40 milligrammes et peut présenter des oscillations allant de 32 à 50 milligrammes ; la densité moyenne de 1 ,32 peut varier de 1,23 à 1,46 ; le nombre de grains est en moyenne de 19300 par litre et de 25 350 par kilogramme.
(1) La grainç lourde de haricot donne i3i',36 de racines, tandis que la graine légère n'en fournit que 4«',3 (G.-H. Hicks et J.-C. Dabnay, Expérimental Station Record^ no 8).
(2) Pour les pois, les graines lourdes donnent des plantes qui fleurissent quatre jours plus tôt et mûrissent cinq à six jours en avance.
Fig. H. — Blé Dattel.
Fig. 11'. — Blé Halleti's pedigree.
Ces chiffres peuvent alteindre les minim& de 15 600 grains par litres ; 20000 grains par kilogramme et les maxima de 23 800 grains par litre et 31200 grains par kilogramme; il s'agit, on le voit, de différences appréciables.
Lorsqu'il s'agit de la graine de betterave, une diflîculté se présente : la graine « commerciale » est, à proprement parler, un glomérule renfermant plusieurs grains, une agglomération de fruits soudés.
Des expériences de Dureau, Knaiier, Krùger, Geschwind, Sellier, ont monti*é que les plus gros glomérules contiennent bien les semences les plus lourdes donnant les germes les plus gros, les plus vigoureux. Mais, si la grosse semence fournit plus de germes pour 100 glomérules, elle produit par kilogramme un nombre incomparablement moindre de glomérules germes. Un gros glomérule donne naissance à cinq, six ou même huit graines germées, mais il ne subsistera finalement après la démariage qu'une seule de ces petites plantules obtenues ; économiquement, l'avantage reste à la semence, qui, pour un même poids, renfermera le plus de glomérules; pour concilier ces exigences opposées, on emploiera avec avantage une graine de grosseur moyenne (Hitler).
11 est malheureusement difficile, pour ne pas dire impossible, en grande culture, de séparer les semences présentant le 'poid^ absolu le plus élevé; on déter-
mine alors celles qui ont le poids spécifique le plus fort.
Pour Favoine, à cause de la légèreté de cette graine, la méthode à suivre est facile ; il suffit de plonger le lot de semences dans Teau : les graines légères surnagent, les graines lourdes vont au fond et doivent seules être réservées pour les semailles (4).
De semblables procédés, avec J'eau pure, ne sont pas réalisables pour les autres céréales : à cause de leur poids spécifique élevé, toutes les graines tombent au fond. On peut constituer cependant des dissolutions salines de densités croissantes (2) [en employant le nitrate de soude (3) ou le sel marin], qui permettent de distinguer les semences légères des graines lourdes.
11 importe de rappeler ici que le procédé des dissolutions salines permet de distinguer les semences qui ont le poids spécifique (poids de l'unité de volume) le plus élevé et non celles qui possèdent le poids absolu (poids total de la graine) le plus fort ; ces deux mesures peuvent n'être pas en correspondance, et on a même remarqué que les graines à poids spécifique élevé ont un poids absolu faible : les semences à poids spécifique moyen seraient celles qui seraient effectivement les plus pesantes (4) (M. Kobayashi).
Néanmoins, l'approximation obtenue avec ces procédés est largement suffisante en grande culture, et, chaque fois
(1) Voici les résultats obtenus par M. Bourrue, professeur départemental d'agriculture, en sélectionnant les avoines par immersion :
Rendement Poids
à l'hectare. d« l'hectolitre.
Avoine tout venant 38i»>,35 45«i«,60
— surnageant 31 hectolitres. 42ks,50
— tombée au fond... 50 — 50k«,10
(2) Les Japonais, depuis plus de deux cent cinquante ans, se ser^'ent de dissolution d'eau salée pour séparer les graines lourdes (T. Yokoï, Expérimentât Station Record, n» U).
(3) Ce nitrate de soude sera ultérieurement employé à la fumure des sols.
(4) Théoriquement, il faudrait donc éliminer les graines de poids spécifiquefaible et fort et garder les semences de poids spécifique moyen.
qu'il sera possible, on devra appliquer aux semences ces méthodes de sélection simples et peu coûteuses.
Sélection d'après le volume des graines, — 11 est des cas où ce choix des semences d'après leur poids offre quelques difficultés pratiques ; on effectue alors la sélection d'après le volume des graines. Grâce à l'emploi des trieurs à alvéoles, des cribles, des tarares, cette séparation constitue un mode opératoire rapide, continu et économique, rentrant tout à fait dans la pratique agricole.
Des expériences répétées ont permis de voir que les grosses semences peuvent accroître les rendements dans une proportion de 20 à 28 p. iOO ; le grain obtenu est plus beau et d'un plus fort poids à l'hectolitre (1).
Ces procédés de sélection, commodes et faciles, se généralisent rapidement ; certains cultivateurs avisés classent leurs blés, avant de les vendre, en catégories diverses, à l'aide des trieurs perfectionnés : cette opération effectue d'une manière très économique la sélection des semences (2).
Si nous considérons le blé, nous voyons que le volume du grain moyen oscille entre 36 et 26 millimètres cubes avec une moyenne de 30 millimètres cubes; il y a là des divergences sensibles. Le volume réel du blé contenu >dans i litre varie de 618««,8 au maximum à 527*=«,8 au minimum (Garola).
Pour les tubercules de pommes de terre, la sélection
(1) M. Florimond Desprez a pu constater, pour le hié sélectionné d'après •ces procédés, une différence de rendement de 10,67 quintaux à 18,28 quintau:^ de grains par hectare.
(2) On a fait remarquer que la différence de volume pouvait tenir à la proportion d'eau contenue dans le grain : 100 gros grains de blé Scholley pesaient à l'état normal 5»',40U; 100 petits pesaient 3«',870. Après dessiccation, 100 gros grains de blé Scholley pesaient Sf.OâO; 100 petits grains pesaient 3sr.230. Mais les essais culturaux effectués avec ces semences montrèrent bien néanmoins l'exactitude de ces théories, puisque les gros grains donnèrent une récolte supérieure. Il y a simplement à conclure de cette remarque qu'on doit examiner l'état de siccité des grains.
d'après le poids ou le volume est la pratique courante, etf les recherches d'Aimé Girard ont montré qu'il fallait choisir comme plant les tubercules moyens.
Sélection d'après la dimension de l'embryon. — 11 est intéressant de noter ici un procédé de sélection préconisé par M. Castex et basé sur la dimension de l'embryon. Dans le cas du blé en particulier, on aperçoit à l'extérieur une petite zone ovalaire ridée dont le développement correspond à l'importance de l'embryon. Les essais effectués en grande culture ont montré que la grosseur de l'embryon était en raison directe de la puissance productive du grain. On aurait, par ces procédés, le moyen de déterminer une plus forte propension au tallage, d'augmenter les rendements, tout en développant la précocité de la maturation.
La difficulté pratique de cette sélection restreindra peutêtre ses emplois en grande culture; mais ces procédés^ peuvent être mis utilement en œuvre dans la création de variétés perfectionnées ou à l'amélioration des plantes cultivées (4).
Sélection d'après la couleur. — Dans quelques cas particuliers, il est possible de sélectionner les semences d'après leur couleur. Le seigle, par exemple, présente deux sortes de grains, les uns jaune clair, les autres verts ou vert gris {Vig. 13).
Les semences vertes donnent des tiges plus courtes,
(1) Voici les résultats de quelques essais de culture réalisés en appliquant ces modes de sélection :
Blé do Puylaarens. Blé de Bordeaux. Blé de Roauillon.
If ombre de Nombre de Nombre de.
Oraia tige* par Graia tiges par Grain tiges par
récolté. m. q. récolté. m. q. récolté. m. q.
Semences ordinaires. 0k«,195 351 0kg,203 365 0«i«,192 347
Semences triées 0ii»,348 367 OI'BjSô? 374 0«k,332 371
Semences ordinaires à
gros embryon Ok«,339 371 0^8,361 409 0^8,329 362
Semences triées à gros
embryon 0U,426 465 0ii«,480 411 0k<,429 397
plus résistantes, des épis plus compacts, plus secs, à barbes plus fines.
La plante manifeste une certaine précocité déterminant une finesse relative des enveloppes du grain (Fischer).
Les grains jaune clair fournissent des tiges plus allongées, moins résistantes; on obtient cependant de plus forts rendements en grains à structure plus farineuse. Ces remarques peuvent permettre deséleclionner les seigles et de fixer certaines variétés intéressantes (4). La richesse en matière azotée peut varier de 10,44 p. 100 pour les grains jaunes à 43,63 p. 100 pour les grains verts.
Les mêmes effets peuvent se remarquer avec le froment : Ips grains de bJé de couleur jaune clair ont un développement, plus tardif que les semences > de nuance foncée ; cette diffé-; rence persiste jusqu'au taUage, à la récolte : les semences claires donnent des rendements plus élevés, la différence pouvant atteindre 11,8 p. 100 dans certains cas. Les cultivateurs de pavot-œillette ne se préoccupent pas assez de sélectionner les semences en choisissant les plus mûres, en
Fig. 13. — Seigle de Champagne.
(1) C'est ainsi que F. von Lochow a sélectionné un seigle dit seigle de Pétkus, alliant une grande richesse en éléments nutritifs à dés rendements élevés.
secouant doucement au battage quelques chaînes d'oeillette afin de recueillir les semences dont la maturité parfaite est révélée par la teinte gris bleu.
Pour les pommes de terre, la question de la couleur de la peau et de la chair a commercialement une importance considérable ( 1 ), et la sélection d'après la nuance des tubercules peut être efficacement employée. En choisissant parmi la récolte certains tubercules présentant une particularité de coloration, on peut, par une sélection attentive, fixer ces caractères et créer de nouvelles variétés. C'est ainsi que M. Lavallée a pu créer la variété «Géante blanche » au moyen des plans de « Géante bleue » ne présentant pas la coloration bleue du tégument qui la fait rejeter pour la consommation courante. En sélectionnant parmi la « Magnum améliorée » à chair blanche un tubercule à chair jaune, on a pu créer ainsi une variété acceptée par la consommation française.
Sélection d'après la forme extérieure. — 11 peut y avoir un intérêt pratique à réaliser pour une racine, un tubercule, une forme définie ; en choisissant le type qui se rapproche le plus de la conformation recherchée et en sélectionnant les produits obtenus, on pourra fixer cette particularité. C'est ainsi que s'est constituée la forme parfaite de la betterave sucrière, piriforme avec un collet aplati (fig. 14); c'est également ainsi qu'on a pu différencier les variétés de betteraves fourragères : longues, ovoïdes ou globes, d'après les caractères extérieurs de leurs racines [iig. 15). La betterave à sucre riche présente une chair dure, cassante, une peau rugueuse et grisâtre ; on constate la présence de deux sillons longitudinaux légèrement contournés en spirale, garnis de radicelles minces et chevelues ; la profondeur de ces sillons, l'abondance du chevelu sont l'indice d'une richesse saccharine élevée. Ces considérations ont pu guider utilement le cultivateur dans
(1) En France, la consommation fine recherche la chair jaune; en Angleterre, les pommes de terre fines de table doivent avoir la chair blancha.
DiFFLOTH. — Agriculture, II. — 3
la sélection des betteraves sucrières. Plus récemment, MM. Lindet et Amann ont réussi à fixer, en employant ces procédés de sélection, une variété de topinambour à forme régulière présentant des écailles lisses et en nombre réduit.
Sélection par analyse des plantes-mères. — Dans certains cas, l'importance des récoltes tient non seulement à l'excédent des rendements, mais à la qualité des produits. Pour la betterave à sucre, la pomme de terre, la
Fig. 14. — Betterave sucrier e.
richesse en sucre, en fécule, est d'un intérêt primordial ; il est également utile de connaître la teneur des blés en gluten.
Ces recherches précises peuvent constituer de précieuses méthodes de sélection. La betterave cultivée est bisannuelle et donne sa graine la seconde année; après la récolte des racines, on extrait de chacune d'elles une
petite portion dont l'analyse révèle la richesse saccharine. Les betteraves les plus riches sont soigneusement triées ; plantées à nouveau, elles produiront des semences transmettant fidèlement leur supériorité et la haute teneur des racines en sucre.
Le dosage de la fécule dans les tubercules donne également le moyen de créer des types de pommes de terre industrielles d'une exploitation avantageuse ; enfin l'analyse du gluten des grains de blé, ou de l'amidon des grains d'orge de brasserie, permet de fixer judicieusement son choix et d'améliorer la culture de ces céréales.
Sélection généalogique. — Lorsqu'il s'agit de sélectionner la betterave à sucre, il importe de tenir compte de la forme, de la richesse et, de plus, de la constance des qualités acquises.
La sélection généalogique consiste à apprécier les divei^ reproducteurs isolément et individuellement, à récolter les graines produites par chacun d'eux et à déterminer par ■expérience directe la faculté de transmission héréditaire de chacun d'eux. Cette méthode, longue à appliquer, permet cependant de constituer en
Fig. 15. — Betterave fourragère.
toute assurance des familles nouvelles de betteraves transmettant fidèlement les qualités qui les distinguent. Sélection méthodique. — Les qualités de productivité, de rusticité, etc., se transmettant par hérédité, un des plus sûrs moyens de sélection consisterait à remarquer, parmi les plantes en végétation, les individus qui se signalent par leur développement ou l'abondance de leurs produits et de réserver avec soin la semence de ces végétaux.
Pour les blés et les autres céréales, il est aisé d'observer dans les champs les pieds qui tallent vigoureusement et sont constitués par deux ou trois tiges égales, fortes, portant des épis longs et bien garnis. On récolte avec soin ces épis isolés ; on sépare avec des ciseaux les grains du sommet et de la base, toujours moins beaux. Les graines de la partie médiane, bien nettoyées, servent à ensemencer une petite superficie de terrain, où l'on récoltera l'année suivante des semences de choix; en semant ainsi 10 litres de grains, on aura la deuxième année de quoi ensemencer 1 hectare ; on peut continuer à appliquer cette méthode sur la parcelle ainsi ensemencée et, en sélectionnant de plus en plus étroitement, constituer une sous- varié té de végétaux remarquables par leur productivité et leur richesse. C'est ainsi que le major Hallelt, en Angleterre, apU créer les variétés de froment connues sous le nom de Halletfs pedigree. La sélection méthodique s'emploie également pour les autres cultures, celle du pavot-œillette notamment.
Dans le cas des pommes de terre, on applique ces méthodes en choisissant parmi tous les pieds ceux qui présentent le plus de vigueur, le plus grand nombre de tiges et de feuilles ; on marque d'un indice quelconque , avant le flétrissement, ces plantes de choix, et les tubercules récoltés à leur pied sont soigneusement réservés.
Cette sorte de sélection méthodique est appliquée depuis longtemps par les cultivateurs de lin de la Livonie,
de la Finlande, de l'Estonie, de la Lithuanie, dont les
Kig. 16. — Peuplement de hêtres à l'état de taillis fureté dans les Pyrénées (Fi-on, Sylviculture).
semences, dites graines de tonne, sont universellement
réputées. Alors qu'en France on s'occupe peu de la maturité des végétaux devant fournir la semence, les cultivateurs russes réservent au lin de semence les terres les plus riches, les mieux travaillées, et sèment moins dru pour obtenir des pieds vigoureux, dont on attend la maturité parfaite.
Champs d'essais. — Quel que soit le procédé de sélection employé, il est nécessaire d'éludier la variété ainsi choisie, de la mettre à l'épreuve et de la comparer aux variétés de même espèce cultivées dans la région.
Afin de donner quelque valeur à ces études comparatives, on cultive côte à côte ces plantes dans les champs d'essais de quelques ares, en disposant les espèces différentes en bandes étroites. Ces dispositions permettent d'étudier la qualité héréditaire de la race et l'action du milieu. Pour examiner judicieusement la résistance de la plante aux diverses influences, on placera le végétal dans les conditions les moins favorables. S'il s'agit d'étudier une variété à grand rendement, on la sèmera dans un sol pauvre ; une betterave riche en sucre, un blé résistant à la verse, seront réservés aux terres riches en azote et recevront d'abondants engrais azotés ; on plantera dans les endroits découverts les plantes résistantes au froid, etc., etc.
Le champ d'essai devra être établi au voisinage de l'habitation, dans un endroit bien découvert, de surface horizontale et de composition bien uniforme. On le labourera à 30 ou 40 centimètres, et les parcelles seront ensuite délimitées et mises à l'abri des ravages des insectes.
Les semailles s'effectuent en lignes distantes de 40 k 50 centimètres, en semis serrés, éclaircis ensuite. Des planches intercalaires reçoivent des grains de variétés du pays enfouis selon le même mode. Ces études et ces examens comparatifs permettront de voir si la variété sélectionnée possède les caractères d'une plante parfaite pouvant se résumer dans la formule suivante :
i^ Être bien adaptée au milieu;
2<» Livrer des produits de bonne qualité ;
3*» Être très productive.
Les essais, lorsqu'ils sont concluants, peuvent servir à renseignement général et constituent alors des champs de démonstration.
Vitalité des graines. Conservation des semences, — La durée de la faculté germinalive des semences est intéressante à considérer ; elle est ordinairement sous la dépendance des conditions de maturité, de récolte et de conservation .
On a souvent parlé de la vitalité remarquable des semences (i) ; en pratique agricole, c'est une règle absolue de ne semer que les graines les plus récentes, la faculté germinative,dans le cas le plus général, diminuant rapidement avec Tâge des semences (2).
11 existe cependant, nous l'avons vu, quelques exceptions à cette pratique : certaines semences ne peuvent germer Tannée suivant leur formation, soit à cause de la dureté du tégument, soit par suite de la nécessité d'attendre la constitution des diastases utiles à la dissolution des réserves alimentaires de l'amande.
(1) De longues discussions ont été entamées au sujet de la vitalité des graines et de la possibilité de les faire germer après des siècles de conservation. Il semble cependant établi que les semences perdent cette faculté assez rapidement dans les conditions ordinaires. Pour qu'une graine conserve sa vitalité, il faut qu'aucun échange gazeux n'ait lieu avec l'extérieur. L'humidité nuit à la conservation des semences (Maquenne), sauf chez les plantes marécageuses (carex, joncs) (J. Poisson).
Pendant seize ans, on a pu conserver cette vitalité dans des atmosphères d'azote, de chlore, d'ammonia'|ue (Giglioli), ou dans le vide (Maquenne) : cette vitalité latente semble devoir se conserver indéfiniment, à la condition absolue d'éviter to t mélange avec le milieu ambiant. Dans l'alcool, au bout de quatorze ans, 66 p. 100 des semences germaient encore; dans une dissolution alcoolique de sublimé, 20 p. 100 seulement purent émettre une radicule ; le phénol avait tué les embryons. Le froid n'exerce aucune action sur la vitalité des semences, même aux plus basses températures ( — i83o G.) (T. Brown et P. Escombe). Ces données n'ont d'ailleurs qu'un intérêt purement théorique : en pratique agricole, il faut semer les graines les plus jeunes.
(2) Le ïAé de deux ans germe à 98 p. 100 ; à cinq ans, cette proportion n'est plus que 5 p. 100.
Lorsqu'il est nécessaire de conserver les graines, on les dispose en couches très minces souvent pelletées ; pour les fruits à péricarpe charnu (pommier, poirier), on sépare la graine de la pulpe, que l'on élimine par lavage ; on fait ensuite sécher la graine à Tair. Les fruits à osselet (aubépine, néflier) doivent être placés en tas l'hiver et stratifiés au printemps, après séparation de la pulpe décomposée.
La stratification consiste à disposer les semences par couches minces dans du sable humide, ces couches étant séparées par des lits de terre divisée et ameublie.
On stratifié les semences de chêne, d'érable, etc., la faculté germinative pouvant disparaître par dessiccation*
Dégénérescence des semences. — Renouvellement. — L'utilisation des semences défectueuses détermine une dégénérescence sensible qui se traduit par rabaissement des rendements ou la moindre qualité des produits.
Ces conditions défavorables peuvent tenir à une maturation non complète de la semence (1), à une modification du milieu, à l'introduction de graines provenant de contrées plus fertiles, etc.
En général, cependant, cette dégénérescence est peu à craindre dans une culture bien établie, ainsi que le montre la fixité des variétés adaptées au pays où elles croissent : blé de Bergues, seigle de Champagne, avoine de Houdan, etc.
Le renouvellement des semences n'est donc pas une opération avantageuse, et rien ne justifie la pratique couramment suivie dans certaines régions d'acheter, pour ensemencer certains sols, des semences de plantes ayant poussé sur des terres possédant des propriétés opposées.
Toutes les fois que l'agriculteur récolte sur son domaine
(1) Le lin cultivé pour la filasse est récolté avant la maturité des graines et subit de ce fait une dégénérescence qui oblige à aller chercher de nouvelles semences dans les pays septentrionaux (Russie), où on le sème clair et où on laisse mûrir les plants.
des semences bien conditionnées, obtenues d'après les méthodes de culture les plus perfectionnées, il n'aura aucun intérêt à acheter au loin des graines de la même variété. L'épuration de ses propres semences et leur sélection constitueront, au contraire, un des plus sûrs moles d'amélioration.
Ces règles générales ne s'imposent en rien à l'introduction de graines de variétés dites améliorées; le problème est ici tout à fait différent. La prudence conseille cependant d'exercer ce choix avec circonspection et en tenant compte des différentes conditions de milieu. En dehors de ce cas général, l'achat de semences étrangères ne devient une nécessité qu'à la reprise d'une exploitation agricole mal entretenue, qui produirait des grains de mauvaise qualité, cariés, rouilles, ou ayant germé dans l'épi ; sauf ces cas particuliers, l'agriculteur devra s'efforcer d'appliquer aux produits de sa récolte les méthodes pratiques et économiques de sélection.
lY. — PRÉPARATION DES SEMENCES.
La jeune plante peut, dès sa formation, être attaquée par les maladies cryptogamiques ou les insectes ; afin de protéger son développement, on fait subir à la semence certaines préparations ayant pour but de la mettre à l'abri de ces ravages. Nous avons vu que le premier soin du cultivateur devait être d'épurer et de sélectionner ses semences; c'est sur ces graines de choix que porteront les opérations suivantes.
Sulfatage des semences, — Diverses maladies parasitaires peuvent atteindre les céréales pendant le cours de leur végétation : le piétin, la rouille (fig. 17), Vergot {fig. 19), la carie, le charbon (fig. 18).
Pour les deux dernières affections, la contamination se produit par la semence : la spore du champignon, enfouie
avec le grain, germe, et le parasite, pénétrant les tissus, envahit la plante dès sa formation.
Il convient de détruire la vitalité des spores qui se trouvent sur la surface des grains. Le seul procédé recommandable consiste dans le traitement des grains
Fig. 18. — Charbon du blé.
par le sulfate de cuivre (i), en opérant sur des semences saines et non mutilées à cause de la toxicité du sulfate de cuivre.
Le sulfatage des semences peut s'effectuer par aspersion ou par immersion. Dans le premier cas, on imprègne les grains réunis en petit tas d'une dissolution de sulfate de cuivre à 2 p. 100 (pour 2 hectolitre de semences, faire <iissoudre dans 10 litres d'eau chaude 200 grammes •de sulfate de cuivre). 11 arrive parfois, dans cette opération, •que les grains ne sont pas totalement mouillés par la solution saline ; quelques spores logées dans le sillon échappent à son action ; aussi préfère-t-on les procédés par immersion.
L'immersion peut être rapide ou prolongée. Le deuxième mode est le plus recommandable et nécessite des dissolutions étendues.
Pour 5 hectolitres de semences, on dissout dans l'eau chaude 1 kilogramme de sulfate de cuivre, et on étend la solution de façon à recouvrir le grain disposée dans un bac ou un tonneau de 10 centimètres d'eau ; on brasse avec soin en enlevant les impuretés qui surnagent. Après douze heures de traitement, la semence est retirée, étendue sur une aire plane et pelletée activement. On doit semer à la main quelques heures après, ou au semoir vingt-quatre heures après, en ayant soin de ne pas dépasser ce délai, le sulfate pouvant atteindre l'embryon ; on se met à l'abri de ces inconvénients en saupoudrant le grain, quel que soit le mode de sulfatage, de chaux qui sature le sulfate en excès.
Dans le cas de l'immersion rapide, on opère avec des paniers à claire-voie, et la dissolution peut être à un titrage plus élevé (2 kilogrammes de sulfate de cuivre pour 100 litres d'eau).
(i) Le sulfate de soude pourrait être également employé ; les effets du sulfate de fer sont trop peu sensibles pour que son emploi puisse être recommandé, ainsi que celui de l'arsenic, de la chaux, etc.
Sous Faction du vitriolage, les graines se gonflent en absorbant de l'eau et augmentent de volume : 1 hectolitre devient 125 litres environ.
Les spores du charbon peuvent également être détruites par une immersion de dix à douze heures dansFeau, renfermant 1 à 1,5 p. 100 d'acide sulfurique, et en saturant ensuite parla chaux (Dam seaux).
En Allemagne et en Belgique, on adopte parfois le traitement à l'eau chaude, peu coûteux, mais d'une technique assez délicate : les grains placés dans des paniers à claire-voie sont plongés dans de l'eau chauffée à 40 ou 50<» ; aussitôt qu'ils sont bien mouillés, on les retire pour les faire passer dans un bassin contenant de l'eau à 55<> (entre 54 et 57®) (1). Au bout d'un quart d'heure, les semences sont plongées dans l'eau froide, égouttées et séchées par des pelletages répétés (procédé Jensen). Les Américains plongent simplement la graine dans de l'eau à 58° pendant cinq minutes ; si la température fléchit à 53<», on prolonge l'action de quelques minutes. Ënfm des résultats remarquables semblent avoir été obtenus par l'emploi du formol à la dose de 2 grammes par litre d'eau (Bedford) (2).
Le seigle peut être atteint par l'ergot : on évitera cette attaque par un nettoyage parfait des semences. On ne sulfate pas ordinairement les graines de mais; les rongeurs et les oiseaux étant très avides de ces semences, on les protège parfois contre ces déprédations en couvrant de plâtre les grains de maïs préalablement humectés d'eau.
Quelques cultivateurs trempent également ces grains dans une solution de coloquinte ou d'hellébore blanc.
(1) ôo" pour l'avoine, 54» pour l'orge et le blé.
(2) L'immersion doit durer quatre heures dans le cas de la dose de 2 grammes de formol par litre, ou cinq minutes & la dose] de 3 grammes par litre Le formol vaut environ 3 francs le kilogramme, et 300 grammes suffiraient pour traiter 1 hectolitre de semences.
Trempage des semences. — Afin d'activer la levée des graines, on recommande parfois de les tremper au préalable dans Feau ou même le purin dilué. On fournit ainsi Feau nécessaire à la germination, tout en opérant une légère sélection par l'enlèvement des semences légères et des impuretés qui surnagent (1) ; mais il est des cas où cette opération peut présenter quelques inconvénients. Lorsque, après l'enfouissement d'une semence humide, un temps sec survient, l'évolution de l'embryon sera arrêtée et le germe pourra même se dessécher, tandis qu'en restant à l'état latent il se développerait normalement lorsque les conditions redeviendront favorables ; ces dangers se présentent surtout pour les terres légères et pour les semailles hâtives de printemps, l'excès d'eau absorbée pouvant déterminer la pourriture du germe.
Les effets du trempage varient suivant qu'il a lieu dans l'eau confinée ou à l'eau courante.
Dans le premier cas, cette opération peut amener des perturbations graves pour la germination ; le trempage à l'eau courante a de moindres inconvénients (H. Coupin).
Néanmoins, ces divers inconvénients suffisent à faire rejeter le trempage comme opération générale (2) en grande culture. Cette pratique est seulement justifiée pour les grosses semences (pois, haricots, maïs), ou pour les graines à tégument épais (betterave, carotte). Les graines sont trempées dans l'eau ordinaire pendant douze à ving-quatre heures ; on les abandonne ensuite dans un local à la température de 15 à 20°, en remuant et en humectant d'eau les tas ainsi formés ; on exécute les semailles deux ou trois jours avant la sortie de la radicule. Le trempage peut enfin rendre quelques
(i) Certains procédés de sélection effectuent normalement ce trempage, pour l'avoine par exemple.
(2) Il existe des préparations qui effectuent un léger trempage dont il n'y a pas lieu de tenir compte : sélection par immersion, sulfatage, action de l'eau acidulée, etc.
PRÉPARATION DES SEMENCES. Kl
services, lorsqu'il s'agit de vieilles semences à faible pouvoir germi natif ; la durée de l'immersion est, en général, de deux heures pour les graines de petit volume et de vingt-quatre heures pour les grosses semences ; les plantes monocotylédones paraissent supporter plus aisément le trempage que les dicotylédones (Nobbe) (1).
Pour les betteraves, c'est surtout dans le cas de semis tardifs que le trempage offre des avantages ; on maintient les graines dans un tonneau avec de l'eau à une température de 20 à 25°, durant quelques heures. Lorsque la graine est gorgée d'eau, on évacue l'excès de liquide par un double fond ; la graine ainsi mouillée germe facilement en deux ou trois jours. Pour aider au passage de ces graines trempées dans le semoir, il est bon de les enrober dans une poudre sèche, neutre et dépourvue de causticité : phosphates naturels, scories ou plâtre.
Pralinage des semences. — Le pralinage des graines consiste à faire adhérer autour des semences des engrais pulvérulents, susceptibles de mettre à la disposition de la jeune plante des réserves nutritives ; or, nous savons que l'embryon puise toutes les substances nécessaires à son évolution dans l'amande et que les substances minérales peuvent même lui être nuisibles ; une fois la radicule et la tigelle formées, la plante se nourrit dans le sol et dans l'air, délaissant ainsi les substances nutritives fixées à l'enveloppe, en admettant que les eaux ne les aient pas entraînées dans les couches profondes. Cette opération est donc sans grande utilité, et l'excès de substances acides ou d'engrais chimiques peut ralentir la germination et déterminer une levée irrégulière.
Certains sels : le nitrate de soude, le chlorure de potassium à la dose del p. 100, sont très préjudiciables ; l'acide phosphorique et la chaux sont moins dangereux, mais la
(i) Les diverses plantes ont à ce sujet des exigences particulières : le froment et le seigle se prêtent mieux au trempage que Tavoine et l'orge.
présence de ces corps peut exercer une influence nuisible sur la tigelle après qu'elle a percé Tenveloppe (H. Gibert et H. Hicks) (1).
Ces assertions suffisent donc à faire rejeter de la pratique agricole le pralinage, toujours inutile ou dangereux, qu'il s'agisse d'adhérence de substances pulvérulentes ou de trempages dans des dissolutions salines (2).
Chauffage, — Refroidissement — Les cultivateurs de lin prétendent que les semences de lin chauffées à 35<» donnent une filasse élastique et souple : Wollny a effectué à ce sujet des expériences qui sont demeurées contradictoires.
Ce procédé ne saurait être généralisé ; le seul cas où le chauffage des semences puisse être préconisé est celui de l'emploi de graines trop riches en eau, par suite de leur origine septentrionale ou de mauvaises conditions de récolte ; c'est ainsi qu'on peut chauffer le blé en l'étendant au soleil, les années où la récolte a eu lieu par un temps humide.
Haberlandt avait remarqué que le refroidissement des semences augmentait la précocité des plantes ; ces remarques n'ont jamais pu recevoir en grande culture d'applications pratiques et intéressantes.
Asepsie des semences. — Certaines semences, les grainesà gloméruleSjà enveloppes feutrées, épineuses,etc., les semences de betteraves particulièrement, renferment une certaine quantité de germes microbiens, qui se développent durant la germination et nuisent sensiblement à la levée. On a signalé un grand nombre de bactéries et de champignons exerçant ainsi une action défavorable, notamment le Phoma beltœ, le Bacillus mycoïdes (Linhart) et le Bacillus tahificans (Delacroix).
(1) Rapport à la Société biologique de Washington.
(2) Certains procédés de sélection par immersion s'appuient sur l'emploi de dissolutions salines; mais la teneur est, dans ce cas, trop faible en nitrate de soude ou sel marin pour qu'une action nuisible puisse s'exercer.
Googk
Certains auteurs recommandent parfois de traiter les graines de betteraves avant les semailles par des préparations antiseptiques : sublimé corrosif, chloroforme, éther, sulfate de cuivre, acide phénique ; mais les résultats obtenus semblent peu avantageux; la plupart de ces agents physiques sont ou inefficaces, ou dangereux.
11 convient simplement, dans les essais de levée de betteraves, de tenir compte de ces germes malades et de rejeter les semences qui en contiendraient une proportion élevée. Pour parer à ces dangers, certains industriels livrent des graines de betteraves débarrassées des débris superficiels, des enveloppes subéreuses. Ces semences, moins hygroscopiques, moins lourdes, sont plus faciles à semer.
DécorticatioD des grsdnes. — On a tenté de savoir si l'emploi des graines de betteraves décortiquées et désinfectées était préférable à l'utilisation des semences ordinaires ; le problème a été étudié la première fois par le professeur Lînhart (de Hongrie).
M. Kuehle, propriétaire des cultures de semences de betteraves et de céréales au domaine d'Aderstedt, a exécuté à ce sujet des expériences intéressantes.
La décortication des semences de betteraves a pour but d'enlever des graines la matière molle qui les entoure et les réunit en groupes (glomérules) de 2 à 5.
Dans cette matière molle se trouvent des organismes microscopiques ou leurs germes, qui sont les causes de maladies transmissibles à la betterave. Par la décortication, on enlève cette substance molle et les microorganismes. La désinfection achève la destruction des organismes parasitaires, qui subsisteraient encore dans rintérieur des enveloppes réelles et dures (cosses) entourant les graines proprement dites.
Les savants sont tous d'accord sur l'existence des organismes microscopiques; mais les avis sont contradictoires au sujet de leur transmissibilité aux betteraves issues
des graines. On discute également sur la nécessité d'éliminer l'enveloppe qui unit plusieurs graines en glomérule.
M. Kuehle affirme que la graine décortiquée germe de trois, quatre, sept, huit et même jusqu'à dix joure plus tôt que la graine non décortiquée des mêmes lots. L'humidité pénètre plus vite à l'intérieur de la graine décortiquée, et celle-ci s'ouvre plus facilement sous la poussée du germe.
Dans la Station d'essais agricoles à Halle-su r-Saale, on a constaté les résultats suivants, en essayant des échantillons prélevés sur un lot de 150 sacs de graines décortiquées et désinfectées, destinées à être expédiées en Amérique.
Attestation du 31 décembre 1904 :
Matières étrangères 0,60 p. 100.
Humidité 15,92 —
Germes par 100 graines (glomérules) :
Au bout de 7 jours 239
Glomérules n'ayant pas germé sur 100. 5
1 gramme de graines contenait : unités. 34
Dont ont germé 51
1 kil. de graines a fourni : germes 130 000
Les graines ordinaires donnent des résultats plus faibles de moitié de ceux qu'imposent les nouvelles normes de Magdebourg.
On voit, par les chiffres ci-dessus, (|ue presque toutes les graines aptes à germer avaient montré les germes dès le septième jour.
La rapidité de la germination est un avantage considérable; la jeune plante échappe plus vite aux accidents éventuels, aux insectes, aux intempéries; on peut biner plutôt et préserver le jeune semis de l'envahissement des mauvaises herbes.
La graine décortiquée se comporte mieux dans le semoir; on peut la distribuer très également.
Le prix de la graine décortiquée n'est pas plus élevé que celui de la graine ordinaire, si Ton tient compte du fait que la décortication enlève 25 p. 100 de poids et que 75 kilogrammes de graines décortiquées sont l'équivalent de 100 kilogrammes de graines ordinaires. 11 faut se souvenir qu'en semant la graine décortiquée on doit régler le semoir en conséquence, opération d'ailleurs facile.
La décortication des semences de betteraves est en réalité un « pelage», qui consiste en l'enlèvement partiel des parties subéreuses de l'enveloppe. La maison Kohnet Kûhle, à Aderstedt (Magdebourg), possède à peu près le monopole du traitement et de la vente des semences décortiquées. Voici quelles sont les manipulations essentielles qu'elle leur fait subir :
1® Traitement mécanique ; 2® Traitement chimique ; 3" Traitement physique.
Le premier traitement a pour but d'enlever la majeure partie des enveloppes, au moyen de machines spéciales, brevetées et imaginées par M. Kùhle. C'est une opération délicate qui doit débarmsser la graine de son tégument sans la blesser et sans la mettre à nu.
Après ce pelage, on traite les glomérules par certains corrosifs qui le complètent, mais dont l'action doit être assez modérée pourne pas atteindre la graine elle-même. On s'est adressé pour cela à différents procédés, imaginés par Hellriegel, par Hittner et par d'autres savants, et qui consistent à immerger les semences : soit pendant vingt heures dans l'acide carbonique; soit une demi-heure dans de l'acide sulfurique (laver ensuite dans l'eau et du lait de chaux) ; soit vingt heures dans du lysol à 2 p. 100 ; soit enfin deux heures dans du chlorure de chaux à 1 p. 100.
Les expériences entreprises un peu partout, depuis plusieurs années, avec les graines dites décortiquées, semblent encourageantes par les résultats culturaux
qu'elles ont donnés, ce qui lient, peut-être, à la simultanéité des deux traitements, mécanique et chimique, auxquels les semences sont soumises et qui les différencient des graines dites aseptiques (Hitier, Plantes industrielles, p. 136). Le traitement est complété par la dessiccation des graines.
Voici quelques chiffres relatifs à ces semences décortiquées :
Influence du traitement sur l'énergie et la faculté g erminatives.
Avec Avec Avec Avec
de l'acide de l'acide du du chlorure
carbonique, sulfurique. lysol. de chaux.
germes. germes. germes. gemmes.
Énergie germinative ... 120 163 112 165 Ensemble des forces ger-
minatives 175 185 143 180
Graines non gerrnées. . . 8 4 10 7
Germes malades 4 2 5 4
Ce sont les graines passées à Facide sulfurique qui apparurent les premières, puiscelles au chlorure de chaux et à Facide carbonique ; celles au lysol furent les dernières. La richesse saccharine a également été influencée par le traitement :
Acide Acide Chlorure
carbonique. sulfurique. Lysol. de chaux.
Sucre Sucre Sucre Sucre
Poids p. 100. Poids p. 100. Poids p. 100. Poids p. 100. Non passées
au corrosif. 233 15,8 238 16,2 232 15.5 230 15.9 Passées au
corrosif.. 240 16.0 245 16,3 155 15,6 248 16.1
Dautre part, le tableau suivant montre que Fénergie germinative est plus grande et la vigueur plus forte chez les plantes dont les semences ont été traitées.
Naissance Malades
de la semence, p. 100.
Graines normales non traitées. 3 mai. 23,3
Trempées dans l'acide sulfur . . 1 — 12,5 Pelées et passées dans l'acide
sulfurique 29 avril. 14,3
Trempées 24 heures dans l'eau
de soude de cuivre 2 mai. 12,0
Pelées et passées dans le môme *
corrosif 29 avril. 9,2
Enfin des essais culturaux, sur de grandes surfaces, faits en Hongrie et en Allemagne, ont montré la supériorité des graines décortiquées. En France, il n'y a eu encore, croyons-nous, que peu d'essais tentés.
Cependant, dans l'Aisne, à la ferme de Droizy (1), par exemple, ces semences ont donné de très bons rendements, qualitatifs et quantitatifs: l*» ensemencement plus facile et plus uniforme ; 2^ légère économie de semences ; 3° levée plus rapide et plus régulière ; 4o disparition des germes de parasites. Tels semblent être les principaux avantages des graines « corrodées ».
11 serait peut-être bon d'essayer en France la valeur réelle de ces semences dites « décortiquées » et d'en propager leur emploi, si leur supériorité était reconnue incontestable.
Préparations diverses des semences. — Par suite de leur constitution ou des particularités de leurs téguments, certaines graines exigent des préparations spéciales. Le Sulla (sainfoin d'Espagne) possède une enveloppe assez épaisse pour empêcher la germination : on doit alors ébouillanter la graine pour ramollir le tégument (Schribaux).
L'écorce des gesses et des vesces est parfois si dure qu'il convient de les frotter de sable; les semences de carottes doivent être « persillées », c'est-à-dire qu'on
(I) MifccE, Journal d'agriculture pratique.
détruit les piquants qui les garnissent en les frottant dans les mains avec du sable (1).
Protection contre les oiseaux et les rongeurs. — Les oiseaux, les rongeurs et les insectes peuvent occasionner une perte considérable de semences enlevées ainsi du sol avant leur germination.
On a recommandé de tremper les graines dans le pétrole, dont l'odeur éloigne les corbeaux : cette opération peut parfois détruire Tembryon, ou tout au moins retarder la levée ; il est recommandable de réserver ces procédés pour les grosses semences : maïs, lupin, pois, vesces, etc.
Le trempage dans une solution phéniquée, également préconisé, exige beaucoup de prudence ; la dissolution de 10 grammes par hectolitre d'eau est une concentration maximum, et l'opération doit être très rapide.
Pour le blé, on obtient de bons résultats en employant le mélange suivant par hectolitre de grains :
Goudron de gaz 200 grammes.
Pétrole 200 —
Eau chaude 3 litres.
(l) Germination d'un échantillon de semences de Sulla {Sainfoin d'Espagne).
Oerminatioa p. 100 après douze jours.
Oermées. Dures. Pourries.
Grain2S naturelles Op. 100. 100 —
— décortiquées 13 — 85 2
— plongées dans l'eau bouillante
pendant cinq minutes 95 — 5 —
Graines plongées dans l'eau bouillante
pendant vingt minutes 41 — 7 52 tuées.
Graines naturelles décortiquées 44 — 54 2
— — battues avec du sable. .98 — — 2
Germination d'un échantillon de semences de luzerne.
Germination p. 100 après douze jours.
Oermées. Dures. Pourries.