SILOS A VENTILATION
nauleur de la partie cylindrique voisine de C à 7 mètres ; les différents silos peuvent être placés les uns à côté des autres, en ligne ou sur plusieurs lignes parallèles, desservies par des galeries de décharge.
Les grains se tassent assez fortement lors du remplissage : le tassement est de 17 p. 100 dans le cas de l'avoine blanche de Bourgogne, de 12 à 19 p. 100 pour l'avoine de Russie, de 15 p. 100 pour l'avoine américaine, de 1 à 2,6 p. 100 pour le maïs plat d'Amérique, de 1,7 à 3,4 p. 100 pour le maïs rond du Danube (A. Muntz).
Afin que la vidange puisse s'exécuter complètement mécaniquement, il importe que l'angle au sommet du cône inférieur soit au plus de 120'*.
L'édification de ces silos, d'une contenance de 800 à 900 hectolitres, coûterait environ 9 francs par hectolitre en tôle ; cette dépense s'élevant à 7 francs par hectolitre dans le cas d'emploi du ciment armé.
Silos à ventilation, — Dans les silos à grains, la conservation n'est assurée que pour les semences dans un certain état de siccité. On a cherché à établir des réserves ou des magasins pour les blés plus ou moins humides.
Alexandre Dervaux réalisa un système de silos disposes de façon que les grains, tout en restant en place^ soient assainis par un courant d'air échauffé au degré voulu (1). Un ventilateur envoie cet air chaud sous pression dans un tube central en tôle perforé et favorise ainsi la répartition des gaz à travers la masse du grain ; l'enveloppe du silo est également perforée pour permettre l'évasion de l'air chaud.
Les silos Dervaux sont à section carrée, ou mieux cir-^ culaire, de 12 à 18 mètres de hauteur. D'importantes applications de ce principe ont été réalisées aux West India Docks de Londres et à Trieste.
Les greniers Dervaux installés à Trieste sont à proxi-
(1) Ce procédé avait déjà été préconisé par Duhamel et par Salaville.
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mité des gares extrêmes du chemin de fer du sud de l'Autriche et du Lombard- Vénitien. Les wagons arrivent au quai de déchargement, situé à 7 mètres au-dessus du fond des silos. Des élévateurs portent le grain au-dessus des silos et le déversent dans des rigoles, d'oùilest dirigé dans les réservoirs.
Lors des expéditions, le grain se vide sur des toiles sans fin, qui le conduisent à des chaînes à godets chargées de rélever dans des trémies, munies d'appareils de pesage et situées au-dessus du quai de départ.
Les frais de manutention varient entre 6 et 8 centimes par hectolitre et par an, tandis qu'ils varient de 1 fr. 50 à 3 francs avec le pelletage dans les greniers-magasins ordinaires.
Greniers à pelletage mécanique. — Lorsqu'on veut onserver les grains dans les petits greniers ruraux, il est nécessaire de refroidir et d'assécher les grains par des pelletages plus ou moins fréquents ; on a voulu appliquer ces principes à la conservation et à la manutention de grandes masses de grains. Le pelletage s'obtient, en général, par le déplacement de la denrée qui s'écoule par son propre poids.
Le grenier Sinclair, construit d'après ces indications, se compose d'une tour à section carrée; les différents étages sont constitués par des trémies communiquant entre elles; il suffit de prélever à la partie inférieure une certaine quantité de grain pour provoquer un déplacement de toute la réserve, mettant ainsi de nouvelles couches de grain en contact avec les conduits ventilateurs. Les grains enlevés à la partie inférieure sont passés au tarare et remontés par un treuil à la partie supérieure.
Dans le grenier aérateur-pelleteur de Coninck, la série des étages est séparée par des planchers présentant entre leurs soHves des rainures ou interstices, le nombre des ouvertures allant en progressant à mesure qu'on se rapproche du sol ; les chambres sont aérées au moyen de
GRENIERS A PELLETAGE MÉCANIQUE. 3hl
deux fenêtres opposées garnies de toiles métalliques. Lorsqu'on ouvre à la base une vanne de descente, le grain s'écoule d'étage en étage, tombant en pluie fine à travers les rainures du plancher et rafraîchi par le courant d'air que les fenêtres apportent du dehors. La totalité du grain est ainsi remuée et aérée, sans exiger d'autre force motrice que celle nécessaire pour élever de bas en haut du grepier une simple fraction de la quantité emmagasinée.
U existe encore d'autres modèles de greniers à pelletage mécanique, soit isolés, soit groupés, et destinés aux exploitations agricoles, ou aux grandes administrations.
L'application de ces procédés mécaniques de conservation se rencontre également dans les élévateurs de grains^ répandus surtout en Amérique.
Les petits élévateurs américains permettent de centraliser la récolte des cultures environnantes jusqu'à ce qu'il y ait utie quantité suffisante de grains pour faire une expédition de plusieurs wagons à pleine charge, afin de rendre les transports moins coûteux. Les wagons amenés par deux voies parallèles passent sous la construction : le grain tombe directement dans des fossés, d'oii il est élevé à la partie supérieure du bâtiment par des chaînes à godet. Traversant successivement des boisseaux de réception et des bascules, le grain tombe dans un certain nombre de grandes chambres constituant des compartiments-magasins ou des compartiments de réserve.
Lorsque le grain d'un compartiment s'échauffe, on effectue un pelletage mécanique en laissant écouler le grain dans les fosses inférieures, d'où on le reprend pour le remonter aux étages supérieurs.
L'emploi général des élévateurs répartis sur tout le territoire des États-Unis a pour conséquence de supprimer les sacs, le grain étant expédié en vrac dans les wagons ou les bateaux (M. Kingelmann).
11 suffit de mettre un des compartiments en communication avec le pont des navires parvenant, grâce aux canaux voisins, à proximité des élévateurs.
Importance économique des procédés de conservation des grains. — Le prix des céréales, si différent autrefois en France d'une province à Tautre, s'est unifié aujourd'hui, grâce au perfectionnement et à l'accroissement des moyens de communication. Néanmoins, le cours de ces denrées reste sous la dépendance de l'importance de la récolte, du régime douanier, des importations étrangères, etc. L'établissement des silos, des greniers à grains, etc., p^îfmettrait de régulariser les prix de vente des céréales : eh n'écoulant sur le marché que la quantité iïe grain nécessaire, on éviterait ainsi la dépréciation des <:ours; dans les àilttées de surproduction, de précieuses réserves pourraient être constituées, qui seraient utilisées durant les années déficitaires.
Des tentatives de cet ordre ont été réalisées en Allemagne, notamment par des syndicats, des associations agricoles, et les résultats obtenus par ces intéressantes institutions laissent espérer une rapide vulgarisation de ces mesures.
Conservation de la paille. — La paille se conserve généralement sous des hangars ou en meules; le battage des céréales ayant eu lieu en plein champ, le grain seul est rentré, et une nouvelle meule est immédiatement dressée avec la paille.
Lorsque les machines brisent ou froissent la paille, sa conservation est mal assurée, il faut avoir soin de couvrir les meules avec précaution
Rentrée des fourrages. — Les fourrages sont rentrés k la ferme à l'aide de chariots, charrettes, véhicules divers, suivant les coutumes locales ; le plus souvent on
utilise de grandes charrettes dites guimbardes, munies de ridelles pour maintenir la charge (fig. 193). L'emploi de chariots de petites dimensions est plus avantageux que celui de grands véhicules tirés par plusieurs chevaux.
Le foin parfaitement sec, on peut procéder à sa mise en bottes ou à sa rentrée en vrac.
Le bottelage facilite les chargements et les déchargements, permet d'évaluer exactement la récolte et de
Fig. 193. — Chariot à foin (Commergnat h Auxerre).
rationner exactement le bétail ; mais cette opération nécessite une main-d'œuvre dispendieuse, et la conservation dû foin ainsi placé est parfois plus difficilement assurée. On bottelle rapidement par un temps propice, en commençant par le foin le plus sec ; il faut choisir une matinée fraîche sous un ciel couvert ou opérer le soir, sinon le foin très cassant rend le liage peu aisé ; on se sert d'une ligature à deux ou trois liens, selon la destination du fourrage pour la ferme ou le marché.
Le foin non bottelé peut être rentré en grange ou placé en meules. Les meules, élevées suivant les mêmes principes que les meules de céréales, présentent des sections circulaires ou quadrangulaires, et sont isolées ou accouplées. Les meules quadrangulaires sont à profil de
rectangle, un des petits côtés étant exposé du côté des pluies dominantes.
On entamera la meule par l'autre extrémité, en coupant le foin à l'aide du coupe-foin.
Une couverture de paille de céréales la met à l'abri de l'action de la pluie. Placé en grange, en fenil, le foin doit être tassé avec soin ; toute la masse sera tenue à l'abri du contact de Tair pendant la fermentation du foin en fermant toutes les issues ; la chaleur développée desséchera les parties extérieures humectées sans avoir à craindre la formation de moisissures, qui se manifesteraient au contraire au voisinage de Tair libre. Même lorsque la chaleur dégagée peut faire craindre l'inflammation de la masse, c'est toujours au contact de l'air que ces dangers se manifestent. Dans un fenil bien clos, les gaz se logent entre le foin et la toiture ; mais ils sont assez refroidis par le contact extérieur pour ne pas s'enflammer au moment où ils s'épandent dans l'air ; oiv déterminerait au contraire l'inflammation en ouvrant la masse pour y introduire de l'air extérieur (Garola). On entassera donc le foin avec soin dans des fenils clos en ménageant le moins d'espace vide au-dessous de la toiture.
En Angleterre et en Ecosse, on sale parfois le foin au moment delà mise en meule (1^», 250 de sel par 100 kilogrammes de foin) : le sel marin dissout l'eàu qu'exhale le foin en s'échautTantetse répartit ainsi uniformément dans la masse. Ainsi sont évitées les fermentations, les moisissures, tout en facilitant la conservation du fourrage facilement accepté du bétail. Ces procédés sont surtout recommandables dans le cas de foins mal récoltés, envasés, souillés ou moisis.
Bottelage. — Le foin, au sortir du fenil, doit être bottelé chaque fois qu'il est possible, même lorsqu'il s'agit de sa distribution aux animaux de la ferme; la répartition s'en effectue ainsi plus rationnellement.
On utilisera pour le bottelage les mauvais temps où les ouvrière sont disponibles ; un botteleur peut faire par jour 200 bottes de 5 kilogrammes environ ; il existe enfin des machines à botteler facilitant ce travail et utilisant des liens de paille, de fourrage, de corde d'alfa, de fil de fer.
La dépense du bottelage ramenée à la tonne de foin est de 2 fr. 50 pour les bottes à un lien et de 5 à 7 francs pour les bottes à trois liens.
Compression des fourrages. — On utilise également les presses à fourrages, qui permettent de comprimer le foin et d'en former des balles d'un transport facile et d'une conservation aisée {^\%, 192). La compression offre de plus les avantages suivants : le foin garde son arôme et ne s'appauvrit pas ; il conserve ses graines et se mouille moins sous la pluie, enfin sa grande densité le rend presque incombustible {S\%, 194).
Lorsqu'on veut comprimer des fourrages à la presse, il faut éviter de travailler des foins trop vieux qui, secs et cassants, se brisent dans la manutention et produisent un important déchet (Max Ringelmann). Les fourrages trop secs peuvent être mélangés à d'autres foins moins secs jouant le rôle de liant.
A la suite du fanage, le foin destiné à être pressé doit être laissé en meule sur le champ ; au bout de quinze à vingt jours, le fourrage se trouve dans les conditions les plus avantageuses. On ne doit pas presser du foin fraîchement coupé ou trop légèrement fané, qui risquerait de fermenter en balles.
La teneur maximum en eau du foin à admettre à la presse est difficile à déterminer : on peut considérer que son état de dessiccation est satisfaisant, lorsque sa conservation en bottes peut être assurée.
La dessiccation du fourrage est d'ailleurs très rapide,, comme le prouve le tableau suivant (Londet) :
DiFFLOTH. — Agriculture. II. — 22
Poids du fourrage.
Fraîchement Apre» douze Après cinq à six
Tauché. jours. mois.
Foin de prairie naturelle.. 100 kilos. 36 kilos. 33*,76
luzerne 100 — :26S53 24*,15
Minette 100 — 34 kilos. 30*,50
«ainfoin 100 — 33».33 30V.33
Trèfle 100 — :26k,53 24«,i5
D'autre part, il convient de mettre le plus tôt possible le foin en balles, afin d'assurer la conservation de son «rome, condition très appréciée dans restimation de la valeur du fourrage.
Procédés divers, — En Angleterre, on préconise parfois le procédé Neilson, appelé encore fanage en meule. Après avoir été laissé quelque temps en andains, le foin est placé en meules. Un rapide courant d'air sec, produit par un ventilateur-aspirateur, traverse la masse du fourrage et détermine sa dessiccation ; on peut, comme dans le système Gibbs, utiliser un courant d'air chaud : le fanage est plus rapide et entraîne moins de transformation de matières nutritives. Lorsque les conditions météorologiques ne permettent pas un fanage suffisant, les isoloirs sont employés avec succès ; si la ferme ne comporte pas <»e matériel, on transforme le fourrage en foin brun. Après une dessiccation partielle, on place le fourrage en couches successives, uniformément tassées et formant une meule de 5 à 6 mètres de hauteur, d'un égal diamètre et recouverte de paille. 11 se développe dans la masse du fourrage une fermentation active qui élève la température jusqu'à 70<» pendant cinq à six jours. La meule s'affaisse ensuite, prend une couleur et une apparence spéciales ; au bout d'un mois, on obtient un produit alimentaire facilement accepté du bétail. L'herbe emmeulée ne doit être ni trop sèche, ni trop humide ; il faut craindre de tasser ainsi le fourrage imprégné de pluie ou de rosée. Ce procédé est applicable aux légumineuses, et en particulier aux fourrages grossiers, qui s'améliorent ainsi.
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Dans le procédé Klappmeyer, le fourrage, après avoir été laissé un jour en andains, est placé en meulons. La fermentation s'engage et persiste pendant deux ou trois jours, jusqu'à ce que la température s'élève jusqu'à 65®; on démolit alors les meulons afin de refroidir la masse ; de nouveaux meulons sont reconstitués en plaçant à l'intérieur les parties les moins attaquées ; au bout d'une journéo, la température s'élève ; on ouvre les meulons, qu'on renlro après dessiccation.
Le foin ckaud obtenu possède une odeur de miel particulière, et le bétail le consomme très volontiers.
Utilisation des fourrages médiocres ou avariés. — Lorsque les fourrrages récoltés contiennent beaucoup <le plantes adventices, grossières, dures ou épineuses et vulnérantes, les foins provenant de prairies basses et marécageuses par exemple, l'utilisation en est difficile, les animaux les refusant le plus généralement.
Le fourrage dur, bien que de composition normale, présente une résistance prononcée à l'action des dents pendant la mastication. Les fourrages durs proviennent surtout des luzernières, des sainfoinières, des prés bas, des coteaux où se rencontrent les jacées, les grandes marguerites, les patiences, les millefeuilles, etc. La dureté du foin peut provenir d'un fauchage tardif après la floraison ; le fourrage perd alors beaucoup de ses propriétés nutritives par la chute des feuilles, la formation des graines. Ce foin est inodore, pâle, cassant; il devient poussiéreux, nourrit mal les animaux, qui l'acceptent difficilement.
Lorsque les plantes fourragères ont été récoltées dans des prairies en sols mal exposés ou ombragés, elles sont souvent grêles, peu sapides et de qualité inférieui^e et mélangées de renoncules, d'ancolies, d'ombellifères vénéneuses, d'euphorbes, etc. Ce foin médiocre, mal composé, doit être associé à des aliments plus riches et additionné de sel (Leroy).
RENTRÉE ET CONSERVATIOiN DES FOURRAGES. 389
Les prés humides sont souvent composés de plantes élevées, molles, insipides, d'espèces grossières. Si ce loin est trop mauvais pour pouvoir être utilisé avec des condiments et des aliments plus nutritifs, il faut se résoudre à en faire de la litière ou du fumier.
Le foin vase, plus ou moins imprégné de terre, de limon et de débris végétaux, est ligneux, sec, cassant et poudreux, parfois moisi, toujours peu nutritif.
Le fourrage qui a été lavé par les pluies subit une grave dépréciation, Feau ayant entraîné une partie de ses principes solubles.
Les vieux foins mal conservés perdent aussi rapidement leurs qualités et contiennent des corps étrangers qui peuvent les rendre nuisibles; lorsque les fenils sont situés au-dessus des étables et des écuries, les émanations des animaux ou de leurs déjections pénètrent la masse des fourrages.
Les foins moisis ou pourris doivent toujours être rejetés de l'alimentation. On les utilise comme litière.
Ordinairement il faut réserver pour les animaux robustes et gros mangeurs les foins durs qui peuvent être néanmoins nutritifs. Ces foins seront hachés, arrosés avec de l'eau salée ou de l'eau ayant servi à la cuisson des tubercules; on ne les distribuera qu'en petites quantités, et mélangés à des pulpes, des racines cuites, à des aliments concentrés riches en principes alibiles.
La dureté des fourrages serait combattue plus avantageusement encore par l'adjonction de mélasse dissoute dans Teau tiède et mélangée {tu fourrage, qu'on laisse s'imprégner du soir au matin. La mélasse joue le rôle d'aliment et de condiment ; le hachage du foin facilite beaucoup le mélange.
Les foins vases, mais de bonne qualité, sont refusés par les animaux à cause de leur odeur et du limon qui les recouvre.
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On soumet ces foins à l'action d'une batteuse à grand travail, en opérant au grand air et ayant soin de placer la batteuse de manière qu'elle subisse de côté l'action du vent, et que la poussière soit ainsi entraînée sans incommoder les ouvriers.
Le foin ainsi nettoyé devra être enlevé pi*omptemenl, afin qu'il ne se charge pas à nouveau des particules limoneuses d'une grande finesse, qui sont disséminées par l'opération elle-même. A défaut de machine, on battra au fléau, sur un emplacement convenablement nettoyé. De temps à autre, on retournera le fourrage et on nettoiera l'aire fréquemment.
Avant d'être distribué aux animaux, ce foin sera plongé pendant quelques minutes dans une eau légèrement salée. A cet effet, on disposera sous un hangar ou dans une grange deux grandes cuves. L'une contient 2 ou 3 hectolitres d'eau salée avec 1 ou 2 kilos de sel ordinaire. L'autre est vide, mais recouverte d'une claie. On jettera du foin dans le premier cuvier; on l'agitera à diverses reprises avec une fourche en bois, et, au bout de cinq à dix minutes, on le retirera pour le mettre à égoutter sur la claie.
Ainsi battu, lavé et salé, le foin vase est donné, quand il est bien égoutté, au bétail qui le consomme très volontiers. Le hache-paille, en divisant ce fourrage et en éliminant encore la poussière, grâce au tarare dont il peut être muni, facilite encore la consommation.
La cuisson sous pression des fourrages avariés correspond à une stérilisation qui {ue les germes nuisibles, sans toutefois éliminer les toxines ni améliorer les qualités nutritives. Si le fourrage est fortement altéré, presque moisi, la cuisson ne fera pas disparaître le mauvais goût; elle ne pourra que l'atténuer dans une certaine mesure. Le sel sera, dans ce cas, très précieux ; on en saupoudrera les rations, et, si le fourrage n'est pas franchement mauvais, le bétail s'y habituera peu à peu.
Il faudra, dans tous les cas, surveiller assidûment Tétat de santé des animaux.
La dose de sel dénaturé à ajouter aux fourrages avariés est de 1 à 2 p. 100. Quand le fourrage est atteint de moisissure, il est à conseiller de le fairebouillir et de rejeter les eaux de trempage; le sel intervient ensuite, car le fourrage fade et peu appétissant a besoin de condiment pour être accepté.
Cette altération s'éviterait en prenant toujours la précaution de répandre sur les foins rentrés en vrac dans une grange ou sous des hangars une certaine quantité de sel marin.
Le sel absinthe, c'est-à-dire auquel on a ajouté de lapoudre d'absinthe, n'est utile que lorsque les troupeaux ont une grande tendance à contracter la cachexie aqueuse^ sur les terrains humides ou lorsqu'on leur donne chaqufr jour des pulpes de distilleries ou de féculeries.
11 nous reste à signaler un cas d'altération plus particulier provenant de la destruction à l'aide d'une solution de sulfate de cuivre de diverses plantes nuisibles dans les prairies, notamment des renoncules et de la cardamine des prés, opération qui laisse sur les fourrages récoltés des traces de sulfate de cuivre évidemment dangereuses pour le bétail. On a constaté, parfois, dans 100 kilos de foin, une proportion de 40 grammes de sulfate de cuivre, soit 4 grammes dans une ration de 10 kilos.
Pour éviter ces danget^, il conviendrait de substituer au sulfate de cuivre une solution de sulfate de fer à 15 p. 100, qui présente la même efficacité que la solution cuprique, dans la destruction des plantes nuisibles, et n'offre aucun danger pour les animaux.
Le sulfate se peroxydant très rapidement au contact de l'air, les foins ne contiendraient alors que de l'oxyde de fer, tout à fait inoffensif et peut-être même utile dans la ration des animaux.
Les traitements à faire subir aux fourrages médiocres.
et avariés ont surtout leur raison d'être par les années de faible récolte fourragère, quand on peut disposer de la main-d'œuvre nécessaire. On conserve ainsi et on améliore rapprovisionnementdefoins pour l'hiver (Leroy).
Ensilage. — Certains fourrages se prêtent mal au fanage, et les intempéries peuvent parfois s'opposer à la transformation des plantes fourragères en foin sec ; on peut alors avoir recours à l'ensilage.
En principe, celte opération consiste à placer les fourrages verts en masse compacte, de façon à déterminer la production de fermentations, qui, échauffant la masse, désagrègent les tissus, transforment les principes nutritifs et livrent, sous forme d une masse semi-liquide d'une conservation assez facile, un produit apprécié des animaux de la ferme.
On pratique l'ensilage soit dans des silos proprement dits, soit à l'air libre.
Théorie de Vensilage. ■— Nous étudierons attentivement la technique de ce mode de conservation. L'ensilage des fourrages verts est en résumé un procédé de conservation qui consiste essentiellement à les entasser à l'état vert, par couches successives, et à les mettre à l'abri de l'air et de la lumière sous pression continue.
Pratiqué de temps immémorial par les habitants du Mont-Dore pour la nourriture de leurs chèvres, l'ensilage fut appliqué en grande culture pour la première fois par M. Reilhen, de Stuttgard, qui, dès 1861, ensilait en terre des feuilles de betteraves ainsi que du maïs et du sorghp.
Plus tard, ces procédés* furent mis en œuvre par M. Goffart, qui, en 1874, préconisa les silos maçonnés et le hachage des fourrages.
En 1883, prirent place successivenent le procédé Cormouls, ensilage en meule sous un hangar, et le procédé Rouvière, également en meule, mais en plein air.
On se préoccupa ensuite de la meilleure manière d'ensiler [travaux de M. G. Fry (1884) et de M. Mir (1897) elc].
ENSILAGE. 393
Procédé Reilhen : Silos en terre (18GI'1870), — En 1870, M. Reilhen, agriculteur raffmeur près Stuttgard (Wurtemberg), eut le premier l'idée d'ensiler des maïsfourrages surpris par des gelées précoces. M. Reilhen ensila tout simplement dans des silos creusés en terre analogues aux silos utilisés pour la conservation des betteraves, navets, pommes de terre, et recouverts de 50 à 80 centimètres de terre végétale.
Presque à la même époque, M. le comte Rœderer, M. Moreul, à la Grignonnière, pratiquèrent également avec succès l'ensilage des maïs-fourrages.
Procédé Goffart (1874) : Silos en maçonnerie. Fourrage haché. — Un peu plus tard, Ters 1874, M. Auguste Goffart, propriétaire agriculteur à Burtin, près Nouanle-Fuselier (Loir-et-Cher), eut l'heureuse idée de pratiquer en grand la culture du maïs-fourrage et de l'ensiler haché dans de vastes silos construits spécialement.
Grâce aux travaux de M. Goffart, l'ensilage fut reconnu comme une méthode pratique de conservation des fourrages verts pour l'alimentation du bétail pendant l'hiver.
Procédé Cormouls : Ensilage en meule sous un hangar [1883], — M. Cormouls- Houles eut l'idée d'élever le fourrage en meule rectangulaire sur une aire plane, de surmonter cette meule d'une lourde charge, pour assurer l'élimination de l'air à l'intérieur de la masse, afin d'obtenir un bon ensilage. Il en résultait une grande écononomie dans la pratique de l'ensilage, qui devenait dès lors une opération pratique.
En 1882, MM. Cormouls essayèrent de nouveaux silos, édifiés sous un simple hangar, entre deux murs parallèles. La conservation fut excellente, sauf sur le pourtour de la masse exposée à l'air, où se produisit un déchet de 30 à 40 centimètres de profondeur.
Procédé Bouvière [1888) : Ensilage en plein air. — Vers la même époque, M. Albert Rouvière pous-
sait cette expérience encore plus loin en établissant un silo en plein air. Ces procédés présentent des avantages incontestables, mais offrent les inconvénients suivants :
1° Difficulté d'édifier une meule régulière de fourrage vert, sans appui sur les côtés, quelle que soit, d'ailleurs, l'attention apportée au déchargement sur chacune des quatre faces. L'énorme affaissement qui se produit plus lard, et qui atteint souvent les cinq sixièmes du volume primitif, entraîne fatalement l'éboulement ou l'effondrement de la meule d'un côté ou d'un autre ;
2° Proportion énorme de déchet, en raison des quatre faces de côté exposées à l'air et de la partie supérieure qui reçoit plus ou moins les eaux pluviales. Cette proportion de déchet atteint et dépasse souvent 35 à 40 p. 100 de la masse ensilée.
A la rigueur, on peut ensiler en plein air, sous des hangars, les fourrages du premier printemps très aqueux, qui se tassent promptemen t. Leur surface, se décomposant vite, se transforme en véritable fumier qui sert d'enveloppe et les préserve de l'action des agents extérieurs. Toutefois, la proportion du déchet est toujours fort considérable et vient contre-balancer l'économie de ce procédé.
Procédé Fry. — M. Georges Fry, poursuivant l'étude de l'ensilage, distingue deux sortes d'ensilages : V ensilage brun ou doux ; Vensilage vert ou acide.
L'ensilage brun ou doux provient de fourrages légèrement ressuyés sur le sol et ensilés assez lentement, de manière à développer une fermentation à haute température, 50 à 70° C.
L'ensilage vert ou acide résulte au contraire d'une fermentation à basse température, au-dessous de 30° C, et s'obtient en procédant au remplissage d'une façon assez rapide avec des fourrages plutôt humides.
M. Fry préfère i ensilage doux à l'ensilage acide et conseille de laisser toujours les fourrages se ressuyer sur le
ENSILAGE. 395
sol avant de les apporter au silo, et de procéder ensuite assez lentement au remplissage du silo.
L'ensilage doux recommandé parM. Fry est assurément le meilleur; mais il n'est pas aussi facile à obtenir dans la pratique qu'il le paraît au premier abord (Ij.
En premier lieu, on ne peut obtenir de l'ensilage doux, à odeur de miel ou de pomme reinette, qu'en ensilant des fourrages avant floraison ou en pleine floraison, c'est-àdire pleins de cette sève sucrée qui produit la fermentation à odeur alcoolique. La difficulté consiste, en second lieu, à laisser les fourrages se ressuyer au degré voulu, cette dessiccation étant sous la dépendance atmosphérique.
Lorsque quelques jours pluvieux succèdent à des journées ensoleillées et surprennent le fourrage à demi ressuyé ou entièrement ressuyé, on n'obtient un ensilage détestable, à odeur butyrique, nauséabond, dont les animaux ne veulent même pas.
Si, au contraire, on ensile du fourrage un peu trop mûr ou chaud, trop ressuyé, il reste élastique, rebondit sous les pieds, ne se tasse pas; l'air n'en est pas suffisamment expulsé; il se développe dans la masse un excès de température, 70 à 80°, qui brûle le fourrage et produit alors un ensilage noirâtre, à odeur de tabac, que l'on appelle V ensilage char bonne, de mauvaise qualité et que les animaux n'acceptent qu'à défaut d'autres aliments et dont l'ingestion peut amener dans leur organisme dès troubles sérieux.
Procédé E, Mir (1897) (2). — M. E. Mir, de Longemer (Vosges), classe les différents produits de l'ensilage en trois catégories bien distinctes, d'après la teneur en eau des fourrages ensilés :
1° L'ensilage brun foncé ou aromatique, à odeur de
(1) CoRMooi,s-HouLÉs, Pratique de l'ensilage.
{■2) E. MiR, Influence de la teneur en eau sur la qualité des fourrages ensilés.
miel ou de foin, obtenu par l'ensilage rapide de fourrages renfermant de 60 à 70 p. 100 d'eau ;
2° L'ensilage brun clair (herbes de première coupe) ou brun verdâtre (herbes de deuxième coupe), à odeur agréable, mais un peu acide, obtenu avec de l'herbe renfermant de 70 à 80 p. 100 d'eau ;
3° L'ensilage vert-olive^ à odeur butyrique et nauséabonde, obtenu avec des herbes renfermant au delà de 80 p. 100 d'eau.
M. Mir donne la préférence à l'ensilage de seconde sorte, dit brun clair, à odeur acide, et conseille d'ensiler rapidement.
11 faut tenir compte cependant suffisamment de l'état de maturité du fourrage et du plus ou moins de rapidité apportée dans la confection d'un silo. On peut obtenir de bons résultats en ensilant très rapidement de l'herbe fauchée avant floraison, ruisselante d'eaUj renfermant par conséquent 80 à 85 p. 100 d'eau.
L'un des spécialistes de l'ensilage, M. Cormouls- Houlès, de Mayamet (Tarn), a pu établir, à la suite d'une longue série d'essais pratiques, que tous les produits végétaux sans exception se conservent très bien par l'ensilage, à la condition essentielle d'être ensilés rapidement à l'état frais et d'être mis immédiatement à Vabri de Vair et de la lumière sous pression continue.
Pratique de Vensilage, — L'ensilage se recommande dans la pratique par la simplicité et l'économie de la main-d'œuvre.
Il y a parfois une économie réelle de main-d'œuvre ; l'ensilage de 1 hectare de fourrage vert coûte quelquefois moins que la conversion en foin de ce même fourrage.
Dans le domaine de M. Cormouls-Iioulès, 1 hectare produisant en moyenne 5 000 kilos de foin sec occasionne en moyenne comme frais de récolte :
ENSILAGE. 397
Frais de fauchage, environ 10 à 20 francs l'hectare.
Fanage 20 à 25 —
Chargement et transport 5 à 10 —
Déchargement et mise en grange.. 5 à 10 —
Ensemble 40 à 65 francs l'hectare.
Ce même hectare, coupé en vert et mis en silo, coûtera pour une production équivalente, soit 20 à 25000 kilos de fourrage vert :
Frais de fauchage 10 à 20 francs l'hectare.
Chargement et transport 10 à 15 —
Déchargement et mise en silo 10 à 15 —
Ensemble 30 à 50 francs l'hectare.
Soit une économie de 10 à 15 francs par hectare.
Le fourrage vert se ramasse mieux que le foiji sec ; on obtient ainsi un rendement supérieur en évitant les déperditions de feuilles ou tiges qui résultent du fanage, indépendamment de la certitude de réussir la récolte, même par les temps pluvieux. — On a simplement à se préoccuper du fauchage et du charroi, car, pour un bon ensilage, il importe que la charrette suive la faux.
La plupart des grands propriétaires qui se livrent à la culture fourragère pratiquent ce procédé de conservation.
Les uns, comme M. de Chezelles, ensilent dans de vastes silos maçonnés et couverts, construits à cet efïét, où Ton peut mettre le produit de 100 hectares de verdure. Le grand silo de la ferme de Bois-Guillaume (Oise) offre les dimensions suivantes : longueur, 62 mètres ; largeur, 6™,50; profondeur, 4°',50.
M. le baron Peers, à Oostcamp (Belgique), édifie de grandes meules de 10 à 22 mètres de long, 5 à 10 mètres de large et 2 à 3 mètres de hauteur, établies en plein air, permettant d'emmeuler (1) jusqu'à 400 mètres cubes
(1) Journal d'agriculture pratique, l»' août 1901 : Compte rendu du Congrès de l'alimentation rationnelle du bétail, 22 et 23 mars 1901 .
DiFFLOTU. — Agriculture. II. — 23
d'herbes de prairies, et produisant de bons ensilages, sans autre inconvénient que la perte de 30 à 35 p. 100 de déchets provenant des parties exposées à l'air et à la lumière.
Parmi les divers procédés d'ensilage connus, le plus simple est l'ensilage en plein air (fig. 181 et 182). Mais il faut tenir compte de la perte causée par la grande proportion de déchet qu'il entraîne.
La partie altérée est de 15 centimètres d'épaisseur à la couche supérieure, sur laquelle reposent les matières lourdes, bois, pierres, terres ou mottes de gazon ; elle atteint 30 et 35 centimètres sur les quatre côtés, et, pour les petits silos de 100 mètres cubes (10 mètres de long, 3 mètres de large, 3", 30 de haut), ce déchet finit par représenter environ 30 p. 100 de la masse totale, soit 30 mètres cubes, qui, à 6 francs environ par mitre cube, représentent iSO francs de perte sèche.
On le remplacera avantageusement en moyenne culture par un sUo mixte non couvert, constitué par deux murs verticaux élevés perpendiculairement à un talus ou mur vertical.
Les dimensions de ce silo, représenté par les figures 200 et 201, sont les suivantes :
Longueur intérieure des murs 10™
Hauteur des murs à l'entrée en AE (fig. 19o) . 2"» — — à rcxtrémité DCB i^
Moyenne 3™
Largeur des murs en haut 0^,40
— — en bas 4™,o0
Mur de retour DCB hauteur 4^,00
Épaisseur du mur de retour en haut 0™,40
— — en bas 0^,50
Moyenne 0™,45
Largeur intérieure du silo en haut 3™,20
— — — en bas 3^,00
Moyenne 3™,10
ENSILAGE. 399
Devis approximatif de ce silo solidement établi.
Creusement des fondations, 12 mètres cubes, à 2 fr. le mètre cube 24 fr.
Excavation ABC et déblai dans le silo, 30 mètres cubes, à 1 fr. le mètre cube 30 —
Maçonnerie en chaux hydraulique et bon sable, 30 mètres cubes, à 12 fr 360 —
Récrépissage et lissage à la truelle en chaux Theil, 70 mètres carrés, à 1 fr . 70 —
Remblai R fait avec le déblai d'excavation ABC, 30 mètres cubes, à 1 f r 30 —
Total 514 fr.
Pour le remplissage et la vidange du silo, on se conformera aux prescriptions suivantes.
Les véhicules attelés et chargés arrivent dans le silo par l'entrée AE (lig. 195) située au niveau du sol et entrent dans le silo en avant ou en arrière entre les deux murs parallèles, et déchargent.
Ils continuent leur entrée par AE, jusqu'à ce que le triangle ABC soit bien plein et suffisamment ferme.
Lorsque le triangle ABC est plein et résistant, on remplit de la même manière en montant peu à peu la partie ACD jusqu'à ce qu'elle soit bien pleine et bien tassée.
A ce moment, les véhicules peuvent arriver et partir indifféremment par le bas en A, ou par D en haut du terre-plein. Les deux tiers du silo sont déjà pleins. Lorsque tout le triangle ABD est bien plein et résistant, les véhicules n'arrivent plus que par le haut en D, soit en avant, soit en arrière, et repartent par le même chemin pour remplir en entier le triangle DAE. Enfin, lorsque tout le triangle DAE est bien plein et tassé par la circulation des véhicules, il convient encore d'élever un peu de fourrage de Om,oO en dessus du niveau des murs en lui donnant une forme très convexe à la partie médiane avant de procéder au chargement. On apporte
enfin les matières lourdes par le terreplein D, et on charge à raison de 1000 kilogrammes par mètre carré. Dès que le chargement est effectué, la convexité disparaît.
La fermentation étant toujours plus active dans le milieu de la masse que sur les côtés, la partie convexe tend même à devenir concave ; mais Tintroduction de l'air est devenue impossible, et la conservation reste parfaite, jusqu'au moment où on entame le silo : un, deux, six mois, un an même après sa confection, La vidange du silo se fait en entier par l'entrée à niveau du sol en AE, par tranches successives du haut en bas.On charge sur les véhicules, et on peut apporter le fourrage ensilé directement à la grange pour la distribution
ENSILAGE.
au fur et à mesure des besoins journaliers, comme le foin sec (Cormouls-Houlès).
Grâce à ces perfectionnements et à cette technique opératoire, on n'est plus obligé d'élever le fourrage avec la fourche, à force de bras, au-dessus des murs du silo ou de la meule en plein air, pour le passer aux ouvriers occupés à le répartir convenablement à la surface.
Ces dispositions permettent de réaliser 70 p. 100 d'économie dans les frais de déchargement et de répartition dans les silos.
Il en résulte de plus un tassement considérable et presque immédiat par la circulation continuelle de
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Fig. 196. — Silo à fourrage type plein et chargé.
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Fig. 197. — Silo à fourrage Cormouls pour petites fermes (1901). — Vue d'en haut.
véhicules attelés et chargés, dont le jioids voisin de 2000 à 2500 kilogrammes assure en grande partie la réusssite des ensilages. Chaque nouvelle couche de
Fig. 198.
Silo plein avec au-dessus.
véhicule
fouri'age vert est ainsi fortement comprimée par ce va-et-vient continuel des charrettes pleines ou vides, et on obtient ainsi un tassement suffisant pour permettre
aux véhicules chargés et attelés de circuler sûrement. Pour les exploitations plus importantes, M. Courmoul-Houlès recommande un silo édifié suivant le même principe, mais cette fois couvert d'une toiture.
Si, pendant le remplissage, on a eu soin de tasser continuellement et vigoureusement avec les pieds le fourrage au bord des murs, on arrive à n'avoir aucun déchet sur les côtés. L'ensilage ainsi obtenu est d'une densité de 1000 kilogrammes dans les parties basses du silo et de 800 kilogrannmes dans le haut, avec une proportion d'eau de 65 à 70 p. 100 après quatre mois
Fig. 199. — Silo avant remplissage. de repOS.
On peut évaluer ainsi les déchets résultant de ces divers ensilages :
Les silos en plein air ont un déchet de. 30 p. 100. Le silo à deux parois latérales pour petite
culture 7 —
Les grands silos couverts 3,50 —
Pour réaliser un bon ensilage, on devra en définitive observer les prescriptions suivantes :
1<» Édifier de préférence les silos sur sol perméable ou
ENSILAGE.
étanche entre deux murs parallèles solidement maçonnés et lissés à la truelle ;
2<» Choisir un emplacement d'accès facile ;
3° Adosser les silos, si c'est possible, sur une des faces
Fig. 200. — Silo à fourrage, vide (Cormouls-Houlès).
de leur petite largeur, à un terrain supérieur ou à une grange, de manière à pouvoir conduire les véhicules attelés et chargés dans l'intérieur et au-dessus du silo ; 4° N'ensiler que des fourrages près de leur floraison ou des regains et toujours fraîchement coupés, mouillés ou non, de préférence non mouillés ;
S® Ne pas ensiler de fourrage sec, ou demi-sec, ou trop mûr, qui n'obéit pas à la compression, reste élastique, se carbonise par excès d'oxygène et d'acide carbonique;
6° Ne jamais interposer de paille ni de balles parmi l'ensilage, ou bien entre la terre et la masse du silo. Ces
Fig. 201. — Silo en période d'utilisation (Cormouls-Houlès).
matières sèches retiennent de l'air qui favorise les fermentations et les pourritures ;
7° Ne jamais ensiler du fourrage séché et remouillé, donnant des ensilages butyriques à odeur nauséabonde, que les animaux refusent souvent;
ENSILAGE. 405
8° Répandre le fourrage uniformément dans le silo et mettre chaque fois une couche d'au moins 1 mètre sur les précédentes couches ;
9<» Faire circuler, si c'est possible, les véhicules attelés et chargés dans le silo et sur le silo même en confection, pour obttnir un tassement préliminaire immédiat, qui évitera les excès de fermentation et assurera seul la réussite de l'ensilage;
10*> Mettre toujours une plus grande quantité de fourrage sur les côtés en contact avec les murs et veillez à ce que ces parties soient continuellement et fortement tassées avec les pieds par les ouvriers chargés de ce travail.
Chaque soir, lorsque le silo doit rester au repos, on donnera au tas une forme très convexe pour que l'affaissement qui se produit toujours dans le milieu du silo oblige les côtés à bien s'appliquer aux murs, afin d'éviter les vides et l'introduction de l'air par les côtés ;
11° Ne jamais interrompre le remplissage pendant plus de trois jours ;
12<* Une fois le silo bien rempli, il faut charger immédiatement avec les matières lourdes, bois, pierres, terre, sable, fers, et placer ces matières directement sur le fourrage ensilé, sans intervention de paille.
L'ensilage peut, en définitive, rendre de précieux services ; mais il ne faut pas oublier les déperditions considérables de principes nutritifs qui en résultent.
La perte des substances alimentaires peut aller jusqu'à 25 à 30 et même 40 p. 100 (Weiske, Lehmann). Les matières azotées disparaissent dans la proportion de 16,3 p. 100 pour l'herbe de prairie, 36,4 p. 100 pour la luzerne, 37,5 p. 100 pour le mais. Une quantité appréciable d'album inoïdes passent à l'état d'amides ; le seigle vert renfermant 1,127 p. 100 d'albuminoïdes, on n'en retrouve plus que 0,437 p. 100 dans ce fourrage ensilé (Wuaflart) : la transformation en amides a donc atteint
81 p. 100 des matières azotées. Les sucres disparaissent, et Tensemble des hydrates de carbone subit une déperdition de 35 à 43 p. 100; la cellulose est attaquée dans la proportion de il à 30 p. 100. Le gain apparent des matièi^es grasses tient à la formation d'acides organiques : acides lactique, butyrique, acétique, qui se dissolvent des graines réelles, et ces modifications peuvent parfois devenir défavorables.
L'ensilage de fourrages est donc un mode de conservation inférieur à la fenaison ; mais ces méthodes peuvent être d'un grand secours lorsqu'il est impossible de dessécher les fourrages par suite de circonstances diverses ; l'utilisation du maïs-fourrage, du seigle en vert, trèfle incarnat, peut aussi se poursuivre rationnellement. Il est des cas enfin où l'ensilage se présente comme un procédé avantageux, lorsqu'il s'agit de réserves nutritives importantes comme les feuilles et collets de betteraves qu'on ne peut songer à faire consommer immédiatement et en totalité. L'ensilage des feuilles et collets permet de plus de détruire une partie des bioxalates alcalins, occasionnant la diarrhée chez le bétail qui les consomme à Fétat frais, et cette amélioration se manifeste nettement si l'on associe à l'ensilage du phosphate bicalcique ou encore de la craie, qui forment un oxalate de chaux insoluble et sans danger pour la santé des animaux.
Édification des silos. — Les silos peuvent être établis à demeure en maçonnerie, simplement C7*eusés dans le sot ou formés de deux murs parallèles adossés à un talus ; dans le premier cas, on établit dans le sol une fosse dont les parois verticales sont revêtues de béton, de morlier, de briques ou simplement consolidées au moyen de madriers.
La longueur des fosses dépend des ressources de la ferme; afin d'éviter les affaissements ou les pressions trop considérables, on divise la masse totale par des cloisons transversales.
ENSILAGE. 407
Ordinairement, la section du silo présente la forme d'un trapèze, la grande base étant près du sol et ayant une dimension de 2 à 4 mètres; la profondeur, variable, est comprise entre les mêmes limites ; la maçonnerie dépasse le sol de l«n,50.
Les angles sont arrondis pour éviter la présence de Tair confîné dans cet espace ; on accouple souvent plusieurs de ces silos sous un hangar.
Les silos ordinaires sont de simples fosses creusées dans le sol, dont les parois sont tassées et damées; on choisit pour leur établissement un endroit d'accès facile dans une terre bien assainie ; des rigoles d'écoulement permettent l'évacuation des eaux de pluie ; la section transversale présente également la forme d'un trapèze.
Nous avons vu plus haut la construction des silos Cormouls-Houlès, constitués par deux murs adossés à une paroi verticale.
Pour remplir les silos en terre, on place le fourrage en couches régulières fortement tassées par les ouvriers ; la masse s'élève petit à petit et atteint la niveau du sol. On surélève parfois les silos, soit au moyen de casiers en planches (supersilos), qui se vident graduellement par suite du tassement, soit simplement en plaçant le fourrage de manière à constituer un relief en dos d'âne à pentes régulières. Le silo est alors recouvert d'une couche de terre de 40 à 50 centimètres d'épaisseur fortement comprimée; l'afTaissement produit dans la masse des fissures qu'on bouche avec soin. Dans le cas des silos de maçonnerie, on place sur le fourrage ensilé des planches et des madriers chargés de pierres ou de masses pesantes, de façon à produire une pression de 500 àl 000 kilogrammes par mètre carré. Au bout de trois semaines, l'affaissement est terminé, et la réduction peut atteindre un tiers ou un quart du volume primitif. Lorsque le fourrage est de mauvaise qualité, on peut associer à l'ensilage un peu de sel marin.
L'ensilage à l'air libre s'effectue simplement et évite les dépenses d'établissement des fosses ou des silos en maçonnerie. Sur une aire plane, on accumule le fourrage de façon à constituer une meule quadrangulaire élevée lentement et régulièrement pour expulser complètement l'air interposé.
Lorsque la meule atteint la hauteur de 4 à 5 mètres, on détermine une forte pression (de 800 à 1 200 kilogrammes par mètre carré), en chargeant la partie supérieure de pierres, moellons, etc., ou en utilisant les presses mécaniques.
Le fourrage le plus sec doit être placé à la partie inférieure de la meule; on dispose en dernier lieu les plantes les plus aqueuses et les végétaux les plus jeunes. La fermentation se déclare dans la masse, et cet ensilage4ivre un produit facilement accepté par les animaux. On estime un déchet assez considérable : il faut enlever souvent le pourtour extérieur de la meule et n'utiliser chaque jour que le poids strictement nécessaire aux besoins de la ferme.
Ces procédés pratiques permettent d'ensiler le fourrage au lieu même de sa production et s'appliquent aux plantes aqueuses ou même humides.
Ordinairement, on ensile le maïs-fourrage, préalablement haché, les feuilles de betterave, le trèfle incarnat, le lupin, etc., et, lorsque les conditions météorologiques l'exigent, l'herbe des prairies, les regains de trèfle, luzerne, etc.
Le silo est abandonné à lui-même deux ou trois mois, et on commence à utiliser les fourrages qui présentent la fermentation acide, en découpant le silo en tranches verticales, qui réduisent la surface exposée à l'air et empêchent la production de moisissures ou de champignons ; lorsqu'on a obtenu l'ensilage aromatique, il faut empêcher l'apparition de ces parasites en couvrant la section du silo entamé par une toile imperméable.