I. — RÉCOLTE DES CÉRÉALES
Époque de la moisson. — La maturation de la graine est marquée par un phénomène physiologique des plus remarquables : l'activité des racines cesse de se manifester (1); tous les principes alimentaires et les réserves nutritives émigrent vers les organes floraux, afin de participer à la formation du grain (fig. 109) ; la plante se dessèche peu à peu à partir de la base ; le chaume et les feuilles jaunissent.
Les circonstances météorologiques peuvent influencer directement le végétal pendant cette période critique. S'il survient, après la floraison, quelques journées de vent sec et brûlant, la concentration normale des éléments vers le grain est tout à coup arrêtée et le développement de l'ovaire in ter- Ci) a la fin de la floraison, la plante a déjà presque complètement acquis tout son poids ; mais elle a surtout complètement acquis les substances minérales qu'elle doit contenir plus tard, à l'époque de sa maturité, tandis que la matière organique n'a pas encore tout à fait atteint sa limite d'accroissement (Risler, Physiologie de la culture du blé).
Fig. 109. — Blé de Pologne.
RÉCOLTET DES CÉRÉALES. 249
rompu ; le grain ne peut plus se nourrir, il reste petit, léger : il a été, comme on dit, échaiidé.
Les éléments nutritifs pénètrent par le hile dans le grain en formation ; Teau s'évapore à travers Fenveloppe et laisse se déposer les hydrates de carbone, les matières azotées et grasses, les sels minéraux, qui constitueront Famande du grain. 11 semble que le grain possède un pouvoir d'élection bien défmi et qu'il puisse choisir les éléments utiles à sa formation (azote, phosphate, potasse, magnésie), en laissant les principes inutiles ou peu utiles (silice et chaux) s'accumuler dans les feuilles et les enveloppes extérieures du grain ou balles (Isidore Pierre).
Lorsque le grain va se constituer, les cellules de l'endosperme sont remplies d'un protoplasme azoté et visqueux, dans lequel peu à peu apparaissent les grains d'amidon. Cet amidon provient des hydrates de carbone (glycoses, saccharoses, dextrines) appelés vers l'épi ; le grain est alors laiteux, et sa surface extérieure est verte, ainsi que les glumes qui l'enveloppent. L'amidon s'accumule progressivement dans le grain qui commence à jaunir extérieurement et prend intérieurement un aspect farineux; l'acidité des sucs diminue en même temps; les matières azotées se transforment en gluten, qui, d'abord visqueux, est entraîné par l'évaporation de l'eau au travers des granules d'amidon vers la périphérie du • grain; les matières minérales dissoutes émigrent de la même façon vers les zones les plus extérieures (1). Le grain jaunit en même temps que la tige et les feuilles ; on peut encore le couper avec l'ongle, mais il est difficile de le détacher de l'épi, il n'est que demi-mûr ; cependant les matières azotées et minérales, l'amidon, utiles à sa formation, sont totalement concentrées. C'est le moment
(1) Les couches les plus nutritives du blé sont donc les zones extérieures, et les procédés de mouture les plus parfaits s'appliquent à extraire avec soin ces parties voisines de l'écorce.
choisi pour la moisson. Des recherches de MM. Siegert, Nowacki, ont montré que les grains demi-mûrs ne différaient pas beaucoup des grains complètement mûrs ; de plus, en effectuant la récolte à ce moment, le grain obtenu est plus fin, possède plus de brillant, il a « plus de main », il pèse plus à l'hectolitre etdonne à la mouture une farine plus blanche avec moins de son. On évite ainsi les inconvénients de régrenage,qui expose à perdre le grain mûri le premier, toujours de qualité supérieure; les ravages des orages et des grêles, souvent désastreux sur les céréales trop mûres, sont aussi écartés, et Tépi ne subit pas les alternatives de pluies et de coups de soleil qui tantôt gonflent ou dessèchent le grain. La paille obtenue dans ces conditions est plus nutritive, plus digestive, et sa souplesse est plus considérable. La récolte hâtive des céréales permet d'avancer l'époque des déchaumages et de laisser plus de temps pour la préparation du sol ou les ensemencements qui doivent suivre ; les cultures dérobées, les engrais verts pourront être semés et se développer. Lorsque la céréale a servi de plante-abri, la légumineuse qui s'est développée sous son ombrage est ainsi plus rapidement découverte et profite largement de l'air et du soleil.
La moisson doit commencer par les blés, qui ont une
tendance à s'égrener, le blé bleu par exemple, et il est
* toujours prudent de cultiver plusieurs variétés qui
mûrissent successivement et permettent une bonne
répartition du travail.
Les récoltes coupées lorsque le grain est demi-mûr doivent être traitées avec soin ; lorsqu'il survient des pluies persistantes, la récolte peut sécher difficilement, et la conservation du grain est parfois difficile ; le battage est également un peu plus pénible.
Il faut se défier d'une exagération qui tendrait à commencer la coupe lorsque le grain est seulement à l'état laiteux; la maturation serait ainsi compromise etla teneur
du grain en principes nutritifs serait affaiblie (1). Le seigle ne supporte pas la coupe prématurée; il faut attendre la complète maturité; le blé, l'orge, l'avoine (fig. 110) doivent être coupés lorsque le grain a pris une certaine dureté, mais peut encore être coupé par l'ongle ;
lOOT^-f
Fig. 110. — Marche de l'absorption des éléments nulritifi.
les plantes qui J s'égrènent facilement (navette, colza, millet) seront récoltées hâtivement.
Ces recommandations s'appliquent au grain marchand et non au grain destiné à servir de semence ; dans ce dernier cas, il faut récolter à parfaite maturité, afin d'obtenir des plantes vigoureuses et douées d'une grande productivité. Lorsque les végétaux cultivés présentent un nombre considérable de semences mûrissant successivement, on récolte lorsque la majorité des graines présente les caractères de la maturité (sarrasin, légumineuses fourragères cultivées pour leurs graines, etc.).
(1) 100 grains laiteux contiennent 11 grammes d'amidon et 2 grammes de matières azotées de moins que les grains récoltés demi-mûrs (Nowacki).
Enfin, pour certaines cultures particulières, le liii, le chanvre, etc., on attend, pour commencer la récolte,
répoque la plus favorable à la production des caractères spéciaux correspondant au but poursuivi.
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Fig. 11
Blé Pelanielle noire de Nice.
Fig. 112. — Blé rouge de Saint-Laud.
Coupe des céréales, — Pour le blé, l'époque la plus favorable est en définitive le moment où la paille a presque complètement perdu sa teinte verdâtre et où les grains, tout en ne se laissant plus écraser, laissent l'ongle pénétrer dans leur substance comme dans un morceau de cire. Les quelques jours nécessaires à la mise en javelles et en moyettes assurent une maturité rationnelle.
Pig. 113. — Instruments de coupe (Chouanard).
1, faulx; 2, pierre à faulx; 3, cofin en zinc; 4, battement A l'anglaisa; 5, battement à 'a française; 6, 7, marteaux seul pour battement; 8, sape en acier fondu; 9 fauchon à main; 10, crochet de sape; 11, 12, IS^aucilles
DiFFLOTH. — Agriculture, H. — 15
Les expériences de Novacki montrent que le blé récolté avant complète maturité pèse environ 5 kilogrammes de plus par hectolitre que celui qui est récolté à complète maturité, surtout dans les régions où l'échaudage est à craindre.
L'orge doit être coupée, nous Tavons vu, dès que les épis se courbent et que le grain durcit ; la paille est alors jaune clair; attendre plus longtemps exposerait à voir les épis blanchir, se casser et se détacher des tiges.
Les pédicelles de l'avoine seront encore verts au moment où Ton effectuera la coupe, et le grain s'entame avec l'ongle ; on obtient ainsi des graines à plus faible écorce et à amande plus volumineuse.
Le moment de la coupe du sarrasin est indiqué par la couleur rouge des tiges; les grains de nuance gris brun se coupent facilement avec l'ongle et présentent une cassure farineuse ; à cet instant, quelques fleurs se montrent eixore à la partie supérieure des corymbes. Plus tardivement effectuée, la récolte laisserait craindre un égrenage appréciable des grains causé par le vent, les orages, etc.
La coupe des céréales peut s'exécuter à bras à l'aide de la faucille, de la sape, de la faux (fig. 113), ou à l'aide d'instruments perfectionnés mus par des animaux ou des moteui*s : moissonneuses simples, moissonneuses-javeleuses, moissonneuses-lieuses.
Faucille, — La faucille est le plus ancien des instruments de coupe, et son usage est encore répandu dans les régions de petite culture. Le travail est lent et fatigant pour l'ouvrier, surtout dans les champs envahis par les mauvaises herbes et les chardons.
Ce procédé de récolte offre cependant l'avantage de fournir de petites javelles régulières, faciles à botteler et à battre ; on peut moissonner égalementles céréales très mûres sans avoir à craindre un égrenage exagéré ; enfin
l'usage de la faucille est nécessaire lorsque les récoltes sont versées, lorsque le sol est couvert d'obstacles (cultures essartées) ou labouré enbillons. La faucille est essentiellement composée d'une lame courbe de métal réunie à un manche de bois dur par une virole et un rivet (fig. 114).
Suivant les contrées, la courbure, l'épaisseur, la largeur de la lame se modifient.
La surface tranchante de la faucille peut être régulière ou dentée; dans les Ce venues, en Fig. H4. — Faucille unie Bretagne et dans quelques ré- (Senet).
gions de l'Angleterre, on utilise
une faucille de grande dimension nommée volant. Au point de vue de la qualité du travail produit, les faucilles lisses et les faucilles dentées sont équivalentes ; cependant la faucille à dentelures s'usent plus rapidement que la faucille à tranchant lisse, qui peut être aisément rebattue comme une faux. 11 y a deux méthodes d'emploi de la faucille : l'ouvrier peut, saisissant les chaumes de la main gauche, la paume tournée en dedans, engager la pointe de l'instrument dans la moissou, appuyer le tranchant à 10 ou 12 centimètres du sol contre la poignée de tiges maintenues par la main gauche et trancher la javelle par un mouvement analogue à celui d'une scie (Garola). La seconde méthode, appliquée surtout par les Bretons, consiste à saisir, parmi la céréale placée à gauche de l'ouvrier, une poignée de chaumes avec la main gauche, à 0™,25 audessus du sol, la paume tournée en dehors; la main droite porte un coup de tranchant, et les tiges coupées sont poussées contre les chaumes encore debout et s'y maintiennent jusqu'à ce que l'ouvrier ait ainsi coupé assez de tiges pour faire une javelle.
Le travail de la faucille s'effectue lentement et, selon les circonstances et les difQcultésde la récolte, un ouvrier de force moyenne ne pourra faucher dans sa journée que de 10 à 15 ares de froment ou 20 à 25 ares de colza. Avec la faucille bretonne, un ouvrier coupe en moyenne 30 à 35 ares par jour.
Sape. — L'ouvrier qui sape les céimles tient de la
Fig. 115. — Sape flamande et crochet.
main droite une lame de faux adaptée à un manche court, et, de la main gauche^ un bâton muni 4'«n crochet qui lui permet d'isoler et de maintenir les tiges qui doivent être fauchées (fig. 115).. * i . .
Ces procédés sont en usage dans les régions septentrionales, dans les Flandres, la Belgique, la Westj^alie et l'Angleterre.
Le travail s'effectue plus rapidement qu'avec la fau-
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cille ; la récolte est aisément liée, et les tiges sont nettoyées facilement des mauvaises herbes.
La supériorité incontestable de la sape réside dans la facilité avec laquelle l'ouvrier piqueleur peut opérer dans les céréales versées ou tourbillonnées et parmi des récoltes trop serrées. Il n'est pas rare, dans ces cas, d'être obligé de recourir à ces procédés, même dans les cultures possédant des instruments de coupe perfectionnés.
Un ouvrier peut saper pendant une journée de 30 à 40 ares (fig. 116).
Faux. — La faux permet une récolte plus rapide des céréales ; elle exige un aide qui ramasse la javelle ; de plus, la secousse violente imprimée aux tiges peut déterminer un égrenage excessif dans les récoltes bien mûres. Les tiges sont parfois emmêlées dans les gerbes, et le bottelage et le battage sont plus difficiles. Il est possible, avec cet instrument, de raser le sol de plus près et d'accroître ainsi les rendements en paille ; mais son usage est à peu près impraticable dans les récoltes versées, où la sape peut seule être utilisée.
On peut se servir d'une faux simple ou d'une faux armée, c'est-à-dire munie d'une sorte de râteau en baguettes courbées qui force les tiges à se coucher dans la direction du mouvement. L'ouvrier faucheur se déplace en ligne droite suivant la longueur du champ; 11 imprime à la faux un mouvement régulier qui tranche les tiges sur un arc de cercle correspondant à une longueur de 2 mètres à 2", 25 sur 30 à 35 centimètres de large. On peut faucher selon deux procédés : en dedans ou en dehors.
L'ouvrier qui fauche en dedans, ou contre, appuie les tiges coupées contre les céréales encore dressées ; on évite ainsi l'égrenage dans les récoltes mûres et l'emmêlement des tiges dans les céréales à longue paille. Un aide doit ensuite mettre ces tiges en javelles.
En fauchant en dehors ou à la volée, l'ouvrier projette
les céréales coupées sur la portion du champ déjà dégagée. Il est nécessaire d'opérer avec la faux armée, de façon à former les javelles les plus régulières possibles ; le travail marche rapidement, et ces procédés sont ordinairement suivis dans la coupe des fourrages.
Le faucheur doit toujours opérer dans le sens du vent, afin d'éviter l'inclinaison des tiges vers lui et l'emmêlement qui résulterait de cette action ; si les céréales sont inclinées ou légèrement versées, l'ouvrier dirige la faux de façon à prendre les tiges en dessous et non dans la direction de leur renversement.
Les javelles sont liées ou portées par des aides en dehors de la ligne des faucheurs.
Un ouvrier de force^ moyenne peut couper, par jour, 40 à 50 ares de blé ou d'orge et 60 à 70 ares d'avoine.
Comparaison des trois modes de fauchage à bras. — En résumé, la faux travaille plus vite et coupe aussi basque la sape ; les javelles obtenues sont plus allongées, moins épaisses et sèchent mieux. Cependant l'emploi de la faux est difficile ou impossible dans les blés versés ; le fauchage en dehors peut égrener les récoltes trop mûres, les tiges sont parfois emmêlées dans les gerbes.
La grande supériorité de la sape réside dans son emploi parmi les céréales versées ou tourbillonnées. Un ouvrier effectue, avec une moindre dépense de force, un travail aussi rapide que celui de la faux.
La sape coupe très bas, ramasse bien la paille, donne des favelles propres, faciles à lier, sans épis traînants ; son emploi est plus avanteigeux que celui de la faucille, et on peut seulement lui reprocher de donner des javelles un peu épaisses, séchant lentement par les temps pluvieux.
Économiquement, l'usage de la sape équivaut à celui de la faux.
La faucille travaille lentement ; il faut donc un beau temps assuré et un nombre d'ouvriers élevé ; la paille est
coupée un peu haut, mais les javelles peu épaisses, bien rangées et soulevées au-dessus du sol par les chaumes, sèchent aisément; les épis bien placés rendent le battage facile.
La faux et la sape sont en définitive les méthodes les plus rapides et les plus économiques.
Instruments mécaniques de coupe. — La décrois-^ sance de la main-d'œuvre agricole en Angleterre et la difficulté de récolte des immenses étendues cultivées en Amérique déterminèrent dans ces deux pays la recherche des perfectionnements à apporter aux machines à moissotmer, qui, de tout temps, avaient été inventées sans pouvoir être mises réellement en pratique (fig. 119, 120, 121). Après une période d'études et d'essais, l'instrument mécanique de coupe fut définitivement créé.
En 1851, les premières moissonneuses étaient introduites en France; depuis lors, de nombreux perfectionnements ont été appliqués à ces appareils, et leur usage n'a fait que se répandre de plus en plus. En 1862, on comptait en France 8 900 moissonneuses; en 1882, ce nombre atteignait 1 600, pour dépasser 30 000 actuellement.
Ces instruments mécaniques de coupe permettent de réaliser une sérieuse économie de main-d'œuvre, tout en diminuant, par la rapidité de l'opération, les risques et les dommages occasionnés par les intempéries ou la lenteur de la récolte.
La partie travaillante de ces appareils, la batre de coupe, se compose de sections triangulaires métalliques à arêtes coupantes assemblées ; la barre de coupe est animée d'un mouvement rapide de va-et-vient pris aux roues porteuses. Les tiges, saisies entre des doigts métalliques, sont rapidement fauchées par le mouvement rapide de cette sorte de scie.
Dans certains appareils, les moissonneuses simples, les tiges coupées sont reçues sur un plateau horizontal,
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qui, de temps à autre, s'abaisse pour déposer sur le sol les céréales fauchées, rapidement portées en dehors du
Fig. 119.
Moissonneuse Gladstone (1806) (d'après Ringelmann, Journal tf agriculture pratique).
trajet de la machine (fig. 118). D'aulres instruments, les
Vig. 120. — Moissonneuse Mac Cormick (1845) (d'après Ringelmann, Journal iT agriculture pratique).
moissonneuses-javeleuses, rabattent Jes céréales contre la barre coupante à l-aide de râteaux rotatifs, et Tun d'entre
eux pousse, à inleivalles fixés, la javelle formée, ainsi déposée sur le sol (Vig. 118j.
Les moissonneuses-lieuses, enfin, coupent les céréales, en forment une botte qui, liée rapidement, est déposée sur le sol (fig. 122). La largeur de coupe de ces appareils est ordinairement de 1*^,25 à 1™,80. Les instruments qui
Fig. 121. — Moissonneuse Decring (1900) (d'après Ringelmann, Journal d'agriculture pratique).
fauchent une trop grande largeur sont d'une direction plus difficile et exigent des efforts de traction parfois trop considérables.
La première moissonneuse-lieuse fut présentée en 1873 par l'usine Wood, à l'Exposition univei^elle de Vienne. En 1878, des expériences étaient réalisées à Mormant (Seineet-Oise) et déterminaient l'abandon des fils de fer par des liens de ficelle. Grâce aux perfectionnements, ces machines devenaient plus légères, plus maniables, leur prix descendant de 2 000 à 1 500 et 1000 francs.
Les moissonneuses-lieuses verront sans conteste leur
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emploi se généraliser, la difficulté de recutement de la main-d'œuvre nécessitant un travail mécanique complet de la moisson, partout où la culture judicieuse du sol permet d'avoir des champs de céréales bien propres qui rendent le liage mécanique pratique.
La surface du champ doit être régulière et dépourvue de pierres, de débris, de taupinières, afin que le travail se poursuive régulièrement ; il faut changer fréquemment les lames de scie et n'exiger des attelages que des périodes de travail coupées par des repos. En grande culture, une moissonneuse effecte le travail de six faucheurs et coupe de 3 à 4 hectares par jour.
Lorsque la faible importance de l'exploitation ne permet pas l'achat de moissonneuses et de faucheuses, on peut utiliser les machines dites combinées, qui peuvent servir avec quelques modifications à la coupe des foins et des céréales.
Hauteur de coupe. — Les coupes conduites le plus près possible du sol oifrent l'avantage d'augmenter les rendements en paille ; on évite ainsi la présence sur les champs récoltés de hautes éteules qui rendent le déchaumage difficile en s'opposant au retournement complet des bandes.
Cependant, lorsque la céréale est infestée de mauvaises herbes, la coupe rez terre ne permettrait pas aux javelles
Fig. 123. — Blé de Smyrnc.
de sécher rapidement ; on est de plus obligé de faucher haut, lorsque la céréale a servi de plante-abri à une légumineuse.
Les années pluvieuses, il est préférable de couper un peu haut ; les souris font moins de ravages dans les javelles qui reposent sur des éteules élevées ; le grain est moins exposé à germer, et le battage des récoltes est plus facile; un chaume élevé peut enfin contribuer à l'ameublissement des terres fortes (Damseaux).
La régularité de hauteur de coupe est également intéressante à obtenir, et les moissonneuses donnent à ce point de vue les meilleurs résultats.
Comparaison entre le moissonnage à bras et le moissonnage mécanique. — i° Moissonneuse simple, — On peut, avec une de ces machines tirée par deux chevaux remplacés à mi-travail par deux chevaux de relai et conduite par deux hommes, couper 4 hectares de blé, seigle ou de forte avoine et 4''*,60 d'avoine, d'orge.
M. Ringelmann estime qu'on peut couper par jour 2 hectares et demi à 3 hectares avec une machine à un cheval et 4 à 7 hectares, selon le nombre des attelées, avec une machine à deux chevaux.
Ces données permettent d'établir la dépense de ce travail ; un des hommes conduit la machine, l'autre aiguise les scies, qu'il importe de changer souvent ; le graissage doit être observé attentivement, grâce à rhuile minérale dite Ragosine (0 fr. 50 le kilogramme) ; cette dépense a sensiblement diminué.
La journée de cheval est estimée 5 francs, la journée d'homme 5 francs, le graissage 0 fr. 50. Les dépenses d'entretien et de réparation peuvent s'évaluer à 0 fr. 40 ou 0 fr. 50 par hectare; Tintérêt et l'amortissement par hectare coupé est d'environ 2 fr. 70 à 3 francs (Garola).
La dépense journalière pour le fonctionnement d'une moissonneuse simple coupant 4 hectares s'évaluera donc ainsi :
MOISSONNAGE A BRAS ET MOISSONNAGE MÉCANIQUE. 271
4 journées de cheval à 5 fr. l'une 20 francs.
2 — d'homme — 10 —
Graissage 0 fr. 50
Réparation : 0 fr. 43 par hectare, soit
pour 4 hectares 1 fr. 72
Intérêt et amortissement à 3 fr. par
hectare 12 francs.
Total 44 fr. 22
Lacoupe d'un hectare coûtera donc (44 fr.l2 : 4=r) 11 fr. 05 Si nous comparons la récolte à bras, nous obtenons, pour la Beauce par exemple, le prix de 35 francs par hectare pour la coupe et le liage.
Le moissonnage mécanique procure donc pour le blé une économie de 24 francs par hectare, dont il faut retrancher le prix du liage seul après la machine, soit 6 à 8 francs par hectare.
Le bénéfice résultant de l'emploi d'une moissonneuse simple s'estime en résumé à (24 fr. — 8 fr. =) 16 francs par hectare de blé.
Pour les céréales de printemps, orge et avoine, la moissonneuse coupant 4*'*,60, le prix de revient est d'environ 9 fr. 60 par hectare. La récolte à bras de ces céréales coûte, en Beauce, 18 francs l'hectare, soit une différence de (18 fr. — 9 fr. 60 =) 8 fr. 40, dont il faut déduire le prix du liage, soit 6 francs ; le bénéfice ressort donc à (8 fr. 40—6 francs =) 2 fr. 40 par hectare d'orge et d'avoine.
A ces avantages pécuniaires, il faut ajouter la plus-value résultant d'un ramassage parfait des épis et d'un battage plus complet. Le seul inconvénient de ces procédés est l'emploi d'ouvriers qui lient les gerbes et peuvent demander pour ce travail des prix excessifs.
2° Moissonneuse-lieuse. — La traction de cette machine nécessite trois chevaux, relayés à mi-journée.
Ainsi conduite, la moissonneuse-lieuse coupe par journée de dix heures environ 4 à 5 hectares de blé et 4*'*,60 d'orge ou d'avoine (fîg. 133).
La dépense pour cette superficie se répartit ainsi :
6 journées de cheval 30 francs;
2 — d'homme 10 —
Graissage 0 fr. 50
Entretien ,.. 3 francs.
Intérêt du capital à 5 p. 100 5 —
Amortissement à 10 p. 100 10 —
Total 58 fr. 50
Les frais s'élèvent donc à (58 fr. 50 : 4 fr. =:f 14 fr. 62 par hectare de blé, auxquels on ajoutera la valeur de la ficelle pour le liage : 7 fr. 50 par hectare, soit en tout (14 fr. 60 -h 7 fr. 5)0 i=) 22 fr. 10.
Pour Torge et Tavoine, ce prix atteint 20 fr. 30 par hectare.
Pour comparer utilement ces prix aux frais du 'moissonnage à bras, il faut évaluer la dépense des liens fournis aux moissonneurs.
La paille de seigle battue au fléau et peignée peut être estimée 5 francs les 100 kilogrammes; 12 kilogrammes de gerbée sont nécessaires pour faire 100 liens; un bon ouvrier fait environ 1 200 liens par jour, de sorte que le prix de revient s'élève à :
Paille de seigle, 144 kilogrammes 7 fr. 20
1 journée d'homme 5 francs.
Total 12 fr. 20
pour 1 200 liens, soit environ 1 franc le 100.
H faut environ 800 liens, coûtant 8 francs, par hectare de blé; le prix de la moisson à bras du blé s'évalue donc à (35 4- 8 francs =) 43 francs l'hectare ; les céréales de printemps nécessiteront une dépense de (184-8 francs =) 26 francs.
L'économie résultant de l'emploi de la moissonneuselieuse sera donc de (43 fr. — 22 fr. 10 =) 21 fr. 90 par hectare de blé et de (26 fr. — 20 fr. 30 =) 5 fr. 70 par hectare d'orge ou d'avoine
JAVELAGE, 273
M. Braodin (de Galande, Seine-et-Marne) donne pour la culture de la Brie les chiffres suivants :
11 s'agit d'une ferme de 230 hectares en Seine-et-Marne, dans laquelle on cultive 80 hectares de blé et 80 hectares d'avoine. Pour établir ces calculs, on s'est basé sur les dépenses des trois dernières campagnes; la moyenne obtenue monti^ que le prix du moissonnage du blé est de 34 fr. 85 avec la moissonneuse-lieuse et de 49 fr. 81 avec la sape et la faux, soit une économie de 14 fr. 96 par hectare; pour l'avoine, la dépense a été de 28 fr. 91 avec la moissonneuse-javeleuse et de 37 fr. 58 à la main, soit une économie de 8 fr. 67 à l'hectare en faveur de la machine.
L'usage avantageux de ces instruments ne va pas d'ailleurs sans une connaissance complète du mécanisme, permettant la surveillance, l'entretien et au besoin les réparations de ces machines. Durant les périodes de repos, il convient de nettoyer, de graisser avec soin les rouages de la moissonneuse-lieuse, mise à l'abri sous un hangar.
Javelage. — La dessiccation des céréales fauchées n'est pas en général suffisante pour permettre immédiatement leur mise en meule ou leur rentrée à la grange. Les mauvaises herbes qui garnissent le bas des tiges, les jeunes trèûes mélangés aux épis doivent subir l'action des rayons solaires, et ces conditions nécessitent l'accomplissement de certains travaux supplémentaires. Lorsque les pluies ne sont pas à craindre, on peut laisser les céréales en petits faisceaux de tiges isolés, nommés javelles.
De temps à autre, on retourne la javelle de façon à déterminer la dessiccation de tous les épis et des mauvaises herbes. 11 ne faut pas hésiter à retourner les javelles fréquemment, surtout si les pluies surviennent ; toutes les fois que les javelles sont restées deux jours à sécher, il faut les i^tourner de toute nécessité : après un orage, les
graines pressées contre le sol risqueraient de germer. Le javelage est surtout usité pour les plantes oléagineuses, les légumineuses récoltées pour leurs graines, que nous étudions avec les céréales, étant donnée l'analogie fréquente des procédés de récolte.
Le javelage peut présenter cependant des inconvénients sérieux; le grain en contact avec le sol entre en germination lorsque de légères pluies surviennent; la paille se couvre de poussière et prend une teinte brunâtre, qui la fait rejeter des animaux ou rend sa vente plus difficile ; les grains de blé qui ont commencé leur germination donnent une farine s'altérant très vite et fournissant une pâte difficile à pétrir, un pain lourd et indigeste. L'orge présente une facilité particulière à germer en javelle ; dans tous les cas, cette opération ternit la surface extérieure du grain et lui fait perdre la couleur jaune-paille, si recherchée surtout pour les orges de brasserie ; en principe, on ne devrait javeler le blé, Torge, qu'obligatoirement.
L'avoine est plus fréquemmeut javelée ; cette céréale souffre moins des conditions défectueuses, et le battage est plus facile ; il n'en est pas moins vrai que les pluies font perdre à l'avoine javelée son arôme et son brillant ; l'augmentation de poids parfois constatée tient à l'excédent d'humidité et surtout aux particules de terre fine, qui trouvent aisément à se loger entre le grain et les enveloppes. Ces éléments terreux peuvent provoquer des désordres intestinaux chez le cheval, qui n'accepte d'ailleurs qu'avec répugnance le grain des avoines longtemps javelées.
Moyettes. — Chaque fois qu'on le pourra, il sera bon de rassembler les céréales derrière les faucheure ou les instruments de coupe et de former, avec les javelles, des moyettes. Nous avons dit que la céréale devait être coupt e six à huit jours avant maturité, mais il convient d'assurer la complète maturation à l'aide de la mise en moyettes.
MOYETTES. 275
La moyette dite moyette flamande s'établit en dressant Tune contre l'autre trois à quatre javelles écartées du pied et liées au-dessous des épis (fig. 124) ; on consolide l'ensemble avec six ou sept javelles placées dans les intervalles. On recouvre la moyette d'un chapeau, constitué par une forte javelle liée vers le bas des tiges et reposant en sens inverse sur les précédentes. La pluie s'écoule ainsi aisément sans mouiller les épis, et les grains ne subissent plus le contact du sol.
On peut dresser un autre genre de moyette, dite moyette picarde, en disposant au préalable sur le sol quatre javelles placées comme l'indique la figure 125 et qui supportent les tiges des céréales coupées, disposées circulairement en éventail, l'épi à l'intérieur, le bas des tiges vers l'extérieur. Ainsi peut-on élever une sorte de meule circulaire, d'une hauteur de 65 à 70 centimètres, présentant tous les épis au centre, à l'abri de l'humidité et des rongeurs. On commence alors à diminuer graduellement le diamètre des meules en avançant les tiges des nouvelles couches vers le centre, de sorte que les épis se croisent de plus en plus. Le centre du meulon s'élève alors graduellement et, à la hauteur de 1"',20 à 1°',30, forme un cône que l'on recouvre d'un chapeau ou capuchon, constitué par une gerbe liée très près de sa base, dont on écarte les tiges.
La moyette flamande devra être employée pour les javelles très garnies d'herbes, qui sécheront ainsi rapidement. En dehoi^ de ce cas particulier, la moyette picarde, plus solide, moins pénétrable à la pluie et pouvant contenir une quarantaine de javelles, devra être préférée.
Une moyette picarde bien construite peut supporter de longues pluies sans être pénétrée à plus de 5 à 6 centimètres de profondeur, et une journée ensoleillée suffit à assécher normalement ces épis.
Le seul travail, durant les années de récolte pluvieuses.
consiste à surveiller les chapeaux et à les sécher intérieurement en les plaçant à terre sur leur pied, les épis restant bien écartés ; le vent assèche pendant ce temps le sommet du meulon. On replace le chapeau en cas de menace de pluie et dans tous les cas avant la nuit ; le
Fig. 1^4. — Moyette flamande.
nombre moins élevé de chapeaux à surveiller, lorsqull s'agit de moyettes picardes, est un des avantages sensibles de ce procédé.
Les céréales mises en moyettes peuvent y demeurer, sans dégâts, pendant quinze jours, trois semaines, même par les temps pluvieux ; U convient de mettre en moyettes dès la coupe. S'il survient une pluie, le travail de lamois-
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MISE EN GERBES
son et suspendu ; une demi-heure ou trois quarts d'heure après l'averse, le vent a sufïisamment égoutté et essuyé les tiges pour que leur mise en javelles et en moyettes n'offre pas d'inconvénients.
La mise en moyettes coûte ordinairement 7 à
Fig. 125. — Mo jette picarde.
9 francs l'hectare ; cette faible dépense est largement compensée par les avantages de sécurité, de hàtivité du travail et de rapidité des opérations, puisque le retournement des javelles est évité.
Mise en gerbes, — Lorsque la récolte est mûre, peu envahie de mauvaises herbes, ou que les circonstances météorologiques l'exigent, il est très recommandable de lier immédiatement les céréales après leur coupe. Les gerbes peu volumineuses sont dreissées l'une contre l'autre, et le grain aie temps de durcir légèrement avant la rentrée.
DiPFLOTH. — Agriculture. II. — 16
Les liens les plus couramment employés sont composés de paille de seigle ou plus rarement de roseaux, d'osier, de jule, etc. ; ces liens sont préparés à l'avance
Fig. 126. — Moyelte picarde.
pendant les jours de pluie ou de chômage, soit à la main, soit à Faide du lord-liens. Lorsque la paille est desséchée, au momentde s'en servir, on assouplit les liens en les mettant tremper dans Teau pendant quelques heures. La paille de seigle utilisée pour les liens est battue à la
MISE EN GERBES
main et peignée avec soin. Ce battage particulier se paie dans la Beauce 2 francs par hectolitre et demi de
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grains, plus 2 fr. 70 par gerbée de 12 à 15 kilogrammes ; celte préparation revient à 2 fr. 70 environ par
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iOO kilogrammes de seigle pour liens, soit i fr. 50 de plus que pour 100 kilogrammes de paille ordinaire.
Divere procédés sont utilisés pour faille le lien ; le lien à nceuds se construit vite et offre une grande solidité ; le lien tordu est résistant, mais se détorlille parfois ; le lien à boucle est facile à faire, mais se rompt parfois près du nœud; il faut 12 à 18 kilogrammes de paille battue à la main ou gluy pour £aire iOO liens.
Quelquefois on utilise les minces branches de tilleul ou tilles, qui peuvent servir plusieurs fois, en les ramollissant dans Feau; leur prix est de 15 francs le mille environ.
Un enfant dépose sur le sol les liens recouverts par les javelles, qu'une femme place avec soin ; un homme serre ensuite la gerbe et la lie. Cet atelier peut lier ainsi 700 à 800 gerbes par jour ; un homme seul ne formerait que 500 à 600 gerbes; en Beauce, on paie, à la tâche, 6 à 8 fr. 50 par hectare pour le liage.
Le liage des gerbes s'opère à la main avec ou sans la cheville; le poids des gerbes de blé atteint 3 à 4 kilogrammes dans le Midi; 8 à 9 kilogrammes dans le Nord; 10 à 13 kilogrammes en Beauce, en Brie; 13 à 15 kilogrammes dans l'Ouest ; pratiquement, le poids de 10 kilogrammes ne doit pas être sensiblement dépassé pour la manœuvre facile des gerbes et leur chargement aisé ; pour les céréales de printemps, on dépasse rarement 8 kilogrammes ; les légumineuses se lient à 5 ou 6 kilogrammes. On lie oi*dinairement l'avoine et l'orge en gerbes de 6 kilogrammes; le sarrasin, en bottes de 4 kilogrammes, etc.
On a coutume, en Ecosse, de former des gerbes de 5 à 6 kilogrammes seulement, liées avec la paille de ta récolte garnie de ses épis ; aux environs de Paris, les gerbes pèsent 8 à 12 kilogrammes.
Les gerbes liées sont dressées en assemblages divers, dont Tédilication dépend des coutumes locales; on les
MISE EN GERBES
réunit en dizeaux (fig. 128), dizains, douzeaux de huit, dix, douze gerbes, qui peuvent, pendant un temps assez considérable, résister aux pluies et à Thumidité, surtout
Fig. 128. — Dizeau prismatique.
si l'on fait usage des « chapeaux ». Le dizeau circulaire , d'un usage recommandable, s'édifie ainsi : on dresse sur le sol une gerbe soutenue par six ou huit autres gerbes
Fig. 129. — Treiieau.
inclinées autour d'elle. On recouvre ensuite ces épis à l'aide d'une forte' gerbe formant chapeau et étalée eu entonnoir.' La maturation peut ainsi s'achever judicieusement (fig. 127 et 132).
Pour construire un treizeau^ on place sur le sol deux gerbes dans le prolongement Tune de l'autre, les épis de la première reposant sur ceux de la deuxième ; puis on
Fig. 130. — Seigle des Alpes. Fig. 131. — Seigle de Champagne.
dispose deux gerbes dans une direction perpendiculaire, les épis reposant sur les gerbes précédentes ; on continue ainsi en plaçant alternativement deux gerbes dans chacune des directions primitives, jusqu'à ce que Ton en
JÂVELAGE DE L'AVOINE. 283
ait placé douze ; une treizième gerbe couvre Fensemble (dg. 129).
Le dizeau prismatique est plus exactement un dispositif d'attente, qui ne convient que pendant les saisons orageuses (fîg. 128).
Ces opérations dispersent sur la surface du champ des épis isolés qu'il importe de rassembler. Ce travail, autrefois effectué par les femmes, est accompli actuellement parle râteau à cheval, qui remplace aisément sept à huit ouvrières.
Les dizeaux doivent être autant que possible dressés en lignes, de façon à faciliter la circulation des attelages et l'exécution hâtive du labour de déchaumage. Lorsque le sol a été labouré en billons, il convient de placer les dizeaux à l'abri des eaux stagnantes, au sommet des planches bombées.
Javelage de V avoine, — On attribue parfois, nous l'avons dit, une importance considérable au javelage de Favoine, et certains praticiens coupent cette céréale avant maturité complète pour la laisser javeler pendant quelques jours, considérant l'opération comme particulièrement favorable quand il survient une pluie modérée pendant la durée du javelage ; ils prétendent obtenir un rendement plus considérable et un grain plus gros, mieux nourri.
Cependant les écrivains agricoles qui se sont occupés de cette question sont nettement défavorables à cette pratique. D'après eux, l'augmentation constatée ne serait qu'apparente ou due à une introduction de poussièi*e dans les enveloppes du grain. On a pu retirer d'untavoine javelée 2 kilogrammes de poussière terreuse par hectolitre de grain.
Il y a donc opposition absolue entre ces deux opinions. La question n'est pas sans présenter cependant une certaine importance. Le javelage a de grands inconvénients : il ralentit le travail de récolte et em-
pèche Tutilisation des procédés mécaniques actueUement employés pour toutes les autres céréales ; enfin il expose à de graves mécomptes, loi'squ'il survient du mauvais temps.
Si le javelage n'améliore pas réellement la production , il doit disparaître. Au contraire , si Topinion de la pratique était justifiée, il y aurait lieii peut-être de conserver le javelage dans certaines conditions et de rechercher les moyens de restreindre ses inconvénients. 11 serait utile d'adopter, par exemple, les lieuses indépendantes, imaginées en vue de permettre le javelage.
L'intérêt que présente cette question se trouve encore augmenté à la suite d'un travail de Dehérain et Dupont sur Torigine de l'amidon du grain dé blé. D'après les recherches de ces auteurs, le haut des tiges de céréales jouerait un grand rôle dans l'élaboration de l'amidon que ces plantes emmagasinent dans leurs graines. Cette partie de la plante remplacerait en quelque sorte, à la fin de la végétation, la surface foliaire des autres plantes. Mais cette production tardive d'amidon ne peut avoir lieu que si les tiges restent vertes; si elles sont prématurément desséchées par une insolation trop puissante, la récolte est diminuée par une formation insuffisante d'amidon. Les auteui^ trouvent une confirmation de cette vue théorique dans la comparaison des récoltes de 1888 et 1889, années pendant lesquelles les conditions climatologiques furent absolument différentes.
Dans le javelage, où la dessiccation des tiges est ralentie par la proximité du sol, par la rosée et, éventuellement, par la pluie, qui est reconnue comme étant utile, il se produirait ainsi une assimilation et une formation d'amidon, comme Dehérain et Dupont l'ont constaté dans des bouts de tiges coupés et exposés au soleil. Le javelage pourrait êtie ainsi utile. Il est bon d'ailleurs de remarquer que l'on soumet surtout au javelage les
JAVELAGE DE L'AVOINE.
avoines qui sont exposées à la dessiccation prématurée. MM. Grégoire et Carpiaux (de Gembloux) ont examiné s'il se produit une assimilation et une production d'amidon pendant le javelage fait dans les conditions de la pratique.
Fig. 133. — Moissonneuse-lieuse (cliché Bartmann et Guffrog).
sans s'occuper de la question de la qualité du grain, examinée ultérieurement.
Les expérimentateurs ont examiné deux récoltes d'avoine, l'une à peu près mûre, Tautre beaucoup moins avancée. L'avoine a été coupée le 31 juillet ; on en a pré-
levé des échantillons bien réguliers d'un poids de 1 kilogramme. Un échantillon de chaque avoine a été desséché immédiatement à Fétuve; un autre a été mis à javeler pendant sept jours. Après ce laps de temps, il a été également séché.
Les échantillons mis en javelage ont été placés sur une toile tendue sur un gazon ; un filet métallique empêchait les dégâts des oiseaux.
Les conditions climatologiques ont été favorables à Texpérience : constamment le ciel a été couvert, la tempémture modérée et la pluie régulière.
Les échantillons séchés ont été moulus et analysés. On a déterminé le poids de Féchantillon séché, la teneur en matière sèche et en amidon. Le dosage de Famidon a été fait par dissolution de Famidon à l'autoclave, filtration, sacchariiication du filtrat par Facide chlorhydrique et dosage du glucose par la méthode Kjeldahl ; on n'a pas séparé de Famidon les sucres réducteurs.
Voici les résultats obtenus :