III. — RÉCOLTE DES. RACINES ET TUBERCULES
L'époque de maturatioii parfaite des récoltes est ki difficile à déterminer : les produits exploités sont des organes souterrains ou peu visibles ; il faut de plus tenir compte des exigences particulières des industries qui utilisent ces racines ou ces tubercules.
La betterave à sucre doit être arrachée au moment où sa richesse saccharine est la plus élevée ; pour la pomme de terre industrielle, la teneur maximum en fécule indique l'époque la plus favorable pour la récolte.
On se base, pour cette détermination soit sur l'analyse de quelques échantillons arrachés, soit sur l'apparence extérieure des organes végétatifs : flétrissure des tiges de pommes de terre ou jaunissement des feuilles dé betteraves. Le climat, la nature du sol, l'assolement choisi influent sur le choix de l'époque d'arrachage. ^ Dans les terres argileuses, froides et compactes, la maturité des plantes-racines ou tuberculeuses est plus tardive que sur les sols légers et chauds. Lorsque le ierveln doit être occupé par une céréale d'automne, il importe de récolter les racines et les tubercules un peu hâtivement, afin de préparer le sol et de terminer les semailles dans de bonnes conditions.
Betterave à sucre, —Époque de la récolte. — Il importe, dans la production de la betterave sucrée, de ^djBterminer avec soin l'époque de la récolte, afin d'obtenii' les plus forts rendements du sucre à l'hectare. Normalement, on devrait, par des analyses précises, déterminer le moment où la richesse saccharine est le plus convenable (fig. 155).
Ordinairement, on se base sur la coloration des feuilles, qui prennent au moment de la maturité une teinte vert jaunâtre. La majorité des feuilles se flétrissent, se dessèchent ; seul le cœur présente des feuilles fraîches vert
jaune. Des circonstances météorologiques particulières peuvent amener cet état végétatif fin septembre, par exemple après une période de sécheresse ; quelques pluies survenant ultérieurement occasionneraient cependant une nouvelle phase de végétation active et augmenteraient le poids et la richesse des racines (fig. 153 et 154). Le procédé employé pour la détermination de l'époque
Fig. 153. — Betterave globe jaune.
Fig. 154. — Betterave corne de bœuf.
de la récolle peut donc êlre entaché d'erreurs : jusqu'à l'extrême limite de la végétation, jusqu'aux premières gelées, la belterave peut gagner du poids et du sucre. Les arrachages hâtifs peuvent donc êlre sensiblement défavorables; seule l'ouverture de la campagne sucrière (du 15 septembre au l^*" octobre) peut déterminer à cette récolte ; l'arrachage durant un certain temps, il faut d'ailleurs commencer assez tôt pour terminer aux gelées et avoir le temps d'effectuer les labours pour le blé. Il y
Fig. 155. I Betterave (3« période: Récolte).
ARRACBAGE DES BETTERAVES.
aurait grand avantage dans ces conditions à planter des variétés précoces ; mais ces espèces donnent souvent un rendement à l'hectare plus fiiible que les variétés tardives ; la sélection tente utilement de créer des types de betteraves sucrières hâtives à fort rendement. D'autre part, le cultivateur peut, par la technique agricole, hâter la maturité des semailles par les semis précoces, le rapprochement des plants, Tépandage d'engrais judicieusement choisis, et donnant une importance nette à l'acide phosphorique.
Arrmchage, — L'arrachage s'effectue le plus communément à la main, à l'aide de fourches ou bêches à manche court [i\^, 156).
Les racines, secouées pour faire tomber la majeure partie de la terre, sont disposées en lignes parallèles et décolletées par des ouvriers munis de serpettes ou couteaux. Les racines ainsi séparées des collets sont placées en petits tas recouverts précisément par les feuilles et collets qui les protègent des gelées.
11 existe plusieurs types d'arracheuses mécaniques, basés sur des principes différents : tantôt c'est un soc qui, passant au voisinage de la racine, la soulève hors du sol (fig. 158); tantôt deux griffes travaillant au niveau de la partie médiane des betteraves les séparent de la terre adhérente en brisant les radicelles (fig. 157 et 159); tantôt c'est la partie aérienne de la racine qui est prise et coincée entre deux disques obliques animés d'un mouvement rotatif (lig. 160, 161). Certaines arracheuses opèrent également le décolletage, la projection des collets en lignes régulières, le nettoyage plus ou moins parfait des racines.
Fig. 156.
1, Fourche à betteraves ; 2, Loue'.. et à betleraves.
Outre l'avantage de remédier à Tabsence de maind'œuvre, les arracheuses permettent d'effectuer la récolte dans un sol sec, sans casser les racines dans le sol, ce qui arrive souvent dans l'arrachage à la main.
il n'est pas rare de perdre par hectare, en année sèche, 2 à 3000 kilogrammes de fragments de racine laissés en
Fig. 157. — Arracheuse de belleraves (Bariat, constructeur, à Chaulnes).
terre ; de plus, la racine cassée se conserve mal et perd du sucre en silos.
Les betteraves arrachées à la main sont mises aussitôt en tas; si la température est un peu élevée, les racines en tas poussent de nouvelles feuilles, qui utilisent pour leur formation une certaine quantité de sucre. Les betteraves soulevées par l'arracheuse peuvent au contraire rester en terre et s'enrichir lentement et progressivement, sans souffrir d'ailleurs des variations atmosphériques.
Chicorée à café. — Époque de la récolte. — - On commence l'arrachage lorsque les feuilles commencent
à jaunir, c'est-à-dire, dans Je nord de la France, d'octobre à fin novembre. La récolte s'effectue à l'aide d'une fourche ou d'une bêche à fer étroit et long ; un ouvrier arrache environ 2 ares à 2 ares et demi par jour. Pour un travail plus rapide, on utilise des instruments analogues aux arracheuses de betteraves.
Les racines décolletées, nettoyées, sont réunies en petits tas recouverts de collets ; ces collets peuvent être
Fig. 158. — Arracheuse de betteraves (cliché Guffroy).
ulilisés dans l'alimentation du bétail, bien qu'ils soient très laxatifs et donnent un goût spécial au lait et au beurre; on les ensilera avantageusement avec des pulpes de betteraves.
Le prix de l'arrachage est souvent élevé et atteint 120 à 140 francs par hectare ; le décolletage coûte 30 francs.
Pomme de terre. — Époque de la récolte. — Les recherches d'A. Girard ayant montré la formation constante de fécule, dès qu'il reste des organes végétatifs, on
ne récoltera la pomme de terre que lorsque toute Tégétatîon aura cessé, lorsque les tiges, les feuilles se flétriront; cette époque dépend des variétés cultivées, des conditions météorologiques.
Même lorsque le feuillage latéral est fané, on devra
Fig. 159. — Arracheuse de betteraves h trois rayons (Amiot, à Bresles).
retarder Tarrachage, s'il reste au sommet des tiges ub bouquet terminal de quelques feuilles vertes.
Un arrachage trop hàtif empêche les tubercules de se détacher aisément des stolons et rend leur conservation difficile, par suite de la minceur de la pellicule. Si le temps est propice, on pourra, au contraire, sans inconvénient, laisser le tubercule en terre après flétrissure du pied, pour qu'il s'assaisonne.
ARRACHAGE DES POMMES DE TERRE. a23
Arrachage. — La diffusion des tubercules autour des racines, la minceur de Tenveloppe, la difficulté de conservation des pommes de terre blessées par les instruments, rendent l'arrachage laborieux et coûteux; la pluie vient souvent contrarier la récolte, alors qu'un temps sec et beau permettant aux tubercules de se resmyer assurerait une conservation facile.
Fig. 160. — Arracheuse de betterave^ h disques (Frennel-Waulhier, à Ligny),
L'arrachage sepratique soit à ia main, soit à la charrue, au buttoir ou à Farracheuse mécanique.
£n petite culture, on arrache à la main à Taide de crocs, houes, bêches, fourches, etc. (fig. 162). L'ouvrier soulève le pied avec l'instrument et le secoue pour rassembler les tubercules. H est bon de fouiller à plusieurs reprwes sous chaque pied, pour ne laisser en terre aucun tubercule; ce travail se poursuit lentement et ae permet la récolte que de 8 à 9 ares par jour (fig. 163).
Dans le Nord, on récolte communément avec le buttoir disposé de telle sorte qu'il fende en deux parties égales la butte, afin d'éparpiller de chaque côté la terre et les
tubercules qu'elle contient. Cette opération laisse parfois des pommes déterre non extraites du sol, et des femmes doivent suivre le battoir pour tirer les derniers tubercules, qu'un hersage ou un labour ultérieur met souvent à jour en assez forte proportion. Dans les arracheuses proprement dites, la surface lisse et pleine du versoir est remplacée par une surface à claire-voie, de forme conique, qui opère mécaniquement la séparation de la
Fig. 161. — Arrache use de betteraves simple à liois lignes (Frennet-Waulhier).
terre et des tubercules ; les plus petits passent au travers de la claire-voie; les plus gros cependant retombent quelquefois dans la raie. Les fanes causent de fréquents bourrages.
En sol léger, ces instruments marchent cependant bien et arrachent 1 hectare environ par jour (fig. 165).
Les arracheuses plus perfectionnées présentent des dispositifs spéciaux : association de deux socs à clair-voie effectuant une séparation plus complète, roues à ailettes pour projeter les tubercules sur le côté et les nettoyer,