PILOSITÉ DES POMMES DE TERRE
tion ne présentent à Tarrachage aucun caractère particulier; au bout de peu de temps, ils ont très souvent une •consistance ou plus molle ou plus dure qu'à Tétat ordinaire. On trouve fréquemment, dans ces tubercules, des organismes divers : le Bacillus caulivorus Prill. et Del. {H, putrefaciens liquefaciens Flugge), qui amène la gangrène de la tige de pomme de terre ; plus souvent le Bacillus solanincola G. Del., ou bien un saprophyte, le Fusarium ^olaniy auquel un afTaiblissement marqué du tubercule a permis de s'introduire et de vivre à l'état de demi-parasite. C'est à cette espèce qu'on doit attribuer la dureté au toucher de certains tubercules filants.
Ces organismes, pourtant, n'existent pas toujours dans les tubercules atteints de filosité et ne peuvent être considérée comme la cause directe de ce trouble physiologique. On a accusé aussi la sécheresse du sol; cette •opinion n'est pas fondée, il n'y a là qu'une circonstance accessoire. La cause réelle de la filosité doit être recherchée autre part. La présence de certains organismes dans le tubercule et la production de filosité sont des manifestations d'apparence très différente d'une cause uAique, cause qui réside dans l'état de déchéance et d'infériorité vitale dont peuvent être atteintes nombre de variétés de pomme de terre. La déchéance est amenée par le procédé exclusivement employé par la culture pour la multiplication de la pomme de terre, procédé qui n'est en somme qu'un bouturage perfectionné et dont la reproduction sexuée est totalement absente. De ce fait, la variation est réduite à son minimum et ne peut provenir que des conditions extérieures à la plante, le terrain ou les agents Atmosphériques. Or ces conditions peuvent être défavorables ; et, dans ce cas, elles modifient insensiblement le milieu interne de la plante, c'est-à-dire la composition chimique de la cellule, membrane et contenu. Dans la série des générations successives, — l'action de la cause étant incessante, — ces caractères acquis peuvent devenir
héréditaires. Dès lors, Faccession d'organismes qui, à l'état normal, sont peut-êlre sans action sur la plante^ devient de ce fait facile et fréquente. On sait d'ailleurs qu'Emile Laurent a pu, en affaiblissant des tubercule» de pommes de terre, les faire parasiter par des races de bactéries banales, qu'il arrivait ainsi à pourvoir d'une puissante virulence. Dans de telles conditions, le faik aggrave encore la cause, et le tubercule mal muni de réserves, par suite de la végétation défectueuse de la plante mère, incapable peut-être d'élaborer les diastases destinées h une convenable utilisation de ces réserves, cet organe de multiplication végète d'une façon misérable et devient inapte à perpétuer l'espèce.
Il est un palliatif à cet état de choses, c'est, en même temps qu'une culture bien entendue, la germination anticipée des tubercules à la lumière avant la plantation, qui permet de rejeter les tubercules filants. Mais ce n'est qu'un palliatif, car il n'est pas rare, en pareil cas, de voir la fîlosité reparaître après plusieurs générations.
11 faut alors user d'un remède plus puissant : le semis de Irf graine de pomme de terre suivi d'une sélection méthodique des pieds ainsi obtenus. Si l'on veut conserver le même produit, on s'adressera à la variété déjà cultivée. Régénérée par le semis, on fera les essais de sélection dans le sol où elle est appelée à vivre, afin d'éliminer, de ce fait, les races sans résistance.
Si l'on était embarrassé par la difficulté de trouver des graines fertiles, car souvent les variétés qui dégénèrent ont des fleui^ stériles ou caduques, on trouvera peut-être un adjuvant précieux dans le métissage entre deux pieds différents ou plutôt.dans l'hybridation entre variétés voisines.
Ce procédé est d'un usage courant en horticulture et en agriculture,» car la reproduction sexuée suivie d'une sélection bien conduite permet seule de modifier dans une large mesure et d'améliorer les qualités naturelles que présentent certains végétaux.