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III. — CONSER- VATION DES GRAINS

Il convient maintenant d'examiner les diverses opérations assurant la conservation des récoltes, depuis le battage jusqu'au moment de la vente. Le cultivateur, suivant ses ressources, peut être obligé en effet de garder les grains battus un délai assez prolongé, et il importe que ces récoltes ne soient pas dépréciées.

Nettoyage des céréales. — Le grain est mélangé de graines étrangères, de balles, d'otons, de terre, poussière, etc..

Autreiois le grain dépiqué sur l'aire était jeté en l'air à l'aide de fourches à dents longues et serrées ; le vent en-

traînait les corps légers et laissait tomber contre l'ouvrier les grains et les pierres, constituant ainsi un assemblage de grains dégrossis. Les mêmes ouvriers, prenant alors des pelles, épandaient ce mélange contre le vent, aussi haut et aussi loin que possible.

En vertu de leurs densités différentes, les semences et les corps étrangers se répartissaient à des distances variables; ainsi s'établissait, d'une manière primitive, une grossière classification.

Dans les contrées septentrionales, où le battage avait lieu à la grange, au fléau, on vannait le grain en le secouant dans un van, sorte de panier d'osier en forme de coquille et muni de deux anses ; l'agitation produite et les mouvements adroits de l'ouvrier entraînaient au dehors les pailles, les impuretés, les grains d'orge, d'avoine, etc..

Peu à peu cette technique se perfectionna, et on fut amené à utiliser des appareils mécaniques qu'Olivier de Serres appelle des ventoirs.

En 1716, M. de Knopperf inventa le bluteau composé; puis ce fut le tarare de Ddmbasle (fig. 186), qui amenèrent progressivement les instruments actuels. En principe, le grain est épuré dans des tarares de la manière suivante : il passe d'une trémie de distribution dans deux ou trois cadres métalliques à mailles variables animées d'un mouvement de va-et-vienl latéral; un courant d'air énergique produit par un ventilateur à ailettes traverse ces grilles métalliques et emmène au dehors les balles, otons, menues pailles.

Le grain, plus lourd, tombe sur un plan incliné à mouvement saccadé qui sépare les petits grains et gros grains.

Pour rendre le grain marchand, trois vannages sont en général nécessaires, en ayant soin d'employer les grilles de plus en *plus fines; la dépense totale est d'environ 0 fr. 20 par hectolitre.

Cette épuration du grain n'est jamais parfaite; les

nettoyages plus précis nécessitent l'emploi d'appareils spéciaux : cribleur-épierreur qui sépare les balles, les pierres et les grains de différentes dimensions, cylindres qui enlèvent les semences rondes ou les graines mal conformées.

On utilise avec avantage les instruments connus sous le nom de cribles, trieurs^ etc. (fig. 187 et 188).

Les cribles sont constitués par un cylindre rotatif à

Fig. 186. — Coupe du tarare Dombasle.

axe incliné, dont la surface comprend des feuilles de zinc perforées d'orifices de forme et de diamètre différents. La partie antérieure du cylindre, percée de trous d'orifices allongés dirigés suivant la génératrice, isole la poussière, les grains avortés, Pivraie, les petites graines; le deuxième compartiment, percé de trous petits et ronds, sépare la nielle, les vesces, les semences rondes ; arrivant dans la troisième section, percée d'orifices ronds et d un

diamètre plus grand, les grains laissent écouler les gros grains étrangers avec un peu de blé ; la dernière section, à trous allongés dirigés perpendiculairement aux génératrices, laisse tomber le bon blé ; à l'orifice externe sortent les pierres, impuretés, débris, etc.

Les graines de semences sont également nettoyées à

Fig. 187. — Crible Pernollet.

l'aide des trieurs à alvéoles, qui reposent sur un principe difTérent. Le cylindre incliné est percé d'alvéoles de diamètre et de profil différents, dans lesquelles se logent les graines de poids et de forme variables. Dans chaque section, on isole ainsi des graines étrangères de formes spéciales, qui montent suivant le mouvement rotatif pour tomber dans un chenal central ; à l'aide d'une vis d'Archimède, les semences sont conduites dans la deuxième section, où s'effectue, suivant le môme mode, une séparation semblable.

Le triage marche lentement, mais la séparation est parfaite et constitue une sélection judicieuse des semences. Conservation des grains. — Il s'agit maintenant

T^U^VHp

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de conserveriles grains en magasin, de façon à ne les écouler sur le marché que lorsque les conditions de vente seront favorables et en éloignant les époques de

livrais^ n, pour éviter l'encombrement des denrées et la dépréciation des cours.

La conservation des grains exige certaines précautions, ayant pour but d'éviter les fermentations nuisibles et les ravages des insectes et des rongeurs.

Lorsque la récolte est rentrée imparfaitement sèche, les graines mises en tas fermentent et s'échauffent; le grain présente une odeur de moisi très caractéristique, et la farine obtenue possède une saveur amère qui la déprécie. Les mêmes dangers surviennent lorsque le grenier est humide, chaud ou peu aéré.

On évite ces inconvénients en disposant les grains en couches peu épaisses (15 à 40 centimètres). Les tas de grains sont placés à une certaine distance des murailles et séparés par des chemins qui permettent aux ouvriers de les remuer à la pelle tous les jours, au début de la rentrée. Ce pelletage s'effectue par les temps secs, afin d'éviter d'imprégner les grains d'humidité ; pratiquement, il est recommandable de laisser à côté de chaque tas un espace libre où l'on déverse le grain pour le remettre à la place primitive, lors du pelletage suivant. Au bout de quelque temps, le grain n'est plus remué que tous les huit jours, puis tous les quinze jours, puis tous les mois ; cette opération est surtout utile lorsque, après l'hiver, surviennent les premières chaleurs du printemps. L'épaisseur des couches de grains et la fréquence des pelletages sont déterminées par l'état de dessiccation des graines et les conditions n^étéorologiques de la récolte ; il est parfois indispensable de mélanger au grain des menues pailles ou des balles qui absorbent l'humidité.

Les greniers doivent être assez spacieux pour se prêter à toutes les nécessités du magasinage de denrées, qui demandent beaucoup de place pour elles-mêmes et pour les personnes chargées de les manœuvrer, de les déplacer.

CONSERVATION DES GRAINS. à6i

Le toit assurera Tim perméabilité du local; les fenêtres au nord et au midi, opposées l'une à l'autre, seront grillagées et munies de volets.

Lorsqu'on utilise les escaliers pour l'élévation des sacs de grains, il faut qu'ils soient à pente douce, à faible hauteur d'emmarchement (distance verticale entre deux marches consécutives), garnis d'une rampe de chaque côté et coupés par des paliers de repos. Ces escaliers doivent être rectilignes, jamais cintrés; leur largeur ne sera pas inférieure àl",30, et ils seront toujours pourvus d'une échappée ou dégagement d'environ 2 mètres.

Lorsque les produits doivent rentrer par les portesfenêtres ou les lucarnes (de pignons ou de façade), l'appui de ces ouvertures sera placé au niveau du plancher du grenier. L'élévation des sacs se fera de préférence à l'abri d'un auvent, ou mieux à l'intérieur du bâtiment, afin de pouvoir travailler durant le mauvais temps, tout en étant certain de ne rentrer que des denrées sèches.

Un treuil à bras est ordinairement placé dans le grenier; la corde passe sur une poulie fixée à une pièce de charpente suffisamment résistante ; les sacs de grains franchissent le plancher par une trappe d'environ 1 mètre de côté, formée de deux panneaux mobiles, portant chacun une échancrure pour le passage de la corde; ces panneaux reposent sur une feuillure formant corps avec le plancher et se relèvent automatiquement, lors du passage des sacs, pour retomber d'eux-mêmes sur la feuillure après le passage de la charge. Une fois fermée, la trappe permet, sans danger d'accident, le passage éventuel des ouvriers.

Les grains qu'on dépose dans les greniers ne doivent jamais nous l'avons vu toucher les murs, le long desquels il se produit toujours une condensation. Il doit exister, entre les parois des greniers et les tas de grains, un passage de 0'n,40 à 0™,50 de largeur, passage maintenu toujours libre en bordant les tas à l'aide de planches DiFFLOTH. — Agriculture. II. — 21

ordinaires posées sur champ et main tenues dans cette position par des consoles.

Des allées sont également nécessaires entre les tas de grains d'espèces différentes ou de même espèce, mais de qualités diverses : blés de semence, blés marchands, blés en cours de manipulation : l'isolement de chacun de ces tas est une condition indispensable; on ménage, au centre, un passage d'une largeur de 1 mètre au moins, pour la circulation du personnel et des machines (tarares, trieurs, etc.). Quelques emplacements libres permettent l'exécution des pelletages, de l'ensachage, du pesage, etc.

Les tas de grains bien laits, corrects, à lignes droites, à épaisseurs régulières, assurent la qualité, parce qu'ils préviennent les échauffements, les fermentations, et facilitent la surveillance, le contrôle, le mesurage dans le grenier. Sur chaque tas, une étiquette indicatrice du contenu renseigne au besoin le cultivateur sur les stocks en magasin.

Pour prévenir la fermentation, on évitera de donner une trop grande épaisseur aux tas de grains. Les blés en bon état de conservation, ni trop secs, ni trop humides, contiennent en moyenne 14 p. 100 d'humidité, c'est-àdire 86 p. 100 de matière sèche. Même dans cet état de siccité, ils ne tarderaient pas à s'échauffer, s'ils étaient amoncelés en trop gros tas dans les greniers. Il faut donc, après battage, les étaler en couches minces, et ne pas hésiter à recourir, par temps sec de préférence, à de fréquents pelletages qui lancent le grain en l'air et en roue, pour qu'il soit purgé de sa poussière et sèche plus vite.

On peut commencer ensuite à former des tas de plus en plus gros. La hauteur maximades blés très secs atteint parfois 0'»,60 sur greniers solidement assis et représente une charge moyenne de 480 kilos par mètre superficiel. Ordinairement, on se contente d'une hauteur moindre, 0^,33 par exemple, ce qui donne 1 mètre cube ou 10 hecolitres par 3 mètres carrés de plancher. Si l'épaisseur

du tas de blé n'était que de 0'",25, il faudrait 4 mètres carrés pour compter 10 hectolitres.

On facilite considérablement la dessiccation des grains encore chargés d'eau en disposant en petits sillons la surface des tas qu'ils constituent dans les greniers. Par ce moyen simple, on augmente beaucoup la superficie qu'ils présentent au courant d'air qu'on fait circuler dans le local, en ouvrant les volets des ouvertures situées les unes en face des autres. On n'ouvre d'ailleurs que lorsque l'air est sec ; les fenêtres sont fermées par les temps pluvieux. Pendant les fortes chaleurs, il faut ouvrir du côté nord et fermer au midi.

Afin de bien s'assurer de l'état de siccité des grains, base essentielle de leur conservation, on en prend, dans les deux mains réunies en forme de cuvette, une certaine quantité que Ton fait sauter dans les mains. Les grains, en retombant, donneront un son d'autant plus net et clair qu'ils seront plus secs. Le cultivateur, plongeant la main dans le tas, peut apprécier ainsi le degré d'humidité des grains; ces grains doivent facilement fuir à mesure qu'il ferme progi^'essivement la main. C'est à la suite de ces examens que le pelletage, souvent même le tararage, sont appliqués lorsque le grain est mat au toucher et qu'il ^ une tendance à s'agglutiner.

Malgré les soins dont ils sont l'objet, les grains en magasin subissent toujours un déchet plus ou moins important. Pour le blé, on évalue ce déchet à environ 1 fr. 20 par hectolitre et par an. Dans ces conditions, 1 hectolitre de froment qui vaudrait 17 francs au moment du battage reviendrait au prix suivant après un an de conservation :

Valeur de l'hectolitre 17 fr. 00

întértH à 5 p. 100 de 17 francs 0 fr. 85

Frais de pelletage, tarare, grenier. . 0 fr. 85

Perte et déchets 1 fr. 20

Tota! 19 fr. 90

soit 20 francs environ.

36i CONSERVATION DES RÉCOLTES.

La destruction des rats et souris nécessite Faide de chats de fox-terriers, etc. On ménage dans les portes des greniers des ouvertures appelées c/iattières, afin que ces animaux aient accès à chaque instant du jour et de la nuit. Il existe pour cette lutte des pièges spéciaux. On fabrique de la mort-aux-rats avec de la graisse, de la farine, du verre pilé et du phosphore; trois ou quatre tiges feuillues de menthe sauvage recouvrant les tas de grains passent pour éloigner les rongeurs. Les plafonds des greniers à grains seront établis sur plafonds pleins en plâtre à petites voûtes, et non sur solives avec plafondlatte, qui constituent des réserves pour les rongeurs, il est bon de couler sur les planchers plafonnés une couche d'asphalte ; les joints d'orifices seront supprimés avec soin ; à la jonction du plancher et des murs sera établie une plinthe ou un enduit de bitume.

Avant de livrer les grains au commerce, on les passe encore au tarare, si cela est nécessaire, pour les purger complètement des matières étrangères qui peuvent les souiller.

Les grains mis en sacs sont descendus du grenier à la corde, ou mieux par un plan incliné qui les amène directement dans les voitures. Le plan ou gouJotte est formé d'une planche de fond garnie de deux rebords ; une chantignole l'arrête sur la ridelle du véhicule.

On a imaginé divers dispositifs permettant d'effectuer mécaniquement et pratiquement les pelletages pour de grandes masses de grains ; le déplacement est réalisé par l'écoulement de la denrée sous l'influence de son propre poids, le contact de l'air étant assuré, soit à l'intérieur même de la réserve (grenier J. Sinclair, grenier de Coninck), soit à l'extérieur du récipient, pendant le temps qu'on met à déplacer horizontalement et à remonter ce grain (grenier Huart, grenier Pavy).

Attaque des insectes, — Les ravages des rongeurs son t parfois plus faciles à éviter que les attaques des insectes^

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